VIII. — Le Phylloxéra
Dans sa dernière séance, l'Académie des sciences a reçu communication de notes de deux de ses délégués relativement aux résultats obtenus sur divers points, cette année, dans le traitement des vignes. Tout d'abord, M. Henneguy fait connaître les observations qu'il a faites dans le Midi sur les vignes de M. Henri Mares et de M. Teyssonnière traitées par le sulfocarbonate, et sur le vignoble de M. Jaussan traité par le sulfure de carbone. Ces observations confirment celles que nous avons déjà publiées sur ces mêmes vignes ; elles constatent les heureux effets de ces agents sur des ceps dont le système radiculaire n'avait pas encore été complètement détruit. On ne saurait trop répéter qu'il faut se hâter de faire les traitements dès que l'on constate qu'une vigne est atteinte; plus on attend, et plus on court le risque de ne pouvoir réussir. — De son côté, M. Boiteau nous fait connaître que les études sur la descendance des œufs sexués, empêchées par les circonstances climatériques, en sont encore au même point que l'an dernier à pareille époque. Il ajoute d'ailleurs, sur le mode opératoire du traitement parle sulfure de carbone, des détails qu'on lira avec intérêt:
« Je répèle qu'il faut multiplier le moins possible les injections, mais qu» cependant il faut au moins en mettre deux par mètre carré. Le rayon insecticide efficace ne dépasse jamais, d'après mes observations, répétées plusieurs fois cette année encore, û"35 ou 0"'40. Le bouchage des trous ne semble guère agir sur l'efficacité de la diiïusion et de la destruction, car des trous laissés ouverts ont donné les mêmes résultats que ceux qui avaient été fermés. Le tassa^e des ouvertures peut donc être négligé dans ce qu'il a de trop accentué. Le pied de l'ouvrier suffit largement à leur occlusion.
« Les opérations à lignes parallèles s'appliquent facilement à tous les modes de plantation, et elles ont l'avantage de donner le contingent le plus faible de mortifications. Ou doit autant que possible alterner les trous, de manière à obtenir une diffusion des plus régulières et à pouvoir ainsi diminuer d'une manière assez considérable les quantités de toxique à employer. Suivant qu'on emploie la disposition en carrés réguliers ou par lignes alternes on peut économiser un tiers ou un quart de la matière insecticide, tout en obtenant les mêmes résultats. Cette dernière disposition fait ainsi qu'il n'y a jamais en présence des ceps et à la plus petite distance une seule injection ; celles qui sont du côté opposé, par leur alternance se trouvent beaucoup plus éloignées.
« Dans la direction des lignes on place tous les trous à û'°70 les uns les autr- s.
« Dans les vignes plantées au-dessous de 0'"80 d'interlignes, une seule raDiréo de trous suffit; danscellesqui sont distantes de 0™80 à r"50, il en faut deux; d.ias celles qui se trouvent entre l'"30 et 2'"10 il en faut trois. La dose par injection varie suivant le nombre de trous qui entrent dans un hectare, nombre qui peut aller à 20,000 et à 35,000. La quantité de sulfure par mètre carré doit être en moyenne de 15 à 20 grammes. Cette dose est insuffisante l'hiver, et les résultats qu'on obtient, en opérant ainsi que je viens de l'expliquer, sont très remarquables. Lorsque les effets sont incomplets, cela provient surtout de ce qu'on espace trop les trous, ce qui met dans l'impossibilité d'atteindre les insectes dans tout le cube de terre, quelles que soient les doses et que le traitement soit simple ou réitéré.
Cl À cela il faut ajouter le traitement complémentaire que nous avons indiqué l'année dernière, et qui consiste à badigeonner la partie inférieure des ceps et la base des premières racines avec un mélange de chaux, 5 ou 6 parties d'huile lourde et 1 de coaltar, le tout étendu de 8 ou 10 [larties d'eau. Cette solution doit être employée au printemps avant le réveil des hibernants.
« Toutes les fois que ces indications ont été parfaitement suivies, les résultat» ont été des plus concluants.
«Dans les vignes en bon état, un traitement alterné, de deux ans l'un, suffit généralement. »
Le fonctionnement des syndicats de défense est désormais régulier sur un grand nombre de points. Nous recevons le rapport du syndicat
de Clîiroublcs Ubône), présidé par M. Gonin, sur ses opérations en 1880 avec le sulfure de carbone. Ce rapport estdù à M. Clieysson, ingénieur en cbef des ponts et cbaussées. C'est sur 7'i hectares que les vignes ont été traitées; le résultat ne s'est pas fait attendre. Après quel(|ue3 appréhensions, au printemps, à raison de l'époque tardive du traitement, tous les associés,, sans exception, s'accordent à proclamer l'amélioration très notable que présentent les parties traitées, par rapport à celles qui ont été abandonnées àelles-mêmes. Le programme d'action du syndicat est le suivant : adopter comme traitement cultural le traitement d'biver, à raison de 3i» grammes par mètre carré, en deux applications successives, espacées de buit à dix jours; fumer abondamment, afin d'aider à la reconstitution des racines; taire un traitement annuel jusqu'à ce qu'on soit maître de la situation. IX. — Les vignes du Soudan.
On a fait beaucoup de bruit autour d'une lettre envoyée du Soudan par un voyageur, M. Lécatt, sur les vignes annuelles, à tubercules, qu'il a découvertes au Soudan, dans un voyage d'exploration dont il était chargé par le ministre de l'instruction publique. Un grand nombre de viticulteurs se sont émus, et ont demandé où ils pourraient se procurei" des graines de ces vignes. La Commission du phylloxéra, à l'Académie des sciences, a annoncé qu'elle recueillait les demandes et qu'elle ferait la distribution des graines aussitôt que celles-ci lui seraient parvenues. Or, il résulte d'une notice que M. Lécart a fait imprimer au Sénégal, et qui vient de parvenir en France, qu'il ne veut pas se dessaisir de ses droits sur les graines de ses vignes. Il rentrera en France probablement à la fin du mois de décembre, et il vendra directement ses graines, soit à son domicile, à Scey- sur-Saône (Haute-Saône), soit par l'intermédiaire de son correspondant, M. Chantin horticulteur à Paris. Le dernier numéro des comptes rendus de l'Académie des sciences donne d'ailleurs un extrait de cette notice dans lequel cette intention du voyageur est clairement exprimée. X. — Séricicullvre. — Hivernation des graines.
Nous avons fait allusion, dans une de nos dernières chroniques, à un projet de création de locaux propres à l'hivernation des graines de vers à soie. Ce projet est réalisé. Le syndicat des filateurs et mouliniers de la région de Valence, qui possède à sa tête des hommes dévoués aux intérêts de l'industrie séricicole, a choisi deux postes à des altitudes dépassant 1,000 mètres, l'un dans la Drôme, l'autre dans l'Ardèche, et il se charge d y faire porter, et dy conserver avec tous les soins nécessaires, les graines qu'on voudra bien lui confier pour cet objet. Jusqu'à concurrence de 200 onces de graines, ce service sera absolument gratuit. Les adhérents peuvent, dès à présent, et jusqu'au 25 de ce mois, adresser leurs communications à M. Blanchon, président du syndicat, à Valence (Drôme), rue de l'Université, 14. Nous n'avons pas besoin de faire ressor tir l'importance du service ainsi rendu par cette Société à toute l'agriculture du Midi ; son exemple sera suivi, n'en doutons pas. il est même regrettable que le futur observatoire météorologique de M. Ventoux ne soit pas plus avancé, car il serait bien placé pour héberger de la même manière les graines de vers à soie de la région environnante. C'est une idée que nous recommandons aux créateurs de cet observatoire.