‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 90 sur 752 · I. — Nouvelles recherches sur les maladies charbonneuses · texte numérisé non relu

I. — Nouvelles recherches sur les maladies charbonneuses

Dans le compte rendu annuel des travaux de la Société nationale d'agriculture que je faisais il y a un mois à peine, je disais que je ne pensais pas qu'aucun de mes prédécesseurs ait eu à enregistrer une plus grande découverte que celle des êtres infiniment petits qui ont été trouvés dans quelques virus. Les faits qui successivement sont mis en évidence par les recherches de M. Pasteur lui-même et des savants qui suivent ses traces ou se sont faits ses collaborateurs, montrent que cette appréciation est plutôt au-dessous de la vérité qu'audessus. Unevoie nouvelle est ouverte, et chaque jour, pour ainsi dire, on y découvre des faits de la plus haute importance pour l'agriculture. Nous insérerons dans notre prochain numéro un nouveau mémoire que M. Pasteur et deux de ses collaborateurs, MM; Chamberland et Roux, ont présenté à l'Académie des sciences et à la Société d'agriculture, et dont les conclusions pratiques doivent être mises en évidence. Les maladies charbonneuses qui, tous les ans, sont la cause de tant de pertes pour le bétail et de catastrophes pour les hommes, peuvent complètement disparaître en quelques années, maintenant qu'on connaît bien leurs causes et leur prophylaxie. Ce sont, d'après M. Pasteur, les vers de terre qui ramènent à la surface les germes du mal, dans les terrains où l'on a enfoui les cadavres d'animaux charbonneux. Si un terrain n'a pas de vers de terre, c'est-à-dire si ce terrain est peu fertile, les germes charbonneux resteront dans l'intérieur du sol, et la maladie ne pourra pas être transmise. On peut craindre que la conclusion manque d'une justesse absolue, car un sol qui n'a pas de vers de terre aujourd'hui en aura peut-être dans un temps plus ou moins éloigné. Il nous paraîtrait bien préférable d'assurer la destruction complète de tous les germes par la cuisson immédiate et la transformation en engrais de tous les animaux abattus à raison de maladie charbonneuse. Nous devons dire d'ailleurs que M. Pasteur n'a émis sa conclusion qu'en l'entourant de toutes les réserves qu'un vrai savant apporte toujours dans l'émission d'une idée, alors qu'elh n'a pas été complètement vérifiée par l'expérience.

Comment les bactéridies qui donnent la maladie charbonneuse agissent-elles? Comment peut-il se faire que certains animaux y soient réfractaires, comme le porc, par exemple, et que d'autres contractent la maladie plus facilement, pendant les premiers mois de leur exis-

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tence, tandis que plus tard ils sont indeiîinés^ comme les moutons algériens sur lesquels M. Chauveau, ainsi que nos lecteurs le savent, a expérimenté ? Ce n'est que par des recherches nouvelles que cette question peut être résolue. Cette question, M. Toussaint, professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse, a entrepris de la résoudre en ce qui concerne le chien et les moutons. Il est arrivé à constater qu'on peut faire acquérir à des animaux l'immunité contre le charbon, au moyeti d'inoculations préventives. Quelles seront les conditions d'efficacité pour ces inoculations, c'est ce qui est encore à déterminer. On doit, par conséquent, vivement encourager les expériences entreprises par M. Toussaint. Le ministère de l'agriculture est disposé à lui donner toutes les sommes nécessaires, de même qu'il a récemment demandé a la Commission du budget de la Chambre des députés qu'une somme de 50,000 francs fût votée pour permettre à M. Pasteur de continuer ses expériences.

IL — Décoratmis dans la Légion d'honneur. Dans notre précédente chronique (p. 82), nous avons inséré la liste des nominations ou promotions dans la Légion d'honneur, faites sur la proposition du ministre de l'agriculture et du commerce. Nous trouvons dans les nominations faites à d'autres titres, des noms qui intéressent aussi l'agriculture. Ont été nommés :

ku grade, d& commandewp .'M, le colonel Basserie, commandant la première circonscription de remonte.

Au grade d'officier : M. Duponchel (Adolphe], ingénieur en chef de première classe au corps des ponts et chaussées, chevalier du 13 août 1865; 37 ans. de services. Etudes remarquables sur la question du chemin de fer transsabarien. -^ M. Rousseau (Paul-Armand), conseiller d'Etat ea service extraordinaire, directeur des routes et de 1a navigation; chevalier du 7 mars 1871 ; 22 ans de services.

— M. Bixio (Maurice), membre du conseil municipal de Paris; chevalier depuis 1871.

Au grade de chevalier : M. Courtillier, membre du 0)nseil général de k Sârthe, président de la Société des agriculteurs de la Sarthe, membre de la Chambre consultative d'agriculture de Sablé. Lauréat de la prime d honneur au concours régional de 1872; conseiller général depuis 1871. Titres exceptionnels. — LiÉBERT, directeur pohtique de la Gazelle du Village. Titres exceptionnels. — M. Passy (Frédéric), membre de l'Institut, professeur au collège Ghaptal. Travaux distingués sur l'économie politique et l'histoire. — M. Tourasse, propriétaire à Pau (Basses-Pyrénées), a consacré la plus grande partie de sa fortune au développement de l'enseignement primaire. — M. Poloîsy (Victor-Marie-Edouard- Ernest), ingénieur ordinaire au corps des ponts et chaussées; a conduit d'une façon remarquable des travaux de navigation, de dessèchement et irrigation.

— M. Gar?el (Marie-Charles), irgénieur des ponts et chaussées,, professe avec distinction les cours préparatoires de physique et de chimie à l'École des ponts et chaussées.

Les éleveurs connaissent les travaux du colonel Basserie sur le cheval. M. Duponchel, M. Courtillier, M. F. Passy ont été trop souvent cités dans notre Recueil pour que l'on ait oublié leurs travaux d'ordres divers, mais distingués. On doit à M. Tourasse des recherches importantes sur la production rapide des arbres fruitiers. On se souvient des importantes expériences faites par M. Maurice Bixio sur l'alimentation des chevaux de la Compagnie des petites voitures, qu'il dirige.

IIL — Le phylloxéra.

On sait que l'Algérie est placée sous un régime spécial au point de vue du phylloxéra. Afin de compléter ce régime, le gouverneur général

de l'Algérie a proposé que les conditions dans lesquelles serait appliquée la loi qui régit la France, fassent déterminées d'une manière précise. Le décret suivant a résolu la question, après avis de la Commission supérieure du phylloxéra :

Le président de la Républicme française,

Sur le rapport du ministre de l'agriculture et du commerce, d'après les propositions du gouverneur général de l'Algérie ;

Vu la loi des 15 juillet 1878, 2 août 1879, relatives aux mesures à prendre pour arrêter les progrès du phylloxéra et du doryphora ea France;

Vu le décret du 2^ juin 1879, portant interdiction d'importation en Algérie des produit-^ énumérés dans le décret ;

Considérant qu'il importe de compléter le régime spécial de l'Algérie, d"une part, à TeÔet d'assurer la répression pénale des délits, et, d'autre part, en vue de permettre à l'autorité de faire appliquer, suivant les circonstances de temps et de lieux, les dispositions de la loi des i 5 juillet 1878, 2 août 1879, Décrète :

Article premier. — La loi des 15 juillet 1878, 2 août 1879 susvisée est déclarée applicable à l'Algérie.

A cet etfet, elle sera publiée et promulguée, â la Suite du présent décret qui géra inséré au Bulletin officiel des actes administratifs du gouvernement général de l'Algérie.

Art. 2. — Le décret du 24 juin 1879, spécial à l'Algérie, reste et demeure en vigueur. Par suite, les arrêtés pris en France, pour l'application de ladite loi des 15 juillet 1878, 2 août 1879, ne sont pas exécutoires en Algérie.

Art, 3. — Le gouverneur général de l'Algérie exerce celles des attribatiQns' conférées au ministre de l'agriculture et du commerce par la loi des 15 juillet 1878, 2 août 1879.

Art. 4. — Le ministre de l'agriculture et du commerce et le gouverneur général de l'Algérie sont chargés de l'exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 12 juillet 1880. Jules Grévy.

Par le président de la République :

Le ministre de l'agriculture et du commerce, P. Tirard.

La constitution des syndicats de défense se poursuit dans un grand nombre de départements. A ce sujet, nous recevons la lettre suivante de M. Gautier-Descottes, président d'un syndicat qui vient de se constituer dans les Bouches-du-Rhône :

« Monsieur le directeur, votre journal mentionnait dans l'un de" ses derniers numéros la constitution de nombreux syndicats en conformité de la loi du 2 août 1879.

« L'association syndicale temporaire des communes d'Arles, Fontvieille et Saintes-Mariés (Rou;.i ;s du Rliône), qui est aujourd'hui en instance pour obtenir l'approbation de ses statut>? ui compte pas moins de 937 hectares de %'igQes déjà submergées ou préparées à i être.

« Cette contenance se répartit de la manière suivante : commune d'Arles, 817 hectares; Fontvieille, 106; Saintes-Mariés, ]4.

« Cette organisation récente, outre qu'elle témoigne de l'intelligente initiative des propriétaires de ces régions, est un hommage de plus rendu au système de la submersion, et à M. Louis Faucon, son inventeur.

« Veuillez agréer, etc « Gautier-Descottes,

« Président du syndicat. »

Enfin, nous devons signaler l'extension des taches phylloxériques dans le département de l'Aude. Ces taches sont d'ailleurs traitées avec une grande énergie. Ce département est, comme nous l'avons dit déjà à plusieurs reprises, un de ceux où la lutte est conduite avec le plus d'ensemble.

IV. — Congrès des vignes françaises à Clermont-Ferrand. La Société d'agriculture du Puy-de-Dôme, présidée par M. Guyot- Lavaline, a pris l'initiative d'organiser, pendant le concours régional

124 CHRONIQUE AGRifiOLE (:4JL'ILLET 1880).

qui se tiendra à ('lermont-Ferrand à la lin du mois d'août, un congrès viticole qui prendra le nom de congrès des vignes françaises. Le but de ce congrès est exposé dans la note suivante que nous croyons utile de reproduire :

« Depuis l'invasion du phylloxéra en France et dans toute l'Europe, une quantité innombrable de théories, de systèmes, de procédés et de substances, ont été successivement proposés, essayés, préconisés, vantés comme infaillibles pour triompher du fléau qui sème autour de lui taat de ruines. Si les progrès de ce désastre ne se sont pas arrêtés, il est cependant hors de doute que, sur beaucoup de pr.ints, l'emploi judicieux de certains moyens de résistance au terrible insecte a donné et coninue à donner des résultats satisfaisants pour la défense et pour la conservation des vignes françaises. Sans vouloir préjuger le succès définitif de ces efforts qui semblent se généraliser sous forme de syndicats, de traitements administratifs, d'associations et de commissions d'études et de vigilance, les déi'enseurs persévérants de nos anciens cépages, convaincus que notre vieille vigne française peut encore se défendre, dans de certaines conditions données, ont eu la pensée de provoquer une réunion libre dans laquelle les viticulteurs seront invités à venir exposer les moyens qui auront été couronnés de succès.

« La ville de Glermont-Ferrand, siège d'un concours régional de cinq départements viticoles et de la station agronomique du centre de la France, nous a paru un heu de réunion très propice pour inaugurer les Congrès des Vignes françaises^ que nous voudrions rendre périodiques afin de tenir le public viticole au courant non seulement des moyens de défense et des résultats obtenus, mais encore de tous les procédés qui peuvent contribuer au développement de notre pros[)érité viticole.

« Tout en nous occupant uniquement des vignes françaises ou indigènes, c'est-à-dire européennes, et des traitements employés pour leur conservation, il sera du plus grand intérêt de connaître en détail les procédés qui sont mis en œuvre, les substances dont on fait usage, leur composition, leur mode d'emploi, leur prix de revient et la nature des terrains sur lesquels se poursuivent les études et les applications.

« Le comité qui a pris l'initiative Je ce congrès serait heureux de vous voir participer à ceite réunion, et y apporter le concours de vos lumières et de votre expérience viticole, en venant nous communiquer ce qui se fait autour de vous et ce que vous faites vous-même pour combattre la marche du fléau dévastateur.

« Nous vous serions fort obhgés, Monsieur, si en donnant votre adhésion à cette réunion, vous nous indiquiez le sujet de la communication que vous aurez 1 intention de faire au Congrès, afin de permettre de régler l'ordre de ses travaux pendant la session qui se tiendra à Glermont-Ferrand, les 30, 31 août et i'^"' septembre 18 0. »

Les communications relatives au Congrès doivent être adressées, avant le 20 août, à M. Truchot, directeur de la Station agronomique, à Glermont-Ferrand, ou au bureau de la Vigne française^ rue Coq- Héron, 5, à Paris. Voici le programme des travaux du Congrès : Utilité de la conservation des vignes françaises et moyens propres pour y arriver; — la résistance au phylloxéra : systèmes préventifs, méthodes culturales, procédés divers, la submersion des vignes, les terrains sablonneux, les insecticides : le sulfure de carbone, les sulfocarbonates; — les ennemis naturels du phylloxéra; — les divers ennemis et les diverses maladies de la vigne. — Exposition et expériences des instruments préservateurs. — Excursion à Mézel. — La première liste des adhérents comprend 75 noms.

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