VOYAGE EN CHIRE
à jolies fleurs bleues, à côté d’un Emilia et d'un Yungia, que l'on retrouve dansla Chine entière.
Dans mes conversations avec le P. Vidi, ce mis- sionnaire prudent et intelligent m'a appris plusieurs faits, qui, bien qu'étrangers à l’histoire naturelle, méritent d'être notés dans mon journal, parce qu'ils font connaître les vraies dispositions de certains personnages influents de l'empire à l'égard des étrangers et des chrétiens.
À l’époque des massacres de Tiéntsin, le Souota-jén, personnage bien connu des Européens, ac-. tuellement Tsongtou ou gouverneur général du Chensi et du Kansou, demanda à son gouvernement l'autorisation de détruire en bloc'les missionnaires et les chrétiens de ses deux provinces, en ajoutant qu'il parviendrait à faire cela sans que l'administration de Pékin eût à s’en occuper le .moins du monde. Mais il lui fut répondu de la capitale qu’il se bornât à songer aux moyens de chasser les rebelles, et qu’il devait laisser tranquilles les chrétiens et leurs missionnaires. — C'est de source certaine que le P. Vidi a su ces agissements du mandarin Souo, auquel plusieurs Européens n'ont pas honte de vendre leurs services: | De son côté, le fameux Ly-hong-tchang, quand, après les mêmes affaires de Tiéntsin, il reçut l’ordre de se rendre à cette ville, rassembla en conseil ‘extraordinaire les quatre grands menderins de Sin-gan-fou, et leur dit qu’ «il était appelé au nord pour aller châtier les Européens rebelles à l’'empe-
reur!{ que, si ceux-ci se soumettaient aussitôt aux conditions qu'il leur imposerait, on pourrait s'arranger avec eux; sinon qu'il les exterminerait tous et aussitôt, ainsi que tous les missionnaires et les chrétiens de l'empire. » Ceci est aussi très-authentique.
Tout dernièrement encore le Souo-la-jén, qui passe avec raison pour ennemi de tout ce qui est étranger, dans une proclamation imprimée qui a été répandue sur tous Îles poin{s de sa vaste juridiction, s’est servi, pour désigner les Européens, d’un caractère chinois très-outrageant, qui signifie séducteur, corrupteur, voleur.
J'ai appris aussi quelques détails intéressants sur Tien-la-jén. Tien-la-jén est ce mandarin militaire qui, quelque temps après l'expédition francoanglaise de Pékin et la publication du traité qui garantissait aux chrétiens de la Chine le libre exercice du christianisme, fit mourir cruellement au Kouy-tcheou un certain nombre de chrétiens et même un missionnaire français, au mépris de toutes les lois et en affectant publiquement le plus grand mépris pour les puissances européennes. li alla jusqu'à déchirer, en plein tribunal, un exemplaire qu'on lui présenta de l’édit impérial qui annonçait le traité de paix conclu avec les Occidentaux, en disant que ce papier n'était bon qu'à servir aux datrines..….. Il poussait si loin sa haine qu'il s'abaisse, lui tout grand mandarin qu'il était, jusqu’à poursuivre, personnellement et le sabre à la main, un missionnaire français qu'H
aperçut un jour dans les rues de la capitale de sa province. C
Ces faits étaient par trop criants pour rester impunis : cette insultante violation d’un traité international et des ordres impériaux qui en prescrivaient l'observation pouvait être d'un trop fâcheux exemple pour qu'on n’en demandât pas une réparation. En effet, les longs ct persévérants efforts du Chargé d’affaires de la France obtinrent enfin une condamnation capitale de ce magistrat, coupable autant contre son souverain que contre les puissances européennes.
Mais cette sentence fut-elle jamais exécutée? Non. Jamais encore en Chine on n’a puni de mort un simple sujet de l'empire convaincu d'un crime quelconque contre des Européens : comment aurait-on obtenu l'exécution d’un dignitaire de premier ordre? Le Tien-la-jén fut changé de place, diminué seulement en grade, comme coupable de désobéissance, et envoyé combattre les rebelles de Chensi. Après cela, les mandarins de Pékin essayèrent de faire-croire aux agents de la France que ce grand coupable avait été mis à mor.
… Or, voici ce qu'il en est. Je connais bien cetle histoire. Le Tien-ta-jén, après avoir quitlé le Kouytcheou, est resté longtemps à Han-tchong-fou, au pays où je me trouve depuis un mois et demi. Il parait que, dans les commencements, sa chaise à porteurs était marquée de signes qui indiquaient qu’il était coupable de désobéissance à l’empereur; mais voilà toute sa punition, ct il continuait
à posséder tous ses pouvoirs de général des troupes impériales. Et même, bientôt après, il a été promu à de nouvelles dignités, augmenté en grade comme pour le consoler de son humiliation, et gratifié d'emblèmes honorifiques qui lui ont été envoyés personnellement par l’impératrice ellemême {sans doute la mère du jeune empereur, qui ne nous aime pas non plus). D’après ce qu’on me dit, Tien-ta-jén est au Kansou en ce moment; en tout cas, il n’est plus dans cette vallée de Hantchong-fou, où l’on ne parle que de lui : je n’ai donc eu aucune chance de faire son aimable rencontre.
‘O uÿdoç ônhoï que, d’après moi : 1° c'est une utopie que d'espérer que le gouvernement chinois consente réellement à punir un de ses dignitaires coupable, quand celui-ci n’est accusé que de crimes contre les étrangers; 2° c’est par conséquent une erreur pour les agents diplomatiques et les missionnaires de demander une justice qu’ils n’obtiendront certainement point quand il s'agit de grands coupables. Il ne faudrait exiger que ce qu'on a de la chance d'obtenir : des réparations indirectes, la punition des criminels de bas élage, etc. — En poursuivant les mandarins chinois en personne, nous, Européens, nous parviendrons peut-être à les faire changer de poste (quand leurs délits auront été aussi patents qu'exorbitants), mais très-Sûrement la haine surexcitée de ces grands personnages trouvera moyen de se déverser tôt ou tard sur nous ou sur nos intérêts,
Ainsi le célèbre Tien-ta-jén est maintenant encore plein de vie et de dignités, tandis que les trois principaux missionnaires du Kouy-tcheou, qui avaient le plus agi pour obtenir justice (M. Vielmont, M. Mihière et Mgr Faurie), viennent de mourir tous les trois presque en même temps, dans la force de l’âge et de la santé, et, dit-on communément, par le poison de leurs ennemis.... D'un autre côté, nous savons aussi que les instigateurs et les auteurs les plus coupables des massacres de Tiéntsin jouissent encore de la vie, de leur liberte et de leurs grades, et qu’on n’a exécuté que vingt et un vauriens quelconques pour punir la mort barbare d'autant d'Européens honorables, dont deux étaient les représentants attitrés de la France.
Avant de quitter le Chensi, je crois utile d'écrire ici la liste des oiseaux et des mammifères dont j'ai reconnu l'existence dans la partie méridionale de cette province pendant les six ou sept mois que j'y ai passés. Ces énumérations ne manquent pas d’avoir leur intérêt pour la géographie zoolo-
gique.
EN CHINK.
CATALOGUE DES OISEAUX OBSERVÉS AU CHENSI MÉRI- DIONAL, DEPUIS FIN OCTOBRE 1872 JUSQU'A FIN AVRIL 1873,
. Vultur monachus, i.
. Aquila chrysaætos, C.
. Aq. bifasciata, Gr.
. Aq. Clanga, P.
. Haliætus albicilla, P.
. Archibuteo aquilinus. Hodg.
. Buteo asiaticus, Lath.
. Poliornis indicus, Gn.
. Pandion haliætus, L.
. Falco communis, Gm.
. F. Saker, Schl.
. F. subbuteo, L.
. F. æsalon, L.
. F. alaudarius, L.
. F. amurensis, Radde.
. Milvus melanotis, T.
. Astur palumbarius, L.
. Accipiter Nisus, L..
. Acc. Stevensonii, Gurn.
. Circus spilonotus, K.
. C. cyaneus, L.
. Athene plumipes, Sw.
. Scops Sunia, Hodgs.
. Bubo maximus, L.
. Otus vulgaris, L.
. Cypselus pekinensis, Sw.
. Cotyle riparia, L.
. C. sinensis, Gr.
. Hirundo gutturalis, Sc.
. Cecropis daurica, P.
. Alcedo bengalensis, Gm.
. Ceryle lugubris, Tem.
. Upupa epops. L.
. Sitta sinensis, V.
. Tichodroma muraria, L. . . Troglodytes fumigatus, T.
. Pnoepyga Haisueti, À. D,
. Suya striata, Sw.
. Rhopophilus pekinensis,8w.
. Herbivox brevipennis, V.
. Herb. canturiens, Sw.
. Reguloïdes proregulus, Pall.
. Ruticilla aurorea, P.
. Rut. Hodgsonii, M.
- Rut. rufiventris, Vieillot.
. Rut. fuliginosa, Vig.
. ChϾmarrornis leucocepha-
la, Vig.
. Pratincola indica, BI, . Yanthia cyanura, P.
. Accentor mullistriatus,A.D.
. Acc. montanellus, P.
. Siva cinereiceps, J. V.
. Siva ruficapilla, J. V
. Sylviparus modestus, B.
. Proparus Swinhoi, J. V.
. Parus minor, I.
. P. monticola, Fr.
. P. pekinensis, A. D.
. P. melanolophus, Vig.
. Pæcile Kamtchatkensis, Bp.
. Orites glaucogularis, G.
. 0. fuliginosa, J. V.
. Henicurus sinensis, G.
. Hen. Scouleri, Vig.
. Motacilla baikalensis, Sw.
. Mot. alboïdes, Hodgs.
. Mot. paradoxa, Schr.
. Mot. ocularis, Sw.
. Mol. Japonica, Sw.
. Mot. boarula, L.
. Anthus cervinus, P.
. À. spinoletta, L.
. Corydalla Richardi, Vieil.
. Merula sinensis, Cuv.
. Turdus pallidus, Gm.
. T. Naumanni, T.
. T. fuscatus, P.
. T. ruficollis, P.
. Petrocincla cyanea, L.
. Myophonus cæruleus, Sc.
. Hydrobata Pallasii, T.
. Ixos sinensis, Gm.
. Ix. xanthorrhous, And.
. Spizixos semitorques, Sw.
. Pomatorhinusstridulus.Sw.
. Pom. gravivox, A. D.
Pterorhinus Davidi. Sw.
Leucodioptron chinense, Osb.
. Garrulax perspicillatus,Gn.
. Garr. Sannio, Sw.
. Garr. (Babax) lanceolatus.
. Cinclosoma lunulata, J. \.
. Trochalopteron ellioti, £.\.
. Suthora webbiana, Gr.