PREMIER LOT
Repas de feuilles ordinaire-.
Repas (au nombre de huit)
de feuilles mouillées avec eau
de papillons non corpusculeui.
Repas (au nombre de huit)
de feuilles mouillées avec eau
de papillons corpusculeux.
42 cocons de bonne nature.
40 cocons. Cocons plus forts que ceux du troisième lot.
3 vers morts.
5 vers perdus.
31 papillons
sortis, 1 chrysalide
morte ,
0 vers morts.
10 vers perdus.
lesquels,
joints aux
10 chrysalides
oÊservées
) le 25 juillet,
font un total
^de 42 cocons.
29 papillons sortis,
1 chrysalide morte.
lesquels, I joints au.i; 10 chrysalides observées J le 25 juillet, [ font un total , de 42 cocons.
Papillons et chrysalides, tous ont été corpusculeux. — Accouplements satisfaisants.
Papillons etchrysalides, tous ont été corpusculeux. — Accouplements satisfaisants.
45 cocons. Bon nombre de peaux et de cocons trèsfaibles.
1 vers mort.
4 vers perdus.
21 papillons sorlis,v lesquels,
14 chrysalides mor- 'joints aux
tes ou papillons J lOÇ.'V'ysa-
formés, mais qui' ''"^5
, . . . ■ observées
n ont pu sortu- m I ,g 05 juil-
de leur coques Ijet font un de chrysalides ni total de de leurs cocons, 42cocons.
Papillons et chrysalides, tous ont été corpusculeux. — Accouplements impossibles en général. — Pas de graine pondue, quelques œufs seulement.
Ce tableau joint au précédent est très-instructif. A ne prendre que le résultat brut des essais, c'est-à-dire le nombre total de cocons. Les expériences dont je viens de rendre compte ne paraissent pas tout d'abord avoir de signification bien déterminée ; car le lot des vers qui ont eu des repas de feuilles mouillées par l'eau tenant en suspension des débris de papillons [corpusculeux, et que j'appellerai par abréviation des repas corpusculeux, a donné autant de cocons que les autres, je ne dis pas plus (malgré le nombre 45 supérieur aux nombres 40 et 42), parce que les vers perdus ont dii aller faire des cocons hors des paniers respectifs qui les contenaient. D'autre part, tous les papillons sans exception, et dans les trois lots, se sont montrés corpusculeux, bien qu'à des degrés divers. Mais l'infériorité du troisième lot, celui à repas corpusculeux, est très-manifeste, si l'on remarque que 14 chrysalides n'ont pu se tranformer en papillons, ou que les papillons développés n'ont pu quitter leur enveloppe de soie, ni même leur coque de chrysalide. Cet effet, sans nul doute, était dû à l'intensité de la multiplication des corpuscules dans les sujets de ce lot, qui en renfermaient beaucoup plus que les sujets des deux autres, et surtout que ceux du premier, moins chargés en général que ceux du second.
L'influence des repas corpusculeux n'est pas moins sensible dans le premier tableau relatif aux chrysalides, puisque toutes les chrysalides du lot soumis à de tels repas se sont montrées, dès les premiers jours de leur formation, chargées de corpuscules à profusion, tandis que moitié seulement des chrysalides des deux autres lots en ont offert et que, Ik où il y en avait, ils étaient en général très-peu nombreux.
Quoi qu'il en soit, je ne devais pas accepter comme tout à fait conconcluantes les expériences que je viens d'exposer, par cette circonstance que tous les papillons des trois lots ont été trouvés corpusculeux. Du moins, les essais précédents auraient une signification bien plus tranchée, si le lot des vers élevés avec de la feuille saine avait fourni des papillons absolument privés de corpuscules , tandis que la feuille préjugée malade n'en aurait donné que de corpusculeux. J'ai donc senti la nécessité de répéter mes expériences dans des conditions meilleures et plus décisives.
Durant notre séjour à Alais, INI. Gernez avait envoyé à Valenciennes une petite quantité de graine que nous avions lieu de croire saine. Outre l'étude que nous en avions faite, elle appartenait à l'un de ces cartons rendus célèbres par le don que le Taïcoun en avait fait à l'Empereur. A la date du 31 aoiàt dernier, M. Gernez put examiner les papillons issus de ces graines. Aucun d'eux ne montra des corpuscules. En outre, il fut constaté que leur graine ôXnirbivoltine , c'est-à-dire qu'au bout de quinze jours environ elle donna naissance à de nouveaux vers, qui furent également élevés à Valenciennes, par les soins de INI. Gernez, du 20 juillet à la fin de septembre. Informé à temps par lui de ces circonstances, je le priai de reproduire sur les vers de cette seconde génération les épreuves auxquelles j'avais soumis les vers de M. Peligot, et de les rendre même plus complètes, en disposant quatre lots au lieu de trois, dans les conditions suivantes : Le premier avec repas de feuilles ordinaires ; le deuxième avec repas de feuilles mouillées d'eau de papillons non corpuscukux ; celle nature de repas a commencé après la troisième mue; le troisième avec repas de feuilles mouillées d'eau de papillons corpusculeux , cette nature de repas devant commencer après la troisième mue ; le quatrième avec repas semblables à ceux du troisième lot, mais devant commencer après la quatrième mue seulement. La comparaison entre le quatrième lot et le troisième devait m'éclairer sur les causes des diflérences observées entre l'expérience faite à Paris et les expériences faites à Alais; car je soupçonnais que ces différences tenaient à l'âge auquel les vers avaient été mis à l'épreuve de la contagion de la maladie. Les repas d'expérience ont été au nombre de cinq en cinq jours consécutifs, un par jour, intercalés dans des repas de bonnes feuilles. Voici le résultat, assuréme.nt remarquable, de ces nouvelles éducations :
Le premier lot de vers soumis aux repas de feuilles ordinaires n'a rien oiiert de particulier. L'éducation a été aussi bien que le permettait la saison déjà avancée, ' dans le département du Nord, et sans faire de feu dans la pièce où se trouvaient les vers. Elle a iourni 27 cocons, dont aucun des papillons n'était corpusculeux. Chaque lot avait 40 vers à l'origine.
Le deuxième lot (feuilles non corpusculeuses) a donné 19 cocons, dont aucun des papillons n'était corpusculeux. Néanmoins il est sensible que l'humectation de la feuille anui en quelque chose. G'estdu reste un fait constant que la feuille mouillée ne convient pas aux vers.
Le troisième lot (feuilles corpusculeuses après la troisième mue) n'a fourni que 4 cocons. Un seul de ces cocons a donné un papillon, lequel était très-corpusculeux ; deux autres de ces cocons renfermaient des chrysalides mortes, dont une était très-corpusculeuse, et enfin un ver était mort dans le quatrième cocon, et s'est trouvé également corpusculeux.
Le quatrième lot (feuilles corpusculeuses après la quatrième mue seulement) a fourni 22 cocons, dont & fondus ou peaux h peine formées. La mortalité a donc été ici beaucoup moindre que pour les vers du troisième lot, mais tous étaient également corpusculeux excepté trois vers, morts sous forme de vers' dans leurs cocons.
Ces résultats confirment ceux que j'ai fait connaître tout à l'heure. Ils expliquent en outre, conformément aux prévisions que j'énonçais il n'y a qu'un instant, l'anomalie apparente que j'avais signalée le 23 juillet devant l'Académie des sciences, entre mes essais d'Alais et ceux de Paris sur les vers de M. Pehgot. ISIais ils empruntent une valeur toute particulière à cette circonstance remarquable, que les deux lots auxquels on n'a pas donné de matières corpusculeuses n'ont pas fourni un seul sujet corpusculeux, sans nul doute à cause de laquahté de la graine, tandis que, et malgré la supériorité de celle-ci, les deux autres lots, soumis à une alimentation corpusculeuse, ont fourni des vers dont la très-griinde majorité est devenue corpusculeuse à l'état de chrysalides et de papillons. Il n'y a eu d'exception que pour 4 individus sur 26 qui avaient résisté, et encore ces 4 individus étaient morts trop jeunes pour qu'il y eût déjà développement des corpuscules dans leurs
tissus. Enfin, pour ceux qui ont eu après la troisième mue, dans un âge moins avancé, cinq repas corpusculeux, la mortalité (déclarée surtout après la quatrième mue) a été si considérable avant la montée, que 40 vers n'ont fourni que 4 cocons, renfermant des individus très-malades.
En résumé, si l'on se reporte aux expériences que j'ai faites à Alais, et qu'on les rapproche de ce que je viens d'exposer, il est certain que l'on peut déterminer par des repas à feuilles corpusculeuses une grande mortalité, lorsqu'on opère sur les vers dans les premiers âges ; qu'en agissant au contraire sur des vers qui ont dépassé la première mue, c'est-à-dire sur des individus relativement plus vigoureux, et qui n'ont plus à subir les époques critiques des mues, la mortalité ne s'accuse pas sur eux à l'état de vers ou de chenilles; l'éducation donne des cocons, mais l'infection se décide dans les chrysalides, à tel point que celles-ci peuvent avoir de la peine à se transformer en papillons, et, dans le cas (jù elles atteignent cette phase de leur vie, les papillons meurent souvent dans les cocons, ou dans leurs coques de chrysalides, sans avoir la force d'en sortir. On peut aller aussi, ainsi que le constate la troisième colonne du deuxième tableau ci-dessus, jusqu'à l'impossibilité presque absolue de l'accouplement et de la ponte, circonstances qui sont, après la mort, les signes les plus accusés de la maladie.
D'ailleurs, si l'on considère les pratiques ordinaires des éducations ainsi que les faits que j'ai signalés dans ma lecture du 23 juillet sur la composition de la poussière de certaines magnaneries et sur l'origine de cette poussière, on comprendra que les éducations provenant de mauvaises graines, et qui manquent de très-grands soins, sont une source de matières corpusculeuses répandues sur les feuilles ; qu'en conséquence, le genre d'inoculation par les voies digestives, institué dans les expériences qui précèdent, et dont les résultats démontrent l'influence morbifique, n'est pas seulement artificiel et spécial à des essais de laboratoire ; c'est un mode d'inoculation de la maladie régnante c[ue l'on pourrait appeler naturel, inhérent aux éducations de mauvaises graines, bien qu'il ait échappé jusqu'à présent à l'attention des praticiens et des savants. Il est bien propre également, par la nature de ses effets à fortifier la confiance que peut inspirer le procédé que j'ai fait connaître à l'Académie des sciences pour obtenir des graines irréprochables. Quoi qu'il en soit, et sans m'étendre davantage sur ce dernier point qui est toujours soumis aux réserves que j'ai faites précédemment, on peut considérer comme acquis et démontré qu'il est possible de provoquer la maladie sous diverses de ses formes, plus ou moins destructives des éducations, plus ou moins semblables à celles que les éducateurs ont fréquemment sous les yeux, et que ces formes du mal, dans les expériences précédentes, sont en rapport direct avec le développement des corpuscules chez les chrysalides ou chez les papillons. Gela est si vrai, que nous venons de reconnaître qu'en opérant sur des papillons réputés sains par les principes mêmes qui me servent de guide, on peut à volonté, en une seule éducation, tantôt amener les vers issus de leur graine à l'un des états les plus graves de la maladie, voire même à une mort certaine, tantôt les préserver de l'infection.