UN MOT AU LECTEUR
Il m'a semblé qu'au moment où tous les regards de l'avenir se tournent vers l'Ouest cherchant , non plus le fameux royaume du Cathay de Marco-Polo (ce rovaume Christophe Colomb l'a trouvé), mais les points de repère du commerce présent et de la civilisation future, il m'a semblé, dis-je, que les pérégrinations d'une femme à la Nouvelle-Zélande, en Australie, a la Nouvelle- Calédonie, d-ins l'archipel de Taïti, à Nouka-Hiva, à San-Francisco, aux îles Sandwich, dans la Sierra-Nevada et à Mexico, ne seraient pas sans quelque intérêt surtout si cette femme, placée par sa position sur un point assez élevé
de l'échelle sociale s'était trouvée constamment à môme de connaître les gouverneurs, les rois, les reines, les consuls, les présidents des localités qu'elles parcourues, el si elle peut, avec une indépendance égale el une vérité semblable, parler des peuples au milieu desquels elle a vécu et des hauts personnages qu'elle a fréquenté»,
Ces voyages, si singulièrement encadrés dans la vie d'une femme, madame Giovanni les a accomplis, presque tous en compagnie de son mari, mais quelques-uns aussi seule. Aujourd'hui, après avoir fait le tour du monde, en doublant le cap de Bonne-Espérance ci en traversant l'isthme de Panama, elle est de retour à Paris, où elle restera un mois; puis, avec l'aide de Dieu, elle repartira pour de nouveaux pèlerinages, pareille à une feuille que le vent emporte, mais qui ne va cependant qu'où Dieu la conduit.
Le vent, c'est l'haleine du Seigneur.
Ceci posé, je commence en lui laissant naturellement la parole.
Alexandre Dumas.
Je ne vous dirai pas mon vrai nom, il y aurait pour moi certains inconvénients de famille à le livrer à la publicité. Celle publicité, d'ailleurs, donnée à un nom de femme, à un nom de mère, ne me permettrait peut-être pas toujours d'être aussi vraie que je ^eux l'être.
Ceux qui m'ont connue me reconnaîtront donc facilement, malgré le pseudonyme que j'adopte.
Quant à ceux qui ne m'ont pas connue, pourvu que je les amuse ou les intéresse, que leur importe mon vrai nom?
Reste mon style.
Ma prétention n'est point de me donner pour une linguiste de premier ordre. Je ne sais pas si mes imparfaits du subjonctif seront bien toujours à leur place; si mes participes varieront ou resteront invariables, selon les lois rigides de la grammaire.
De cela, je m'en inquiète peu. Je donne à un ami les notes de mon journal de voyage; je ne lui demande pas de respecter scrupuleusement mes tournures de phrase ; je ne lui défends pas de mettre un mot de lui à la place d'un mot de moi.
J'exige qu'il soit vrai, voilà tout.
Ceci posé, je commence.