JULES GOURMONT ET ANDRE
Rate appréciable : deux doigts de matité.
Aucun ganglion tuméfié.
Ni sucre, ni albumine dans les urines.
Température normale.
En somme : uniquement une anémie profondey sans cause connue, et avec un état général tellement grave qu'un pronostic fatal à brève échéance s*impose avec le diagnostic d'anémie pernicieuse.
Le malade est mis au repos absolu et alimenté aussi substantiellement que possible (suc de viande, etc.).
Trois jours après son entrée : période fébrile avec céphalée, quelques frissons, vomissements alimentaires et bilieux. L'état s'aggrave. Le sang, ensemencé, ne donne aucune culture. Le séro-diagnostic de Widal est négatif. Le 5 juin, la température redevient normale; tout symptôme fébrile disparait définitivement.
Un examen hématologique, sur plaques sèches, nous avait montré, le 2 yam, une mononucléose intense (47 0/0) avec quelques myelocytes, avec des globules rouges très inégaux; ce qui nous avait confirmé dans le diagnostic d'anémie pernicieuse.
Le 5 juin^ après la fin de l'épisode fébrile, les globules rouges numérés donnent 1305100 et les leucocytes seulement 4710.
On se reportera plus loin au tableau qui indique les différentes numérations hématologiques.
Sous rinfiuence du repos et de l'alimentation, les globules rouges augmentent progressivement, mais lentement; il se fait une poussée de leucocytose, la mononucléose disparait, quelques éosinophiies font leur apparition. Cependant, cliniquement, l'état s'aggrave; les épistaxis reprennent, des hémorragies gingivales apparaissent, ainsi que quelques taches purpuriques. Les coliques sont plus fréquentes, accompagnées parfois de diarrhée fétide. Bref, à la fin de juin, bien que les courbes hématologiques (voy. plus loin) indiquent une amélioration notable, le pronostic est toujours aussi sombre.
Les purgatifs n'avaient jamais expulsé de tœnia; cependant le malade nous affirma avoir vu quelques anneaux à la fin de mai.
Le 26 juin y on examine les fèces au microscope; elles contenaient, en très grande abondance, des œufs ovales, avec opercule, des œufs de bothriocéphale. L'examen journalier montre l'extraordinaire abondance de ces œufs
L'état général ne s'améliore pas.
Le 5 juillet, à la suite de l'administration de l«f%50 d'extrait éthéré de fougère mâle (dans 3«^'",60 de chloroforme, 4gr. d'huile de ricin et 1/2 goutte d'huile de croton : formule de Duhourcau), le malade expulse, en une fois, un énorme peloton- de boihrioeéphales. Il y a plusieurs vers; en compte quatre scolex allongés dont l'un porteur de la tète caractéristique. Le peloton est inextricable. Las vers sont en bon état de conservation. Dans les selles suivantes : fragments de 10 à 20 centimètres de vers flétris et à odeur fétide.
11 fut inutile de recourir à une nouvelle administration d'antihelminthique; les matières, fréquemment examinées, n*ont plus jamais présenté d'œufs. D'ailleurs, l'amélioration fut immédiate et extraordinairement rapide; la relation de cause à, effet entre l'expulsion du ver et la guérison fut d'une évidence frappante. Immédiatement : disparition des coliques, des vertiges, des bourdonnements d'oreille, de la diarrhée; l'appétit reparait subitement; les muqueuses se colorent; les globules rouges augmentent; la formule leucocytaire redevient normale. En quelques jours, le malade est guéri. Il sort bien portant \e4aout
Revu le 8 septembre, il était florissant et n'avait aucun œuf dans ses selles.