‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire Chinois (volume 2)Chapitre 19 sur 35 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DU 11 AU 17 FBVRIBR 1873.

Course aux confins du Kansou. — Encore les collines quaternaires. — Séjour à Se-yuén-chang. — Abondance du gibier sous les thuyas des sépultures. — Le costume des femmes chinoises; leur visite annuelle à la maison paternelle. — Terrain diluvien et ses fçssiles. — Préparatifs de départ pour Iraveriser l'épaisse chaîne des monts Tsing-ling.

11 février 1873. Course aux confins du Kansou. Ciel couvert; vent de nord-est. Temps sec et froid^ tel qu'ilmê le faut pour bien marcher.

Je me mets en route de grand matin, accompagné de trois hommes qui portent les objets strictement nécessaires pour une rapide excursion. Après six heures de marche en droite ligne vers l'occident, en nous tenant à une ou deux lieues au sud du Yé-ho, nous parvenons et faisons halte dans un petit hameau chrétien, qui a nom Se-ynén-chang (au-dessus des quatre jardins), et où je trouve une altitfide approximative de huit cent cinquante mètres. Nous sommes là sur des collines quaternaires

bien plus élevées que le lit du fleuve et qui correspondent à des monticules semblables, qu'on aperçoit au nord du Yé-ho : ce sont, sans doute, les restes d'un plateau qui a été raviné par les agents atmosphériques.

A Se-ynén-chang existe un puits où Ton n'a rencontré l'eau qu'à trois cent quarante pieds de profondeur. On me dit qu'en le creusant, il y a quelques années, on y a trouvé deux lits horizontaux de ces dures concrétions calcaires-argileuses, qu'on ne rencontre ailleurs que dispersées çà et là dans cette terre meuble. J'apprends aussi que, lorsque Ton a creusé le terrain où est bâtie en forme de grotte la chapelle actuelle des chrétiens, on y a trouvé, isolé [?)^ un os gigantesque d'un animal inconnu (sans doute d'Elephas primogenius).

En face de la vallée de Mon-kia-pin, l'antique haute plaine a été corrodée parles eaux du torrent . qui en sort, sur une largeur de plusieurs lieues. II y a là des rizières, et j'y retrouve mes Ibis. Cette fois-ci, deux heureux coups de fusil m'en procurent un couple, ayant tous les caractères des oiseaux adultes ; mais leur dos n'a aucune trace . de la teinte cendrée des ibis du Tchékiang.

Dans les mômes lieux, je vois plantés le long des canaux un bon nombre de ces beaux peupliers, aux rameaux très redressés, semblables à ceux que j'avais rencontrés, il y a trois ans, dans les environs de Lon-gan-fou, et qui rappellefnt si exactement nos peupliers d'Italie, Un homme 4§

la vallée de Han-tchong-fou/que je trouve en route, m'apprend que cet arbre si élégant abonde aussi chez lui. Cette espèce, qui porte dans mes notes le nom de Populus acuta^ ressemble si fort à notre arbre d'Europe, que je suis à me demander s'il n'y aurait pas une communauté d'origine entre eux. Dans tous les cas, il n'est point admissible que ce coin si reculé de la Chine ait tiré son arbre de TOccident. Le contraire aurait-il eu lieu?

12 février 1873, Se-yiién-chang, Encore très-beau temps.

Aux très-instantes prières des braves chrétiens de' ce hameau plus qu'à moitié souterrain, j'ai consenti à rester chez eux, pour dire la sainte messe à l'intention des nouveaux fidèles qui sont assez nombreux dans ces environs. Quant à aller au Kansou, je ne trouve plus d'hommes qui consentent à m'y accompagner, pour porter mes bagages indispensables ; l'on me dit qu'il faudrait marcher encore deux ou trois jours avant d'en atteindre la frontière, que les passages connus en sont maintenant barrés à cause de la guerre, et que l'on ne connaît point de chemin praticable par le sud. — Le fait est que je vois d'ici les montagnes du Kansou, qui me paraissent être bien moins éloignées qu'on ne le prétend ; mais je ne puis pas partir seul !.,.

Quoi qu'il en soit, je vais tâcher de bien employer cette journée de halte.

Pans la ms^tinée, je vais yisjter les petites ef

raides collines du sud, qui sont comme les contreforts d'une montagne plus élevée, nommée C&eliovr-chany dont le sommet en. aiguille est surmonté d'une pagode. Elle doit avoir un peu plus de deux mille mètres d'altitude, et «c'est le géant de la région. Derrière les collines quaternaires qui montent jusqu'à plus de mille mètres dominent les montagnes granitiques à gros cristaux de feldspath, impurs, mais réguliers. Ces granités, qui me paraissent de récente émersion, se décomposent trèsvite; le résultat de la désagrégation donne un kaolin plus ou moins blanc, une terre argileuse maigrement cultivable.

Le peu d'arbres qui croissent sur ces très-arides coteaux sont des abricotiers et des jujubiers sauvages, avec quelques Rhamnus et autres arbustes épineux. Il commence à paraître quelques fleurs : géranium, tussilage, etc. ; de rares papillons (colias) volent aussi par-ci par- là, comme pour appeler le printemps....

Du reste, rien de nouveau. II y a beaucoup de traces de loups et de renards ; mais nous n'apercevons aucun de ces carnivores. Les seuls oiseaux que je vois consistent en deux alouettes des champs, en quelques bruants [Emb. ciopsis), et en un vol de pacifiques Jaseurs de Bohême, retenus là par l'abondance des jujubes sauvages.

• Dans l'après-midi, je dirige mes pas en sens contraire, c'est-à-dire vers la plaine du nord. Mes. persévérantes fouilles dans les éboulis et les crevasses de notre si puissant diluvium ne me donnent

aucun fossile, ni en ossements ni en coquilles. Seulement, j'y ramasse en quantité de petits coléoptères ressemblant beaucoup à notre Galertcca lusitanica,

13 février 187à. Se-yuén-chang. Ciel voilé; froid; veut d'ouest.

Je prolonge mon séjour dans ce district tout à fait contre ma volonté; les hommes qui étaient allés chercher mes effets ne sont pas revenus hier soir. Ces braves chrétiens commencent même à me prier de rester chez eux jusqu'après dimanche; mais il m'est impossible de perdre mon temps pour leur faire plaisir.

Aujourd'hui, je vais examiner, pendant tout le jour, quelque haut plateau qui est au nord du Yé-ho. Cette rivière, sortie du Kansou et courant droit de Touest à l'est pour rejoindre le Fleuve-Jaune au sommet de son angle méridional, est maintenant dans ses plus basses eaux; nous la traversons sur deux ponts placés à la suite l'un de l'autre et qu'on défait en été, époque où le large lit est entièrement rempli. Mais ce cours d'eau considérable, même maintenant, n'est point navigable, à cause de ses innombrables plages boueuses.

Les plaines quaternaires sont plus élevées que le lit du Yé-ho, d'environ deux cents mètres. Elles correspondent à celles du sud; mais elles sont moins ravinées que celles-ci par les eaux, parce que derrière elles il n'y a que de petites montagnes nues, où n'éclatent point les orages de l'été,

contrairement à ce qui a lieu du côté méridionaL Sur les bords du plateau diluvien ont été plantés plusieurs bosquets, pour abriter les sépultures ; le thuïa et le vieux Pistacia sinensis en sont les arbres priacipaux. Les animaux du voisinage vont chercher là leur refuge, parce qu'il y a pénurie de végétation partout ailleurs; maintenant les lièvres y sont très-nombreux : j'en tue trois en très-peu de temps, et je blesse aussi un aigle de moyenne taille (Aquila clanga) et un renard à teintes pâles, sans pouvoir m'emparer de ces derniers.

Aujourd'hui, nous rwicontrons sur notre chemin un grand nombre d'hommes et de femmes, tout endimanchés, qui vont prendre part aux réjouissances publiques qui ont lieu dans l'un des grands villages voisins, pour célébrer le seizième jour de la lune du printemps, lequel met fin ici aux fêtes du nouvel an. Un autre motif fait encore voyager en ce jour beaucoup de jeunes femmes mises dans leur plus belle toilette : c'est aussi le seizième jour de ce mois que les jeunes mariées ont la coutume de quitter temporairement le toit conjugal, pour aller passer quelques jours dans la maison paternelle.

La couleur des habits affectée ici par la jeu^ nesse et par l'enfance est le rouge écarlate : pantalon rouge, robe rouge et bas rouges quelquefois. Dans la circonstance dont je parle, la toilette de la femme chinoise, d'ordinaire si simple et si modeste, est véritablement éblouissante dans ce

pays : la tête est ornée d'une sorte de diadème surmonté de guirlandes d'or et d'argent ; les larges pantalons et la longue robe de soie sont garnis de broderies bleues, verte», noires, qui corrigent un peu Téclat du fond rouge ; les petits souliers, en forme de sabot de chèvre, brillent aussi par la richesfiie du satin et par l'abondance des ornements.

Ces jeunes femmes se rendent à la maison de leurs parents, soit en chaise à porteurs, soit en charrette, soit à cheval, selon leur fbrtune; et elles sont accompagnées par des membres de la famille du père, mais jamais par leur mari : cela serait une indécence! Celles qui sont mères ne manquent pas de porter en triomphe leura poupons ; et quand la douceur de la température le permet, la mode est de ne laisser à ceux-ci que le costume qu'ils avaient en naissant.... Ce n'est point le cas aujourd'hui, et, petits et grands, chacun est bien cou^vert de ses habits les plus chauds.

14 février 1873. Très-beau temps; air calme et chaud pour la saison. Retour à Yén-kia tsoun.

Hier, en traversant des rizières qui bordent le Yé-ho, j'ai rencontré encore des Ibis^ et parmi ceux-ci j'en ai distingué clairement un qui avait le dos et le cou revêtus de la même teinte cendrée que les oiseaux du Tchékiang. Donc... je ne sais qu'en penser. Y aurait-il deux espèces ou races'/ Ou bien, cette couleur se développe-t-elle tardivement dans l'oiseau rose? Les deux suppositions

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sont possibles. Mais ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'un grand nombre d'ibis adultes que j'ai observés depuis quelque temps avaient tous leur plumage rose ou blanc, sans mélange de teinte grise, absolument comme les quatre sujets que nous avons capturés.

Ce matin, pendant que je fais mes préparatifs de départ, les chrétiens de Se-yuén-chang viennent renouveler leurs instances pour me retenir encore parmi eux, car il leur arrive rarement d'avoir un missionnaire dans leur hameau. Ils m'ont apporté quelques fragments de gros ossements fossiles qu'ils ont déterrés dans le quart supérieur du dépôt quaternaire, à la profondeur d'environ cinq mètres, et quelques hélix conimuns qu'ils disent avoir retirés de la même terre ancienne. Il serait fort intéressant de savoir si les fossiles qiiaternaires se rencontrent toujours au même niveau relatif....

Une preuve que ces fossiles ne sont pas trop rares dans cette formation, c'est que tout le monde sait ici que, après dés éboulements ou en creusant des habitations souterraines, on rencontre quelquefois des thou-long-khou^ ou os de dragon terrestre, ayant d'ordinaire de grandes proportions. Mais ces reliques des animaux antédiluviens sont aussitôt réduites en poudre et vendues aux pharmaciens du pays, qui les font entrer dans une foule de leurs médicaments. Mais personne ne se souvient d'avoir jamais remarqué, dans les mêmes lieux que les fossiles, des fragments d'anciennes

poteries ou de briques. D'ailleurs, ce diluvium si puissant et si étendu ne contient pas même de pierres, de cailloux ou d'autres objets pesants et transportés; les terres cuites ou les pierres ouvrées (s'il y en avait) seraient donc parmi les amas pierreux qui se trouvent parfois au-dessous du limon sablonneux.

On me donne encore les débris de la peau d'un petit Pteromys^ qui provient, dit-on, de l'intérieur des monts Tsing-ling. Cet animal, de moitié plus petit que leP^er*. alho^pufus^ est grisâtre en dessus, avec le dessous d'un gris clair; les pattes sont roussâtres, ainsi que le dessous de sa longue queue. Est-ce un jeune sujet? j'incline à le croire, comme aussi je soupçonne que le Pteromys melanùpterus n'est que la femelle de l'espèce rousse.

Pendant mon voyage de retour, mes besoins de naturaliste me font faire feu sur une paire de Gegilits graculus, qui tombent foudroyés à mes pieds. Ces deux gais oiseaux étaient perchés sur le pinacle d'une pagode, et donnaient au vent leurs éclats de voix si sonores, si agréables, si harmonieux et si différents des ingrats et ignobles croassements de leurs camarades au noir plumage. Il y a là une grande distillerie, et les nombreux ouvriers qui y sont employés sortent pour nous examiner de pied en cap et sans mot dire. C'est du grain de soi^ho que l'on extrait l'eau-de-vie, et c'est le charbon de terre qui alimente les four- . neaux et fait autant de nègres des distillateurs.

En repassant auprès de mes jolis peupliers fas-

tigiés, dont j'ai parlé plus haut, j'observe qu'en ce moment leurs bourgeons sont moins arriérés que ceux du grand peuplier ia-yang^ et que, comme dans celui-ci, leur écorce est blanche et unie; les branches sont grêles et très-dressées, presque collées contre le tronc. Des feuilles sèches de la saison dernière, que je ramasse parmi les broussailles, m'offrent une forme triangulaire, délicate, avec le limbe un peu denté et le pétiole très-long.

Ainsi, il y aurait à ma connaissance quatre espèces de peupliers au nord du Yang-tsé-Kiang; je les nomme pour mon usage : Populus acuta^ Pop. coridcea, Pop. toryang^ et Pop. venusta (tremble).

A peine rentré à Yén-kia-tsoun, je vois y arriver aussi, pour me souhaiter la bonne année, le brave P. Hoang, porteur de cadeaux variés; je suis, hélas I dans Timpossibilité de lui en offrir à mon ' tour, pour payer politesse par politesse ; c'est ce que les Chinois bien élevés n'omettent jamais de faire.

L'un des hommes qui ont accompagné ce prêtre indigène me raconte que, ayant été jadis emmené en captivité par les rebelles fort loin dans le Kansou, il y a vu un cerf de moyenne taille, dont le pelage était tacheté de blanc et de noir sur un fond fauve, et dont les longs bois étaient armés de quatre andouillers. Est-ce le Cervus mantchuricus, ou bien une autre espèce analogue inconnue? Si, comme je le pense, cet animal était différent de celui du Nord, il faudrait se décider, à la fin des

comptes, à lui appliquer le nom spécifique de Méy-lou (cerf élégant), puisque c'est de ce nom que les Chinois distinguent tous les cerfs tachetés, et que, sur les trois ou quatre espèces à robe fleur rie que nous offre la Chine, aucune ne porte encore dans la science celte dénomination vulgaire du pays. — Je pense qu'il y aurait avantage à ce que les naturalistes adoptassent dans leurs écrits systématiques les noms vulgaires, toutes les fois que cela est possible.

15 février 1873. Beau temps. Yén-kia-tsoun.

La journée se passe en travaux taxidermiques.

Puisque je ne trouve rien à faire d'important de ce côté du Tsing-ling et qu'il ne m'est pas possible de me rendre au Kansou, il ne me reste plus qu'à passer au sud de cette chaîne. En conséquence, je m'occupe à chercher les moyens de faire ce voyage au* plus tôt et avant que la venue des pluies du printemps rende les chemins plus difficiles.

La voie ordinaire que suivent les voyageurs chinois, pour se rendre à Han-tchong-fou, où je dois aller, passe par Pao-ky; et l'on compte douze journées de manrche de Sin-gan-fou à cette ville^ chef-lieu de la vallée tant vantée du Han. Cette route est la plus commode; toute l'année, on peut y trouver les muletiers dont on a besoin : les voitures ne peuvent pas y voyager. C'est là, me dit-on, qu'est passé l'an dernier le baron de Richthofen. Mais je pense qull sera beaucoup plus

utile et plus intéressant pour moi de suivre une autre direction, qu'aucun autre Européen n'aurait encore tenue : le passage de la vallée de Mou-kia-pin est dans ce cas. Cette route, quoique la plus difficile, est la plus courte des trois que Ton me cite ; et Ton peut parvenir d'ici à Han-tchong-fou en une semaine de voyage. Je donne donc ma préférence à cette dernière.

Mais où trouver les mulets ou les hommes nécessaires pour porter nos divers objets, dont le poids total monte maintenant à plus de trois cents kilogrammes? Pour mes domestiques et moi, nous marcherons bien à pied ; et cela d'autant plus volontiers que l'intérieur des montagnes me fournira d'incessantes occasions de faire des observations et même quelque trouvaille, et que, pour cela, il est utile de ne dépendre dans ses mouvements que de sa propre volonté.

Dans le genre de vie que je mène et où il y a beaucoup à souffrir de toute façon, l'arrivée d'un courrier porteur de lettres est un événement qui distrait et qui réconforte pour plusieurs jours.... Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir des lettres de Changhay et de Mgr Efisio Ghiaïs. Ce prélat me donne d'utiles conseils sur la conduite à tenir avec ses chrétiens, assez nombreux sur ma route : les Chinois sont toujours et partout des Chinois, et la ruse et la mauvaise foi, innées chez eux, les quittent difficilement!...

16 février 1873. Yén-kia-tsoun. Très-beau temps.

KN CHINE. 297

Les principaux chrétiens d'un village voisin viennent m'inviter à aller passer la journée chez eux, en compagnie du P. Hoang. Comme j'ai quelque espoir que les bons offices de ce prêtre chinois m'aideront à trouver ce qu'il me faut pour mon prochain voyage, je pars après la messe, à pied, quoiqu'on ait préparé des chevaux brillamment enharnachés pour moi et même pour mes deux domestiques. Je suis reçu dans ce village chrétien au son des pétards, du tam-tam et d'autres instruments à percussion : musique fort goûtée de Toreille des hommes jaunes. Mêmes cérémonies et tapage pendant le dîner, qui est splendide, ainsi qu'à mon retour, au soir.

Je craignais bien que tous ces grands honneurs qu'on m'a prodigués ne cachassent quelque arrièrepensée : en effet, on a essayé fortement de m'intéresser à un grand procès.... Mais la prudence la plus élémentaire m'empêche de prendre part à une affaire qui ne touche pas la religion.

Cependant je ne m'étais pas trompé en comptant sur l'efficacité des démarches du P. Hoang pour avoir des moyens de transport. Je n'aurai pas, il est vrai, des mulets : on demande quarante piastres pour trois de ces animaux ! Mais ce bon monsieur a trouvé moyen d'exciter le zèle de ses chrétiens, désœuvrés maintenant, afin d'aider un missionnaire étranger : pour un salaire très-raisonnable, dix hommes robustes se chargent de transporter tous mes bagages jusqu'à un établissement chrétien, nommé Ouang-kia-ouan, qui est à trente

li de Han-tchong-fou. Voilà qui est à merveille; c'est tout ce que je désirais de mieux!

17 février 1873. Yén-kia-tsoun. Assez beau temps, froid.

Les chrétiens de Yén-kia-tsoun, dont je n'ai cessé d'être content , voyant que leurs voisins se font une question d'honneur et d'amour-propre de m'aider dans mon voyage d'outre-monts, viennent à leur tour me déclarer qu'ils entendent qu'an moins la moitié des porteurs soient pris dans leur commune. C'est un genre d'embarras dont il m'est facile de sortir à la satisfaction générale. Nous partirons donc sûrement demain matin, et nous , employons tout ce jour à finir nos préparatifs et à loger dans dix grandes hottes nos lits, nos habits, nos ustensiles, nos collections, nos provisions.

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