SUR LA NÛN-RKGIDIVE DE L'AFFECTION CHARBONNEUSE
certaines questions, la méthode expérimentale peut être sujette à ces dangereux hasards.
Laissons donc sans jugement la valeur du remède Louvrier, et essayons de soumettre de nouveau à une épreuve expérimentale le problème théoriquement si important de la récidive du charbon.
Le 15 septembre 1880, les deux vaches guéries A et C, qui ont été fort malades, comme on vient de le voir, à la suite des premières inoculations charbonneuses du 6 août, sont réinoculées du côté gauche, c'est-à-dire du coté opposé aux premières inoculations. On se sert de cinq gouttes d'une culture de bactéridies du charbon, bactéridies provenant d'une vache charbonneuse et non d'un mouton, car nous avons reconnu qu'entre ces deux sortes de bactéridies il existe une différence sur laquelle nous reviendrons.
Les jours suivants, pas d'œdème sensible ni sur l'une ni sur l'autre vache, et pas d'élévation de température. La question est donc éclaircie : le charbon ne récidive pas, et si l'on se rappelle que, dans une note récente (12 juillet 1880), nous avons signalé que, en i878, dans nos expériences de Saint-Germain, près de Chartres, sur un des champs de la ferme de M. Maunoury, sept moutons sur huit qui avaient été malades à la suite de repas souillés de cultures charbçnneuses ont résisté à des inoculations directes de sang charbonneux, même à haute dose, on peut dire que le fait de la non-récidive s'applique aux moutons de races françaises comme aux vaches'.
Par mes communications sur le choléra des poules (9 février et 26 avril 1 880), nous connaissions une maladie virulente parasitaire qui est susceptible de ne pas récidiver. Nous en avons maintenant un second exemple dans l'affection charbonneuse. Nous savons également que, dans le charbon comme dans le choléra, des inoculations qui ne tuent pas sont préventives, et qu'enfin, de même que dans le choléra, on peut sans doute prévenir à tous les degrés.
L'importance de ces résultats ne saurait échapper à personne, car la pathologie humaine nous en offre d'analogues, et ils tendent une fois de plus à rapprocher les maladies virulentes à parasites microscopiques des maladies virulentes dont la cause étiologique est encore inconnue. Rappelons que la non-récidive est, au moins pour un temps plus ou moins long, un caractère habituel des maladies virulentes proprement dites, et j'ai eu soin de faire remarquer antérieurement que les faits de vaccine humaine permettaient de conclure qu'on pouvait être vacciné à divers degrés et que peut-être on l'était rarement au maximum.
Et maintenant, rapprochons des observations précédentes le fait
1. Sur 7 /aches auxquelles nous avons communiqué le charDon par inoculation direcie, deux seulement ont péri. N'en soyons pas '■urpris. Dans les expériences faites de 1850 à 1852 par l'Association médicale de Chartres, dans le but de résoudre la question de l'inoculation possible du charbon aux divers animaux, sur 20 vaches inoculées, une seule a péri. La vache est bien plus réfractaire au chai bon que le mouton. Elle en est malade le plus souvent, mais elle guérit facilement. Sur 47 moutons inoculés directement par l'Association médicale de Chartres, 35 sont morts, 12 ont survécu (Vou- le Rapport de M. Boutet, de 1852). Par les motifs indiquées dans la Note du 12 juillet, que je vien-i de rappeler, on doit pouvoir rencontrer des moutons réfractaires au charbon dans les pays où l'affection est enzoclique, mais il est sensible que les vaches jouissent d'une immunité constitutionnelle relative. Il peut également s'en trouver qui soient réiractaires à la suite d'inoculations spontanées.
Je dois faire ici un erratum à ma Note du 12Juillet 1880. Il est dit dans cette Note, p. 87, ligne 36, du compte rendu : Les spores, dans ce cas, se retrouvent dans les excréments des cobayes et également dans les excréments des moutons. Cela va au delà des faits que nous avons constatés. Nous avons reconnu seulement que les excréments des cobayes et des moutons peuvent donner le charl on : mais les spores charbonneuses ingérées y sont-elles intactes ou s'y sont-elles développées en partie ? C'est ce que nous ignorons. Nous le rechercherons.