‹ Journal de la régenceChapitre 8 sur 32 · LE DUC · texte numérisé non relu

LE DUC

Unissons nos douleurs, Et portons loin d'ici notre or et nos fnreurs !

— M. le duc d'Orléans, se plaignant de cette satire, ou d'une autre plus piquante qu'on trouva affichée à la porte de sa chambre, à six de ses courtisans dévoués, un soir, en se couchant, dit : « Je voudrais, pour cent mille écus, en découvrir l'auteur »; le lendemain on trouva une autre affiche au même endroit, avec ces deux vers :

Tu promets beaucoup, Ré(}ent :

Est-ce en papier? est-ce en argent?

— On [>rétendit alors que l'abbé de Villier, âgé de soixante-dix ans, s'était avisé de faire afficher ces deux derniers vers, qui lui coûtèrent bientôt la vie, ayant été assassiné le 28 août, sur le soij", en sortant d'un café voisin du pont Neuf.

— On attribua aussi la parodie sur la dernière scène de

Mithridate au sieur du Yergier, chevalier de l'ordre de

Saint-Louis, qui logeait à l'hôtel de Goislin, rue Beaure-

paire, âgé d'environ cinquante ans, lequel s'en retournant

chez lui, dix jours auparavant, à onze heures du soir,

avait été suivi depuis le Pahiis-Royal , d'où il sortait, par

un assassin qui l'ayant joint dans la rue du Bout-du-

Monde, au delà de l'égout, lui dit : « C'est donc toi, du

Vergier le magnifique ! » Et en même temps il lui tira un

coup de pistolet ', et comme ce gentilhomme palpitait encore, l'assassin acheva de le tuer de plusieurs coups de haïonnette, et se sauva. Le [>uet étant survenu, on porta le corps à la morgue du Chàtelet, tout hahillé d'un draj) musc avec un galon d'or large de trois doigts et une veste de hrocart d'or. Le lendemain, ayant été reconnu, ses héritiers le firent retirer et inhumer pompeusement à Saint-Sauveur, sa paroisse. Ils firent aussi faire des informations par un commissaire au Ghàt(*let, cpii prit le nom des hahitants de la rue du Jiout-du-Monde qui avaient oui faire le meurtre, plusieurs ayant mis la tête à la fenêtre au bruit du coup de pistolet, et les fit assigner pour déposer ce qu'ils en savaient. Cependant l'affaire en demeura là , par un ordre supérieur.

— Le V^ de ce mois, on publia un édit qui établissait vingt-quatre directeurs de la Banque ou de la Compagnie des Indes, qui devaient avoir vingt mille livres d'aj)pointements chacun, pour la diriger jusqu'au mois de décembre prochain, lesquels devaient donner chacun deux cents actions, de douze mille livres chacune, qui faisaient ensemble deux millions quatre cent mille livres pour chacun de ces vingt-quatre directeurs, et en tout, la somme de cinquante-sept millions six cent mille livres pour quatre mille huit cents actions.

ordonnait l'impression de billets de cinquante livres et de

' Jacques Vergier, poëte distingué, né à Lyon le 3 janvier 1()55. Les motifs de cet assassinat ont été interprétés de diveises manières; les uns ont ])rétcndn que Vergicr périt victime de la haine du Régent, qni vonint punir en lui fauteur de la pai'odie de IMithridute et l'auteur présumé des Phil/ppir/iies ; d'autres ont attribué cette mort à la jalousie, d'autres enfin à une méprise. Quoi qu'il en soit, il fut assassiné par le nomuïé Le Craqjieur, de la bande de Cnitouclic. Vergier a laissé entre auties ouvrages de fort jolis contes. La rue du Rout-du-^!onde était située entre les rues iMontorgueil et ^lontmartre.

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dix livres chacun, pour la valeur de cinquante millions, sur chacun desquels il (h;vait v avoir ces mots : Division, par arrêt du conseil d'Etat, du 2 septembre 1720.

— On écrivait de Marseille, que le 10 de ce mois, M. l'évèque de cette ville ', avec tout le clergé, et même avec les reli(}ieux (]v. l'ahhaye de Saint-Victor et autres religieux, avait fait j^jocession (générale, ayant les pieds mis et la corde au cou, et qu'il avait fait d'autres prières pour fléchir la miséricorde de Dieu, afin qu'il jjlùt à sa divine majesté de faire cesser la maladie qui la désolait depuis plusieurs mois; à laquelle procession tous les habitants qui étaient encore en hon état avaient assisté avec une piété extraordinaire et les larmes aux yeux : on ajoutait que le pain y valait alors six sols la livre, et la viande (juinze sols.

— Le 23 , on publia un arrêt du conseil d'Etat qui réduisit les pièces de cinq sols à trois sols neuf deniers, celles de trois sols six deniers à deux sols huit deniers, celles de trente-deux deniers à vin^jt-quatre deniers, et celles de huit deniers à six deniers.

— Le même jour, M. le Ré[>ent, les princes du sang et plusieurs ducs et pairs et maréchaux de France, au nom- ])re de trente-six sei(>neiu'S, avec M. le chancelier, se transportèrent au grand conseil pour y faire enregistrer la constitution Unirjcnitus ^ .

— Un seigneur de la Cour fit venir alors en son hôtel un commis de la Banque, que ce seigneur savait vendre des

' rienri-Eiauçois-Xavier de iiclsuuce de Gastelinoron , iiê le i décembre 1G71, en Périgord; évoque de Marseille en 170G, il s'est rendu à jamais célèbre par son dévouement et sa charité chrétienne pendant la ])este de cette ville. Il mourut le 4 juin 1755. .Millevove a écrit un poème sous le titre de Belsunce ou ta Peste (le Marseille.

^ Voyez, sur rennvjistrcmeiil de la Constitution an (jraiid conseil, Mathieu Marais, t. I, p. 1-H, et Barbiei-, t. I, p. 55.

IGG JOURINAL DE LA RÉGENCE.

espèces à la bourse de l'hôtel de Soissons, de la part de la Compagnie des Indes, et lui dit avoir besoin de trois mille livres en espèces. Ce commis lui ayant comj)té la somme, dans l'espérance d'en avoir le double en billets de banque, le seigneur ramassa les espèces, et les ayant fait couler dans un tiroir de son bureau, il lui donna trois billets de mille livres pour l'équivalent et trois de dix livres pour sa peine; le commis, étonné, dit qu'il s'était attendu à avoir au moins six billets de mille livres, selon le cours de la Bourse ; à quoi le seigneur répliqua en ces termes : « La Banque a eu mon argent en espèces et m'a donné des billets en échange. Si la Compagnie des Indes trouve mauvais que vous m'ayez donné trois mille livres en espèces pour trois de ses billets de mille livres , si elle vous inquiète et si elle me fait assigner pour ce sujet, je saurai bien y répondre et prendre en même temps votre parti. » Sur quoi, le commis se retira, confus d'avoir si peu gagné.

— Comme la plupart des chantiers se trouvaient alors presque épuisés de bois de chauffage , deux échevins de la ville se transportèrent, le 24, chez six brasseurs de bière du faubqurg Saint-Antoine, qu'on avait dénoncés comme ayant chacun plus de soixante voies de bois de cette nature , en saisirent quarante pour être vendues aux particuliers qui en avaient besoin, à condition que le prix de chaque voie de bois serait remboursé à chacun de ces brasseurs.

On fit une pareille saisie chez plusieurs particuliers, chez des fruitiers ou des regrattiers qui en avaient au delà de leur provision nécessaire.

Deux autres échevins partirent en même temps pour aller à Rouen, afin d'obliger les marchands de bois d'en amener à Paris, où ils hésitaient d'en voiturer de crainte de recevoir des billets de banque en payement.

D'autres officiers de la ville allèrent à Compiègne, en Picardie et en Champagne, pour la même expédition.

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— On ap|)rit alors par des lettres de M. Le Bret, premier président au i^arlement et intendant de Provence, (jue le 7 de ce mois on avait roué viFs, à Marseille, six forçats, et qu'on en avait pendu douze autres, qu'on en avait tué quarante qui se sauvaient avec quantité d'effets considérables qu'ils avaient volés , convaincus d'avoir étranglé plusieurs malades confiés à leurs soins, pour avancer leur mort par une barbarie extraordinaire, afin de s'emparer de leurs meilleurs effets ; et qu'on avait envoyé à Marseille quelques centaines de soldats de bonne volonté pour seconder les Jésuites et les Capucins au soulagement des malades, qui étaient en si grand nombre, que ces religieux ne pouvaient y suffire, et n'y ayant plus qu'eux qui s'employaient avec un zèle infatigable à ce pieux exercice , presque tous les autres religieux étant déjà morts de la même maladie.

On écrivait de Lyon que la peste commençait à faire du ravage dans les faubourgs d'Avignon, depuis que quelques juifs y avaient vendu des ballots de laine, de coton, et d'autres marchandises qu'ils avaient achetées à vil prix, provenant de ces vaisseaux venus de Seyde et d'autres lieux du Levant.

Lettre du Père Gauthier de V Oratoire, à Marseille, du 17 septembre 1720, écrite au Père supérieur de l'Oratoire de Pézénas.

« Mon révérend Père ,

" Je ne saurais vous faire une peinture assez affreuse de la désolation de cette ville; ce n'est, à proprement parler, qu'un champ couvert de cadavres. Les rues en sont désertes et ne retentissent que de cris et de gémissements ,. qui sortent des maisons. La pâleur, ou plutôt un air de mort, est répandu sur le visage de tous ceux qui sont encore en vie. Les pleurs qu'on ne cesse de verser à la vue de tant

168 JOURxXAL DE LA RÉGEINGE.

de personnes mortes, portent partout Tépouvante. Les malades sont presque tous privés du secours spirituel et corporel. La mort suit de si piès la maladie, que la plupart n'ont pas le temps d'y recourir. Plusieurs (jens meurent en traversant une rue. Que ce soit la peste ou tout autre mal, on meurt ici sans avoir le loisir de se reconnaître, li n'a pas été possible aux médecins de connaître la qualité du mal, et par conséquent d'y donner aucun remède. Ceux qui sont venus ici de Montpellier n'ont pas été plus habiles que ceux du pays; ils ont avoué qu'ils ne savaient comment y remédier; ils ne l'ont pas même tenté. Poiu" moi, je crois qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse y remédier. Les hôpitaux et le jeu de mail sont destinés pour les malades, et ne peuvent plus les contenir. Deux cents forçats, à qui on a donné la liberté et qu'on a char^jés d'ensevelir les morts, ne peuvent y suffire avec quatorze chariots qu'ils traînent tous les jours à toute heure; cette maladie n'épar^jne personne. Quantité de reli^jieux, d'Au(>ustins réformés, de ceux de la Merci, de Capucins, de Récollets, de Jacobins, de Gordeliers et de Jésuites en sont morts. On ne sait plus où faire des hôpitaux. Les Jésuites ont été obligés de donner leur maison pour y placer les orphelins. On n'ensevelit plus les morts dans les églises, tant le nombre en est étonnant tous les jours. Depuis le 14 août on a cessé de confesser dans toutes les églises. On est heureux de trouver des gens pour enterrer un mort, en payant au moins cent francs pour une personne que l'on porte au cimetière. Il s'est trouvé des filles assez zélées et assez charitables pour se ])réter à cette œuvre de miséricorde. J'ai vu de mes propres yeux un jeune homme porter lui-même sa femme, son père et sa mère, l'un après l'autre, en terre, ayant la croix à la main , et deux heures après leur avoir rendu ce dernier office, il eut besoin lui-même d'y être porté. Jugez, par ce fidèle récit, de la situation de cette ville infortunée; je

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pourrais vous en dire davanta^je si la pimnc ne me tombait de la main \ mais au moment même où je vous écris, ]e me sens pris d'une douleur à la tête, par où ce mal commence, en sorte que vous pouvez me compter au nombre des morts. Priez le Sei^jneur de me ju^jcr, non selon mes péchés, mais selon sa (jrande miséricorde. Je vous dis, mon cher Père, le (jrand adieu; je vais combattre avec la moit, car, suivant toutes les apparences, je n'en reviendrai pas. Je suis, etc. »

— Un marchand é])irier de Marseille écrivait, de la même date, à peu près les mêmes circonstances, et il ajoutait que tout commerce y était cessé ; que ceux qui étaient encoie en bon état, et qui avaient été assez heureux d'avoir une provision de pain et de vin chez eux, n'en sortaient pas, n'osant pas en sortir pour aller acheter de la viande, qui était réservée pour les malades, et de peur de contracter la maladie j)ar le mauvais air.

— Le !^4, M. le duc d'Orléans alla coucher au Louvre en l'appartement qu'il y avait fait préparer, avec des cuisines pour son service, et où il avait fait pratiquer un escalier de communication avec la ^arde-robe du Iloi, pour y aller commodément.

— Le 2 octobre , on pubha un édit du Roi qui avait été enre^jistré le 30 de septembre à la cour des monnaies , par lequel il était ordonné de fabriquer des louis d'or à vin^t-cinq au marc, de cinquante-quatre livres chacun, et des écus de trois livres chacun, de trente au marc, et de porter toutes les autres espèces d'or et d'ar(;ent de France et étrangères, anciennes et modernes, à la Monnaie, pour y être converties et réformées en nouvelles espèces après le 15 xle ce mois, après lequel jour elles devaient être hors de cours et de connnerce; et défendant à toutes personnes, même aux étrangers, de faire sortir ou d'emporter hors du royaume aucune espèce au delà du nécessaire pour leur subsistance, et de leiu' équipage, sous peine de confiscation.

— Le nomme Le Mail, limonadier, qui après avoir fait une banqueroute considéral)!e en Hollande, s'était établi depuis quelques années à Marseille, y fut rompu vif, le 18 du mois passé, pour avoir servi de receleur des effets que plusieurs forçats avaient enlevés cliez les malades qu'ils avaient poignardés ou étrauijlés.

— On assurait que depuis le 18 jusqu'au 25 de septembre, il était mort à Marseille plus de quatre mille personnes, et que jusqu'à ce dernier jour on en comptait vingt-quatre mille. M. le marquis de Langeron, lieutenant général des armées du Roi et commandant sur les galères, obligeait les forçats d'enterrer les morts aussitôt qu'ils avaient expiré.

— On eut à Paris une alarme de ce que deux garçons boucliers , de la porte de Paris , après avoir tué un bœuf, s'étaient trouvés incommodés au bras, où il parut un cbarbon pestilentiel, dont ils moururent le lendemain; ce qui fit obliger le boucher leur maître de faire au plus tôt enterrer le bœuf hors de la ville, et de faire visiter les bestiaux qui lui restaient.

— Les courriers avaient ordre de ne point passer Avignon pour ce qui regardait la Provence.

— La plupart des agioteurs s'avisèrent alors d'employer leurs billets de banque à l'achat de quantité de blé et de vin dans les provinces, ce à quoi l'on attribuait l'augmentation excessive et journalière des denrées et des marchandises de toutes sortes. On l'attribuait encore bien davantage aux directeurs de la Compagnie des Indes, pour avoir cessé le payement des billets de cent livres et de dix livres depuis le !21 juillet ; on prétendait aussi que ces directeurs fournissaient de l'argent aux agioteurs de la Bourse , qui étaient convenus de leur donner vingt pour cent de tous les billets de banque que les particuliers leur portaient pour subvenir à leurs pressants besoins , et dont les agioteurs tiraient vingt-cinq et trente livres par cent

(le perte pour les particuliers; on attril)uait aussi cette perte aux mêmes directeurs, pour avoir cessé de fournir des espèces aux a^^ents de chan^^e rpii n'exi(jeaient auparavant que vin(>t sols par billet de cent livres et un billet de dix livres, comme on l'a observé ci-devant.

— On assurait alors qu'on avait fait de grosses ga(>eures à Londres que M. le duc d'Orléans ne passerait pas le 25 de septembre de l'année courante, comme il s'en était fait en 1715 à l'occasion de la mort du feu Roi.

— On assurait aussi qu'en 1718, M. le Récent avait en^a^é M. le comte de Boulainvilliers ', qui passait pour avoir beaucoup d'intelli(jence dans l'astronomie et dans l'astrolo^jie judiciaire, de travailler à son boroscope , touchant la destijiée de Son Altesse Royale ; et qu'après que ce comte eut calculé pendant plusieurs heures , avait làdessus gardé le silence, et avait seulement dit (ju'il était fâché de n'avoir j)u trouver ce qu'il aurait souhaité pour la satisfaction de ce prince, et qu'il avouait en cela son ignorance.

— La veille de Saint-Louis, le temps fut si orageux et si pluvieux, qu'on fut obligé, le soir, de placer les musiciens et les joueurs d'instruments dans l'appartement du Roi , qui pour cette raison ordonna de différer au 26 pour tirer le feu d'artifice qu'on avait dressé proche le bassin des Tuileries.

— Quelques jours auparavant, l'université de Paris présenta requête au Parlement au sujet de l'accommodement

' Henri de Bonlaiuvilliers, né le 11 octobre 1()58, auteur de divers ouvrages estimés, et entre antres d'une Histoire de Mahomet, mort le 23 janviiT 1722. M. Villeiiave, dans une note de bi Biographie zinivcrsetle , nous apprend qu'à la vente des livres de M. Jariel de Forge, en 1811, on trouva plus de deux mille volumes sur les sciences occnltes et sni- la pliilosopliie hermétique, et qu'ils provenaient de la bibliotiièque du comie de Boulainvilliers.

(le ]a Constitution et de la déclaration du Roi qui portait nullité des appellations faites par MM. les évêques de Mirepoix, de Metz, de Montpellier, de Senez et de Boulogne, et par leurs adhérents, de la même Constitution au futur concile général.

— Le 21 de se])tenîbre, on publia une ordonnance du Roi, portant défense aux agioteurs de tenir leurs assemblées en l'hôtel de Soissons avant quatre heures du matin jusqu'à une heure après midi seulement, et à toutes personnes d'y vendre, et aux environs, or ni argent, monnaie, montres, cannes ni autres nippes ou marchandises, à peine de prison et de confiscation.

— Suivant les avis de Provence, presque tous les religieux de Marseille qui assistaient les malades étaient morts aussi bien que la plus grande partie des forçats ; on Y comptait, à la fin de septembre, plus de quarante mille personnes mortes de ce terrible mal , que l'on assurait s'être aussi communiqué à Toulon, à Aix, à Salon, et en d'autres lieux voisins.

— Le 3 et le 4 octobre , les billets de cent livres se donnèrent pour trente-deux livres en espèces ; le 5 , poiu" vingt-cinq livres et deux sols six deniers ; le 7, pour vingtdeux livres seulement ; et ceux de dix livres se donnaient pour trois livres et pour cinquante sols, le surplus au profit des agioteurs ou de ceux qui les employaient.

— Le 7, la chambre royale, que le Roi avait établie pour vaquer aux affaires à la place du Parlement durant les vacances, commença ses séances au grand couvent des Augustin s \

' Cette chambre, créée par lettres du Roi du 27 septembre 1720, attiibiiair à diveis conseillers d'Etat et maîtres des requêtes de rhôtel la connaissance, tant au civil qu'au criminel, des affaires qui viendraient au Parlement, alojs à Pontoise, pendant les vacances. La chambre royale fonctionna du 7 septem])re au 12 novembre. (Voyez Marais, t. I, p. 460, et Rarbier, t. I, p. 57.)

— On ne parlait tons les jours que de vols et d'assassinats, qu'on attribuait à la misère publique que les billets de banque avaient j)roduite.

— On publia une ordonnance du prévôt des marcliands de l'bôtel de ville, (jui taxait une falourde de bois flotté à quinze sols, un fa(}ot à trois sols six deniers, et un cotret à quatre sols, avec délense à ceux qui les débitaient en détail d'en exiger davantage, à peine d'amende et de punition corporelle.

— Le 9, on publia les lettres patentes qui portaient établissement de la cbambre des vacations.

— Le 1 1 , les billets de cent livres se donnaient pour vingt-deux livres cinq sols, et ceux de dix livres pour quarante-cinq et cincjuante sols.

— Le 10, on apprit qu'un ambassadeur du Grand Seigneur était arrivé à Toulon avec soixante-dix personnes de sa suite; sur quoi le Roi dit : u A la bonne lieure, pourvu qu'il ne nous apporte point la peste. »

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