I. — Situation de l'agriculture au commencement de
L'année 1866 a fini au milieu de circonstances assez tristes en général. Cependant l'agriculture ne peut pas se plaindre de la hausse des prix sur la plupart des denrées agricoles. Quand le producteur vend plus cher, ses intérêts sont mieux satisfaits. Mais l'agriculture est à la fois un grand producteur et un grand consommateur, de telle sorte que toute question a pour elle double face. Comme faisant partie de la classe générale des consommateurs, elle ne veut pas payer des prix exagérés qui, après tout, prendraient dans sa poche droite pour porter dans sa poche gauche, en laissant peut-être une certaine perte s'échapper dans l'intervalle du transport, au grand profit seulement des intermédiaires. Pour apprécier la situation, on doit tenir compte de deux facteurs : de la quantité et du cours. Pour l'agriculteur producteur, il faut que le produit des deux facteurs soit le plus grand possible. Comme en ce moment, malgré la cherté générale de toutes les choses, le produit des deux facteurs n'est pas très-considérable dans beaucoup de régions, on se plaint encore, surtout parce que le prix de revient a été assezélévé. Toutefois, leproduitdéfînitifest notablement plus grand qu'il y a un an, où la quantité n'était pas assez forte pour balancer la faiblesse des cours. Il y a donc amélioration, mais cette amélioration n'est pas assez prononcée pour équivaloir encore à une prospérité. Comme l'horizon est obscur, comme beaucoup de fléaux semblent encore menacer l'humanité, l'inquiétude continue à peser sur les esprits. Un éblouissant rayon de soleil viendra-t-il dissiper les ténèbres au milieu desquelles s'alanguissent les populations vou'ées aux occupations rurales? C'est ce que nous souhaitons, pour inaugurer l'année 1867, à notre agriculture. La grande enquête qui va s'achever guérira peut-être beaucoup de blessures. Dans tous les cas, elle peut calmer en éclairant.