‹ Journal de l'agricultureChapitre 181 sur 527 · Voir le numéro du 20 février, page · texte numérisé non relu

Voir le numéro du 20 février, page

2. Dans le tableau de la page 377 du dernier numéro, la quantité de pluie tombée à Soit-sous doit être de 56 mill. 10, au lieu de 48 mil). 60.

1862 et 1864, et donnèrent —6». 83, —f.bi, —3», 02, —5». 41, —3°. 98 et —5». 31. Enfin la moyenne de ce mois est restée à 0M6 au-dessous de la moyenne de 29 ans, — OMS; et à 0°. 10 au-dessous de celle d'Ichtratzheim, calculée surlabasede Tans, et qui est —0°. 12. La moyenne des cinq observations dernières a été l^.Tô. Celle de

7 heures du malin — 2°. 06. Pression atmosphérique, minimum 730 mill. 87, le 2 à 6 heures du malin; maximum 753 mill. 15,1e 31 à 6 heures du soir. Moyenne 741 mill. 51. C'est une des plus basses connues; celle de décembre l'a dépsôsée de 6 mill. 78 ;et la moyenne locale l'a dépassée de 7 mill. 08.11 y eut quatre dépressions rapides et considérables, aboutissant aux 2,10, 16 et 25 du mois. Tempêtes les 1, 2, 3, 10 et 31. La moyenne de nébulosité est montée à 7,9. La quantité d'eau tombée en janvier, 129 mill. 40, dont 56 mill. 70 provenant de la neige fondue, est la plus considérable que janvier aitdonnée en 28 ans. Les plus fortes après celle-là tombèrenten 1841, 1843 et 1846 et donnèrent 119 mill., 1 15 mill. 66, et 125 mill. 33. De fait elle a dépassé la quantité réduite de 28, 49 mill. 15, de 80 mill. 25, et de 89 mill. 99, la moyenne d'Ichtratzheim, basée sur le calcul de 7 ans, qui est 39 mill. 51. Ainsi durant presque tout le mois, l'Ill et ses allluents étaient fortement débordés ; le dernier n'a pas encore cessé entièrement à cette heure.

M. Bronsvick écrit de Mirecourt (Vosges), le 21 février :

Depuis le 25 janvier, le froid a complètement disparu de nos contrées. Les terres, détrempées par la pluie, sont difficiles à labourer et les insectes ont beau jeu. Si janvier a été un véritable mois d'hiver, février, au contraire, est un printemps magnifique. Le 20, quantité de poiriers sont en fleurs. Gare les gelées tardives de mai. Les blés, les colzas et les trèfles présentent une végétation très^luxuriante, mais les mauvaises herbes infectent ces belles récoltes. L'état sanitaire des animaux est généralement bon. Les bêtes à cornes se vendent bien, notamment les bœufs gras. Les porcs sont en baisse. Il y a aussi une baisse générale sur nos marchés aux grains, quoiqu'ils soient mal approvisionnés.

M. Armand Blondel écrit de Vaux (Sarlhe), le 26 février :

La température douce qui vient de succéder à un froid très-vif, mais de courte durée, est très- favorable aux récoltes en terre, les blés sont très-beaux et tallent beaucoup; les seigles ne sont que trop forts. Les travaux préparatoire'fe pour les avoines et orges commencent; déjà des avoines sont faites. La pousse des herbes est de toute beauté, surtout pour les luzernes, sainfoins et trètles faits l'année dernière. La graude quantité d'eau tombée cet hiver a permis d'irriguer les prés. On peut donc espérer une bonne récolte de fourrage, à moins que le mois de mars ne soit trop rigoureux.

M. de Villiers de l'Isle-Adam écrit de Sargé (Sarlhe), le 9 février :

Janvier 1867 a commencé avec la neige, qui est tombée en assez grande abondance le 1''' et le 2 ; elle n'est restée sur la terre que jusqu'au 6, époque à laquelle le dégel est venu avec un vent du sud et une grande pluie. La gelée a repris le 12 et a duré jusqu'au 23; son maximum d'inleusité a eu lieu le 19, où le thermomètre s'est abaissé à — 9°. Le dégel est arrivé le 23, avec un vent de sud-ouest sans pluie. Il y a eu 12 jours de pluie, y compris les 2 jours de neige, et 14 jours de gelée.

M. Camille Boudy écrit de Grand- Jouan (Loire-Inférieure)^ le 7 février:

Des froids intenses se sont enfin fait sentir pendant onze jours consécutifs du

milieu de ce mois de janvier. La température s'est abaissée a.lors jusqu'à près de

8 degrés au-dessous de zéro, et pendant les trois derniers jours qui ont précédé le dégel, la pluie tombée, se congelant par son contact avec le sol, a donné lieu k un verglas général des plus dangereux pour la circulation. La neige tombée par deux fois dans le courant du mois a été insignifiante en quantité.

M. Alexis Perrey écrit de Dijon (Côte-d'Or), le 3 février :

Dans ma cour, j'ai recueilli 79 mill. 6 d'eau, dont 44 1/2 mill. provenant de la neige. Pluie les 1, 6, 7,9, 10, 11, 25,27, 28 et 31 ; neige les 1, 2, 14, 15, 16, 17 et 21. Brouillard les 3, 11, 26, 27, 28 et 31. Orage le 28 au soir. Deux forts coups de tonnerre à 8 h. 15 m. et 8 h. 35 m. Le 20, le thermomètre est remonté à -)- 1°.0 après 9 h. du soir, et le 22 à la même hauteur, la nuit suivante. Le baromètre a donné en moyenne, à midi, une différence de 5 mill. 77 au-dessous de la moyenne des vingt-deux dernières années.

La moyenne de la température en janvier a été :

Del845àl866. En ISGT. Del845àl8GG. Enl867.

9 heures du mat: n 1».6 1°.3 9 heures du soir 2».Û 1".4

Midi 3.4 3.3 Maximum moyens 4.7 -O.l

4 heures du soir 'i.8 4.6 Minimum moyens 3.2 -0.3

Maxim, aljs. dep. 22 ans. . lo'.î le 31, en 1862. Minira. abs. dcp. 22 ans. -1.5°. 2 le 29, en 1855.

La moyenne hauteur du baromètre a élé en janvier :

Uel845àI866. En 1867. Del845àl866. En 1865.

MiUim. Millim. Millim. Millim.

9 heures du matin 741.72 73.5.91 4 heures du soir 741.10 735 04

Midi 741.37 735.60 9 heures du soir 741.51 735.59

Mixim. ab3.dep.2'2ans.. 700'°'". 37 le 30, en 1859. Minim.aljs.dep.22 ans.. 715'°'".161e 6,eni857.

La moyenne de l'humidité relative a été dans le même mois :

De 1845 à 1866. En 1867. De 1845 à 1866. En 1867.

9 heures du malin 87 84 4 heures du soir 83 82

Midi 81 78 9 heures du soir 87 86

Quant au ma.ximum et au minimum de l'eau tombée et évaporée depuis 22 ans,

ils ont été en janvier :

Millim. ' Millim.

Maxim, de l'eau tombée... 114. Oen 1856 Maxim, de l'eau évaporée.. 46.0eii 1850

Minim. — ... 4. 5 en 1861 Minim. — ,,.. l.Ûeiil848

M. Emile Delalo écrit de Salers (Cantal), le 1 1 février :

Le mois da janvier a été, pour nos montagnes, un mois exceptionnel. Habitués comme nous le sommes à subir, à celte épurfue de la saison, nn froid rigoureux, et à voir la neige recouvrir longtemps le sol, ce n'est pas sans un cenain élonuement que nous avons vu se produire un fait si extraordinaire pour nous. La neige est tombée avec abondance les trois premiers jours du mois; le dr'gel a commencé le 4, accompagné de pluie, et a continué jusqu'au II, sous l'influence du vent du sud. Nous avons eu ensuite quatre jours de forle gelée; le 16, le tliermomèlre marquait 11 degrés au-dessous de zéro. Nouvelle neige les 17, 18 et 19, qui a subitement disparu, comme la première fois, à la suite dt; pluie et de vent du sud. Jusqu'à la hn du mois, alternance de pluie, brouillard et ciel demi-couvert. Le vent du sud à prédominé; la température a été relativement douce; le 23,1e thermomètre était à 9 degré-; au-dessus de zéro. Nous n'avons pas cepend.ant à nous plaindre : les blés et les seigles ont toujours bonne apparence etn'ont point été attaqués par les limaces. L'état de santé du bétail ne laisse rien à désirer.

M. Gorse écrit de Tulle (Corrèze), le 27 février :

Le temps s'est un peu amélioré. Quelques beaux jours ont permis à nos cultivateurs de travailler leurs terres et de préparer les semences de printemps. Le vent du nord a reiroidi la température, et c'est un grand bien, car la végétation marchait très-vite, et on redoutait beaucoup les suites d'une précocité d'autant plus à craindre que l'hiver s'est à peine fait sentir dans nos pays et que nous sommes menacés de gelées tardives.

Le marché des grains varie peu. Il y aurait plutôt baisse, mais cela tient surtout à la qualité. Les grains nouveaux sont très-iulérieurs en qualité et sont ptu recherchés. C'est un nouveau déiicit à ajouter au délicit du rendement. Par leur qualité inférieure, les grams sur nos marchés perd»nt au moins un dixième sur les grains de l'année précédente. On appelle cela une baisse, mais je l'appelle un déficit trèsréel. — Les foires de hesliaux sont toujours très-bonnes.

M. Hipp. Trénel écrit de Septème (Isère), le 12 février :

La continuité de l'abaissement du baromètre, du 7 au 12 janvier, faisait prévoir une succession de mauvais temps; le 13, au matin, la neige, poussée par un vent du nord à l'étal de tempête, n'a ci^ssé de tomber que dans la nuit du 15 au 16; la terre en a été couverte d'environ 60 centimètres. Pendant trois jours, les communications ont été interrompues. Dans la nuit du 17 au 18, le thermomètre est descendu à — 14 degrés, s'est maintenu à 12 dans lesjonrnées des 18 et 19, avec un givre épais, le 20 à 8 degrés et le 21 à 1 degré. Le dégel, avec le vent du sud, a

466 MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE DE LA FRANCE EN JANV. Er FÉVR. 1867

succédé à ce froid rigoureux et a duré jusqu'au 26. Du 27 janvier au 3 février vent du nord, + 7 degrés le jour et 2 degrés la nuit; du 4 au 8, vent du sud, baromètre à beau, chaleur de 8 degrés. Du 8 au 12, même vent, chaleur de -f- 15 degrés pendant le jour et de -j- 4 degrés pendant la nuit.

M. Pagaiion écrit de Grenoble (Isère), ce 15 février:

Le temps est très-doux, le soleil brille, les arbustes commencent à pousser. Les cultivateurs craignent des retours de froid vif.

M. Aubert écrit de Saillerols (Basses-Alpes), le 13 février :

Les huit premiers jours de février ont été doux et humides. Depuis le 7, le temps est au beau sec. Aujourd'hui le mistral souffle et la température est par suite refroidie. La végétation est trop avancée pour la saison, déjà les amandiers commencent à fleurir. Les travaux agricoles sont en retard, car il a plu pendant une grande partie de janvier; nous aurions besoin de soleil et de froid. Toutes les denrées agricoles se vendent à des prix rémunérateurs ; il en est de même du bétail; on fait trèspeu d'affaires eu céréales pour le moment : les prix sont à la baisse.

M. Boucoiran écrit de Nîmes (Gard), le 10 février :

Ma dernière communication se terminait par l'annonce d'un temps brumeux et froid présageant la chute imminente de la neige. Le pronostic ne fut pas trompeur. Depuis l'année 1855, nous n'avions pas vu la neige persister et se durcir sur le sol, comme cette année, par une série de jours froids pendant lesquels le thermomètre à minimâ a. marqué, une seule nuit, il est vrai, jusqu'à — • 14 degrés eu'pleine campagne. C'est une température extrêmement rigoureuse pour notre pays où, certains hivers, nous ne voyons pas de glace.

M. du Peyrat écrit de Beyrie (Landes), le 2 février :

L'hiver nous est enfm arrivé le 13 janvier, il a commencé par 0 mill. 10 d'épaisseur de neige, et puis, le 16, il eu est tombé 0 mill. 20 entre deux et quatre heures de l'après-midi. Nous avons eu six jours consécutifs de gelée, du 14 au 19 inclus; la plus basse température, le 15, a été de — 5°. 50, et la moyenne de ces six jours de 3°. 15. La température s'est aussitôt relevée et la moyenne du mois a été de 8°. 03 ou de 1°.90 au-dessus de la moyenne générale de janvier, à Beyrie, depuis seize ans. Il a plu pendant treize jours, qui ont fourni h l'udomètre 67 mill. d'épaisseur d'eau. En somme, le temps a été moins mauvais dans cette contrée que dans le reste de la France.

M. d'Ounous écrit de Saverdun (Ariége), le 24 février :

Après une semaine de neiges et de fortes gelées (6 à 7 degrés au-dessous de zéro), le thermomètre est remonté à la fin de janvier jusqu'à 10 degrés. Les céréales dont quelques feuilles avaient été roussies ont repris leur première verdeur. Les lins et les fèves d'hiver ont peu ou point souffert. Les seigles et méteils, les avoines donnent de belles espérances, les blés plus courts sont suffisamment garnis et ne paraissent pas envahis par les mauvaises herbes ; un temps chaud et humide favorise la floraison des amandiers; les abricots et les pruniers sont heureusement plus en retard et n'épanouiront leurs fleurs qu'à la fin du mois. On a pu efl'ectuer le transport des fumiers pour les jours du printemps et terminer les labours d'hiver, surtout sur les terres légères. Les travaux de nettoyage et de taille de la vigne s'efiectuent en d'assez favorables conditions; mais les vignes assez nombreuses qui ont été grêlées rendront cette opération bien longue et fort coûteuse. Ou y transporte les fumiers et nos propriétaires de grands vignobles ont déjà fait la commande de nombreuses balles de soufre dont le besoin devient de jour en jour plus nécessaire.

Dès les premiers beaux jours, les terres vont recevoir un second labour, pour y semer les grandes luzernes, les pois, les pommes de terre, etc., etc.; on a déjà commencé à planter ces dernières dans les potagers. Les tubercules poursemence sont fort recherchés au prix de 2 fr. 50 à 3 fr. l'hectolitre ; on choisit de préférence la pomme de terre chardon et la pomme de terre jaune de montagne.

En résumé, grands froids assez longs suivis de brusques dégels et de températures assez élevées; chutes de neige abondantes; orages presque nuls; ciel couvert ou demi-couvert, excepté pendant les quel-

ques jours de très-forte gelée; vents soufflant des régions septentrionale et occidentale, tel est le bilan météorologique de janvier, qui constitue en somme un mois des plus favorables à l'agriculture.

Une douce température a succédé en février aux rigueurs hivernales de janvier. La végétation a repris son essor; elle présente jusqu'à présent un bel aspect; mais on trouve que l'arrivée du printemps est un peu prompte et l'on craint les gelées tardives qui peuvent nous menacer pendant trois mois encore.

Nous remercions vivement nos correspondants du zèle qu'ils mettent à nous envoyer leurs observations et leurs notes. Tous sont convaincus, avec raison, qu'ils font une chose utile, en préparant pour la science des matériaux dont l'avenir profitera encore plus que le présent. Mais la météorologie est susceptible de grands progrès encore; et nous ne cesserons de demander que chacun veuille bien tenter un effort pour donner de plus en plus aux observations un cachet de précision scientifique. Nous avons reçu à ce sujet diverses communications que nous croyons devoir publier. La première est de M. Tassin, notre correspondant de Soissons. Elle est conçue en ces termes :

Quand je vois notre chère Société météréologique accepter avec tant d'empressement nos observations, je me demande comment elle reste indifférents au.\ conditions dans lesquelles se trouvent nos instruments, et ne cherche pas à s'assurer si ses observations sont réellement comparables. Selon moi, tout est à faire sous ce rapport. Qu'il me suffise de rappeler à l'appui de mon assertion, ce qu'a dit, au sujet des quantités de pluies observées, M. Renou à la séance de la Société météorologique du 14 mars 1865.

Trois années d'observations faites à l'écluse de Vaucrot n'ont fait que confirmer les appréciations de MM. Renou etBelgrand, sur l'état défectueux des pluviomètres placés à une certaine hauteur au-dessus du soi, et particulièrement sur les toits. Comme suite au tableau présenté par M. Renou, voici les quantités reçues dans les deu.x pluviomèti'es que j'observe, en 1865 et 1866.

Pluvioni. super. rluviom. infér.

Je me contenterai de donner, comme exemple des écarts qui se produisent, ceux de janvier et de février 1867.

rluviom. sup. Pluviom. inf. Pluviom. sup. Pluviom. iiit'

Janvier 9 2"'". 50 3""'". 00 Février 5 1"'".2.5 2""".2.=)

— 10 2"'".00 3™"'. 10 — 6 4"'".50 8""".Ôo

Mon opinion, sur ce chapitre comme sur tant d'autres en météorologie, est qu'il vaudrait peut-être mieux que rien ne se fit, plutôt que de s'attachera recueillir des observations défectueuses.

Recevez, etc., Tassin.

M.. Thiriat vient à son tour émettre les observations suivantes qui sont pleines de justesse.

Quelques météorologistes, qui s'occupent comme moi d'études hjdrologiques, voudraient que vous puissiez ajouter dans le bulletin météorologique, en regard des noms de lieux d'observation, la hauteur au-dessus du niveau de la mer où ils sont situés. Ce chiffre serait précieux pour nous, car il est certain qu'il tombe une plus grande quantité d'eau dans un lieu élevé que dans une plaine, et que les montagnes ont, en outre, bien d'autres influences sur les caractères météorologiques d'une localité.

Autre observation. Ne pourriez-vous donner une fois pour toutes, d ms -le bulletin

méléorolopique, des détails succincts sur la situation topographique de chaque lieu d'observation. Ainsi pour mon observatoire vous diriez : Syudicat-de-Saint-Amé, canton de Remiremonl (Vosges), vallée de Cleurie, versant nord d'une montagne boisée haute de 818 mètres. — Il vous suffirait de prier vos correspondants en météorologie de vous donner des détails sur la topographie de leur localité, je suis persuadé que tous ou presque tous répondraient à votre appel. Alors au moyen de ces données et de l'attitude de chaque station, vous feriez faire un grand pas à la science météorologique, qui est si intimement liée à la science de l'agriculture et à ses progrès.

Enfin, la note suivante traite du rôle de la météorolo2:ie en ijénéral.

La météorologie sera-t-elle un jour une science exacte, c'est-à-dire, pourra-t-on jamais prédire le temps avec une précision matliémaîique? Telle est la question qu'il est important de résoudre, et c'est ce que je vais essayer de faire ici en peu de mots.

Les Sociétés météorologique et scientifique, ainsi que les journaux d'agriculture, accumulent, depuis quelque temps, une quantité considérable d'observations barométriques, thermométriques et autres, faites dans divers lieux, avec l'espérance qu'au bout d'un certain nombre d'années, en comparant toutes ces observations, on parviendra à découvrir les lois qui régissent l'atmosphère; c'est, selon moi, un vain espoir, car ces lois sont découvertes ; et ne le fussent-elles pas, ce ne sont pas des observations locales, de quelque longue durée qu'elles puissent être, qui peuvent faciliter la découverte de ces lois, lesquelles sont générales et non locales; l'influence de ces lois peut produire des effets locau.x particuliers, à cause des difiérences topographiques de chaque lieu, voilà tout.

L'atmosphère de noire globe, à laquelle la science attribue une certaine limite, obéit à plusieurs lois, qui sont : 1° la chaleur du soleil; 2° la rotation de la terre; 3" les révolutions planétaires, particulièrement celles de la lune; 4° enfin les révolutions des comètes.

Si le soleil était le seul astre ayant de l'influence sur notre atmosphère, il n'y aurait jamais de perturbations, tout se passerait snr la terre avec une régularité parlaite; mais il n'en est pas ainsi, et les phénomènes atmosphériques si brusques, si imprévus,que nous remarquons, sont le résultat de l'influence des planètes combinées entre elles et le soleil, ainsi que des comètes.

Comme l'influence des planètes se manifeste avec plus ou moins d'intensité et produit des efl'ets différents selon les régions du globe, en raison des positions que ces planètes occupent dans le ciel par rapport à la terre, et que ces positions varient à l'infini et de telle sorte qu'il est impossible aux astronomes les plus capables, d'établir une périodicité exacte de concordance pour l'ensemble des planètes; que même pour la lune seule, cette périodicité est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, et comme encore, à toutes ces difficultés insurmontables viennent s'ajouter celles résultant des comètes, dont les apparitions et les révolutions sont très-peu ou point régulières, il en résulte qu'il est et qu'il sera toujours impossible de prédire, avec une certitude complète, les variations atmosphériques.

Seulement, on pourra, avec une certaine probabilité, en tenant compte des révolutions astronomiques, et surtout des diflérentes combinaisons qu'elles oflVent à certains moments de leur périodicité, telles que conjonctions, op]iosilions , apogées, périgées, conjugaisons, déclinaisons, etc., on pourra, dis-je, prédire d'avance, et à une très-longue échéance, les principales perturbations atmosphériques, et particulièrement indiquer comment les saisons se comporteront ; dire, surtout, si elles seront sèches ou pluvieuses, et si les hivers seront doux ou froids.

Encore ces prédictions, toutes conjecturales qu'elles seront, le deviendront encore davantage par l'efl'et de l'influence des 'combles dont les apparitions viennent presque toujours nous surprendre. Grakday,

Membre des Sociétés météorologique et scientifique de France.

Si nos correspondants, comme le demande M. Thiriat, veulent bien nous envoyer l'altitude de leurs stations météorologiques, nous trouverons moyen de l'introduire dans nos tableaux. Nous voulons arriver au plus baut degré de pti-feition possible, car nous sommes persuadé, avec IM. Granday, que la météorologie agricole est appelée à rendre un jour de grands services. J.-A. Baural.

La chau.v, les phosphates fossiles et les biphosphates. — La formation des nitrates. — Conditions générales de fermentation des composts de genêts et gazons.

M. J. S...., de Mâcori; nous adresse les questions que voici :

Mes terres sont de nature gnéitique et présentent en quelques endroits des parties alumineuses. Depuis douze ans mes fermiers les soumettent au cliaulage, ce qui leur a procuré de beaux bénéfices. Enhardis par les résultats obtenus, ils continuent à employer la chaux, mais sans aucun ménagement pour le sol, qui se trouvera épuisé dans un avenir peu éloigné, si je laisse subsister cet abus.

Dans ces circonstances, je désirerais savoir si, en substituant à l'emploi de la chaux celui des phosphates fossiles, on trouverait dans ces conditions de f[uoi désacidifier le sol et fournir aux plantes la quantité de chaux et d'acide phosphorique nécessaires aux besoins de la végétation; et enfin si la quantité de chaux ainsi introduite dans le sol suffirait pour aider, sous l'iuUuence du labour et du fumier de ferme, la formation des nitrates, et produire les autres etfets chimiques utiles que l'on peut attendre de la chaux grasse employée avec prudence.

Dans l'intérêt de la contrée que j'habite, vous nous obligeriez, monsieur, en nous disant ce que vous pensez de la valeur des idées que je viens soumettre à votre appréciation, et en me donnant votre avis sur le parti qu'on pourrait tirer des phosphates en les incorporant simplement "a des composts formés de mottes de gazons, de genêts et de limons ne renfermant pas de chaux, mais des matières organiques en quantités assez notables. »

Réponse. — Je comprends, monsieur, que vos fermiers ne ménagent pas les chaulages, mais c'est à vos dépens. Dans tous les sols arables, il y a des richesses latentes, ainsi que l'ont prouvé les belles recherches de M. Isid. Pierre. Ce sont ces richesses-là qui constituent principalement la valeur des terres, et que l'on doit considérer comme les réserves de l'avenir. C'est un vrai grenier d'abondance. Sous l'influence de la chaux, on met en jeu une partie des richesses accumulées dans des vues providentielles probablement, et l'on vide ce grenier. C'est, je crois, une grande faute ; mon opinion est que vous ferez sagement d'y mettre ordre. Certainement, les phosphates fossiles sont parfaitement suffisants pour fournir à vos terres le calcaire dont eîjes doivent avoir besoin, puisque dans les phosphates fossiles la quantité de carbonate de chaux est sensiblement égale, souvent même supe\ rieure, au poids des phosphates proprement di(s, et que chacun de ces agents se trouve là dans un état de division très-complet, qui rend l'assimilation des matières minérales aussi rapide que possible. Ce sont donc des phosphates fossiles en nature qu'il vous faut employer, et non des biphosphates, puisque, après le traitement des premiers par l'acide sulfurique, tout le carbonate de chaux a été transformé en sulfate de chaux ou plâtre.

D'un autre côté encore, si vous croyez avoir affaire à des terrains à réaction acide, c'est un motif de plus pour donner la préférence aux phosphates fossiles, coûtant toujours moins cher que les biphosphates, et valant beaucoup mieux dans le cas dont il s'agit. Quant à aider à une formation de nitrates, cela me paraît tellement hypothétique qu'il n'y faut pas songer; ou au moins il n'y a pas de calcul à faire là-dessus. L'incorporation des phosphates fossiles dans les composts de gazons, genêts, etc., serait assurément une excellente chose, mais tout à fait

insuffisante pour déterniiner la fermentation de la masse. Il faut, pour cela, des matières animales capables de fermenter énergiquement, et de réagir ainsi sur les matièi'es végétales pour les désagréger et les amener à l'état de bon fumier, et produire de l'bumus immédiatement utilisable. F. ROHART.

ClîIlONIQUE AGRICOLE DE L'ALGÉRIE.

Tremblement de terre du 'i janvier. — Sauterelles et étourneaux. — Sécheresse persistante. — Hausse des céréales. — Le tabac; prix olËciels. — Le coton ; oscillation du prix; graines étrangères ; cultures irriguées à la noria. — Le lin indigène et européen. — Récolle des oranges et des dattes; les caroubes. — Croisement de taureaux schwitz et de vaches arabes. — Exportation de bétail algérien. — Ventes de moutons officiels. — Courses de chevaux. — Empoisonnement par le sorgho saccharifcre. — Travaux des Comices d'Alger, du Saliel, d'OrléansvilIe, de Mostaganem, de Constantine. — Systèmes de crédit. — Société générale algérienne. — Cours des denrées agricoles.

Au mois de novembre dernier, nous inaugurions la cbronique agricole de l'Algérie par la mention du fléau des sauterelles qui, dans le courant de 1 été, avait porté la désolation dans notre colonie africaine. Cette fois, nous devons enregistrer un nouveau malheur, moins étendu en surface, mais plus terrible dans ses effets, et qui a frappé surtout les agriculteurs. Dans la matinée du 2 janvier, au lendemain d'une nuit paisible et sereine et d'un jour où tous les cœurs s'étaient livrés à la joie et à l'espoir, trois secousses de tremblement de terre ont été ressenties dans la province d'Alger. Le centre de secousse a été dans la plaine de la Mélidja, entre Blidah et Marengo. Les villages sis au pied de l'Atlas, la Chitîa, Mouzaïaville, Bouroumi, El-Afroun, Ameur-el- Aïu; ont été les uns entièrement détruits, les autres en partie renversés. Plus de cinquante personnes ont péri, plus de cent ont été blessées : c'a été un navi'ant spectacle de mort et de ruine. Les cœurs, les bras, les bourses de ceux que la catastrophe a épargnés ont accouru au secours des familles consternées, et une partie des maux matériels a pu être réparée, mais que d'irréparables désastres! Pour comble de malheur, on 'n'a pas osé faire un nouvel appel à la charité de la France, déjà épuisée par les souscriptions récemment ouvertes à la suite du choléra de la Guadeloupe, des sauterelles d'Afrique et des inondations de France : le pays a dû se suffire à lui-même, et malgré la gêne du grand nombre, dès les deux premiers mois, une somme de près de 1 00,000 fr. a été recueillie. Le gouverneur général a employé les troupes à la reconstruction des maisons et au déblai des ruines.

L'Algérie n'en est peut-être pas quitte avec les sauterelles : dès le mois de novembre, on en vit plusieurs vols, dans la province d'Oran, qui venaient de la région des Chotts et s'abattaient dans les cercles de Sebdou, Nemours, ïlemcem, Daïa, et s'avançaient jusqu'à Sidi-bcl- Abbès. Mais des nuées d'étourneaux fondirent sur les nuées de sautel'elles; des combats aériens s'engagèrent en plein soleil. Les bataillons d'étourneaux, l'apporte un témoin oculaire, firent des évolutions à dérouter le plus vieux général : les sauterelles furent cernées; chaque coup de bec du volatile envoyait un ennemi à terre. Lorsque la bataille fut gagnée, il ne restait plus une sauterelle vivante : l'extermination était complète. Voilà de bien précieux services à ajouter au crédit, déjà fort bien noté, des petits oiseaux.

Tandis que l'Europe est inondée par des pluies obstinées, l'Algérie soulTre d'une sécheresse persistante, qui fait sentir tout le prix, des barrages, malheureusement trop peu nombreux, qui ont été construits. Les mois d'octobre, de novembre et de décembre, qui sont les mois des semailles et des herbes renaissantes, lïoni presque pas donné d'eau; en janvier seulement, ont reparu les averses de la saison, suffisantes pour rendre la vie aux jeunes plantes et l'espoir aux colons, mais non assez abondantes pour réparer tout le mal et rassurer sur l'avenir. Aussi les grains, disponibles en petite quantité, qui restent dans les magasins du commerce plutôt que dans les silos des cultivateurs, ont-ils atteint des prix inouïs, des prix de disette : 40 francs le quintal de blé dans les campagnes, 25 francs le quintal d'orge, prix qui accusent bien des souffrances dans le présent, bien des inquiétudes pour l'avenir. Les colons en profitent peu, les réserves de la plupart étant épuisées; on signale cependant les magasins généraux de Blidah comme n'étant pas encore vidés, à la grande satisfaction des déposants. Si exceptionnels que soient ces prix, ils remettront la culture des céréales en faveur chez les Européens aussi bien que chez les indigènes, sans leur faire toutefois abandonner les cultures industrielles, auxquelles ils s'attachent de plus en plus, comme pouvant leur donner d'une manière plus régulière des bénéfices supérieurs. Leur choix roule toujours entre trois ou quatre plantes : le tabac, le coton, le lin, la vigne, la soie.

Les exigences croissantes de la régie des tabacs ont découragé un grand nombre de planteurs; elle persiste cependant dans ses opérations et à des conditions qui seraient acceptées volontiers, si elle ne restait pas maîtresse absolue, sans garantie et sans contrôle, du classement des qualités. Voici la situation pour 1867 : par décision du minisire des finances, les quantités de tabac qu'il sera possible de se procurer seront achetées jusqu'à concurrence de 3,000,000 de kilog.

Les prix auxquels les tabacs seront payés sont fixés, par 100 kilog., savoir : 1" qualité, 150 fr.; 2» qualité, 120 l'r. ; 3' qualité, 90 fr; non marchands, de 60 à 30 fr. Les prix des l'", 2" et 3" qualités seront appliqués exclusivement aux tabacs fins, légers et combustibles; les tabacs grossiers, communs, d'espèces abâtardies, devront être rejetés dans les classes non marchandes.

Conformément à l'article 192 de la loi du 28 avril 181(5, il sera accordé, pour les tabacs de surchoix, une allocation de 10 francs par i 00 kilog. en sus du prix de la première qualité, mais cette allocation sera attribuée aux tabacs particulièrement fins et combustibles. Les tabacs non marchands seront payés sur estimation dans la limite des prix indiqués ci-dessus et par gradation de 10 en 10 francs. En même temps, et dans le but d'essayer l'introduction des tabacs fabriqués en Algérie dans la consommation française, le ministre de la guerre, de concert avec l'administration des tabacs, a demandé que des cigares et des tabacs soignés et choisis, susceptibles d'être présentés comme consommation de luxe et de caprice, à un prix plus ou moins élevé, lui fussent expédiés par échantillon. Ces échantillons, tabacs fabriqués, cigares et cigarettes, doivent être de nature à servir de type exact et permanent pour les marchés à intervenir entre l'administration et les fabricants. Ils doivent se composer au moins d'un ki-

logramme de tabac et de 250 cigares ou cigarettes de chaque sorte. La culture et l'industrie sont ainsi mises en demeure de donner à l'administration la mesure exacte de ce qu'elles peuvent faire, et à l'épreuve, les colons auront ainsi l'exacte mesure des exigences de la régie. Cette nouvelle expérience sera probablement décisive.

Le coton reste, jusqu'à présent, la spéculation préférée par les Européens, partout où les conditions de sol et de climat, et surtout d'irrigation, se montrent propices à cette plante. Ce n'est pas qu'ils n'aient ressenti le contre-coup de la baisse qui, dans les derniers mois de 1865, a eu lieu sur les cotons d'Amérique, par l'effet des nouvelles inexactes qui annonçaient une récolte de 2,500,000 balles aux Etats- Unis. Les cours, qui oscillaient depuis longtemps autour de 130 fr. les 100 kilog. bruts, sont un moment tombés au voisiuage de 100 fr., et de vives inquiétudes se sont répandues dans les campagnes, où les locations de terres et les conventions pour travaux s'étaient faites d'après des bases plus élevées; mais la panique a bientôt passé, et, sans se croire à l'abri de toiîte perturbation de leur prix courant de vente, les cultivateurs sont résolus à racheter, par l'abondance et la qualité du rendement, toute la réduction des marchés. Ils y parviendront certainement, s'ils veulent bien suivre les exemples et les conseils de ceux qui, par leur expérience personnelle, sont devenus maîtres dans cette culture. Le choix des graines reste toujours le point de départ de toute amélioration. En vue de pourvoir à cette condition, le Comité de l'Association cotonnière de Manchester a mis à la disposition du consul général d'Angleterre, à Alger, 20 tonnes de graines de coton qui pourraient être vendues aux colons au prix de 500 francs la tonne, soit de 50 fr. les 100 kilog. Comme il s'agissait d'une affaire, on a discuté la quantité, le prix, la qualité, et un désaccord assez vif s'est mêlé à la reconnaissance. D'abord, c'était beaucoup que 20 tonnes, et l'on s'accommoderait de moins. Puis, le prix de 50 fr. a paru trop cher pour une sorte ordinaire, vu que les producteurs algériens vendent leur graine au prix de 25 fr., et, quant aux sortes supérieures, ce prix est faible. M. J. Yallier, qui est le principal industriel en coton de la province d'Alger, a déclaré qu'il ne croyait pas qu'en Géorgie longue soie, on pût avoir, pour 50 cent, le kilog., de bonnes graines de semence. A ce prix, on ne trouvera que des graines de longuesoie terre ferme, dites Maines etSantées, qui n'amélioreront pas sensiblement les cotons algériens. L'important, pour l'Algérie, serait d'obtenir des graines L. S. seaisland, provenant des îlots qui bordent la côte de la Géorgie, entre Charlestown et Savannah. C'est dans ces îles que se récoltent ces cotons d'élite qui atteignent une si grande finesse et obtiennent de si hauts prix. L'île dEdisto, entre autres, est citée comme produisant tout ce qu'il y a de plus beau. Il y a quelques années, ces graines se vendaient de 1 0 à 50 fr. le boisseau de 36 litres ou 20 kilog. environ, suivant la réputation dn vendeur. A la condition d'être assuré de la provenance , M. J. Vallier en prendrait 50 kilog. , quel qu'en fût le prix.* Mais quelle garantie, peuton avoir d'une graine commerciale? Il y a quelques années, ajoute M. Vallier, des graines furent envoyées d'Amérique en Algérie; elles n'avaient pas été choisies avec soin, et elles ne donnèrent aucun ré-

sultat appréciable lors de la récolte. D'autres graines, venues l'an dernier d'Amérique également, ont produit des pieds vigoureux qui donnaient à peine des fleurs, lorsque les cotonniers du pays étaient en pleine récolte. Cette dernière considération nous paraît décisive pour faire accueillir avec méfiance toute graine étrangère : au lieu d'encourager cette tendance, il faut l'écarter, en rappelant sans cesse aux colons qu'ils ne doivent compter que sur eux-mêmes, ou sur des établissements formés autour d'eux, sous leurs yeux et en quelque sorte sous leur surveillance, pour la formation de la graine, non-seulement bonne de sa nature, mais toute homogène, ce qui est l'une des conditions essentielles de vente avantageuse. Les caractères des bonnes graines sont parfaitement connus. La meilleure, dit encore M. Vallier, n'est pas la plus noire, la plus lisse, la mieux nourrie, mais bien celle qui provient de cotons de qualité supérieure, par leur finesse et par leur longueur. Pour le choix des graines, on ne doit pas, sur une plantation, s'attacher aux capsules grosses et bien fournies, qui donnent beaucoup de coton, mais du coton souvent dur, se rapprochant du Jumel. C'est dans les capsules de moyenne grosseur qu'on trouve plus de finesse de soie et autant de ténacité dans le brin. La ténacité ou solidité de la soie n'est qu'une affaire de maturité, et le manque de nerf, qu'on reprochait autrefois aux cotons de l'Algérie, n'est nullement inhérent au climat, au terroir. Aujourd'hui, on ne peut adresser ce reproche qu'aux cotons imparfaitement mtirs ou récoltés en hiver par les grandes pluies; ou encore à ceux qui, rentrés imparfaitement secs, se sont écîiauffés en tas. En faisant attention à ces quelques recommandations, on pourra, dans les terrains légers du littoral, reproduire d'excellents cotons dont les colons retireront de très-bonnes semences. Les planteurs doivent d'autant plus se préoccuper de la finesse de leurs produits, qu'aujourd'hui les cotons Jumel font une rude concurrence aux Algérie de qualité ordinaire. La pénurie du longue-soie, pendant la guerre de la sécession, a forcé les filatures à s'accommoder du Jumel, et des procédés nouveaux ont permis de filer, avec ce coton, des numéros plus élevés, pour lesquels on employait auparavant des Géorgie et des Algérie. Dans ces emplois, le Jumel, par son bon marché, a pris notre place; il faut donc, pour soutenir la lutte, non-seule-, ment rester au-dessus du Jumel, mais nous maintenir aussi beau que le Géorgie. Pour y arriver, des semences de premier choix et dune grande pureté d'origine nous sont indispensables. Au nom de ces conseils, sanctionnés par l'expérience, les colons doivent suspecter toute graine étrangère et ne se fier qu'à eux ou leurs voisins. L'histoire du coton rappelle, à cet égard, l'histoire de la soie. Rien n'a plus gravement compromis la qualité des cotons algériens que le don, fait par l'Administration, de graines hétérogènes et médiocres, achetées au commerce lointain. Avec une bonne graine, que rien ne saurait remplacer, de bons rendements sont faciles à obtenir, aujourd'hui que les tâtonnements de l'initiation à cette culture sont passés et les bonnes pratiques connues. On s'en tient pour si assuré, que les colons de Fleurus, l'une des colonies agricoles fondées dans les terrains secs qui s'étendent entre Oran et Arzew, se sont mis à creuser des puits et installer des norias pour l'irrigation artificielle du coton. A l'automne dernier, dix norias

étaient établies, coûtant chacune environ 1,500 fr, y compris le forage du puits et la maçonnerie, sauf une seule, d'un genre à part, qui coûtait 10,000 fr. L'eau se trouve à 5 mètres seulement de profondeur, et fût-elle saumâtre, comme elle l'est souvent dans cette région, ce serait une qualité de plus pour la culture du coton. Cette tentative nouvelle a été déterminée par des essais locaux de MM. Damiens et Pépé, qui ont obtenu, assure-t-on, un rapport de 3,000 fr. brut à l'hectare. A ce prix, et même beaucoup moins, l'irrigation artificielle sera largement payée. Aussi, les villages voisins, Assi-bou-Nif, Ben-Okba et autres, se hâtent-ils de suivre l'exemple.

Le lin gagne aussi du terrain. On cite, dans l'arrondissement de Tlemcen, à Hennaya et à Bréa, des cultivateurs qui lui ont sacrifié le blé et l'orge, sujets à trop d'instabilité de réussite et de prix, et ont, par cette innovation, doublé leurs revenus. Et cependant, ils ne spéculent que sur le produit de la graine; faute de manufactures, ils ne peuvent vendre les tiges. Cette contrée, comme du reste l'Algérie entière, est éminemment favorable au lin : nous nous souvenons que, chevauchant, il y a une quinzaine d'années, sur la route de Nemours à Nedroma, nous admirâmes de magnifiques champs de lin semé par les indigènes. C'est, néanmoins, dans la province de Constantine, dans les plaines de Philippeville et de Bone, que cette culture a pris le plus d'extension. On le sème à l'automne, après les premières pluies, sur la proportion de 300 à 400 litres par hectare, si on le cultive pour la filasse, de 100 à 130 litres seulement, si on le cultive pour la graine. La récolte se fait en mai et juin. Sur les bords delà Seybouse, àMondovi, on a récolté 60 quintaux de tiges par hectare; à Guelma, 25 à 30 quintaux , rendement qu'obtiennent facilement les Arabes euxmêmes. Mais, faute de débouchés, le j-ésultat pécuniaire a rarement répondu au succès agricole; on appelle instamment la création d'usines linières. Jilfs Duval,

Membre correspondant de la Société impériale et centrale d'agriculture.

(La fin au 'prochain numéro.) ■

Certaines questions ont le privilège d'attirer sur elles l'attention des esprits les plus sérieux. Les réformes demandées par l'agriculture dans l'impôt des boissons ayant acquis aujourd'hui un grand nombre d'adhérents, comme l'a révélé l'enquête, le dernier dîner de l'agriculture, où elles ont été éloquemment discutées, comptait des convives nombreux. M. le comte de Kergorlay, membre de la Société centrale d'agriculture de France, présidait en l'absence de M. Léonce de Lavergne, et au nombre des assistants on remarquait : MM. le marquis d'AndelaiTC, Glais-Bizoin, marquis d'Havrincourt, Léopold Javal, des Rotours, Guillaumin, députés; Barrai, Nadault de Buffon, membres de la Société centrale d'agriculture ; de Champvans, Teyssier des Farges, de Fraville; Demeufve, ancien représentant; Henri Bordet, maître des requêtes au Conseil d'Etat; de Coral, conseiller à la Cour des comptes ; Albert Tachard, Perrot, d'Esternùpère et fils, Bignon, Albert

Gigot, baron d'Aubigny, Eug. Pouillet, Bossiii, Boursier, Berger, Descombes, J. Brisson, Auguste Jourdier, de Lavalette, Le Sourd, directeur du Journal de Viticulture pratique; Saperin, de Guerchal, Saintoin-Leroy, Valserres, A. Vermorel, etc., etc.

U. de Champvans, sur la proposition duquel cette question avait été mise à l'ordre du jour, a pris la parole pour exposer les réformes qu'il demande dans l'impôt des boissons. L'honorable viticulteur du Maçonnais a rattaché habilement à sa cause les intérêts des agriculteurs, des consommateurs et du commerce.

« Tous les intérêts légitimes sont liés entre eux, dit-il, et lorsqu'ils se font la guerre, c'est ou par un malentendu ou par l'effet de quelque élément étranger qui se mêle à eux et les divise. Que demande l'agriculture ? Payer moins d'impôts. C'est là le vœu, que dis-je? le cri de l'enquête 1 La viticulture n'a pas moins besoin d'argent que l'agriculture ; mais, en outre, elle propose résolument le libre échange à l'intérieur. Ses aspirations ne seront satisfaites que le jour oiî le tonneau de vin circulera aussi librement que le sac de blé. L'agriculture ne saurait refuser son appui à une réclamation aussi juste : elle n'ignore pas que le prix des céréales et celui du vin subissent les mêmes alternatives et que toujours le prix du blé est régulateur de celui du vin. Le commerce, lui aussi, est favorable au libre échange à l'intérieur : la consommation ne l'est pas à un degré moindre. Voilà donc l'agriculture, la viticulture, le commerce et la consommation entièrement d'accord sur ce point. »

Arrivé à cette partie de son exposition, M. de Chantipvans reproduit les plaintes fondées de la viticulture. Il cite les noms barbares de cslte longue non/enclature des formalités aussi gênantes que vexatoires qui sont les compagnes obligées de toute livraison de vins. Il nous montre le produit payant au trésor public et à celui des villes la somme énorme de plus de 200 millions, et, malgré ce riche tribut, ne se rachetant pas de la captivité, mais au contraire partout traqué, poursuivi et en un de compte déshonoré par les pratiques que le génie de la fraude oppose au génie de la fiscalité.

« Gs n'est ni juste, dit encore M. de Champvans, ni même, financièrement parlant, habile ; et cependant, pour décharger le vin, faut-il charger quelque autre denrée agricole ou même quelque objet manufacturé ? Non; ce serait porter le fardeau d'une épaule sur l'autre et le poids serait le même. Ce qu'il faut c'est que le suffrage universel proclame la nécessité d'entrer franchement dans la voie des économies et que l'on devienne enfin avare des deniers publics ; c'est que la démocratie agricole fasse reconnaître l'égalité de l'agriculture devant l'impôt et payer aux valeurs mobilières une part proportionnelle du budget. La situation exige un remède héroïque 1

I Si la question de la réforme des impôts sur les boissons n'était qu'une question de justice, elle serait bientôt tranchée : frapper à la fois la vigne par lescontritutions directes et son produit par les contributions indirectes et les octrois, c'est l'atteindre deux fois : le vin devrait être libre si la vigne paye, ou, si le vin est frappé, que le sol soit déclaré franc comme en Angleterre. On prétend, il est vrai, que la majeure partie des impôts sur le vin étant des impôts de consommation, c'est le consommateur qui en fait les frais et non le producteur. C'est une erreur : il n'est pas nécessaire d'être savant économiste pour comprendre que l'impôt indirect nuit de deux façons au producteur : par l'élévation du prix de la denrée, a qui rend la vente plus difficile, et par les formalités gênantes de l'impôt qui enrayent l'activité des transactions. En réalité, le consommateur et le producteur partagent entre eux les frais de la terre. »

L'honorable viticulteur, abordant la question au point de vue pratique actuel, croit qu'il serait prudent de satisfaire dans une certaine mesure aux exigences de l'État et propose de mettre à l'étude les diffé-

rents projets qui ont été présentés, soit'par M. Léonce de Lavergne, dont chacun regrette l'absence, soit par M. Hermitte, de Bordeaux, soit par MM. Glais-Bizoin et Barrai, qui admettent un impôt ad valorem , selon certaines zones, cantons et même petites localisations déterminées, non sur les vins à l'entrée des villes, ce qui est impraticable, mais sur les vins vendus à la sortie de la cave du propriétaire. D'après M. de Champvans, on simpliflerait ce système par l'emploi du timbre-vin, auquel le public a fait bon accueil , mais qui n'a pas été reçu partout avec la même faveur. L'avantage du système de M. Glais-Bizoin avec ces modifications, serait déjà considérable, puisqu'il permettrait d'abolir les octrois et les droits réunis par la transformation de l'impôt. « De la persévérance, a dit l'orateur en terminant, et nous obtiendrons justice pour une cause déjà gagnée devant le public. » M. Glais-Bizoin demande la sup] ression complète des octrois, et, pour le remplacer, il proposel'adoption d'une allocation fixe qui serait attribuée à chaque commune. M. des Rotours, député du Nord, applaudit à peu près dans les termes suivants aux paroles de-M. de Champvans et demande avec chaleui" lés mêmes réformes pour les produits de son pays.

« Permettez-moi de venir, au nom de la betterave, protester, moi aussi, contre la loi des boissons et réclamer sa plus prompte révision. Ce n'est pas dans une réunion comme celle à laquelle j'ai l'honneur d'assister, que j'aurai besohi d'énumérer les services rendus par la culture de la betterave, non-seulement à l'agriculture, mais je dirai à la société elle-même. Je ne m'étendrai donc pas sur tous les produits que l'on tire de la betterave, sur les progrès qu'elle amène' forcément là où elle est cultivée, et je restreindrai mon thème en vous signalant ses griefs contre la loi des boissons. Je veux tout d'abord appeler votre attention sur l'inégalité choquante qui est faite parla loi de 1816 aux distillateurs agricoles, qui convertissent en alcools les betteraves, les grains de leurs propres récoltes, compares aux bouilleurs de cru reconnus par la loi.

" Le législateur de 1816 n'est pas, il est vrai, aussi coupable qu'il en a l'air au premier abord; il ne savait pas, en effet, il ne pouvait prévoir qu'en 1867 la betterave fournirait des alcools tellement purs, tellement neutres, que les négociants d'alcools du Midi s'y tromperaient eux-mêmes et les achèteraient quelquefois préférablemeLt à leurs produits. Mais ce que 1816 ne savait et ne pouvait conuMÎtre, est depuis longtemps déjà de notoriété publique. Et comment sommes-nous arrivés, jusqu'à ce jour sans que des voix plus autorisées que la mienne n'aient réclamé et obtenu pour la betterave l'égalité devant la loi, l'égalité devant l'impôt. La loi de 1816, vous le savez, messieurs, permet à tout propriétaire de vignes, de pommiers, pruniers et cerisiers, de convertir en alcools les fruits de sa récolte , en soumettant aux droits les produits de cette distillation qu'au moment de leur miseen consommation. Cette faculté ou franchise est absolument restrictive et ne comporte aucune extension. Ainsi, d'après cette loi, il est bien entendu, que quoique ne distillant (comme notre honorable président peut, si bon lui semble, le faire, le fruit de ses pommiers), le cultivateur récoltant sur ses propres champs des seigles ou des betteraves, ne pourra jamais être admis au bénéfice de la loi de 1816.

« Permettez-moi de vous signaler une autre anomalie de cette loi qui exclut également du droit commun le cultivateur produisant à la fois orge et noublon , et qui ne peut produire la bière destinée à sa propre consommation qu'avec accompagnement de licence d'exercice et de droit et ennuis qui en sont la conséquence. La raison, non moins que l'égalité, réclame que l'on fasse cesser au plus tôt cet état de choses.

« Deux moyens nous sont offerts pour arriver à ce but: ou bien assimiler nos distillateurs agricoles aux bouilleurs décru de la loi de 1816, ou bien assujettir ces derniers à l'exercice, à la prise à charge et à tous les ennuis que vous signalait à l'instant un de nos collègues. Pour moi, messieurs, qui désire l'égalité dans la prospérité et non dans la misère, je demande qu'on nous élève à la libre pratique des bouilleurs de cru, et non pas qu'on les abaisse à notre exercice. »

DINKR DE L'AGRICULTURE. 477

M. Henri Bordet s'étonne que plusieurs agriculteurs paraissent disposés à demander la suppression complète de l'impôt des boissons; il croit que ce serait aller bien loin, car on supprimerait ainsi d'un seul coup 200 millions de recettes; et il demande comment les rempla'cer.

ï Je crois, quant à moi, dit-il, qu'on peul poseï' autrement la question; et je demande aux hommes compétents si l'on ne pourrait pas conserver l'impôt des boissons, tout en le réformant, et maintenir au profit du Trésor la plus grande partie de cette recette, tout en simplifiant le mode de perception. Voyons d'aborl en quoi consiste l'impôt des boissons. Il se divise en trois branches principales, — le droit d'entrée, — le droit de circulation, — le droit de détail. Le droit d'entrée est perçu sur les boispons introduites dans les villes qui comptent plus de quatre mille habitants; il est de 1 fr. 25 en moyenne par hectolitre ; il produit 12 à 15 millions, non compris Paris; il est perçu dans les mêmes conditions, et souvent par les mêmes agents que les droits d'octroi; il donne heu aux mêmes critiques; son sort est donc subordonné à celui des octrois, il subsistera ou disparaîtra avec eux. Et cependant les agriculteurs qui en demandent la suppression doivent se rappeler ceci : que le droit d'entrée dans les villes a été créé dans l'intérêt des campagnes; que la loi du 25 novembre 1808 l'a établi pour frapper le consommateur qui est surtout l'habitant des ■villes, et affranchir le producteur qui est l'habitant de la campagne. L'exposé des motifs de cette loi dit nettement que, pour donner aux habitants de la campagne une compensation de leur vie triste et monotone, il faut les affranchir des visites de la régie et des droits d'entrée que doivent payer les villes. Puisque le droit d'entrée a été ainsi établi dans l'intérêt des agriculteurs, ceux-ci, avant d'en demander la suppression, doivent donc être bien assurés que cette taxe leur est plus nuisible qu'utile; or, c'est là un point qui n'est pas encore bien éclairci.

« Le droit de circulation est dû pour tout enlèvement ou déplacement de boissons; il est de 80 centimes en moyenne par hectolitre, il produit 15 ou 16 millions. Ce droit donne lieu aux mêmes critiques que le droit d'entrée. Puisque le blé et les substances alimentaires circulent librement sans payer, pourquoi taxer le transport du vin qui est aussi un aliment? La création de ce droit est due aux mêmes motiis que celle du droit d'entrée. La loi du 25 ventôse an XII (25 février 1804), qui a rétabli l'impôt des boissons, avait ordonné qu'il y aurait des exercices chez les fabricants, et des inventaires chez les récoltants. Mais ces formalités parurent bien vite si gênantes et si vexatoires qu'une réclamation générale s'éleva; et elles furent supprimées par la loi du 25 novembre 1808. Cette loi posait comme premier principe que la maison du propriétaire devait être respectée, et son vin affranchi de tout droit, tant qu'il n'était pas livré à la consommation e.stérieure ; que le producteur ne devait pas être taxé; que la consommation seule devait payer. En conséquence, les inventaires étaient supprimés, et deux taxes nouvelles étaient créées, — le droit d'entrée et le droit de circulation. Comme le droit de circulation n'est payé qu'au moment de l'enlèvement, on pensait qu'il serait payé, non par le producteur, mais bien par le consommateur, ou parle commerce. Ici en- •core, nous devons remarquer que l'impôt des boissons a été établi avec de grands ménagements pour les agriculteurs ; et qu'en demandant l'abolition du droit de circulation, ils s'exposeraient peut-être à la création d'un autre impôt plus gênant pour eus. Quant au droit de détail , il est perçu sur les débitants ; il est de 15 pour 100 da prix de vente ; il produit 80 à 90 millions, non compris Paris. Ce droit ne donne pas lieu aux mêmes critiques que ceux d'entrée et de circulation; il n'est pas contraire au principe admis aujourd'hui que le transport des substances alimentaires doit être libre ; il n'y a donc pas de motifs pour le supprimer. Mais, dit-on, il soumet les débitants aux exercices de, la régie ; c'est là un grave inconvénient. La répons3 est facile. Il est évident que les débitants ne sont pas dans la situation de tout le monde ; ils ont un privilège lucratif, ils en subissent les conséquences. Ils appellent le public à venir chez eux se réunir et se distraire ; ces réunions amènent souvent du bruit et de là licence ; aussi, de tout temps, elles ont été soumises à la surveillance de la police municipale. Puisque les lieux publics sont justement soumis à cette surveillance, n'est-il pas aussi juste et aussi légal qu'ils subissent les visites de la régie? N'est-il pas très-légitime, et de bon ordre, que la

consommation de la famille soit affranchie de tout droit, et que celle du cabaret soit taxée? Le vin est à la fois un aliraeut nécessaire et un aliment de luxe; comme aliment de luxe, il doit être taxé ; comme nécessaire, il doii être affranchi; mais comment distinguer s'il est dans l'un ou l'aatre cas. Là est la difficulté. Or, c'est précisément le lieu public qui fait la distinction. La consommation qui a lieu au cabaret n'est pas une consommation nécessaire, c'est une consommation de liixe ; il est donc très-juste que le vin soit taxé au cabaret, et non ailleurs.

« Gela posé, pourrait-on remplacer le droit d'entrée, ou tout au moins le droit de circulation, en portant de 15 à 20 ou 25 pour 100 le droit de détail? En augmentant de 30 ou 40 pour 100 ce droit de détail, retrouverait-on les 25 ou 30 millions qu'enlèverait la suppression des deux autres droits? Si cette réforme était possible, il en résulterait évidemment pour le transport et le commerce des vins un avantage important ; mais l'agriculteur, le producteur de vins y trouveraient-ils un grand bénéfice? telle est la question, qui me parait douteuse j et j'appelle sur ce point l'attention des hommes compétents. »

M. de Lavalette se lève ensuite pour prendre la défense des octrois qui, à son point de vue, ont le droit d'exister. Il croit qu'ils dureront autant que les villes auront de besoins, et, comme ces besoins vont toujours croissant, le beau temps des octrois ne passera pas. Bien que ce soit là une grave erreur, selon nous, nous reproduisons la thèse qui a été soutenue par notre confrère à peu près de la manière suivante :

« Je verrais arriver avec plaisir, comme MM. Barrai, de Champvans et Glais- Bizoin, la suppression ou tout au moins la transformation des taxes qui pèsent sur les boissons, et sur tant d'autres produits agricoles; mais cette question, qui touche de près à toute la matière de l'octroi, se complique et devient fort difficile, quand on cherche à la faire entrer dans le domaine de ia pratique. Lorsque toutes les villes de France se sont livrées à des dépenses exagérées, lorsque d'immenses capitaux ont été employés à démolir et à construire, capitaux qui auraient pu être utilisés si avantageusement pour mettre en jeu toutes les forces actives du pays; lorsque toutes ces villes ont contracté avec trop de précipitation des dettes considérables, et qu'il faut trouver dans les revenus ou les impôts les dépenses ordinaires, plus l'intérêt des emprunts et leur amortissement, est-il rationnel de chercher à supprimer les octrois et de priver ainsi les villes de leurs plus grandes ressources ? Le mal existe, il prendra peut-être encore de plus larges proportions; faisons des vœux pour qu'à l'avenir on suive une meilleure voie. Les taxes de l'octroi ne nous paraissent pas d'ailleurs aussi injustes qu'on veut bien le dire, puisqu'elles sont perçues au fur et à mesure de la consommation, et que celui qui ne consomme pas ne les paye point; seulement ces taxes sont fort mal établies et leur exercice est le plus souvent vexatoire. Toute l'attention des législateurs devrait donc se porter de ce côté afin que l'assise de ces impôts fût plus équitable et que la perception eût lieu d'une manière plus civihsée. Le droit ad valorem, quoique difiicile peut-être dans son application, nous paraîtrait résoudre complètement le problème. Il n'est pas rationnel qu'un vin valant 10 à 12 fr. l'hectolitre supporte une taxe de 15 à 20 ; c'est la une espèce de prohibition qui ne doit plus exister avec notre nouvelle organisation économique. En principe, les producteurs devins et les consommateurs trouveront-ils de grands avantages dans la suppression des octrois ? La question est pour moi fort douteuse.

« Je le répète, il y aurait grand intérêt pour tous à opérer la transformation des octrois et à changer leur mode de perception; mais il serait peut-être dangereux de les supprimer entièrement, »

M. Emile Jacquemin, empêché d'assister au dîner, vient joindre, dans l'extrait de la lettre suivante, ses paroles à celles des agriculteurs qui demandent des réformes dans les octrois.

« J'appuie de toutes mes forces ceux qui, à l'exemple de la Belgique, demandent la suppression de l'octroi; de cet impôt si vexatoire et si ruineux pour l'agriculture, que prélèvent nos opulentes cités. Si cette suppression était reconnue impossible pour le moment, il faudrait, du moins, répartir équitablement la charge sur tous les produits qui entrent dans les villes, el cesser d'exempter les industries, pour faire

DINER DE l'agriculture. 479

tous supporter par l'agriculture. Par cette juste répartition, l'agriculture gagnerait la décharge de la moitié environ des droits dont elle est actuellement frappée.

« Dans tous les cas faudrait-il demander à l'impôt municipal qu'il reconnût enfin, sans plus; de retard, la distinction que la nature a établie entre les petits vins, de consommation courante, et les grands vins, de consommation opulente; entre les vins payés au vigneron 20 fr., 15 fr., 10 fr. l'hectolitre, parfois moins encore, et ceux dont la valeur s'élève à 100 fr., à 300 fr , jusqu'à 1,000 fr. et plus.

«L'aveugle octroi, en prélevant sur tous les vins, sans distinction, un droit de près de 22 fr. par hectolitre à leur entrée dans Paris, fait un mal infini aux classes ouvrières, si nombreuses dans la capitale. A la place des petits vins purs, sains et fortifiants, que notre Midi, le département de l'Hérault surtout, foutes nos régions viticoles produisent en si abondantes quantités, l'octroi leur fait boire des vins dédoublés; de ces vins qui se présentent aux barrières avec une couleur noire comme l'encre, contenant une prodigieuse quantité d'alcool; de cet alcool rectifié, de la force de 90 degrés, tel qu'il sort des distilleries du Nord et dont le prix est toujours notablement inférieur à celui des bons alcools de vins.

« Ce vin-betterave, dit de une, de deux, de trois couleurs, qui est totalement impotable, une fois entré en ville, subit dans les caves des marchands de vin l'opération du dédoublage, laquelle consiste à faire deux ou trois pièces avec une seule, en y versant la quantité d'eau voulue. Ce vin excite l'esprit un moment, il donne un quart d'heure de gaieté, puis il alourdit la tête, paralyse les membres, trouble la digestion et mine la santé. Réduire l'octroi sur les petits vins, le faire descendre à deux francs au moins, en attendant qu'il soit supprimé tout à fait, serait une grande, quoique tardive justice rendue aux classes ouvrières, qui méritent à un si haut point toutes nos sympathies. »

M. Barrai résume le débat dans une chaleureuse improvisation. Il conclut radicalement à la suppression de l'octroi. Pourquoi, eu effet, la France se trouverait-elle mal d'un système suivi par la Belgique et la Hollande? Ces deux pays nous donnent un exemple qu'il faut suivre, car de lui dépend la prospérité de la viticulture française.

Le fromage, comme un de nos confrères l'a remarqué , est l'accompagnement obligé des vins rouges de dessert, et peut-être aussi des discussions vinicoles. C'est ce qu'a compris M. Bailleux,qui a gracieusement envoyé au dîner de l'agriculture quelques échantillons des fromages qu'il fabrique.

M. Bailleux a créé d'abord à la maison du Val (Meuse), une grande usine dans laquelle il transforme tous les jours en fromage 4,500 à 5,000 litres de lait qui lui sont fournis par toutes les communes environnantes. Une succursale vient d'être établie, il y a peu de temps, à Courtisol (Marne). Cette usine reçoit déjà tous les jours plus de 2,000 litres de lait; le prix d'achat est fixé à 10 cent, le litre pris sur place; de plus, les petits-laits sont en grande partie rendus gratuitement au fournisseur qui peut ainsi nourrir plus facilement un porc. M. Bailleux a rendu un très-grand service an pays dans lequel sont situées ces deux fromageries, car, avant ces créations, le lait se vendait difficilement 6 à 7 cent, le litre; aussi le nombre des vaches s'est-il accru dans de larges proportions; par suite, les engrais sont devenus plus abondants. Il en est résulté un bien-être général, car les engrais produits sur une large échelle tendent à faire baisser le prix de revient du pain, du vin, de la viande et de tous les autres produits nécessaires à l'alimentation de l'homme ou à l'industrie. M. Bailleux a formé ainsi une espèce d'association aii succès de laquelle sont intéressés 600 coopérateurs qui réalisent des bénéfices, sans courir aucune chance de perte. Il serait vivement à désirer que cet exemple fût suivi dans un

grand nombre de départements. La qualité excellente du fromage dégusté a démontré que l'on peut fabriquer sur tous les points du bon fromage de Brie, et, on le sait, ce fromage paye généralement le lait à un prix rémunérateur.

Sur la proposition de M. le marquis d'Andelarre, la question des Causes de la dépopulation des campagnes a été adoptée pour l'ordre du jour du prochain dîner, qui aui'a lieu au Grand-Hôtel, le mercredi 20 mars prochain.

Georges Barral.

COURRIER DE RELGIQUE.

Je parlais, dans le Bulletin du 17 courant, des ravages que l'épizootie avait faits dans le Limbourg belge, à Hasselt; ils sont momentanément arrêtés, mais, pour parvenir à, ce résultat, il a fallu abattre d'abord 929 animaux placés dans des étafcles envahies par la contagion, et ensuite 403 bestiaux nourris dans des étables non atteintes, mais fort compromises en raison de leur voisinage des foyers d'infection. — Un petit foyer d'infection s'était aussi produit à Retinne, dans la province de Liège, mais il a pu être étoulié; malheureusement le mal, éteint dans la province de Liège, a reparu dans la Flaadre orientale, à Zèle, où, comme le journal l'a déjà annoncé, un taureau malade a sailli plusieurs vaches qu'on a dû abattre.

Le nombre de cas de peste bovine qui ont été constatés en Hollande a de nouveau subi une réduction. De 7,617, chiffre de la semaine précédente, il est tombé à 2,048, répartis de la manière suivante entre les provinces infectées : Hollande méridionale, 1,213; Utrecht, 512; Hollande septentrionale, 248; Gueldre, 75. Il n'y a plus eu de cas dans le Brabant septentrional, mais la maladie a reparu dans la commune d'Ablasewardt, où elle avait cessé de sévir depuis quelque temps. D'un autre côté, la peste vient d'éclater à Weert, localité située à proximité de nos frontières du Limbourg.

A la seconde Chambre des États généraux de Hollande, séance du 19 février, M. W. van GoUslein a adressé au gouvernement une interpellation à propos des mesures à prendre pour combattre l'épizootie. Cette interpellation a provoqué une discussion à fond de la situation créée par l'apparition de la peste bovine. Les membres qui ont pris la parole en cette séance ont émis des opinions divergentes sur les mesures propres à enrayer le mal. Les uns ont approuvé les propositions faites dans le rapport de la commission d'État; les autres les ont combattues; d'autres encore se sont plaint de ce que les prescriptions existantes ne sont pas également appliquées partout. Plusieurs orateurs ont demandé qu'on prit les mesures les plus promptes, les plus énergiques, signalant les heureux résultats obtenus par ces mesures en Prusse, en Angleterre et en Belgique. M. le ministre de l'intérieur a annoncé qu'il soumettrait prochainement à la législature un projet de loi sur la matière. Il résulte du discours prononcé par le mmistre qu'il partage en bien des points les opinions de la commission d'Etat, mais qu'il regrette que le rapport de cette commission ne soit pas entré dans plus de détails.

Sur les instances de la Commission d'agriculture et de M. le gouverneur du Brabant, les dispositions de l'arrêté royal du 8 février 1867, qui prescrivent le recensement du bétail, vont être applit[uèes à toutes les communes de notre province ; cette mesure aura pour resulftit de faire cesser d'une manière absolue le trafic illicite des bêtes bovines. INous ne pouvons qu'applaudir à l'excellente mesure que M. le ministre de l'intérieur vient de prendre dans l'intérêt de notre province.

Dans la semaine qui vient de s'écouler, les transactions ont été presque nulles, en. froment surtout. La baisse en France a rendu ici les acheteurs encore plus réservés. — Les autres grains, avoines, seigles et orges se ressentent de la faiblesse des blés et sont plus calmes. L'orge est en baisse. — A la date du 21 février on écrivait d'Anvers : Céréales. Sans autres aliaires aujourd'hui que pour la plus stricte consommation. — Graines de trèfle. On a traité hier 50 balles de trèfle violet de France et du Luxembourg au prix de 140 fr. par 100 kilog.

EUG. BOURSON.

BIBLIOGRArHIE AGRICOLE. 481

Mémoire sur Vètat matériel et moral de V agriculture en France et sur les moyens tV accélérer ses proijrés, par M. Aug. du Peyrat. — 1 brochure in-12 de 32 pages. Se trouve à Bordeaux, chez L. Couderc, F. Degréteau et J. Poujol, rue du Pas-Saint-Georges, 28.

M. Auguste du Pejrat, l'éminent directeur de la ferme-école des Landes, a extrait des séances du Congrès scientifique de France (28" session, tome IV) l'excellent mémoire dont nous venons de donner le titre.

Sur 36 millions d'habitants, il y a de 22 à 24 millions de cultivateurs, écrit notre collaborateur, et malgré cette majorité immense en nombre, l'influence et le crédit ne sont pas du côté de l'agriculture. Le commerce et l'industrie manufacturière prennent, en eflet, chaque année, nos jeunes intelligences cultivées pour appliquer à d'autres fonctions les connaissances acquises. M. Du Peyrat voudrait qu'on s'occupât plus activement du remède à apporter à cet état désolant de choses. Bien que le progrès et l'instruction se répandent plus facilement depuis quelques années, dans les classes agricoles, il est à souhaiter que ces deux éléments de prospérité soient encouragés par tout le monde à envahir définitivement nos villages. L'auteur indique les moyens qu'il faudrait employer pour appeler les capitaux et les intelligences des villes dans les campagnes, pour soulager la misère et arrêter l'émigration des cultivateurs, pour relever la propriété rurale qui succombe sous la charge, faute de crédit, et qui ne peut ni améliorer la terie ni assurer du travail en tout temps à l'homme des champs.

Toutes ces idées justes sauveraient l'agriculture, si elles pouvaient être mises en pratique rapidement. M. Du Peyrat est un des grands pionniers du progrès agricole. Dans sa région, son influence est salutaire et nous connaissons plus d'une transformation utile due à ses conseils et son enseignement quotidien.

L'intéressant Mémoire de M. Du Peyrat se termine par l'exposé d'un projet de banque agricole de France, qui serait instituée sous le patronage de l'État, sur les mêmes bases et avec les mêmes privilèges que ceux accordés à la Banque de France. Le crédit agricole n'a pas encore chez nous l'importance extrême qu'il aura un jour. L'avenir est à lui; il cherche dans ce moment la forme qu'il prendra pour servir Tagriculture dans sa prospérité et sa grandeur.

Gkorges Barral.

REVUE COMMERCIALE (deuxième quinzaine de février).

Céréales, et farines. — Malgré les jours de beau temps et presque de chaleur de cette quinzaine, les affaires en céréales ont été restreintes sur la plupart denos marchés des départements. A Paris même le mouvement des transaclious a été calme, et les prix om baissé. Les blés de choix sont descendus k 35 ir. 34; ceux de première qualité se sont arrêtés à 33 fr. 75 ; les sortes courantes n'ont pas pu dépasser

34 fr. et les sortes ordinaires ont oscillé entre 31 fr. 67 et 32 fr. 50. Les avoines de choix se sont vendues 24 fr. 75 ; celles de première qualité 24 fr. ; celles de seconde 22 fr. 50, elles qualités inférieures 21 fr. Le tout par quintal.

Le tableau suivant, consulté par le lecteur, lui montrera qu'il en a été de même dans toutes les légions de la France, et que les moyennes des prix de cette quinzaine sont inférieures à celles du commencement de février.

BLÉ AU QUINTAL

,- ^ -^ PRIX MOYEN DU QUINTAL

Prix Sur la quinz. préc. ^ ^ m ^

Régions. inojens. Hausse. Baisse. Seigle. Orge. Avoine.

— fr. fr. fr. fr. fr. fr.

Nord-ouest 34.14 » 1.37 21.91 21.15 21.80

Nord 33.39 n 0.92 21.42 22.76 20.84

Nord-Est 33 25 ,i 141 22.31 21.81 20.35

Ouest 35.08 « 0.78 21.86 23.06 23 34

Centre 32.41 « 1.13 21.89 21.87 21.19

Est 33.18 II 0.77 21.62 21. C5 19.67

Sud-Ouest 34.15 <f 0.40 20.78 20.67 23.48

Sud 33.20 II 1.31 20.48 20.23 22.21

Sud-Est 31.40 II 1.18 20.33 20.59 21.36

Moyennes 33.35 « n 21.43 21. ,^3 21.58

Moyennes de la quinzaine précédente.... 34.36 n n 21.49 21.66 21.95 Sur ia 1 5°° i Hausse . . . n u n n » « précédente. ( Baisse 1.01 » a 0.06 0.13 0.37

La moyenne la plus élevée est celle de l'ouest, se montant à 35 fr. C18; la plus basse est celle du sud-est, qui ne s'élève qu'à 31 fr. 40.

Le marché des grains de Londres a présenté, dans le cours de la quinzaine dernière, une absence complète d'animation; la halle d'ailleurs était maigrement approvisionnée et les demandes étaient mollement présentées. L'importation des grains était peu considérable de l'étranger, les comtes de l'Angleterre avaient contribué pour une quantité environ quatre fois plus forte que le continent européen. Les arrivages d'Amérique ont repris une certaine activité, mais cette activité est faible comparée à l'étendue des affaires dans les années précédentes. Les comtés d'Esses et de Kent, qui sont renommés pour l'abondance et la beauté de leurs céréales, n'étaient représentés que par des produits dont la qualité aussi bien que la quantité laissaient à désirer. Dans ces conditions et au milieu des hésitations multiples de l'achat, la vente s'est montrée assez ferme; mais les affaires ont été sans aucune importance. A Dublin le marché a présenté, dit le North Brilish Agricullurist, une physionomie plus rassurante que dans la précédente quinzaine. Toutefois, bs envois de l'Irlande elle-même étaient nuls, à cause de l'absence de culture, de l'alisence de communications, et surtout à cause de l'absence d'habitants agricoles dans cet infonuné pays.

En Belgique, en Hollande et sur tout le littoral de la Prusse, les affaires ont été sans activité. En Russie et sur les marchés prussiens, nos correspondants nous annoncent une hausse prononcée pour les blés.

Les farines, qui depuis le mois de janvrier étaient dans une situation déplorable, ont subi, sur la fin de cette quinzaine, une hausse consécutive pendant quelques jours, hausse qui a encouragé les détenteurs à augmenter leurs prix, sans diminuer pour cela le nombre des acheteurs. Les farines de consommation sont seules à lutter contre l'impassibilité des boulangers, qui ne font aucun achat sérieux. Les farines de seigle se sout placées, durant toute la quinzaine, avec beaucoup de facilité, au prix de 34 fr. le quintal, sans compter l'octroi. Pour les prix des autres farines, nous renvoyons le lecteur aux excellentes mercuriales de notre confrère, M. Laiont, du Bulklin htbdomadaire àe ce journal.

Vins, eaux-de vie, alcools. — Les affaires en vins ont été calmes en général. Dans le Midi, dans le Centre, dans la Bourgogne comme dans la Moselle, le commerce a été presque nul. A Paris cependant, à l'entrepôt de Bercy, ainsi que dans quelques grands centres du Midi, on a conclu quelques transactions assez fortes; mais le courant comme partout a été faibie. — Plusieurs de nos correspondants nous apprennent que le temps est magnifique, et que la chaleur toute printanière qui règne dans leur pays depuis quelques jours fait monter la sève avec rapidité dans les ceps qui pleurent, comme on dit en langage vinicole. Il est probable, malheureusement, que le mauvais temps viendra arrêter cet essor prématuré. En

vue des dégâts et des pertes qui pourraient en résulter, les propriétaires tiennent leurs vins à des prix élevés.

Les esprits 3/6 Nord fin sont restés sans affaires. Les esprits 3/6 du Midi sont aussi dans une situation semblable. Les premiers n'ont pas dépassé 59 fr. 50; les seconds ont atteint 86 et 87 fr. pour l'hectol. à 86 degrés du Languedoc.

Si les eaux-de-vie n'avaient pas la consommalion pour donner quelque animation^ aux marchés des départements et de Paris, leurs affaires seraient restées complètement nulles. Les eaux-de-vie de Montpellier se sont vendues 60 et 62 fr.; les cognacs ont oscillé entre 100 et 150 fr., le tout par hectol. Ce sont les seuls produits qui ont été convenablement achetés pendant cette quinzaine.

Huiles cl graines oléagineuses. — Les huiles de colza continuent à se soutenir difficiliement. Les ventes pour le courant du mois n'ont pas dépassé 90 fr. Les huiles de lin ont atteint 98 fr., le tout par quintal.

La situation des colzas en terre, grâce aux chaleurs de la quinzaine, est excellente. Ils sont vigoureux, et s'ils subissent l'inQueace destructive des frimas, ils donneront au moins une aussi belle et aussi bonne récolte que celle de l'an dernier.

Les graines oléagineuses ont été un peu demandées. Elles sont très-rares sur les places.

Laines. — Les laines sont restées sans affaires. Les éleveurs n'en ont plus à vendre que des quantités insignifiantes jusqu'à la tonte prochaine. Cependant le stock du marché de Paris a augmenté fortement à cause de la stagnation des affaires de la mégisserie.

Sucres.' — Les sucres bruts indigènes n'ont pas varié leurs prix durant cette quinzaine. Le disponible s'est coté 28 fr, 25, et le livrable sur mars 28 fr. 75, pour le type n° 12, au droit de 42 fr. Les sucres raffinés ont oscillé entre 125 fr. et 127 fr. les 100 kilog.

Suifs. — Les nouvelles successives arrivant de l'étranger et annonçant des envois considérables, ont provoqué une baisse qui, lente d'aburd, s'est accentuée ensuite. Le disponible a été coté, en moyenne, 106 fr., la chandelle s'est vendue 126 fr., et l'acide stéarique de saponification, 177 à 180 fr., le tout par quintal.

Bestiaux. — Les marchés de Poissy et de Sceaux ont subi, une hausse marquée sur le commencement de février, pour le gros bétail. Pour les moutons, les prix ont été moius fermes.

Les bestiaux se sont bien vendus à Londres. La métropole avait reçu, dans la dernière quinzaine, environ 17,000 têtes de bétail, nombre un peu plus élevé que celui que nous trouvons dans la statistique précise de la quinzaine correspondante en 1866. Les bœufs étrangers se sont présentés et ont été vendus fermement. La dernière panique qui vient de secouer l'Angleterre au sujet du catile plague avait en quelque sorte, dans les derniers jours, paralysé tout mouvement commercial. Des précautions multiples avaient été prises pour surveiller sur le maiché même les animaux amenés sur place, ce qui a causé aux affaires un certain embarras. Le prix des moutons n'a pas sensiblement varié depuis la dernière quinzaine.

En résumé, nous ne trouvons pas dans le marché anglais quelques-uns de ces brusques revirements auxquels la crise du cattle- plague nous avait en quelque sorte habitués et qui présentaient pour les spéculateurs de notre pays un intérêt vraiment exceptionnel.

Georges Barral.

PRIX COURANT DES DENRÉES AGRICOLES (2- quinz. de février).

Page 1