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“ Fe juillet 1873. Tsitou. Ciel œuvert, sans
pluie.
Pas de particularités à noter. Hier, grande fête
de famille (saint Vincent), pour mes confrères
, et moi.
. Prise d’une seconde et nouvelle espèce de gros scarabées, à thorax orné d'appeudice fourchu, qui vit aussi dans le camphrier.
21 juillet 1873. Tsitou. Même temps qu'hier.
J'acquiers enfin aujourd'hui un renard du pays; cet animal diffère un peu de ceux que j'ai vus jusqu'ici en Chine. Je le rapporte à l'espèce ou race du Fokién, que M. Swinhoe a fait connaître sous le nom de Vulpes hoole.
J'apprends que deux panthères ayant été tuées, ce printemps dernier, dans les collines du voisinage, notre vieux P. You (qui s'occupe de médecine, comme tous les Chinois sachant lire) les acheta fort cher pour faire avec les os broyés de ces félins ce qu'on appelle ici du /ao-hou-kao, ou confiture de tigre; c'est pour ces peuples une médecine corroborante par excellence. Dans sa dernière tournée aux montagnes limitrophes du Fokién, ce brave homme a échangé, m'a-t-il dit, une certaine quantité de sa chère drogue contre uu poids égal de confiture de sang de Shan-yang. On sait que la pharmacie chinoise fait usage de toutes les substances imaginables de la nature. — M. You, en m'énumérant aujourd’hui les rares propriétés du sang d’antilope de roche, me dit
que, entre autres vertus, cette drogue a celle de faire engraisser l'homme en peu de temps, et, à l'appui de sa thèse, il me cite un de ses amis ‘qui, ayant pris environ cinq onces de la précieuse confiture, est devenu bientôt gros et gras, de maigre et pâle qu'il était peu de mois auparavant. Les Chinois estiment beaucoup l'embonpoint.
22 juillet 1873. Tsitou. Ciel couvert, vent et rafales de pluie tout le jour.
On continue à scier les riz et à planter immédiatement après le nouveau riz. — Cette céréale se sème préalablement dans l’eau, dans un coin de champ bien fumé et bien exposé, et l’on repique les jeunes plants en temps et lieu. <— Ici, la paille de la première récolte est laissée en tas sur place; elle servira plus tard d'engrais au champ. Quand celle-ci ne paraît pas suffisante, on y porte aussi beaucoup de tiges fratchement coupées de Viter, arbuste qui abonde dans les collines du Kiangsi.
Depuis quelques jours nous voyons voler un bon nombre d'aigrettes, de garzettes et de corbeaux à cravate, oiseaux qui faisaient défaut au pays auparavant. C'est que les rizières ont été inondées aussilôt après la coupe des moissons, el que les nombreux petits poissons, qui s'étaient tenus cachés au fond de la boue à moitié sèche, viennent maintenant prendre à leur aise leurs ébats dans l’élément liquide : il y a donc là un aliment facile et abondant pour les échassiers et tous les oiseaux piscivores.— Les poissons qui suppor-
tent le mieux la privation d’eau, dans les rizières desséchées, sont l’anguille jaune et un petit Cobilis, à formes allongées, que les Chinois connaissent souùs le nom de Ni-{chiou.
23 juillet 1873. Ciel couvert et vent, ensuite pluie interrompue.
Aujourd'hui j'acquiers, par les bons soins du. P. You, un Sorex murinus, qui est gros comme un rat. Cet animal adulte exhale une forte et désagréable odeur de musc, et il me paraît différer de l’autre Sorex que je prenais pour un jeune sujet de cette espèce.
Un prêtre chinois, rentré au collége pour y passer ses vacances, et qui est aussi quelque peu médecin, m'indique un remède fort curieux contre cette maladie, si commune maintenant ici, qu'on attribue faussement à un coup de soleil, et qui se manifeste par des nausées et une chaleur brûlante. On fait bouillir un œuf de poule jusqu’à ce qu'il soit très-dur ; après l'avoir dépouillé de sa coque, on le fait rouler à la main sur la poitrine et l'estomac du malade, tout doucement et sans le casser, en le remettant de temps à autre dans l’eau chaude pour l'empêcher de se refroidir. D'après les Chinois, cet œuf absorbe tous les fluides morbides qui causaient le malaise. — Ce qui est sûr et ce que j'ai vérifié moi-même, c’est que les œufs employés ainsi ont, après l'opération, leur jaune tout hérissé d'aspérités verruqueuses, qu'ils ne présentent point quand on les a fait rou-
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ler de la même manière sur une table ou sur une pierre. D’après ces mêmes guérisseurs, ces aspérités différeraient de forme et de volume selon que la maladie vient du chaud ou du froid, et elles crépitent quand on les approche de la flamme d’une chandelle. |
Je ne crois pas toujours aux médecins, mais je crois à la médecine, et je pense que l'immense variété des corps organiques et minéraux renferme des millions de principes capables d’exercer une action sur les forces vitales et que la science humaine n'est point parvenue à débrouiller encore. Je suis donc très-persuadé, pour ma pari, que l'œuf et tous les tissus animaux possèdent des propriétés absorbantes plus ou moins énergiques, dont notre médecine pourrait bien tirer parti dans le traitement des maladies, et que cette pratique chinoise qu’on m'apprend peut être fondée en raison jusqu’à un certain point. Car, au milieu de méthodes puériles, d’une efficacité que l'expérience n'a jamuis contrôlée, et malgré une théorie qui n'a pas l'ombre du bon sens, je pense que le hasard a donné aux Chinois certaines prescriptions salutaires que les Européens feraient bien d'essayer.
24 juillet 1873. Tsitou. Un peu de pluie au mitin. |
Mon chasseur pékinois tue au vol, sans dou pour la première fois de sa vie, un beau héron blanc, en mue, qui a tout le bec jaune et qui conserve encore au dos une partie de ses belles plu
nes de noces : c’est l’Egretta intermedia des aueurs, oiseau que je n'avais pas eu encore.
25 juillet 1873. Tsitou. Beau temps, éclairs au soir. |
Un vent continuel avait diminué les chaleurs lepuis quelque temps, mais elles recommencent maintenant, et le thermomètre marque 36 degrés lans ma chambre.
En arrivant dans ces pays, j'avais été surpris le voir trois petites cicatrices régulières sur la têle le toutes les personnes que je rencontrais. Voici l'explication de ce fait singulier. Il est d’usage ici quand un enfant vient au monde, que la sagefemme lui.pratique aussitôt plusieurs brûlurcs sur le haut de la tête au moyen d’une bougie allumée ou d’un bâtonnet odorant en feu, pour faire sortir le froid du crâne! Personne n’est dispensé de cette opération, qu'on juge indispensable pour pouvoir jouir d’une bonne santé. — Ce n’est donc : point un acte superstitieux, car nos chrétiens et même nos prêtres chinois ont toujours leur sinciput orné des trois cicatrices réglementaires.
À son retour de la chasse, mon Pékinois me raconte qu'il a poursuivi longtemps, ce soir, un oiseau de la taille d'une pie, qui lui a paru tout rouge écarlate. Comme je ne connais aucun oiseau de Chine auquel ce signalement puisse convenir, je suis porté à croire qu’il s’agit ici d’un perroquet sans doute échappé de quelque volière. Cette supposition est d'autant mieux fondée que j'en-
tends dire que, dans plusieurs grandes villes du midi, on aime à nourrir des oiseaux et des quadrupèdes curieux ou exotiques dans ce qu’on appelle le Jardin des mandarins.
26 juillet 1873, Tsitou. Beau temps avec vent rafraichissant de sud.
La campagne esl déjà sèche de nouveau, et les moissons commencent à être en souffrance, car ici on ne cullive guère que le riz, et il n’y a jamais trop de pluie pour cette culture.
La nuit dernière, la panthère s'est avancée jusque dans le village et en a emporté un gros chien. Je reçois de Nifang une peau plate, mais complèle, d'un Canis procyonoïdes adulte, qui à été tué pendant l'hiver dernier.
27 juillet 1873. Tsitou. Beau temps, vent de sud.
Les nouveaux renseignements que l’on me donne sur l'oiseau rouge d’hier sembleraient confirmer l'hypothèse qu'il s’agit en effet d’un perroquet fugitif. Cependant il y a des personnes qui prétendent avoir vu le même beau volatile ici, pendant plusieurs années, au temps des plus fortes chaleurs. Si cela était vrai, il faudrait admettre qu'un psittacien inconnu, des chaudes contrées du sudouest, s’égarerait jusqu'ici pendant l'été. Ce qu'il y a de certain, c’est que sur environ quatre cenis espèces connues de perroquets, il n’y en a que cinq ou six que nous ayons encore rencontrées en Chine; ct celles-\à ont toutes leur tlumage vert.
Mon domestique Lu est de nouveau malade depuis une semaine déjà; aussi ma collection entomologique ne fait-elle que des progrès misérables, car moi-même je ne suis plus guère en état de courir la campagne au loin. Son camarade Ouang est guéri pour le moment; mais, de crainte de salir ses bas blancs, il ne fait que se promener sur les sentiers les plus propres ou que flairer l’air en flänant à l'ombre d'un arbre et en attendant sans aucune impatience que le hasard pousse une bête devant ses yeux. Au surplus, ce climat est tellement perfide maintenant que je laisse mes hommes complétement libres de leurs mouvements et que moi-même j'occupe mon temps aux travaux intérieurs.
28 juillet 1873. Tsitou. Beau temps.
Depuis longtemps le thermomètre de ma chambre ne descendait pas au-dessous de 30 degrés; aujourd'hui, à mon lever, il est à 26 degrés.
J’acquiers dans la journée deux Putorius, de taille moyenne, appartenant à la race que M. A. Milne-Edwards a cru pouvoir distinguer sous le nom de Put. Davidi, d’après un animal que je lui avais envoyé de Kioukiang en 1868. Quant à moi, les belettes de Chine me paraissent se ressembler tant entre elles que, à l'exception de l’hermine que j'ai tuée sur le Hong-chan-tin, à cinq mille mètres d'altitude, je crois que toutes les autres ne sont que des variétés d’une seule et même espèce, de J'antique Hustela sibirira. Mais les carac\ères o\kor
CITAPITRE XXVEI.