Journal de l'amiral Wittert, 1607-1610
LES GRANDS VOYAGES ET LA GLORIEUSE MORT DU GÉNÉRAL & AMIRAL BARON DE WITTERT LE 12 JUIN 1610 A MANILLE
MDCXI
La Compagnie des Indes orientales fist partir Tan 1607 treize vaisseaux pour chercher la flote de Portugal et la combattre vraisemblablement à la Mosambique ou dans les parages qui en sont proches.
Pierre Willemsz, d'Amsterdam,
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fut établi amiral de cette flote. Et François de Wittert, de l'ancienne famille des barons de ce nom, seigneur de Hoogeland, Emeeclaar, etc.
fut fait vice-amiral et président du conseil ordinaire, avec tout pouvoir de remplacer l'amiral, de grand âge et maladie.
L'amiral étoit sur le vaisseau nommé les "Provinces-Unies, de 800 tonneaux. Le oMiddelbourg^ du port de 1,000 tonneaux, étoit monté par le vice-amiral. Toute la flote étoit montée de 28 à 29 cens hommes, de 42 pièces de canons de fonte, de 283 canons de fer, de
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ioo pierriers, avec des munitions de boulets, de poudre, de mèches, etc., et de vivres pour plus de trois années. Cet armement coûtoit dix millions huit cens livres.
Le 22 décembre 1607.
Une partie des vaisseaux firent voile du Texel à 6 heures du matin, par un vent d'Est. Mais le vaisseau nommé Hollande toucha sur un banc dans la passe des Espagnols ; les autres le laissèrent et portèrent le cap au Sud-Ouest quart de Sud,
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par un vent fait du Nord qui étoit fort frais.
Le 2 février 1608.
Tous les vaisseaux se réunirent à la vue des isles salées dans Tisle du Mai, où chacun saccommodoit à faire de l'eau. Le circuit de l'isle du Mai est d'environ deux jours de chemin. Il y a beaucoup de rochers et elle est aride. Il n'y croît presque rien que du foin et des figuiers sauvages, dont les figues ne meurissent point, quoique la chaleur leur fasse prendre une assez belle
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couleur, mais elles manquent de pluie. Il y a aussi quelques arbres qui portent du coton.
Ce qu'on y trouve en abondance sont des chèvres, dont on tue plus de 5,000 par an, pour en avoir les peaux. Il y a peut-être 3o familles qui y vivent misérablement. Mais tout le monde s'enfuit, hormis un vieillard, lorsque le Zélande y ayant relâché le premier. On le traita fort honnêtement, lui faisant même des présens en le renvoyant, pour l'obliger de dire aux autres que s'ils vouloient amener des rafraîchissemens on les paieroit bien. Cependant il
ne revint point et on ne vit plus personne pendant quatre jours.
Mais ils vinrent ensuite, voyant qu'on n'y avoit fait aucun désordre, et envoièrent des rafraîchissemens.
Le 14 février.
Ils livrèrent 90 chèvres qui furent distribuées sur les vaisseaux, et on les paia en fromages et en d'autres marchandises qu'ils désirèrent. On avoit débarqué les soldats et quelques matelots qu'on logea dans une petite église, et à qui on fist faire tous les jours des exercices mili-
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taires. On prit aussi beaucoup de poissons, comme une espèce de mulets, des brèmes, des dorades, des tortues et d'autres aussi gros que de petites morues et d'un goût excellent. Pour des oranges et des limons il n'y en avoit point.
Le 20 février.
Pendant que tous les vaisseaux étoient ensemble à la rade de l'isle du Mai, on ouvrit, selon les ordres qu'on en avoit, une instru£lion secrète, où l'on ne trouva que les avis pour passer promtement la ligne,
pour tâcher de doubler le cap de Bonne-Espérance dans le 14 de janvier, et, en cas qu'on s'écartât, pour s'attendre les uns les autres pendant quinze jours dans la baïe de Verhagen ou dans celle de Saint- Augustin, qui est par les 38 degrez sous le tropique du Capricorne.
Après avoir lu cette instruction, il fut résolu à la pluralité des voix, par le vice-amiral Wittert, qu'on tâcheroit de passer la ligne et qu'à cet effet on fairoit le Sud-Sud- Est et le Sud-Est quart au Sud, le vent étant alors Nord-Est; et en conséquence l'amiral ayant tiré le coup
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de partance, on remit à la voile.
Le 8 mars.
Nous nous trouvâmes par les 41 minutes de latitude Sud, si bien que nous avions passé sous la ligne pendant la nuit. Nous prîmes alors notre cours au Sud-Est quart de Sud.
Il est difficile, quand on est sous la ligne, de prendre hauteur à l'astrolabe ou à l'arbalète, parce qu'on a le soleil ou tout à fait, ou presque perpendiculairement sur la tête, quand il est sur le zénith, savoir le
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22 de mars. Dans ce temps-là on est obligé de se régler par la croisade du pôle antarctique.
Le 23 mars.
Par la hauteur des 2 degrez 28 minutes, on pécha tant de bonites qu'il y en eut quelquefois suffisamment pour donner à manger à tous les équipages. C'est un poisson plus gros qu'une alose et son goût approche de celui du maquereau.
Nous péchâmes encore des dorades qui sont delà grosseur du saumon.
On prit aussi des hydres ou serpens
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d eau de 4 à 5 piez de long. On les regarde comme les loups de mer, et il fut fait défense aux équipages de se baigner, parce qu'on est souvent surpris par ces hydres, qui ont tant de force et mordent si serré, que quand ils saisissent un bras ou une jambe, ils entraînent aussitôt l'homme au fond de l'eau.
Il y eut une partie de nos gens qui n'en voulurent pas manger. Les autres en mangèrent et les trouvèrent fort bons. *
Nous vîmes encore une multitude de poissons volans, qui voloient contre les voiles et tomboient
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dans les vaisseaux. Ils sont de la grosseur et du goût d'un gros éperlan rôti sur le gril. Les bonites et les dorades, qui nagent fort vite, leur donnent la chasse et les mangent. Nous péchâmes aussi de ces poissons que les Portugois nomment abricoor, qui ont 3 à 4 piez de long, qui sont de bon goût et aussi gras que des pourceaux. Le vice-amiral François Wittert en pécha un qui avoit 5 piez, et qui fut sufisant pour le repas de l'équipage du Middelbourg, c'est-à-dire pour plus de 3oo hommes.
Le 23 du même mois de mars il
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fut résolu qu'on iroit relâcher à l'isle de Sainte-Hélène et que ceux qui pourroient s'être écartés de la flote l'attendroient là pendant quinze jours, lequel tems étant passé, ou bien au cas qu'ils s'y rendissent trop tard et qu'ils n'y trouvassent plus personne, ils s'en iroient à la baie Verhagen ou au cap de S. Sébastien, sous le tropique du Capricorne, par la hauteur des 22 degrez 40 minutes, sçavoir Mayotte et Angon, qui gisent par la hauteur d'entre les 12 et i3 degrez. Mais il faut compter par les i3 degrez i5 minutes pour prendre
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bonne hauteur, parce que les courans portent toujours vers le Nord.
Les Portugois n'en ont pas eu une assez particulière connoissance, et par cette raison ils les ont omises dans leurs cartes.
Le 5 avril.
La flote étant par la hauteur des 26 degrez 40 minutes, on eut ordre de porter sur l'isle Sainte-Hélène, et comme on y pouvoit rencontrer des carraques portugoises, elle fut distribuée en trois divisions. La première, qui étoit composée des
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vaisseaux les Provinces- Unies, Zélande, Hollande et des deux yachts le Griffon et Vd4igle, fut sous le commandement de l'amiral Willemsz pour se mettre à l'avant.
La seconde, composée du Middelbourg, de V Amsterdam, du Delft et du yacht le Paon, eut pour chef le vice-amiral François Wittert. La troisième, composée des vaisseaux Rotterdam, le Lion rouge et Hoorn et du yacht le Faucon, fut mise sous la conduite d'Adam Claasz van Driel.
Il fut en même tems ordonné qu'on tiendroit à côté de chaque
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pièce de canon une grande baille pleine d'eau avec un seilleau de cuir, où il y auroit une corde de la longueur de 3 à 4 brasses. On distribua 400 grenades à chaque vaisseau et 2S0 à chaque yacht. Le viceamiral François Wittert promit une réale de huit à chacun de ceux qui en auroit jette quelqu'une qui auroit endommagé les ennemis, et i5o réaies à celui qui pourroit enlever le pavillon de leur amiral.
Le 15 mai 1608.
On eut la veue de l'isle Sainte-
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Hélène et le i5 sur le minuit on mouilla l'ancre à la rade, par le travers de la petite église, où l'on ne trouva aucuns vaisseaux, ni amis, ni ennemis. Il y avoit bien 5oo malades dans la flote, pour qui Ton dressa des tentes à terre où on les fist porter. Le lendemain on trouva quatre lettres dans un morceau de bois creux suspendu au coin de la porte de la petite église : i° De l'amiral Waarwyck, du 28 janvier 1607 ; 20 de Jean Van den Beer, du 15 décembre 1607; 30 de B. Opmeer, du 19 décembre 1607; 40 de Guillaume CorneliszSchouten,du 21 février 1608.
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Le 16 mai.
Le vice-amiral François Wittert fist faire une reconnoissance de l'isle Sainte-Hélène. Elle est haute et montueuse, entourée de roches escarpées et a 6 lieues de circuit. Elle gist par les 16 degrez un quart. A son côté occidental, proche de la petite église, il y a un bon mouillage; mais il faut mouiller tout proche de terre, pour ne pas chasser sur les ancres. Car il y a des valées entre les grandes montagnes, d'où sortent ordinairement des vents qui souflent avec impétuosité.
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La plupart de ces montagnes sont couvertes de verdure et de quelques arbres sauvages. Entre autres il y en a un dont les feuilles sont assez semblables à celles de la sauge, et en a à peu près la même odeur; c'est celui qui fournit 1 ebène. Ses rieurs fournissent aussi une gomme de la couleur de la gomme arabique et de l'odeur du benjoin. Il y a d'autres grands arbres qui produisent de belles fleurs incarnates et blanches, à peu près comme les tulipes, et qui sont un très-bel ornement, et un petit fruit, presque comme le blé sarrasin.
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Il y a deux belles valées, dont Tune s'apelle la valée de l'Église, et c'est par derrière de l'église, qui y est, qu'on monte sur la montagne.
L'autre se nomme la valée des Oranges, qui est au Sud. On y trouve de bonnes oranges, des grenades, des limons, assez pour servir de rafraîchissement aux équipages de cinq ou six vaisseaux. On y voit aussi quantité de persil, de sénevé, de pourpier, d'oseille, de camomille, herbages qui, mangez en potage ou en salades, sont très-bons contre le scorbut.
Il croît sur la montagne une cer-
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taine herbe assez semblable à la lavande, dont le goût aigret est fort agréable et qui jette des feuilles de la longueur du doigt, qui se terminent en pointe comme les oreilles d'un lapin. Il y croît encore beaucoup de cresson, avec une autre herbe, qui est comme du tabac, aiant une odeur forte approchant celle des feuilles du noïer et dont la tige s élève dune brasse et demie. Nous crûmes quelle avoit une vertu médicinale, et sans doute qu'à l'avenir quelqu'un en fera l'épreuve.
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La 24 mai.
L'usage de toutes ces herbes contribua tellement à la guérison de ceux qui étoient malades du scorbut, qu'en huit jours il y en eut plus de la moitié en état d'aller eux-mêmes les cueillir et les apprêter, et même d'aller à la chasse aux chèvres et aux sangliers avec l'amiral François Wittert. Il y a aussi quantité de cabris et de boucs très-gras et fort gros, qu'on auroit pris pour des chevreuils ou pour des veaux. Il y a des pourceaux de diverses couleurs et d'un très-bon goût : mais les unes
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et les autres de ces bêtes sont difficiles à chasser.
Il y a encore des perdrix, des pigeons, des tourterelles, des paons, qu'on ne peut prendre et qu'il faut tirer à coups de fusil. Mais il n'y a point de bêtes dévorantes, d'oiseaux de proie, ni de reptiles venimeux.
Il n'y a ni loups, ni lions, ni ours, ni aigles, ni éperviers, ni vautours, ni serpens, ni crapaux. Tout ce qui y est d'incommode sont de grosses araignées et des mouches aussi grosses que des sauterelles.
Au côté méridional de Sainte- Hélène gisent certaines petites isles
qui ne sont proprement que des rochers où nous voyons des milliers de mouettes noires et d'autres oiseaux blancs ou tachetez, dont les uns avoient le col long et les autres l'avoient court. Ils faisoient leurs œufs sur les rochers, et ces œufs sont très-bons à manger. La multitude de ces oiseaux est si grande qu'on les prenoit à milliers et qu'ils se laissoient tuer à coups de bâton.
Ce qui fait qu'on les appelle les mouettes folles, mais elles sont de très-bon goût.
On y a trouvé des montagnes qui donnent du bol rouge et une terre
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grasse qui est grise et assez semblable à la terre Lemnienne, tant par sa qualité grasse que par le goût qu'on y trouve en y appliquant la langue. Il y a une montagne au Sud- Est qui est pleine d'une sorte de couleur rouge, avec laquelle on fait du rouge chargé, du rouge brun et du clair. Il y a une autre à l'Est qui fournit une belle couleur perse et dont la terre, vers le bas de la montagne, est d'un verd clair, et vers le haut d'un verd brun.
Il y a sur les rochers, qui sont le long de la mer, de bon salpêtre et de bon sel. L'eau qu'on fait dans
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cette isle est la plus saine et la meilleure qui se trouve sur toute la route. La mer y est fort poissonneuse. On y pêche tout proche du rivage, avec de gros et de petits hameçons, mais non pas avec la seine, parce que le fond y est sale et que la mer y brise trop.
Il y a diverses espèces de poissons, sçavoir des maquereaux, des rougets, et dautres qui sont comme des barbeaux, des perches, des carpes de différentes couleurs et d'autres sortes encore. Il y a des serpens gros comme le bras, qui sont d'un excellent goût. Il y a des écrevices
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et des huîtres meilleures qu'en Hollande, qui sont tellement attachées aux rochers qu'il les en faut séparer avec le couteau.
Le 30 mai.
Le vice-amiral François Wittert écrivit deux lettres par lesquelles on marquoit que la flote avoit relâché à cette isle le 1 5 de mai et qu'il avoit remis à la voile le 2 juin pour continuer sa route vers les Indes. Une de ces lettres fut mise dans une boè'te de plomb, qu'on enterra dans un creux à un pié et demi de la porte
de l'église, et l'autre fut enfermée dans un bois creux, qu'on laissa suspendu dans l'église.
Le 2 juin 1608.
On résolut de courir au Sud jusques vers les 32 degrez, où l'on changeroit de rumb pour doubler le cap de Bonne-Espérance. Le soir du 2 toute la flote remit à la voile.
Le 9 juin.
On fut par la hauteur des 24 degrez 25 minutes courant au Sud
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et au Sud quart de Sud-Ouest, par un vent forcé d'Est-Sud-Est, aiant alors passé trois fois sous le tropique du Capricorne.
Ceux qui passent sous la ligne, veulent faire route sous le Cap, doivent se souvenir que lorsqu'ils seront au-dessus des Albrolhos, il faut qu'ils portent au Sud jusques à ce qu'ils soient sous le Tropique, et par la hauteur des 34 ou 35 degrez, où les vents d'Est les porteront, afin de rencontrer plus tôt les vents d'Ouest, qui les conduiront jusques au Cap. Car si l'on court trop tôt la bande de l'Est, on tombe
aussi trop tôt dans les calmes.
Le 27 juin.
Au quart du jour, le vice-amiral François Wittert fist tirer un coup, et mettre deux feux, pour signal qu'il avoit découvert les terres. Vers le soir on trouva fond sur 5o brasses, et Ton crut être sur le Cap des Aiguilles. Peu après on vit les terres qui nous demeuroient à 8 lieues au Nord. Toute la nuit on fist l'Est- Nord-Est, et jusqu'au matin du 28, et sur le midi on vit floter quantité de trombes.
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On n'avoit pas cru pouvoir doubler le Cap de Bonne-Espérance que dans trois jours, et même quelques pilotes croioient en être encore à cent lieues, selon leur pointage, lorsque le vice-amiral leur montroit le Cap des Aiguilles, qui en est à 20 lieues, Est quart de Nord-Est.
De sorte que les courants avoient beaucoup contribué à le faire doubler et avoient porté les vaisseaux avec force au delà de ce premier cap comme dirigeoit le vice-amiral François Wittert.
Ceux qui viennent de Hollande, pour le doubler en cette saison, y
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trouvent l'hiver et les vents d'Ouest, qui leur sont favorables. Mais ceux qui reviennent des Indes avec de grosses cargaisons, pour le doubler en cette même saison, ont bien besoin de se recommander à la miséricorde de Dieu. Ainsi il faut prendre garde à partir des Indes dans la saison propre pour trouver l'été au Cap, en le dépassant, et à partir de Hollande dans une saison propre pour y faire trouver l'hiver. Sans cette précaution on court de grands risques, dont les moindres sont d'être arrêté un ou deux mois par des vents contraires.
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Le 28 juin.
Les deux amiraux ordonnèrent qu'on célébreroit un jour d'aftion de grâces à Dieu, dans toute la flote, pour la faveur qu'il avoit bien voulu accorder à tous de doubler si heureusement le Cap de Bonne-Espérance.
Le 6 juillet 1608.
Nous fûmes battus d'une furieuse tempête. La misène de l'amiral fut emportée hors des rallingues, et il arriva divers autres semblables acci-
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dens. Le vice-amiral François Wittert parvint à rallier toute la flote.
Quant Ton est vers la terre de Natal il faut prendre garde à la constitution de l'air, car avant que la tempête commença, on y avoit vu des éclairs fort long-tems.
Le 23 juillet.
Comme la flote étoit par les 17 degrez 14 minutes, le conseil s'assembla pour délibérer sur l'article de l'instruction secrète des seigneurs direfteurs, qui portoit qu'on chercheroit la flote de Portugal pour la
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combattre, et qu'elle seroit aparament à Mosambique ou dans les parages qui en sont proches. Ainsi, il s'agissoit de sçavoir où on la devoit attendre, et si ce seroit à Maïotte ou à Comore, ou à Mosambique.
Il fut donc résolu qu'on iroit en droiture à Mosambique, et que si la flote portugoise n'y étoit pas, on l'y attendroit, vu que quelques-uns des vaisseaux étoient très-grans et fort chargez, et que pendant le mousson où on avoit les vens et les courans contraires ils ne pourroient approcher ni entrer malgré les carraques dans le port de cette isle.
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On délibéra aussi d'après les articles de l'instruftion de commander deux yachts pour croiser incessamment en mer, afin de donner avis aux deux amiraux, s'ils venoient à découvrir la flote de Portugal. Que cependant, pour ne pas demeurer dans l'inaftion, on attaqueroit le fort de Mosambique, quoique non pas de la manière qu'on auroit pu le faire, s'il n'eût point fallu se tenir toujours en état d'aller combattre les carraques lorsqu'elles paroitroient.
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Le 24 juillet.
On concerta les ordres qu'il faudroit prendre et observer en faisant descente. Il fut réglé qu'outre les soldats et leurs officiers, on mettroit à terre deux compagnies de matelots, chacune de i5o hommes, et que chaque homme seroit pourvu de vivre pour deux jours, que les vaisseaux les 'Provinces- Unies, TDelft, Hollande et oAmsterdam fourniroient i38 besches, 118 pelles garnies de fer, 152 haches, etc., avec des charpentiers, des chirurgiens et des médicaments, que chaque vais-
seau fourniroit à ses gens de la poudre, des balles, etc., que chacun des grands navires fourniroit 25 matelots armez, hormis le Lion rouge, qui ne fourniroit que 10 mousquetaires, etc.
Que le vice-amiral François Wittert seroit général de toute cette armée ; Jean de Moire, lieutenant coronel; Simon Zansz Hoen, commandant de l'artillerie; Jean de With, commandant des munitions de guerre; Henri Van Craenenbourg, sergent-major; Hubert Scheurmans, quartier-maître; Job Jansz, d'Utrecht, inspecteur des travailleurs.
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Le 28 juillet.
La flote étant à la hauteur des 14 degrez 5o minutes, on eut la vue de Mosambique, qui nous demeuroit à 3 lieues au Nord, et vers le soir on mouilla l'ancre à la rade, à demilieue du Fort par un vent du Sud- Sud-Ouest, sur 11 brasses d'eau. On examina la variation de l'aiguille, qui avoit Nord-Ouest, et l'on trouva i3 degrez 14 minutes.
Dès le même jour, l'amiral aiant fait tirer un coup de canon, et arborer un pavillon blanc pour signal aux officiers de se rendre à son bord,
il fut arrêté que comme il y avoit une carraque et deux autres petits bâtimens à la rade, devant le Fort, on envoieroit les quatre yachts et une chaloupe armée de soldats pour les aborder ; ce qui fut exécuté. Et les yachts V Aigle et le Griffon prirent la carraque, qui étoit montée de 35 canons de fonte et de fer.
Elle avoit hiverné dans ce port, et on Tavoit alors armée pour faire voiles dans 7 ou 8 jours et aller à Goa.
Elle étoit chargée de draps d'Espagne, de ras, de serges, de dens d'éléphans et de chevaux marins,
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d ebène, de vins, d'huiles, et de quelques autres marchandises. Les prisonniers furent distribuez sur la flote, mais comme on amenoit la prise sous le pavillon, l'eau ayant baissé, elle demeura échouée.
Les deux autres yachts le Faucon et le Paon, qui avoient abordé les deux- petits bâtimens portugois les trouvèrent légers. Dès la nuit suivante on déchargea de la carraque quelques effets, de peu de conséquence. Il y avoit encore deux autres petits bâtimens, que le gouverneur, nommé Don Estavan d'Attaïda, fist touer et presque haler sur
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le sec, où il n'y avoit plus tnoien de les joindre.
Cette expédition faite, l'amiral fist tirer un coup de canon et arborer le pavillon rouge. Aussitôt toutes les chaloupes armées se rendirent à son bord. Le vice-amiral François Wittert, en qualité de général des troupes de débarquement, fist ses dernières instructions, et ensuite il fist descente avec son armée, avant que le soleil fût couché et sans que personne ne put le voir et s'y oposer.
Le général ayant assemblé sur le rivage le conseil de guerre, il nomma pour capitaines : Arent Selisz, Léo-
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nard Hendriksz, Louis Evrardsz, Crispin Roelant, Jean Frederixc et Pierre la Brosche. Pour enseignes :
Henri Jacobsz, Tobie van Varlaar, Jean Josbz, Adrian Josbz et Cleophas van Reuven. Chacune de leurs compagnies étoit de 100 hommes.
Le général François Wittert conduisoit lavant-garde, qui étoit composée de trois compagnies, avec les charpentiers et les matelots pourvus d'instrumenspour remettre les terres et pour hacher le bois. Jean de Moire commandoit Tarrière-garde, qui étoit aussi composée de trois compagnies. Ils passèrent au travers
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du bois et du bourg sans être vus, pour aller droit au fort, et firent halte dans le jardin du couvent des Dominicains, où l'armée fut rangée en ordre et campa autour de l'église du couvent.
Le 29 juillet.
Les tranchées furent conduites jusques au pié du fort, d'où il ne fut pas tiré un seul coup jusqu'à midi. Mais après cela les ennemis firent un grand feu de mousqueterie et une sortie de 140 hommes, pour retirer quelques marchandises qui
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avoient été amenées et sauvées sous leurs murailles, 5o de nos soldats aiant été commandez pour escarmoucher avec eux furent repoussez et il y eut deux sergens de tuez et quelques soldats de blessez.
Le 30 juillet.
Le général François Wittert envoia des gens vers les Caffres, avec des présens, pour tâcher de les attirer dans notre parti ; mais on ne put en venir à bout.
Le 3i juillet.
On éleva deux batteries, l'une de quatre canons de demi-calibre et l'autre de six canons de même du côté du Sud. La nuit suivante on fist porter devant le fort quatre chaloupes armées chacune de six mousquetaires pour empêcher que personne n'y entrât, ni en sortît.
Le ier aousi.
Le conseil ordonna qu'on déchargeroit la carraque échouée, puisqu'on n'avoit pu la remettre à flot. Mais
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les ennemis nous prévinrent. Ils la firent brûler jusqu'à fleur d'eau, et l'on n'en sauva rien que quelques pillages que firent les matelots et quelques pièces de canon.
Le 2 aoust.
Le feu fut mis dans une petite maison tout proche de nostre parc aux poudres. On ne douta pas que ce ne fut un coup des Portugois et on porta toutes les munitions, par l'ordre du général François Wittert, dans l'église.
Le 3 aoust.
Le général fist approcher les canons du fort, pour le serrer de plus près, et ils furent commandez par Corneille Cornelisz t'Hart, maître du yacht le Griffon.
Le 4 aoust.
On envoia un trompette et un nègre au fort avec une lettre du général François Wittert, pour le sommer de se rendre. Le gouverneur fist une réponse pour montrer qu'il n'avoit pas l'intention de se
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rendre à la vue d'une simple lettre, que ce n'étoit pas un chat à prendre sans mitaines.
Le 8 aoust.
Les assiégez, fort incommodez par nos batteries, firent une sortie de i5o hommes, qui ataquèrent les sentinelles et chassèrent les assiégeans de leurs tranchées, puis ils se retirèrent en bon ordre, emportant seulement deux de nos tambours et quelques mousquets. Cette aàtion obligea le général François Wittert à faire une nouvelle batterie
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de quatre pièces sur l'église, et ensuite on attacha le mineur. Mais les assiégez jettèrent tant de pots à feu qu'il fut impossible de travailler.
Le 12 aoust.
Les assiégez mirent le feu à un vieux bâtiment dégradé, qui étoit au pié du fort, pour découvrir quelle manœuvre nous faisions.
Le i3 aoust.
La nuit du 13 nous prîmes un noir qui sortoit de la place, et qui
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dit qu'il y entroit toutes les nuits des canots avec des rafraîchissemens, nonobstant les sentinelles que nous avions posées. Mais la place avoit beaucoup souffert et étoit tout hors d'état de servir. Les Portugois attendoient bientost de grands secours.
Aussi fut-il décidé par le conseil de reprendre la flote et d'aller en avant des Portugois qui dévoient arriver.
On fist tous les préparatifs pour la retraite et la nuit on embarqua 23 pièces de canon.
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Le 15 aoust.
On rembarqua le reste du canon et des armes.
Le 18 aoust.
Le général François Wittert fist ranger l'armée en ordre de bataille et en même temps l'on brûla tout ce qu'on ne pouvoit emporter. Puis on monta vers le bout occidental de l'isle en pillant tout ce qu'on rencontroit. Ensuite on se rembarqua dans les chaloupes sans que la garnison parût pour sy oposer ou pour
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nous harceler, tant toutes les mesures et sûretés avoient été bien prises par le général.
Il nous fut tué 30 hommes au siège, et nous en eûmes 85 de blessez. Nous tirâmes 2250 coups de canon sur la forteresse, qui est la plus considérable que les Portugois possèdent dans les Indes orientales, ayant quatre bastions et trois remparts. Mais après ce siège, elle est comme entièrement perdue, et la force du Portugal est détruite surtout pour le puissant empire des Abissins dont l'empereur se nomme le Preter-Jan Cet empire du Prêter-
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Jan est tour vis à vis de cette Isle Mosambique et setend depuis l'entrée de la mer Rouge jusqu'à Tisle Siena, sous le tropique du Cancer, hormis la côte que le Turc tient sous son pouvoir depuis 70 ans. L'empire a près de 400 lieues, et fut fertile et riche.
Le 20 aoust.
L'amiral, étant descendu à terre avec 100 hommes, brûla un bourg dont les habitans s'en étoient fuis.
Le Lion Rouge revint à la rade et raporta que la nuit le yacht Y Aigle,
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sur l'ordre du vice-amiral François Wittert, étoit entré en action avec un vaisseau portugois et qu'il les avoit tous deux perdus de vue dans un furieux combat.
Le 21 aoust.
Le matin on vist revenir les trois yachts avec une prise, qui étoit un galion de guerre de la capacité de 460 tonneaux, nommé le Bon- Jésus, qui portoit 20 canons de fonte, 25 barils de poudre, des boulets à proportion, 100 mousquets, des demi-piques et d'autres armes
en grand nombre, 180 hommes la pluspart Gallegos. Le capitaine se nommoit Francisco Sodropereira , Heidalgo del Rey.
L'équipage fut distribué sur la flote et l'on envoia pour naviger la prise 60 Hollandois, sous la conduite de Jean Molenaar, second pilote du yacht le Griffon, qui y fut établi maître. La flote portugoise en partant de Lisbonne étoit composée de 14 vaisseaux que la tempête avoit fait écarter les uns des autres aux isles de Canaries.
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Le 23 aoust.
L'amiral fîst tirer un coup de canon pour signal d'appareiller, et quand le jour fut venu Ton mit à la voile avec la prise, faisant route au Nord-Est quart de Nord, jusques par les 9 degrez et ensuite au Nord-Nord- Est jusques par un degré de latitude Nord. Le conseil avoit résolu qu'on iroit à Goa.
Le 17 septembre 1608.
Le soir on trouva fond sur 3o brasses d'eau et nous eûmes la vue
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de Goa qui nous demeuroit au Nord.
Vers le soir le vice-amiral François Wittert fist ancrer devant la barre sur quatorze brasses d'eau, fond mou, à une lieue de Tisle, qui gist par les i5 degrez 5o minutes. Nous étions assez proche de terre pour voir le nouveau fort des Portugois.
Le 18 septembre.
On eut connoissance qu'il y avoit une carraque à Garli, à 5 ou 6 lieues au Nord. Le vice-amiral y alla avec les yachts, mais les ennemis les voiant venir firent échouer la carra-
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que au rivage et la brûlèrent jusqua fleur d'eau.
Le même jour, il fut arrêté de détacher les vaisseaux Middelbourg, Rotterdam, Hoorn, le Lion Rouge et le yacht le Faucon, sous le commandement du vice-amiral François Wittert, pour ranger la côte au Sud et y croiser sur les vaisseaux portugois, pendant le tems que l'amiral avec le reste de la flote seroit devant Goa ; et encore que Van Driel iroit avec le Lion Rouge et le yacht le Faucon prendre terre à Colicut, et en qualité d'ambassadeur saluer le Samorin, empereur de Malabar, et
l'amiral
lui donner avis de la venue de la flote, auquel effet il seroit pourvu de lettres de créance ; que cependant le vice-amiral tiendroit la barre de Cochin fermée, pour ne manquer pas les vaisseaux des Portugois, dont on étoit persuadé que la flote étoit divisée.
Le 16 oéîobre 1608.
L'amiral fist tirer le coup de partance et bientôt il alla mouiller l'ancre à la rade de Cochin, où il trouva le vice-amiral François Wittert et les trois vaisseaux qu'il commandoit
W1TTERT
Le conseil s'étant alors assemblé, on prit résolution d'envoier à Bentam la chaloupe du Zélande, avec le souscommis Paul Overbecke, porter une copie du traité fait avec le Samorin, des copies de lettres qu'on avoit laissé à Colicut et des lettres pour envoier de Bentam en Hollande à Messieurs les Direéleurs, par les premiers vaisseaux qui partiroient pour y retourner.
Ensuite, comme on n'avoit rien à faire à Cochin, la flote continua sa route courant la bande du Sud-Est, le long de terre jusques à Malacca.
l'amiral
Le 5 novembre 1608.
Le vice-amiral François Wittert fîst ancrer le long de la côte de Sumatra, sur 18 brasses d'eau, et il fut résolu que Gilles le Feiff, commis du Lion Ronge, s'embarqueroit dans sa chaloupe pour aller à Achin s'informer de l'état des affaires des Indes.
Le 24 novembre.
Il fust arrêté qu'on iroit monter les chaloupes dans une isle qui a une demie lieue de terre, à l'Ouest quart de Sud-Ouest de Malacca, qu'on
WITTERT
nomme l'isle de Pedros. Le lieu parut fort commode au vice-amiral pour cette manœuvre, puisqu'il y avoit de bonne eau pour les ouvriers.
Chaque vaisseau fournit un certain nombre de soldats, sous le commandement du capitaine Hubert Scheurmans, pour mettre en sûreté ceux qui dévoient y travailler.
Le 25 novembre.
L'amiral et tous les gens du conseil étant allez dans l'isle où Ton montoit les chaloupes, il y vint une frégate avec près de 40 personnes, hommes,
l'amiral
femmes et enfans originaires de Pégu, qui supplioient qu'on les tirât de dessous la liranie des Portugois. Il leur fust permis d'entrer dans l'isle et de s y retirer.
Ils importèrent que les Portugois travailloient de toutes leurs forces à fortifier Malacca, qu'une partie de la noblesse et des femmes quittoient la ville, qu'il n'y avoit que 1400 soldats et les Casados.
Le 27 novembre,
A la pointe du jour, 4 frégates, 2 fustes et quelques autres bâtimens
WITTERT
des Portugois , jusqu'au nombre de 36, s^avancèrent vers l'isle où Ton travailloit. Le Lion Rouge, qui étoit de garde, les aiant découverts, tira un coup d'avis. Mais ceux qui étoient dans l'isle n'y ayant fait attention, les Portugois mirent sans peine leur monde à terre et surprirent les sentinelles qui ne se tenoient pas sur leurs gardes. Il fut tué quelques-uns de nos gens. Les autres s'enfuirent vers le bord de la mer et les ennemis s'arrêtèrent à piller.
Pendant ce tems-là, les nôtres, nonobstant leur petit nombre, aiant repris courage, retournèrent à la
70 l'amiral
charge avec le général François Wittert, tuèrent 23 hommes, en blessèrent plusieurs, chassèrent le reste et firent trois capitaines prisonniers.
Nous perdîmes le capitaine Scheurmans, son sergeant, 3 soldats, d'autres furent blessez et 3 faits prisonniers.
Il fut résolu que pour prévenir un pareil accident, tous les soldats seroient envoiez dans l'isle et que le vice-amiral François Wittert en seroit toujours le général.
Le 7 décembre 1608.
Le sous-commis du Zélande, qui croisoit vers le cap Rachado, vint
WITTERT
raporter que le matin du jour précédent, qui étoit le 6, ce vaisseau avoit chassé sur un autre d'environ 80 tonneaux, dont la chaloupe s'étoit aprochée, l'ennemi avoit fait un si grand feu sur elle, qu'après avoir fait perte d'un homme et sept blessés, elle avoit été obligée de se retirer, pour se raccomoder et prendre plus de gens Qu'étant retournée à l'attaque et le vaisseau s'étant vu pressé, ceux qui le navigoient y avoient mis le feu sur le soir et s'étoient sauvez dans leurs canots, à force de rames, que cependant le vaisseau avoit brûlé tout entier.
72 l'amiral
Le même jour, les deux chaloupes qui avoient été envoiées à Johor, en revinrent et raportèrent qu'elles avoient donné la chasse à deux bâtimens, qui aiant jetté à la mer une balle de riz et une de clous de gérofle, elles les avoient pêchées et les avoient raportées. Aussitôt on commanda deux navires et deux yachts dont le vice amiral François Wittert prit le commandement, pour aller chasser sur ces deux bâtiments.
Le 1 1 décembre.
Le vice-amiral ayant pris toute
WITTERT
diligeance, aborda la nuit même les deux bâtiments, qui, surpris, ne purent faire une longue résistance. On eut seulement 6 hommes tuez et 25 blessez.
Ils étoient chargez de soies crues, de velours, de damas, de confitures, de racines de sina, de poivres, etc.
Ils étoient chacun delà capacité d'environ 120 tonneaux portant 110 personnes, sans compter les morts dans la rencontre qui montoient bien à 100. Entre lesquels prisonniers il y avoit 40 Portugois et 3 moines.
Les autres étoient des Chinois et des Gusurattes. Ils furent tous distribuez
sur nos vaisseaux, Chacune des prises étoit montée de 16 pièces, tant canons de fonte que pierriers de fer.
Le 12 décembre.
On eut avis qu'il y avoit une grande jonque en charge à Maccau à la Chine, pour en partir pendant la présente mousson. Le Lion Rouge, le Griffon et la chaloupe de V Amsterdam furent détachez avec le viceamiral François Wittert, pour aller l'attendre dans le détroit de Sincapura. Mais ayant été prévenue, la jonque se mist en sûreté.
WITTERT
Le 18 décembre.
On chargea les trois moines qu'on avoit pris, d'écrire à Malacca, pour demander à être échangez contre trois prisonniers qu'on avoit fait sur nous et un sur l'amiral Matelief, et la lettre fut envoiée par un Chinois.
Sur le soir on reçut la réponse qui fut communiquée au conseil. Elle portoit qu'on échangeroit les trois prisonniers pour les moines, mais qu'à l'égard du quatrième, on étoit en parole avec les Hollandois de Sunda pour l'échanger avec un grand Hidalgo, qu'ils retenoient aussi pri-
jô l'amiral
sonnier. Sur cette réponse, on convint de leur offrir quelqu'un des plus considérables des autres prisonniers, parce qu'on craignoit qu'ils ne l'envoiassent en Espagne.
Le 19 décembre.
Enfin, après plusieurs contestations, on prit parti de relâcher tous les prisonniers, parce que de les entretenir toujours s auroit été une grosse charge et de les tuer de sangfroid, comme font les Portugois, il n'y eut personne assez dur pour y consentir. De Moire, Hoen et Hert-
WITTERT
sing aiant eu commission de les ammener d'Ilha la Grande, où ils étoient, allèrent les mettre à terre, au côté occidental de Malacca, et y attendirent ceux qu'on leur devoit renvoier de la ville, qui revinrent aussi et le tout fut exécuté de bonne foi.
Le 20 décembre.
Tous nos vaisseaux aiant fait de l'eau dans cette isle, on mit en délibération si Ton attaqueroit la ville de Malacca, des forces et de l'état de laquelle le vice- amiral François Wittert avoit pris toutes les informa-
tions. Tout le conseil, d'après le raport, fut pour la négative. Parce qu il y avoit dans la place 1500 hommes de troupes réglées, outre les Gasados, les valets, les Malais et les autres gens de diverses nations capables de porter les armes. D'ailleurs, elle étoit très bien pourvue de munitions de bouche et de guerre, de même que de canons, y en aiant surtout 12 pièces des plus grosses qui se fassent qui portoient extrêmement loin. Le roi de Johor n'avoit pas des forces suffisantes ni des gens aguerris pour favoriser beaucoup le siège par terre.
WITTERT
Le 5 janvier )6og.
On remit à la voile et nous fûmes bientôt à l'entrée du détroit de Sincapura, qui a si peu de largeur qu'il n'y passe qu'un vaisseau à la fois et il faut que les vaisseaux y passent comme en ligne.
Le 7 janvier.
Le vice-amiral François Wittert et une partie de son conseil s'embarquèrent dans les chaloupes pour aller à Batusabar saluer le roi de Johor.
l'amiral
A deux lieues au delà du de'troit de Sincapatura commence la rivière de Johor, à l'entrée de laquelle il y a deux petites éminences ou petites isles en forme de pains de sucre, dont l'une est une fois plus grande que l'autre. L'une gist au Nord- Nord-Est de l'embouchure de la rivière et l'autre au Nord-Est. De l'autre côté de la rivière il y a un haut coteau, qui est plus au Sud- Ouest.
Le 8 janvier.
Le général François Wittert étant
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arrivé sur le rivage, les élefans du Roy y furent envoiez pour le prendre, la suite marchant à pié après lui. Quand il eut salué le Roy et qu'il l'eut un peu entretenu il se retira pour se reposer.
Le 9 janvier.
On célébra une grande fête annuelle à Johor. Le général vice-amiral s'y rendit pour voir le roy Jean de Patuan aller en cérémonie au Pagode. Il étoit monté sur son éléfantet assis au milieu de deux princes dont celui qui étoit devant se nom-
moit le Raia Sabrange ou Sabrang.
Ils étoient tous trois superbement vêtus à leur mode, de même que toute la cour qui les suivoit.
Il y avoit auprès du Pagode un échafaut, sur lequel le Roy descendit de dessus l'éléfant et entra ensuite dans le Pagode, d'où, étant sorti quelque tems après, il remonta sur Féléfant et s'en retourna au Palais. Le général vice-amiral et ses gens marchant devant lui et ses trompetes faisant plusieurs fanfares. L'aprèsmidi on alla lui offrir des présens et au Raia Sabrang. Celui-ci prit le général par la main et alla s'asseoir
WITTERT
avec lui à une table bien servie à la manière hollandoise, où l'on fist trèsbonne chère.
Au milieu du repas on vit paroître deux jeunes filles, qui dansèrent au son d'un espèce de tambour de basque et à la voix de quelques femmes qui chantoient. Toutes étranges que fussent leurs danses, elles étoient divertissantes. Sur le soir le général et sa suite furent à leurs logements avec plusieurs officiers de la cour.
Le ii janvier.
Le roy Jean de Patuan et le Raia
l'amiral
Sabrang allèrent prendre l'amiral à la loge de son vaisseau, et s'étant embarquez ensemble dans une frégate, le vice-amiral François Wittert et le reste des gens de sa suite passèrent dans une autre, remontant ensemble la rivière pour aller voir une nouvelle ville que le Roy faisoit bâtir. Au retour ils soupèrent avec ce prince et ne furent servis que par des femmes très-jeunes et très belles, avec les mêmes danses, avec chants et tambours.
Le 12 janvier.
L'amiral et son conseil furent
WITTERT
mandez pour assister au conseil du Roy, où ils allèrent auprès des autres conseillers. Là, au nom des États généraux, du prince Maurice et de la Compagnie, le vice-amiral fist une lefture pour le sujet de leur venue :
sçavoir pour bâtir un fort à Johor, afin de servir de défense aux habitans du Païs et aux Hollandois contre les Portugois, leurs ennemis communs.
Le 13 janvier.
Le roy Jean de Patuan et le Raia Sabrang allèrent visiter la flote, où
ils furent bien régalez. Le Roy demanda qu'on lui fist présent d'un habit fait à la hollandoise, et on lui donna aussi satisfaction.
Le i5 janvier.
Le général François Wittert fist débarquer tous les soldats pour faire l'exercice et un feint combat devant les deux Roy s, qui y prirent beaucoup de plaisir.
Le 17 janvier.
L'amiral déclara dans son conseil
WITTERT
que le Roy ne vouloit pas encore permettre quon bâtît un fort sur ses terres. Qu'il ne oraignoit toutefois pas tant les Portugois que Ton pensoit, parce qu'il avoit un recours qui étoit de se retirer avec ses gens vers le haut de la rivière, au lieu qu'il ne pourroit plus le faire quand les Hollandois seroient là établis, et qu'il faudroit que son peuple demeurât pour leur aider à soutenir les efforts des Portugois, doù pour roit s'ensuivre leur perte entière.
Que les Hollandois étoient hommes aussi bien que les Portugois, et quand ils se seroient établis ils vou-
droient en user avec les femmes de ses sujets, ainsi que les Portugois avoient fait autrefois ; qu'alors il se verroit obligé d'entrer en guerre avec eux comme avec les Portugois.
Le 19 janvier.
Le Raia Sabrang, suivi des principaux conseillers, étant allé trouver le vice-amiral général François Wittert, lui déclara : que puisque les forces des Hollandois n'étoient pas en état de le rétablir dans son royaume de Malacca et que son plus jeune frère le roy de Patane,
WITTERT
pour adultère commis avec sa concubine , avoit été privé de son royaume et de la vie, par la reine présentement régnante, le royaume de Patane appartenoit de droit à lui roy de Johor, que la reine le possédoit injustement, et il prioit le général de l'assister de ses forces pour l'en chasser et que pour récompense ils partageroient le royaume ensemble.
Le 22 janvier.
On fist assembler le conseil, où on remontra que le roy de Johor, fai-
l'amiral
sant la guerre aux Portugois en faveur des Hollandois, et se trouvant par là dans un grand danger, il étoit à craindre qu'après leur départ il chercheroit à s'accommoder avec ses ennemis, ce qui ne pourroit se faire sans un grand préjudice.
Il fut arrêté qu'on assisteroit ce Roy, premièrement d'une somme de 3o,ooo réaies de huit, en second lieu de vingt barils de poudre, d'une partie de Tintinago pour en fondre des boulets, et en troisième lieu qu'on laisceroit deux vaisseaux, savoir : le Lion rouge et le yacht le Griffon pour croiser devant la rivière
WITTERT
de Johor, et en mettre les habitans et leur navigation en sûreté, à condition qu'ils auroient un libre accès dans tous les ports de l'Etat et qu'il leur seroit permis de se conformer aux instru£lions que l'amiral leur laisseroit. On tira du Lion rouge 20,000 réaies de huit et 10,000 réaies du Griffon, qui furent portés au Roy pour lui aider de bâtir sa nouvelle ville et de résister aux Portugois.
Le 8 février 1609.
Les vaisseaux mirent à la voile par un vent de Nord-Est et coururent la bande du Sud-Est.
l'amiral
Le ii février.
Ils découvrirent une voile et l'aiant haussée, on reconnut que c'étoit le yacht Bonne-Espérance, qui venoit de Hollande et qui aportoit la grande nouvelle de la Trêve de 12 ans et de nouvelles instruftions de Messieurs les directeurs, sur lesquelles on devoit à l'avenir se régler, tant à l'égard de la guerre que du commerce, et pour recommander de faire des alliances avec les Princes et Roy s des Indes.
Il y avoit déjà deux mois que ce yacht étoit parti de Bentam, en compagnie d'une chaloupe de Zélande,
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qui avoit été 7 semaines séparée de lui.
Le i5 février.
Tous les vaisseaux mouillèrent l'ancre à la rade de Bantam, sur quatre brasses et demie d'eau. Ils trouvèrent là les affaires du Roy fort brouillées. Il y avoit le Pongaran, son oncle, dans son parti, mais les Ponganas, ses principaux officiers, étoient contre lui.
La division étoit allée si avant, que chaque parti s'étoit retranché et fortifié dans la ville même. L'amiral
l'amiral
se déclara neutre, fist des présens au Roy et lui offrit, suivant les ordres qu'il avoit reçus, de faire un traité d'alliance avec lui. Le Roy différa de prendre sa résolution jusqu'à la fin de la guerre.
On fist les mêmes offres au Roy de Jaccatra, qui étoit alors à Bantam.
Ce prince différa aussi à se déclarer, jusqu'à ce qu'il fût de retour à Jaccatra, où nous pensions aller nous établir si les affaires de Bantam prenoient un mauvais train. D'autant plus que Jaccatra étoit plus commode et plus propre pour le commerce.
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Le 27 février.
On jetta l'ancre devant Jaccatra, où Ton trouva X Amsterdam qui y avoit été envoié pour faire des vivres.
Le 22 mars 1609.
La flote traversa entre 21 isles qu'on nomme les Paternosters, qui sont au delà de Madure, et Ton y eut un grain si violent, qu'on crut que toutes les voiles en seroient défoncées.
Entre Java et Madure, à l'Ouest,
l'amiral
il ny a que i5 ou 16 piez d'eau. Tout proche gisent les Paternosters, isles fort dangereuses à traverser. Le passage entre Java et Baly est aussi très-étroit et le moindre grain ou bien un changement de vent vous peut pousser à la côte et vous mettre en péril, de sorte que quand on navigue avec de gros vaisseaux, il vaut mieux aller chercher le passage des Boucherons.
Le 8 avril 1609.
La flotte entra dans le port de Nera, une des isles de Banda. Les
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Bandanois, au nombre de plus de 2,000 hommes, vinrent faire toutes les nuits la garde autour de la loge des Hollandois aiant envoie dans la montagne leur famille et leurs effets.
Ils firent dire à l'amiral qu'ils vouloient s'assembler et délibérer selon la coutume de leur pais. Ils envolèrent aussi demander secours aux habitans des autres isles et aux Javanois, qui étoient là au nombre de plus de i,5oo avec quelques joncques.
Le 19 avril.
L'amiral et son conseil, accompa-
l'amiral
gnez de 250 soldats et matelots, allèrent à Lontor, où les Orancaies des isles les atendoient pour traiter au sujet de la construction d'un fort à Nera. Il fut bien reçu, au moins en aparence, par les Orancaies, et Ton alla s'asseoir en rond à la mode du pais.
Le vice-amiral François Wittert déclara les ordres qu'il avoit, du prince et des dire£teurs de la Compagnie, de bâtir un fort à Nera, et leur présenta les patentes qu'il avoit pour cet effet, qui étoient écrites en portugois, et qu'on leur eut traduites en malais. Il ne parut pas
WITTERT
que cette proposition leur fût agréable et aiant demandé du tems pour en délibérer, l'amiral s'en retourna sur son bord.
Le 22 avril.
Pendant la nuit les Orancaies se rendirent à la flote, demandant encore trois jours de délai, qui leur furent refusez. Enfin, ils consentirent à la construction, parce qu'ils virent bien qu'on le pouvoit faire malgré eux. Pour cet effet, le vaisseau le Soleil étoit déjà allé prendre poste, tout à terre, à la pointe de
l'amiral
Nera, où il devoit être joint par deux yachts.
Le 25 avril.
L'amiral étant encore allé à terre avec son conseil pour reconnaître la place où l'on pourroit élever le fort et 700 hommes sous les armes pour faire commencer l'ouvrage, il trouva la petite ville abandonnée, les habitans s'en étant fuis vers l'autre bout de l'isle; ce qui fut d'une grande commodité pour loger les travailleurs, à chacun desquels on assigna un quartier, avec défenses
WITTERT
expresses de le quitter sans congé ou d'insulter les habitans, et de piller rien qui leur apartînt.
Le 20 mai 1609.
Comme tout étoit ainsi tranquile et bien commencé, on arrêta dans le conseil que le vice-amiral François Wittert, avec quatre vaisseaux détachez sous son commandement, devoit aller à Macassar, et faire bâtir deux autres forts dans l'isle Timor et Tisle de Motier, et un troisième vers Manille.
Le 22 mai.
Les habitans de Nera et les autres insulaires de Banda députèrent vers l'amiral pour lui demander qu'il lui plût de marquer un lieu où l'on pût conférer ensemble.
Après midi, qui était l'heure marquée, l'amiral et son conseil se rendirent au rendez-vous, suivi de la Compagnie de Cronenbourg, et n'y aiant trouvé personne, ils allèrent s'asseoir sous l'arbre, résolus d'atendre avec patience. Enfin, après y avoir été assez longtems, ils envoièrent dans la petite ville Adrien Elsevier,
WITTERT
qui, ayant fait un long séjour à Johor,savoit la langue malaise, pour leur faire sçavoir qu'il y avoit longtems que l'amiral les attendoit.
Ils sortirent tous au devant de cet envoié, et lui dirent qu'ils avoient peur des mousquetaires qu'ils voioient et qu'ils suplioient l'amiral et son conseil de s'éloigner de cette milice et de s'aprocher vers le bois. L'amiral y aiant consenti fut aussitôt environné de toutes parts. Alors Jean de Bruin s écria :
Monsieur l'amiral nous sommes trahis. L'amiral voiant le danger demanda ses armes. A peine avoit-il
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l'amiral
parlé qu'il reçut deux ou trois blessures et fut tué avec la plupart de ses conseillers.
Les soldats qui étoient sur le rivage, entendant le bruit qui se faisoit, y coururent promtement, firent feu et mirent par terre quelques-uns des assassins. Les autres passèrent au travers du bois et s'enfuirent dans leur petite ville. Nos gens étant allez retirer les morts et les blessez, trouvèrent leur amiral sans tête et percé de vingt coups.
J. Van Groenewegen étoit dans le même état, aussi bien que Jean de Bruin et A. Elsevier, y en aiant
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jusqu'à trente de massacrez. Les assassins retirèrent aussi les corps de leurs gens et les emportèrent à leur quartier, où ils firent bonne garde toute la nuit.
Le 23 mai.
Quatre compagnies des nôtres étant allées battre la campagne pour chercher le reste de ceux qui nous manquoient et sçavoir s'ils étoient vivans ou morts, on trouva De Moire et de Vischer, et deux garçons de bord massacrez avec plusieurs autres, tout proche de la ville. Mais
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on ne put les enlever à cause de la grande résistance des ennemis et de la multitude d'assagaies qu'ils lancèrent et dont ils tuèrent encore un de nos soldats.
L'amiral, Groenewegenet de Bruin aiant été enterrez dans le fort avec les solennités ordinaires, Simon Jansz Hoen fut établi amiral par provision, jusqu'à ce que François Wittert, viceamiral, fût revenu pour remplir cette place, dont il avoit la commission dès le départ de Hollande.
Ici finist le journal.
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