‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 446 sur 752 · I. — Les engrais des Villes · texte numérisé non relu

I. — Les engrais des Villes

La discussion de la question qu'on a appelée les odeurs de Paris, a pris une grande arapleur devant le conseil munÀcipal. M. Aîphand, directeur des travaux de la ville et ingénieur très distingué, a fait un tableau magistral de l'ensemble des travaux souterrains que Belgrand a commencés, et qu'il continue maintenant afin d'assurer la salubrité publique. Amener beaucoup d'eau dans le but de bien laver les rues et les maisons et d'enlever tout ce qui peut se diluer, tel est le projet primitivement conçu par Belgrand qui l'a mis en partie en exécution avant de mourir, et dont l'achèvement en est aujourd'hui poursuivi. Seulement, on avait d'abord pensé que le volume total que les égouts entraîneraient chaque jour moyen, serait de 100,000 mètres cubes. On est passé à 200,000, puis à 300,000, et dans sa dernière haranirue au conseil municipal, M. Belgrand avance le chiffre de 400,000. C'est un véritable fleuve. Or, si nous voyons que les ingénieurs se sont occupés des moyens de faire arriver beaucoup d'eau dans Paris, nous n'apercevons nullement qu'ils aient conçu des moyens suffisants pour faire une colalure salubre et eflicace de tout le liquide nauséabond ramassé. On a renoncé pour l'avenir, avec raison, au déversement pur et simple dans la Seine qu'on n'a pas le droit de rendre indéfiniment infecte. On fait des travaux d'irrigation à Gennevilliers et on se propose de les étendre à Saint-Germain ou dans quelques autres communes des environs. Mais il ne nous paraît pas qu'on se rende compte suffisamment de l'étendue que devraient occuper les cliaiTips arrosés, pour pouvoir utiliser la totalité de l'eau. En effet, 400,000 mètres par jour correspondent à 4,600 litres par seconde; c'est, dans le Midi, de quoi arro* ser 4,600 hectares, et on n'y pratique les irrigations que du 1" avril au 30 septembre. Si l'on a de l'eau à déverser sur les champs toute l'année, il faut au moins le double, peut-être le triple ou le quadruple, pour que la terre ne soit pas saturée et dans l'impossibilité de produire des récoltes. D'ailleurs à l'époque des grandes pluies, des neiges, des gelées intenses, etc., les égouts ne cesseront pas de fonctionner; au contraire, et alors que fera-t-on du cours d'eau fétide qui n'aura pas d'embouchure? Pour nous, dès qu'on admet le système des égouts lavés par une eau abondante, il faut absolument songer à un collecteur qui aille jusqu'à la mer, mais qui, sur son parcours, pourra fournir de l'eau fécondante à tous les agriculteurs qui en demanderont. On rencontrera de vastes surfaces qui, dans des saisons convenables,

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pourront utiliser une plus ou moins grande quantité tlu cours d'eau artificiel. Celte idée a été reprise devant le conseil municipal. Les événements amèneront, un jour ou l'autre, son exécution.

La Revue des Deux-Mondes, dans son numéro du l"'" octobre, a publié un article de M. Aubry-Vitet, qui propose d'appliquer un système d'épuration employé avec succès à la papeterie d'Essonnes^ siar 1 0,000 mètres cubes d'eaux insalubres que l'usine émet chaque jour. Le système d'épuration consiste à traiter les eaux par de la chaux, à raison de 250 grammes par mètre cube. C'est un des moyens dont on fait usage à Reims, également pour des eaux d'usines. Mais il n'est pas du tout démontré que la chaux produirait un effet également efficace sur des eaux d'égout contenant les matières des fosses d'aisance. Déjà aujourd'hui, 15,000 fosses d'aisance, à Paris, envoient leurs liquides directement aux égouts. Si Je projet soutenu par M. Alphand est exécuté, ce seront plus de 100,000 fosses qui s'y videront. L'action de la chaux aura bien pour résultat de clarifier les eaux d'égout, mais elle ne leur enlèvera pas les parties solubles qui, au bout de quelque temps, reproduiront l'infectioin. Il y aura toujours un fleuve nauséabond dont il faudra se débarrasser. Le problème ne sera pas résolu, il sera seulement compliqué par la construction d'immenses bassins d'épuration dans lesquels il faudra, chaque jour, amener 100 tonnes de chaux, et d'où il faudrarelirer 400 à 500 tonnes de produits. Enorme manipulaition, montagne de produits à enlever et milliers d'hectares nécessaires pour les 'répandre !

Les travaux souterrains des égouts de Paris sont une œuvre admirable qui était indispensable et qui fait le plus grand honneur aux ingénieurs, mais il faudra prendre bravement le parti de la compléter par un grand canal collecteur qui ira jusqu'à la mer. Quant à la vidange directe des fosses d'aisance dans les égouts, même lorsqu'on la limite aux parties liquides, cela ne nous paraît pas une idée aussi heureuse. Nous lui préférons de beaucoup la désinfection permanente des fosses et l'envoi des matières des vidanges vers des plaines lointaines et isolées, où l'on permettrait rétablissement de fabriques de sulfate d'ammoniaque et de poudrette. Dans le système de la vidange directe, à l'égout, de tous les liquides des fosses, on supprime absolument la fabrication du sulfate d'ammoniaque par les urines, et il ne reste comme source de ce produit si utile à l'agricLilture que les eaux ammoniacales du gaz. Il peut être très avantageux pour les compagnies de gaz d'éclairage qu'on supprime la concurrence que leur font les fabriques de sulfate d'ammoniaque traitant les eaux vannes des fosses d'aisance. Elles vendront, en efîet, leur sulfate beaucoup plus cher; elles le vendaient naguère de 25 à 30 fr., elles le vendent aujourd'hui 50 fr. et plus par 100 kilog., parce que l'agriculture reconnaît déplus en plus l'efficacité de cet engrais. Que, dans les grandes villes, on ne puisse plus ramasser les urines, les compagnies du gaz y trouveront un grand avantage, mais l'agriculture y perdra. Il faut ajouter encore que les matières vertes des fosses, employées directement dans les terres, sont un excellent engrais, dont, dans l'intérêt de l'agriculture, il ne faut pas diminuer la quantité et la qualité par des lavages. Ce sont là des considérations dont nous croyons qu'on devra tenir compte, car elles sont d'accord avec la pensée de protéger efficacement la salubrité publique. Et d'ailleurs quand on parle de l'intérêt de

l'agriculture, on a dirôclement en vue la production des subsistances, et par conséquent l'intérêt général des populations.

IL — Congrès phylloxérique de Saragosse.

Le Congrès international ouvert en Espagne, à Saragosse, pour l'étude des moyens de combattre le phylloxéra, a clos ses discussions. Il a été présidé par don Fermin Lasala, ministi-e de fomento, assisté de M. Cardenas^ directeur général de l'agriculture à ce ministère. Une nombreuse affluence de viticulteurs est venue assister ou prendre part à ses discussions. La France était officiellement représentée par M. Camille Saint-Pierrej directeur, et M. Gustave Foëx, professeur à l'Ecole nationale d'agriculture de Montpellier. Ainsi que cela se produit toujours dans les réunions de ce genre, quelques théories ont été émises pour soutenir que le phylloxéra n'était pas la véritable cause de la mort de la vigne. Mais les principales discussions ont porté sur les moyens de lutter contre les ravages de l'insecte; la plus grande place a été occupée par les travaux et les essais exécutés en France, et sur les résultats qui ont été obtenus. Nous publierons prochainement un compte rendu des discussions du Congrès et. des conclusions qui ont été adoptées.

in. — La chasse d s hirondelles.

Le gibier est rare en Provence, et surtout dans une partie du département des Bouches-du-Rliône. Préoccupé de cette situation, le Conseil général des Bouclies-du-Rliône a exprimé le vœu que la chasse des hirondelles fut autorisée pendant leur passage. Faisant droit à cette demande, le préfet a pris un arrêté autorisant la chassedes hirondelles pendant un mois. Cette mesure a vivement frappé l'attention publique, et nous devons ajouter qu'elle a produit une véritable stupéfaction, qui s'est manifestée par de vives réclamations. Nous en trouvons la preuve dans la lettre suivante que M. le ministre do l'agriculture vient d'adresser à M. Diancourt, député de la Marne :

« Monsieur le député et cher collègue, vous avez appelé mon attention sur une nouvelle publiée par plusieurs journaux et relative à un arrêté du préfet des Bouclies-du-Rhône qui auloriserait la chasse aux hirondelles. Vous faites remarquer que cette mesure est contraire aux intérêts de l'agriculture.

« J'ai l'honneur de vous annoncer que mon attention avait été appelée, il y a plusieurs jours, sur cette afïaire, et que je me suis hâté d'écrire à M. le préfet pour savoir si la nouvelle était exacte.

« J'invitais, en même temps, ce fonctionnaire, pour le cas où il aurait pris une semblable mesure, à retirer immédiatement son arrêté qui était contraire aux instructions émanées, à plusieurs reprises, de mon ministère et de celui de l'intérieur.

ce Je ne perdrai pas de vue, du reste, cette affaire à laquelle je me propose de donner une solution conforme aux intérêts de l'agriculture.

« Je vous remercie, néanmoins, de la sollicitude que vous avez témoignée, en cette occasion, pour notre industrie agricole.

« Recevez, etc. Le ministre de CagricvUure et du commerce^

« P. TiRARD. «

La loi doit être respectée, surtout quand elle est édictée 'pour défendre des êtres aussi utiles que les hirondelles. Les instincts cynégétiques de quelques Marseillais pourront être froissés, mais ce n'est pas une considération suffisante pour permettre d'éluder les dispositions édictées.

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