‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 28 sur 44 · DU 1‘ DÉCEMBRE 1873 AU 8 AVRIL · texte numérisé non relu

DU 1‘ DÉCEMBRE 1873 AU 8 AVRIL

Départ de Kaotén. — Géologie du Fokién occidental. — Les souffrances du voyage. — Rentrée et séjBur à Tsitou. — Un Hierax nouveau. — Un nid d’aigle. — Zèle intéressé d’un chasseur. — M. David, toujours malade, se résout à quitter le Kiangsi. — Politesses des bons chrétiens de Tsitou. — Embarquement pour Kiou-kiang; quinze jours de pénible navigation en barque chinoise; incidents du trajet. — Le lac Po-yang en hiver ; vent contraire. — Abondance des oiseaux aquatiques. — Halte à Kioukiang. — Les derniers jours passés à Changhay; notes sur les naturalistes et les collections d’histoire naturelle de cette ville. — Départ pour la France.

1e" décembre 1873. Beau temps. Retour de Koatén à Tsitou : huit heures de voyage aujourd’hui.

Partis à neuf heures, nous arrivons à Fou-yngmiao à cinq heures du soir : je suis horriblement faible et souffrant. La première montée dure une heure et demie, et au point le plus élevé mon baromètre m'indique une altitude de seize cents mètres. La descente qui suit est la plus longue de la route ; elle consiste aussi en mauvais escaliers formés de blocs peu réguliers de porpiyre.

Nous franchissons après, en montant. eten descendant d’interminables escaliers, une seconde grande montagne qui n’est que de peu inférieure à la précédente.

Rien vu, rien entendu en roule : partout neig, glace ou boue. Aux porphyres se mêlent des diorites, puis des conglomérats dioritiques, et plus bas des granites; mais la première roche reste la plus abondante et reparaît tout le jour.

2 décembre 1873. Voyage de retour de Koatén à Tsitou. Ciel couvert, temps froid : neuf heures de voyage. -

La nuit a été mauvaise pour moi, à cause des crampes qui accompagnent mon dérangement d'entrailles.

Partis à sept heures, nous continuons à monter et à descendre jusqu'au soir. Les montagnes sont plus nues, et elles consistent en porphyre, puis en granite, puis en pegmatite. Auprès des villages, tous les coteaux semblent plaqués de neige: c'est de l’étoupe de bambou qu’on y a étendue et exposée aux agents atmosphériques, pour la blanchir et en faire le papier de première qualité.

Comme hier, nous rencontrons sur notre roule beaucoup d'hommes venant du Kiangsi et portant au Fokién des canards, des poules et des cochons : ceux-ci voyagent aussi sur le dos de leurs porteurs, renfermés dans des cages et renversés les quatre pattes en haut.

Je fais des efforts hèroiques pout surmonter ma

faiblesse ; mais à la fin de la journée je souffre d’atroces douleurs aux articulations, surtout aux genoux.

3 décembre 1873. Voyage de retour de Koatén à Tsitou. Beau temps : une dizaine d'heures de marche.

Quoique la route soit affreusement fatigante pour moi, mes jambes endolories se comportent mieux qu'hier, et je me sens moins malade à mesure que j’avance : la santé me reviendrait-elle?

Comme les deux jours précédents, nous nous avançons par monts et par vaux vers le couchant ; et vers quatre heures du soir, nous parvenons heureusement chez les chrétiens de Ouang-maotsaé. À la dernière passe des montagnes frontières, mon baromètre m'a donné une altitude de neuf cent quatre-vingts mètres.

& décembre 1873. Voyage de retour de Koatén à Tsitou : neuf ou dix heures de marche. Beau temps.

Ma santé est assez bonne, excepté pour les fonctions des organes de la digestion ; et, chose singulière ! je rends un helminthe par les narines.

Ce matin encore, nous avons quelques montagnes à gravir péniblement , mais au soir et désormais, ce ne sont plus que des collines qui alternent avec des plaines, et la route est meilleure. Nous nous arrêtons pour la nuit au gros village de Kaofou, près d’une forte rivière; l'auberge qui

nous a reçus offre la singularité d’être tenue par deux femmes seules. Ces personnes ont l’air d’être honnêtes; mais elles ne nous fournissent que du riz à l’eau pour toute nourriture. Heureusement, l’un de mes hommes trouve le moyen de m’acheter, pour la valeur d’un sou, un pot de vin de riz, que j'avale tout bouiïillant après y avoir dissous de l’'opium : cette potion me semble efficace pour guérir la cholérine obstinée qui me fatigue depuis des jours.

5 décembre 1873. Voyage de Koatén à Tsitou.

Plus de dix heures de marche. État sanitaire satisfaisant. Très-beau temps.

Partis à sept heures du matin, nous ne suspendons notre voyage qu'une heure après la nuit, dans la bourgade de Pakhang, à vingt l à l’ouest de Kaopi.

Bonnes routes, peu de montées ; quoique le porphyre se revoie encore cà et là, ce sont les différentes variétés de roches à mica qui dominent maintenant ; le quartz est abondant, soit à l'état de quarzite, soit à l’état hyalin, soit aussi à l’état de calcédoine bleuâtre.

6 décembre 1873. Voyage de Koatén à Tsitou.

Arrivée au collége à deux heures et demie. Trèsbeau temps.

Je me sens presque guéri de la fièvre, et mes forces semblent revenir à mesure que je voyage et que j'approche du terme de mes fatigues. Seu-

lement, quand la machine corporelle a été fortement ébranlée, il ne faut qu'un rien pour attirer de nouvelles infirmités; je me trouve affligé de furoncles, d'hémorrhoïdes et de rhumatisme articulaire, sans compter que ma toux persiste toujours !

Enfin, m'y voilà ! Le bon M. Rouget, qui me reçoit avec sa cordialité habituelle, me trouve mauvaise mine : il y a de quoi!

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