‹ Journal de Marie LenéruChapitre 13 sur 34 · PRÉFACE XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXV

du martyr, mes plus grand vccux seraient exaucées..." Cependant le bon sens maternel la plonge dans une grande perplexité, à en juger par le passage suivant :

" Maman à lu mon journal de jeudi je l'ai bien regretté parce qu'elle s'est moqué de moi, pourtant je n'ai pas du tout changé d'avis pour la question des ordres, mais j'ai complètement changé sur ma façon A envisager la religion, tandis qu'avant me fiant k un peu de mérites pour gagner le Cîel, m'appuyant sur la grande miséricorde de Dîeu, il me semblait qu'il étaitabsolument impossible d'aller en enfer, maintenant j ai compris qu'il fallait travailler, travailler et persévérer qu'il ne fallait pas se contenter du bien qu îl fallait mieux rechercher le mieux. Maman me disait l'autre jour que les femmes mariées avaient bien plus de mérites que les religieuses, je ne comprend pas cda ! Comment, voilà des hlles qui quittent leurs parents, leurs amis, tout ce qu'elles ont aimés, qui renoncent aux plaisirs, qui ne mènent qu'une vie de travail, qui font des chrétiens (1) dans tous les pays, qui travaillent sans relâche pour la gloire de Dieu au péril même de leur vie I Je ne peux pas comprendre qu'une femme qui à son foyer, qui reste chez elle, se repose, si ses enfants lui donnent de la peine à élever elle en jouit plus tard I non je ne peux pas comprendre

(i) Les femmes nuri^ buwi. (F.C)

cela. Naturellement je ne parle pas des religieuses cloîtrées, elles ont tous les bonheurs et je trouve même dans plusieurs des entrées dans ces cloîtres une certaine nuance d'égoïsme et une certaine carmélite dont tante nous a parlée hier est à mon avis une lâche, une ingrate et une égoïste. »

Le 11 janvier 1888, Marie esl désolée à en pleurer, car elle se déconore un autre défaut, lequel, à l'en croire, pourrait bien devenir un horrible vice :

(' Il me semble que je suis orgueilleuse, je n'en suis pas bien sûre, mais chaque fois qu'on se moque un peu de moi, ça me blesse et je me sens prêtre à pleurer, b En y réfléchissant elle aperçoit un autre point noir : « Ah mon Dieu, plus je vais, plus je me trouve de défauts, j'ai peur d'être coquette. Oh c'est si laid ! »

Son admiration pour la vie religieuse ne préserve pas Marie de certaines désillusions :

<• Hier j'ai vu au cours un moine de St-François d'Assise, il est déchaussé et décoiffé ; il ne m'a pas plu du tout oh I mais du tout et j'espère que tous les moines ne sont pas comme lui. »

Plus loin elle observe qu'il fait bon aCoir des amis haut placés :

« ... J'ai retrouvé mon livre ; j'en Fuis bien contente, c'est aussi que j'ai prié St-Antoîne de Padoue, je me

Page 1