‹ Journal de l'agricultureChapitre 173 sur 527 · D'' LOREAU · texte numérisé non relu

D'' LOREAU

à La Chauvinière (Indre-et-Loire).

Police rurale. — hchardonnage. — Les préfets sont investis du droit de prendre des arrêtés de police et notamment d'édicter les mesures propres à assurer la salubrité des campagnes. Jusqu'où va ce droit? Est-il illimité? Est-il au contraire essentiellement restreint? Et, spécialement, un préfet peut-il, par mesure générale, prescrire l'échardonnage ? Plusieurs préfets ont pensé que ce droit rentrait dans leurs attributions; ainsi le Journal des Communes (1866, p. 128) rapporte un arrêté pris en ce sens, à la date du 3 avril 1866, par le préfet des Vosges. Le préfet d'Indre-et-Loire avait devancé son collègue dans cette voie; car, à la date du 25 février 1838, il prenait un arrêté en ces termes :

0 Article 1"". — Il est enjoint à tous propriétaires, usufruitiers, fermiers ou locataires de détruire les chardons qui croissent sur leurs terres en culture, ainsi que sur les dépendances de leurs propriétés.

s Art, 2. — La destruction des chardons aura lieu chaque année avant le'mois de juillet; ils devront être coupés près de terre ou arrachés, s

Cet arrêté était-il légal? Le tribunal de police de Château-Renault ne le pensa pas et il renvoya des fins de la poursuite les délinquants traduits pour ce fait devant lui. Le ministère public crut devoir for-

mer un pourvoi contre cette décision, mais le pourvoi a été rejeté à la date du 27 janvier 1866. Ce sont les motifs de cet arrêt que nous voulons rapidement analyser et apprécier.

D'abord il est un point certain ; c'est que, contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, il n'y a aucun argument à tirer, en notre matière^ du droit qu'ont les préfets de prescrire et de réglementer l'échenillage. L'échenillagc est, en effet, une mesure générale ordonnée par une loi (26 venlôse an IV), et les préfets n'ont pour mission que de rappeler la loi. C'est là l'unique but des arrêtés qu'ils prennent à ce sujet, quels qu'en soient les termes ; ils ne créent donc pas la contravention; ils la constatent; ils la proclament. Donc aucune assimilation n'est possible entre l'échenillage et l'échardonnage. Seulement les préfets sont, dans certains cas, chargés de veiller à la police rurale, et il est clair que lécliardonnage peut, sous un certain rapport, être considéré comme étant une mesure de police rurale. Le chardon est, en effet, une plante d'autant plus nuisible à la culture qu'elle est plus vivace et se propage plus rapidement.

Mais, d'une autre part, il ne faut pas perdre de vue ce principe qui domine toute notre législation agricole, à savoir que la propriété territoriale est libre, et que la culture des terr'es, la disposition des récoltes sont abandonnées au libre arbitre des propriétaires. Ce principe est expressément écrit dans la loi (art. 1 et 2, tit. I, loi du 6 oct. 1791). 11 n'y peut être dérogé que par une loi, à moins que la sûreté générale ne soit menacée. En ce cas, et par exception, le préfet a le droit de prendre les mesures que réclame la sûreté générale.

Voilà les principes; l'application en est facile. 11 est évident d'abord que la sûreté générale n'est pas menacée parce que les cultivateurs auront laissé les chardons envahir leurs champs; il n'est pas moins évident que l'arrêté, qui prescrit l'échardonnage, serait une entrave à ce principe de liberté de la culture que nous rappelions tout à l'heure. Il ressort de ces considérations que les arrêtés préfectoraux, que nous mentionnions plus haut, étaient illégaux au premier chef et que c'est à bon droit que la Cour de cassation les a déclarés tels.

La Cour n'a fait d'ailleurs que persister dans sa jurisprudence antérieure : elle avait déjà en 1859 rejeté un pourvoi formé dans des circonstances analogues. Il s'agissait alors d'un arrêté pris par le maire de Pussay (canton de Miréville) à iin d'interdire aux cultivateurs de cueillir de tlierbe, même dans leurs propriétés^ quand les blés pourraient en souffrir. Il faut convenir que la prohibition était singulièrement tyrannique; la nécessité de l'échardonnage ne le serait pas moins, sans être plus légale.

Délit rural. — Èpizoolie. — L'article 459 du Code pénal dispose que :

« Tout délenteur ou gardien d'animaux ou de bestiaux soupçonnés d]ètre infectés de maladie contagieuse, qui n'aura pas averti sur-le-champ le maire de la commune où ils se trouvent, et qui, même avant que le maire ait répondu à l'avertissement, ne les aura pas tenus renfermés, sera puni d'un emprisonuement de six jours à deux mois et d'une amende de seize à deux cents francs. »

Le danger des maladies contagieuses et la rapidité de l'infection prescrivaient au législateur de prendie, en pareil cas, des mesures sévères; nul n'y contredit. On s'est demandé seulement s'il fallait, pour

que le délit prévu par l'article 459 fût commis, la réunion des deux conditions qui y sont mentionnées , avis donné immédiatement au maire et séquestration des animaux malades, ou bien si l'inaecomplissement de l'une seulement de ces conditions suffisait à constituer le délit. Pour apprécier la question, il suffit de se reporter à l'intention du législateur. Son but est de prévenir la contagion ou d'en arrêter au plus vile les progrès. Ilest clair que l'avis au maire, sans la séquestration, serait inefficace; et, tout de même, la séquestration n'est pas une mesure suffisante; abandonnée à la vigilance privée^ elle peut n'être pas faite dans les conditions voulues pour en assurer tous les effets. Il importe donc que l'autorité, avertie sur-lechamp, prenne les mesures que commande la prudence, mesures sur lesquelles l'intérêt privé peut s'aveugler lui-même. Il suit de là que l'omission d'une seule des conditions indiquées dans l'article 459j entraîne la consommation du délit; c'est à l'autorité judiciaire seulement à tenir compte des circonstances dans l'application de la peine. C'est ce qu'a jugé avec raison la Cour de Chambéry par arrêt du 2 février 1866.

Irrigation. — Chemin vicinal. — Compétence. — La loi du 29 avril 1 845 s'est vivement préoccupée des intérêts de l'agriculture; elle a érigé en servitude la nécessité pour les fonds inférieurs de recevoir les eaux découlant des fonds supérieurs et provenant soit d'irrigation, soit de drainage. En cas de contestations, elle attribue compétence aux tribunaux ordinaires; cependant elle ajoute (art. 5) qu'il n'est aucunement dérogé aux lois qui régissent la police des eaux. De là naît une difficulté. Lorsque les eaux, dans leur écoulement, rencontrent une route, un chemin vicinal, par exemple, est-ce encore à l'autorité judiciaire que doit s'adresser celui qui veut profiler des dispositions de la loi de 1845? On se rappelle que les routes, suivant la classe à laquelle elles appartiennent, font partie de la petite ou de la grande voirie, et que la voirie est rangée dans les attributions de l'autorité administrative.

Pour défendre lu compélence des tribunaux ordinaires, on invoijue les termes absolus de l'article 4, et l'on fait remarquer que l'article 5, ne rappelant que les lois sur la police des eaux, indique par cela même qu'il est dérogé à toutes autres lois, et noîamment à celles qui réglementent la voirie. Mais il faut reconnatlre qu'il y a, dans notre législation, un principe primordial qui en est la base essentielle, — le principe de la séparation des pouvoirs — et qu'on ne peut facilement y admettre une dérogation. En tout cas, telle est sa force, telle est sa nécessité surtout, qu'il faut, pour ne pas l'appliquer, une dérogation expresse, et qu'une dérogation tacite, c'est-à-dire nécessairement vague et ambiguë, ne peut suffire. Les tribunaux ne sont donc pas compétents pour ordonner, par application de la loi de 1 845, des travaux qui toucheraient aux routes^ de quelque classe qu'elles soient: Ils ne seraient pas davantage compétents pour reconnaître à un particulier le droit de faire écouler ses eaux sur ou sous une route; car la reconnaissance de ce droit impliquerait l'obligation, pour l'admitiistration, de faire des travaux dont elle est seule et dont elle doit rester seule juge. Nous croyons donc conforme au droit l'arrêt rendu en ce sens, le 4 juillet 18GG, par-la Cour de Dijon. Eue. Poiillet,

Avocat à la Cour imiiériak de Paris.

436 PISCiCL'LTaRE ÉCONOMIQUE.

Pour qui veut élever des poissons, la première question intéressante est celle-ci : Qu'csl-cc que cela coûtera? En d'autres termes : à combien me reviendront mes élèves?

Tout le monde n'est pas millionnaire, et la question n'est pas de repeupler les cours d'eau de son pays au moyen de poissons valant leur poids d'or. La question vraie est celle dont la solution économique — j'allais dire gratuite — permettra au plus grand nombre d'embrasser cette occupation comme un délassement, comme un amusement, une occasion d'instruction pour lui elles siens. Hoi's de là, point de réussite ; à moins que l'État n'intervienne et alors ne fasse les choses en régie. Mais ce ne serait là ni le parti le plus économique, ni celui que nous voulons étudier.

Rien n'est plus facile cependant que de prouver que l'éducation d'une très-grande quantité de poissons est une opération qui n'occasionne, surtout à la campagne, qu'une dépense insignifiante — pourvu que vous ayez de l'eau — et qui mène à une réussite certaine.

Pourvu que vous ayez de l'eau! J'aurais dû ajouter tout de suite : de l'eau convenable. Mais, rassurez-vous, il en est bien peu qui ne le soient pas, et toutes les eaux peuvent être ramenées aux conditions nécessaires, sans grands soins et sans grandes dépenses.

Deux systèmes se présentent tout d'abord à l'éleveur, pour l'établissement de ses appareils : ou il pratiquera à huis clos, en lieu couvert, ou bien il opérera à ciel ouvert, dans les conditions de la nature. Chaque méthode a ses avantagea et ses inconvénients. Chaque méthode a ses lieux d'élection; par conséquent, des endroits où l'une ne coûtera rien , tandis que l'autre sera fort chère et réciproquement. Nous allons maintenant passer en revue ces différents systèmes. L'élevage, qu'il se fasse à l'intérieur ou à l'extérieur, commence toujours par les appareils d'incubation des œufs. Ces appareils sont de plusieurs sortes. A l'intérieur, on peut compter deux systèmes principaux. A l'extérieur, on en peut distinguer trois au moins. Commençons par une rapide description des appareils destinés à l'incubation à l'intérieur : nous allons, en même temps que nous les décrirons, donner les prix de revient afférents à chacun d'eux.

Le premier, que l'on peut appeler V appareil à cascades ou à déplacement, est dû au génie inventif de M. Coste, le rénovateur de la pisciculture parmi nous et le promoteur du grand mouvement qui entraîne aujourd'hui toute l'Europe à notre suite dans ces études si intéressantes, non-seulement au point de vue scientifique, mais encore au point de vue économique de l'alimentation générale. Cet appareil se compose d'un nombre indéterminé de rigoles artificielles (voir la figure 34, page 223 du numéro du 5 février) formées d'auges oblongucs en poterie placées sur des gradins disposés de différentes manières, mais toujours de façon que l'eau , arrivant dans l'auge la plus élevée, descende de celle-ci dans les inférieures, en passant par le trop plein que porte chacune d'elles, et sorte à l'autre extrémité, de ma-

nière à former un courant continu et sans secousse dans le sens de la longueur de chacune des anges. Dans chacune d'elles, au milieu des parois, sont ménagées de petites saillies qui permettent d'y poser une claie sur laquelle sont étalés les œufs en incubation déjà fécondes. Les barreaux de cette claie sont formés de petites baguettes de verre espacées de 2 à 3 millimètres, et maintenues à chaque extrémité par une trèsmince lame de plomb dans des entailles pratiquées sur le bord inférieur des traverses de bois formant l'encadrement de la claie. Deux petites anses en fil de fer galvanisé permettent d'enlever la claie et de la sor-

Fig. 67. — Appareil à courant continu, à l'air libre, pour l'incaljatiou artificielle des œufs de poissons.

tir de l'auge quand besoin en est. Ce système, extrêmement simple déjà, peut être installé dans un endroit bienaéi-é, où la température soit peu variable, ne s'élevant pas, en été, au-dessus de 20 à 25 degrés, et ne descendant pas, en hiver, au-dessous de 10 à 12. Tant qu'il ne s'agit que de l'incubation des œufs de salmonidés, laquelle a lieu dans la saison froide, on peut installer l'appareil dans une serre tempérée, ainsi que le montre la gravure citée plus haut. Dans ce cas, la disposition des auges est dépendante de la forme du local et suit le plus

souvent la pente des gradins sur lesquels s'échelonnent les vases à fleurs. L'éclosion une fois obtenue, et la vésicule ombilicale résorbée, le printemps est venu et le mieux est de transporter avec les précautions convenables les jeunes alevins à l'air libre pour y continuer leur élevage à l'extérieur. Nous reviendrons d'ailleurs en temps et lieu sur ce sujet.

Le second système d'appareils à l'intérieur doit prendre le nom de M. Coumes, son inventeur, et il a été installé par lui sur une trèsgrande échelle à l'établissement deHuningue, où il fonctionne depuis plusieurs années d'une manière parfaite. Ce système peut porter le nom d'appareil à courant continu (fig. 67). Il se compose d'une longue table, presque de niveau, ou du moins ne présentant qu'une pente insensible vers lextrémité opposée à celle par laque41e arriva l'eau. Pas de terrines, pas de gradins. Un peu plus de dépense d'eau que pour les appareils Coste, tel est son seul défaut, si c'en est un. Les claies à cadres de bois, à baguettes de verre, semblables à celles que l'on introduit dans les auges, sont tout simplement juxtaposées dans la tal)le- réservoir et baignent par le courant de l'eau qui entre à une extrémité et sort par l'autre. De petits tasseaux les tiennent soulevées du fond et consolident les petits cadres des claies sur lesquels ils sont cloués. Ces tasseaux ont pour objet de ramener la: couche des œufs aussi près que possible de la surface de l'eau.

Les grands appareils Coste sont à quinze cuvettes, en gradins doubles, et représentent une éducation de trente à quarante mille œufs de salmonidés, car on peut très-facilement mettre en incubation deux mille oeufs de truite et plus par cuvette. Cet appareil suffit grandement à l'exploitatioii d'un particulier, et;, joint à un ruisseau naturel, garni de claies en fils de fer, ou mieux encore à une ri2;ole d'élevasïe à bere;e de gravier {système Gaukler) dont nous parlerons plus tard, il comporte un établissement de pisciculture complet et ne laissant rien à désirer.

Prenons d'abord, pour base de nos calculs, l'appareil Coste à quinze cuvettes. Les déboursés se décomposent; ainsi :

fr.

1" lo cuvettes en poterie, à S.ir. l'une 30.00

2' lô claies bois, verre' et plomb, à I fr. 60 l'une . î"2.50

3 ' Une table creuse garnie de zinc et gradins au milieu pour les cuvettes : le tout pouvant servira l'èelosion, — car il contient un courant d'eau suffisant, — ou bien à placer les jeunes alovins écloSi Détail delà taWi^

Bâtis et pieds en sapin, fait et fourni .... 12 fr.

Gradins à rintèçieur, mobiles, ileuï, fait et foumii . .. 12

Garniture de la talile, intérieur en zinc n" 13, 4 m. c. à 9 fr. .. 36 Peinture à trois couches, la dernière au vernis, de la table et des deux gradins, environ 4 m. c. à 1 fr. , fait et fourni 4

Total 64 64.00

4° Installation du robinet d'écoulement et des tuyaux ou conduites d'eau pour

l'appareil, en mojenne 25.00

.5° 35,000 œufs, fournis gratuitement par l'établissement de Huningue, port

seul à p.iyer, en moyenne ' 6 00

Total de l'appareil 147.00

la source est élevée au-dessus du sol environnant, ce dont on s'as-

(1) Le kilog. de baguettes de verre se vend 2 fr. 50, et il en faut trois pour renouveler une fo's tout l'app,-.re;l. '-'.^ t-.-riirn, une dépense de 7 fr. 50 cent., car les plombs et les cadres durent indéfiniment.

PISÛIGULTUiiE ÉOÛNÛilIQUE- 439

surei'a par un nivelleraeul, sommaire vers le point d'installation de l'appiireil, on amt;ncra l'eau dans un caniveau formé de deux planchettes deO^.lO de largeur, clouées ensemble en forme de Y etfoutenues au besoin par des volants formés de deux perches un peu enterrées du pied, assemblées en forme de X par une cheville ou un lien quelconque, et clouées au caniveau pour que le tout ne se couche pas sous l'effort du vent. Si, au contraire, la source est au niveau du sol, on araènera l'eau dans un conduit semblable, en V, mais clos, et avec une pente trèsfaible, presque insensible, vers une cavité que l'on creusera et dans laquelle on phicera l'appareil . Dans l'un des coins de cette cavité on formera un petit puisard pour la perte des eaux de trop plein qui coulent continuellement par le bas de l'appareil. L'ensemble de ces travaux, même pour une distance de 1,000 à 1,500 mètres, ne constitue pas,, à. la campagne, aulre chose qu'une dépense de temps, les matériaux y étant à très -bas prix, souvent même sans valeur pour le propriétaire qui les emploie.

Dans la plupart des cas, — alors que l'on ne regarde pas autant à la: dépense, — il vaudra mieux amener les eaux dans un conduit fermé, un tuyau de zinc ou de plomb , par exemple, ou de carton bitumé que l'on laissera fonctionner quelque temps avant de s'en servir, afin que l'eau ne contracte aucun goût étranger. Des tuyaux de drainage maçonnés feraient parfaitement le service à la surface du sol. Dans le cas de tuyaux fermés, il ftmdra les garantir contre la gelée par de la paille, de la litière ou du fumier même au besoin, car le débit de l'eau ne doit pas être un seul instant interrompu.

Je crois que l'on pourrait parfaitement utiliser, pour l'élevage dos truites, l'eau même des drains, qui s'écoule d'un système de ces assainisseurs. Seulement, comme cette eau ne serait probablement pas assez aérée, il serait indispensable d'y aider en la laissant couler en cascade, à sa sortie du maître drain, sur des pierres, le plus longtemps possible, afin de la diviser et de la saturer d'air atmosphérique, avant de la séquestrer dans les tuyaux d'araenage qui la verseront dans l'appareil d'incubation ou dans les rigoles d'élevage. Celte expérience est à essayer; elle n'a, que nous sachions, pas encore été réalisée.

Nous voici maintenant arrivés à l'appareil Coumes à courant continu.

Frais de premier établissement : Les 15 claies de verre qui représentent la même capacité comme œufs que dans l'appareil précédent, soit 35,000, n'occupent qu'une surface totale de 1".65. La table creuse qui contient ces appareils a 0™.75 de large, sur 2". 80 de long et 0"'.V2 de profondeur. Le débit, d'après les expériences que j'ai faites sur les lieux mêmes, doit être de 15 litres par minute, le robinet d'admission ayant une ouverture de 15 millimètres de diamètre. Voici le détail des frais :

fr.

1° 15 claies, bois, verre et plomb, à 1 fr. 50 22.50

2° Une table creuse toute simple, représentant 1.65 du prix de revient de

l'appareil Coste, qui serait 3, fait et fourni 35.20

3° Installation du robinet et des tuyaux pour conduites d'eau, un peu plus forts

que dans l'appareil précédent 35.00

4" Port des œufs gratuits de Huningue, en moyenne 6 00

Total des frais de premier établissement 98.70

Le débit, calculé ci-dessus, de 1 5 litres par minute pourrait suffire, ne

l'oublions pas, à alimenter une table qui, au lieu de 2°". 20 de longueur, aurait 1 5 à 20 mètres, et sur laquelle on pourrait faire éclore non plus 35,000 œufs, mais deux cenl mille au moins. Dans le cas où l'on ne posséderait pas un débit d'eau plus considérable que celui de 4 litres par minute, demandé par l'appareil Coste ci-dessus, on en serait quitte pour incliner un peu plus la table, et le courant se formerait assez fort pour une aussi faible longueur que 2"\20. Dans tous les appareils de ce genre, un demi-millimètre de pente par mètre suffit et au delà avec le débit de 15 litres que nous avons adopté pour modèle. Ce système est d'autant plus économique que, si l'on veut supprimer tout à fait les claies, on peut mettre au fond de la table une couche de gros sable, parfaitement lavé d'avance, sur lequel l'incubation réussira presque aussi bien, pourvu qu'on lui donne des soins assidus, par suite de la plus facile admission du byssus et de son développement plus rapide. C'est d'ailleurs sur un appareil ainsi disposé que les œufs si délicats des Fera {Coregonus Fera) réussissent le mieux, et on pourrait même dire exclusivement, bien plus qu'avec des claies.

Si maintenant nous prenons le chiffre de revient établi ci- dessus à 98 fr. 70 pour établir la valeur de nos œufs et des alevins, nous allons arriver à des prix tout à fait insignifiants. En effet :

fr.

Le mille d'œtifs en incubation revient à 2 . 82

70 pour 100 d'cclosion, ce qui amène le mille d'alevins naissants à 3.76

60 pour 100 d'alevins vifs, après résorption de la vésicule, amène le mille, à mettre

auï rigoles d'élevage, à 5.16

Frais de roulement des années suivantes :

1« Port de 35,000 œufs de Huningue 6.00

2° Usine de l'appareil, etc. , etc. , coûtant 92 fr. 70, à 10 pour 100, soit 9.27

Total 15.27

D'où ressortent les chiffres suivants :

Le mille d'œufs coûte 0 fr. -^4 ; on obtient 70 pour 100 d'éclosion, le mille d'alevins naissants revient à 0 fr. 59 ; et enfin, le mille vif à élever vaut 0 fr. 82.

Mettons 150 fr. en chiffres ronds. Nous en déduisons que le mille d'œufs en incubation revient à 4 fr. 30.

Si, maintenant, nous nous servons de moyennes calculées avec le plus grand soin, pendant plusieurs années, à Huningue, nous établirons que l'éclosion est en moyenne de 70 pour 1 00 ; par conséquent, le mille de petits alevins 7iaissants reviendrai 5 fr. 75. Une fois la vésicule résorbée, on en conservera GO pour 100, ce qui amène le mille d'alevins vifs 8 fr. 05, alevins bons ù placer dans le fossé d'élevage.

Ce n'est pas, certes, une somme bien élevée à débourser, mais nous arriverons à une dépense beaucoup inférieure et, par suite, à un prix de revient plus avantageux, si nous continuons le calcul pour les années suivantes, c'est-à-dire pour la véritable exploitation.

Frais de roulement des éducations suivantes :

1° 35,000 oeufs de Huningue, fournis gratuitement, port seul à payer, en fr.

moyenne C.OO

2" Usure des appareils, remplacement des claies et terrines, 10 pour 100 de la

■valeur de l'appareil neuf, dont le prix est de 141 fr. 50 14.15

Total 20.15

D'où le mille d'œufs en incubation ressort à 0 fr. 57; 70 pour 100

d'éclosion, d'où le mille d'alevins naissants revient à 0 fr. 76; et on obtient GO pour 1 00 après résorption de la vésicule, d'où le mille d'alevins vifs à mettre aux fossés d'alevage ne revient plus qu'à 1 fr. 16.

Avions-nous raison de dire que le prix de revient des opérations de pisciculture est insignifiant? Comparons-le à la valeur que les poissons qui le composent peuvent prendre en quelques années !

Avant d'aborder le détail des frais de premier établissement et de roulement de l'appareil Coumes, à courant continu, arrêtons-nous un instant à décrire l'installation des conduites d'eau suffisantes pour réaliser économiquement le chiffre auquel nous les avons cotées plus haut. Il est peu d'endroits où l'on ne puisse installer l'appareil que nous venons de décrire, car le volume d'eau qu'il exige est des plus exigus. Il suffit, d'après nos expériences, que la source ou l'infiltration dont on dispose puisse débiter, par minute, 3 lit. 89 c. d'eau', soit 4 litres, en chiffres ronds.

En présence de ces prix il est inutile de faire des frais d'éloquence et de persuasion : ils sont trop éloquents par eux-mêmes.

Si, au lieu d'œufs de Truite ordinaire ou saumonée, auxquels nous supposons l'élevage borné, le pisciculteur veut aborder les œufs de Saumon, leur prix de revient augmentera un peu par mille, parce que ces derniers œufs sont plus gros que ceux de la Truite et que par conséquent il en tient à peu près moitié moins sur chaque claie. On peut cependant compter, avec l'appareil décrit, sur une incubation de 20,000. D'un autre côté, ces prix de revient s'abaisseraient bien davantage si, au lieu d'œufs de Truite on en mettait en incubation de plus petits, par exemple ceux de Fera. Ily a donc forcément, dans ces évaluations, une oscillation qui dépend de la nature même des œufs employés; mais l'ensemble des chiffres prouve, surabondamment, qu'il ne faut qu'une dépense extrêmement faible et, nous pouvons le dire, à la portée de tout le monde, à la campagne, pour travailler activement et fructueusement au repeuplement des eaux de son pays.

H. DE LA BlANCHÈRE.

(La suite prochainement.)

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