‹ Journal de Louis XVIChapitre 2 sur 78 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

je prétends rapporter tout le plan de votre éducation.

« La bonté exige de vous de la sensibilité pour tous les hommes, mais une sensibilité qui attendrisse votre áme sans lénerver; de la clémence pour les coupables, mais une clémence raisonnable qui ne se convertisse jamais en indulgence criminelle ; de la politesse pour tous ceux qui - vous entourent, mais une politesse qui ne dégénére pas en familiarité.

« Soyez fidéle á votre parole et á vos engagements.

« Aimez á vous appliquer et travaillez continuellement, et formez-vous des principes de gouvernement' fixes et immuables. Etablissez un ordre invariable dans toutes les parties de Padministration intérieure et extérieure; rapportez-les toutes au Plan que vous avez résolu de suivre et ne le communiquez jamais á personne.

« Ne vous laissez surtout jamais accabler par les petits détails. Contentez-vous de jeter un coup d'ceil général sur les objets les moins importants du gouvernement ; mais, quelque éclairés que soient vos ministres, quelque remplis de probité

et d'amour du bien public qu'ils puissent étre, veillez toujours sur leur conduite.

« La fermeté est pour tous les hommes et particuliérement pour les princes une vertu si abso-. lument nécessaire que, sans elle, toutes les autres ne sont-rien. En effet, quelque pieux, quelque bon, quelque juste que vous soyez, si vous n'étes ferme, vous ne saisirez aucun principe, vos meilleures dispositions n'auront aucun effet. Semblable au toseau faible et fragile, vous serez agité continuellement par les vents contraires ; vous vous abandonnerez aux mauvais conseils, vous ferez le mal que vous hairez et vous ne ferez pas le bien que vous aímerez; tout languira, tout s'anéantira dans votre empire. Né vertueux, sans Vétre réellement, vous souffrirez que le vice triomphe et ose opprimer le mérite et Vinnocence; vous attirerez sur votre téte la colére du Ciel, la haine de vos sujets et le mépris des nations.

« La fermeté que je veux imprimer dans votre coeur porte le prince á réfléchir sur tous les événements, á consulter, parmi ses sujets, les plus éclairés et les plus vertueux, á peser leurs avis, á se décider par lui-méme et á ¿tre invariable dans

-T. — ÉDUCATION 9 les résolutions qu'il a prises et les principes de gouvernement qu'il a choisis. »

Le duc de La Vauguyon s'éléveau ton d'Isaie, précisément parce que son éléve n'a pas les qualités du duc de Bourgogne et ne vaut pas méme le Dauphin, confié au génie de Bossuet.

D'aprés ses devoirs d'écolier, on peut juger que Louis XVI était loin d'étre un enfant précoce.

On a conservé son travail sur le livre XI de Télémaque; il remplit onze pages et demie de trente et une lignes de cinquante-quatre lettres. Voici quelques lambeaux : « Voyant Mentor dans le milieu des alliés. Idoménée fait venir de la ville a Varmée, accepte tous les articles* dont on était convenu. Les Rois entrent comme ami. Et pour lors, Télémaque, devenu impatient, s'échappe de la multitude qui était autour de lui, court a la porte par ou Mentor était sorti, et impétueusement ordonne qu'elle soit ouverte ; aussitót aprés, Idoménée, qui pensait qu'il était encore á ses cótés, sétonne de le voir courant á travers les champs au milieu et allant vers Nestor ; Télémaque le serra dans ses bras sans étre capable de parler. Nestor ne put S'abstenir de pleurer á ces

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mots. Toutesces nations différentes murmuraient avec colére et ressentiment, pensanttout le temps perdu qui se passait sans combattre. Les troupes crétoises ont surpris par surprise. Toute l'assemplée fut en émotion, il semblait que Mars et Bellone alla de rang en rang. Eblouis de la lumiére divine qui dardait de ses yeux. Attirés par Pefficacité de ses coulantes paroles. Chacun était aviderament attentif 4 prendre la moindre syllabe qui sortait de sa bouche. Malheur :aux malheureux méchants qui cherchent-une gloire crueile dans le sang de leur frére qui est le leur propre. Quiconque préfére sa propre gloire et son ambition devant les sentiments d'humanité est un monstre d'orgueil. Les hommes peuvent le flatter -pour gratifier sa folle vanité. » )

Il reste aussi vingt-six pages et demie' du travail de Pécolier Louis XVI sur le livre XII de Télémaque. En voici quelques échantillons :

« Attendaient le doux sommeil rafraichissant. Chacun concluait que, maintenant ayant fait la paix avec lui, il serait une grande addition de force aux alliés. Nous devons respecter les rois et les traiter fort tendrement, méme quand nous les

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