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RECHERCHES EXPÉRIMENTALES

sur

LES VARIATIONS DU TAUX DES GAZ DU SANG ARTERIEL PENDANT UANESTHÉSIE PAR LE CHLOROFORME

Par M. J. TISSOT

(Travail du laboratoire de M. Chauveau, au Muséum.)

Les différents auteurs qui se sont occupés de Inaction du chloroforme sur les variations du taux des gaz du sang artériel, ont trouvé tantôt une augmentation de la proportion d'oxygène, tantôt une diminution.

P. Bert indique dans deux publications différentes deux actions inverses, une augmentation dans l'une, une diminution dans l'autre ^

Mathieu et Urbain ont trouvé en général une diminution de la proportion d'oxygène dans le sang artériel. Cependant dans certaines de leurs expériences ils ont constaté une augmentation, mais ils ont noté que cette augmentation se produit lorsqu'il survient une augmentation corrélative de la ventilation pulmonaire ou de la polypnée.

M. Arloing' a obtenu des résultats tout différents. 11 a toujours observé une augmentation de la quantité d'oxygène et une diminution de la quantité d'acide carbonique du sang artériel pendant l'anesthésie. Il pense que la différence des résultats obtenus par P. Bert, Mathieu et Urbain tient à une diffé. rence entre les doses d'anesthésiques introduites dans les vaisseaux. Pour le cheval par exemple, M. Arloing obtient avec les faibles doses simplement hypnotiques une augmentation de l'acide carbonique du sang, tandis qu'avec les doses anesthésiques et par suite plus fortes il a obtenu une diminution de l'acide carbonique et une augmentation de l'oxygène.

M. de Saint-Martin ^ a obtenu, ultérieurement, des résultats ((ui confir-

* p. Bebt. Leçons sur la respiration. — Etude analytique de l'anesthésie par les mélanges titrés de chloroforme et d'air {Soc. de Bio/., juillet 1885).

* Mathisu m Urbain. Gaz du saDç, A. P. 1872, p. 581,

' S. Arloing. Recherches expérimentales comparatives sur Faction du chloral, du chloroforme et de Téther ( Thèse de LyoD, 1879).

* Db Saint-Martin. Influence du sommeil naturel ou provoqué sur l'activité des combustions respiratoires (C /?., 1887).

ment la diminution de l*oxygène du sang artériel pendant l'anesthésie chloroformique.

Il a observé, comme Tavaient déjà vu Mathieu et Urbain, qu'on peut constater une augmentation de la proportion d'oxygène dans le sang artériel au début de Tanesthésie, si à ce moment survient une période d'anhélation. Il attribue à l'existence ou à l'absence d'anhélation au début de l'anesthésie, la dilTérence des résultats obtenus successivement par P. Bert.

Il était probable que ces divergences dans les résultats obtenus par ces auteurs tiennent à Tabsence d'un déterminisme rigoureux des conditions expérimentales. J'ai cherché dans mes expériences à déterminer ces conditions aussi complètement et aussi rigoureusement que possible.

Je ne m'étendrai pas longuement sur l'instrumentation qui m'a servi pour l'extraction des gaz du sang. Elle est déjà connue et a été publiée ailleurs^ Je dirai seulement qu'il ne m'aurait pas été possible de fuire dans de bonnes conditions des expériences dans lesquelles j'effectuais 6 prélèvements de sang pendant une heure, si je n'avais pas eu à ma disposition la pompe double à m- rcure de M. Chauveau ; cet appareil me permettait d'effectuer complètement l'extraction des gaz de mes six échantillons de sang en une heure et demie au plus.

Le sang était recueilli dans une seringue contenant de Toxalate ou du fluorure de sodium en poudre avec 1 ce. d'eau au plus^. Ce procédé permet d'éviter sûrement Tintroduction dans la pompe de gaz étrangers au sang, et offre en outre l'avantage de diminuer au maximum le volume de liquide introduit dans la pompe.

Les gaz extraits du sang étaient agités, avant Tanalyse, avec un petit volume d'huile qui absorbe une notable quantité de vapeur de chloroforme, sans absorber une quantité appréciable de gaz.

La pression artérielle a été prise et inscrite à l'aide du manomètre à mercure et à transmission à air de M. Chauveau.

Quant à l'inscription des mouvements respiratoires elle est beaucoup plus difficile. — Il m*a été impossible d'obtenir des indications sérieuses avec les pneumographes, parce que le type i*espiratoire des animaux anesthésiés varie. J'ai eu recours à l'inscription des mouvements de l'air à l'intérieur de la trachée au moyen d'un tambour à levier relié à une canule ifine piquée à travei^ la paroi du tube trachéal. Mais ce procédé ne donne d'indications exactes que sur le rythme des mouvements respiratoires et sur la vitesse de l'air. Les courbes obtenues peuvent facilement renseigner aussi ^ sur les variations de la pression dans l'intérieur du tube trachéal, mais ne peuvent pas permettre de calculer exactement l'amplitude des mouvements respiratoires, parce que les éléments nécessaires à ce calcul ne sont pas appréciables sur les courbes*. On peut néanmoins tirer des indications très précieuses des courbes obtenues de cette façon. En dernier lieu, j*ai employé un procédé qui m'a donné des indications absolument précises. J'ai décrit récemment ce procédé '. Les courbes

* J. TissoT, in Traité de physique biologique (Gaz du sang) de G. Weiss, t. I.

* On aspire dans la seringue 10 centimètres cubes d'eau distillée tenant en suspension du fluorure de sodium qu'on laisse ensuite déposer en maintenant la seringue renversée, Toriflce en haut, puis on rejette l'excès d'eau.

* En prenant la racine carrée des hauteurs des courbes.

* Les courbes étant obtenues avec une vitesse très lente de l'enregistreur de Marey (1 tour en SO minutes), les variations de la pression de l'air pendant un mouvement respiratoire et la durée de ce mouvement ne peuvent pas être connues.

' Nouvelle méthode de mesure et d'inscription du débit et des mouvements respiratoires de l'homme et des animaux. Journ. de Physiol, et do Pat bol. géa.^ juillet 1904.

GAZ DU SANG PENDANT. L'ANESTHÉSIE SSi

obtenues à l'aide de ce pi^océdé renseignent exactement et simultanément: 1* sur le rytlime des mouvements respiratoires, 2<» sur Pamplïtuàe réelle de ces mouvements, cette amplitude étant proportionnelle au volume d'air inspiré ou expiré ; 3<> sur la valeur absolue du débit respiratoire par minute. Je n'ai miEdheureusement été eti possession de cette méthode que 'lorsque les expélieuces qui font l'objet de ce mémoire ont été effectuées. Elle m'a néanmoins seni à vérifier l'exactitude de certaines de mes observations.

J'ai toujours administré le chloroforme par la voie trachéale. Un appareil à double soupape inspiratrice, et expiratrice était ajusté sur la canule trachéale ; Pair inspiré traversait au préalable un flacon à deux larges tubulures et d*une capacité de 3 litres dans lequel il se chargeait de chloroforme. On pouvait charger Tair de chloroforme par deux procédés : 1^ on pouvait en aîdministrer une quantité constante dans l'unité de temps en laissant tomber dans le flacon un nombre déterminé de gouttes de chloroforme par minute; le chloroforme tombant sur une feuille de papier buvard, placé à la partie supiérieure du flacon se vaporise immédiatement et ses vapeurs se répandent régulièrement dans la masse d'air du flacon; 2^ on pent faire respirer à l'animal de l'air contenant une proportion de chloroforme a peu près connue en mettant une certaine quantité d'anesthésîque au fond du flacon maintenu à une température constante.

L'air se charge da vapeurs au contact du chloroforme, mais il s'en charge plus ou moins suivant la vitesse du courant d'air, ce qui est un inconvenient du procédé. On fait varier à volonté la dose de chloroforme absorbée en refroidissant ou en échauffant le flacon.

Avec ce procédé,- la dose de chloroforme introduite dans le poumon varie dans la même proportion que la ventilation pulmonaire, c'est-à-dire en dehors de la volonté de l'opérateur. J'ai pu néanmois à l'aide de ce procédé graduer facilement et à volonté la dose de chloroforme absorbée et provoquer comme je le désirais des modifications respiratoires et des oscillations de la pression artéiielle.

Dans tous les cas, la pression artérielle a été prise dans la carotide et les échantillons de sang artériel prélevés dans l'artère fémorale. J'ai employé des chiens de grande taille, de 40 kilos environ, afin d'éviter que les prélèvements de sang soient trop considérables par rapport au poids de l'animal.

Exp. I (Mai 1902). — Chien de 38 kilos. On adapte à la trachée l'appareil à double soupape expiratrice et inspiratrice. L'air inspiré passe au préalable dans un flacon contenant du chloroforme.

8 h. 10 m. Prise de 20 c. c. de sang artériel dans l'artère fémorale.

8 h. 13 m. Début de l'inhalation du chloroforme.

8 b. 19 m. Anesthésie complète.

8 h. 29 m. Prise de 24 c. c. de sang artériel.

9 h. 00 m. Prise de 23<^,9 de sang artériel. 9 h. 17 m. Prise de 22<'<',3 de sang artériel. 9 h. 26 m. Prise de 23<»,9 de sang artériel.

9 h. 32 m. Prise de 22<^,3 de sang artériel et mort de Fanimal.

Le chloroforme a été donné à dose assez forte dès le début de l'expérience.

Le tableau I contient, outre les résultats de l'analyse des gaz du sang, les observations recueillies au moment de chaque prélèvement de sang, relativement à la mécanique respiratoire.

Tablbaij Journal de phtsiol. bt db pathol. obnbr., 1906. 3

J. T18S0T Tableau L — Gê2 da Sêng artériel pout 100 c. e. de sang.

TOIUU

TBvn.

toUl do gax.

Co*.

OtUHTATIOSia.

ce

Sang normal avant le débat de llnhalation d«' cbloroforme; polypaée.

8h. 19 ID...

Anesibésie complète.

ai,15

Respiration presque normale, encore un pe«L accélérée. ^

9 heores ....

i»,tï

Respiration légèrement ralentie depuis qtiel<ia4 temps.

9h. il m...

Prise faite an débvt d*un arrêt i^niratoire ild

ensuite le rytbme antérieur.

déjà qoelque pea ralentie un moment aupa-

ravant. Après une minute d'arrêt les nioavei

sans intervention.

9 b. 3t ID...

Prise faite à la fin de l'arrêt respiniloire te^

minai, le cœur battant encore.

Avant d'interpréter les résultats de cette expérience, il est bon de rapp que la polypnée augmente la proportion d'oxygène et diminue la proport d'acide carbonique dans le sang artériel. L'analyse du sang prélevé dans telles conditions ne donne donc pas les proportions normales des gaz sang ; elle donne des chiffres trop forts en oxygène et trop faibles en aei^ carbonique. Ainsi donc le chiffre de 21'''',65 d'oxygène constaté au début i cette expérience est un chiffre trop fort. De même le chiffre 20*^,8 cons dans la deuxième prise de sang peut être considéré comme trop élevé par que la respiration était encore un peu accélérée. Le chiffre d'oxygène 16 de la troisième prise de sang ne peut donc pas être interprété par une die nution de la quantité d'oxygène due à Taction du chloroforme ; on doit considérer comme étant le retour de l'oxygène au taux normal (sa valeur du reste, parfaitement normale) et les chiffres antérieurs anormaux par su! d'une accélération respiratoire. Ainsi donc, la diminution qui est constat ici dans Toxygène du sang artériel n'a aucune relation directe (tout au moil après 41 minutes d'anesthésie) avec l'action du chloroforme sur rorganismli il y a en réalité disparition (Tune augmentation anormale de la quanti d oxygène due à la polypnée et retour à la quantité normale.

Les indications fournies par les chiffres d'acide carbonique du sang coacor* 4 dent avec celles que donne Toxygène ; la proportion de 26^ fib constatée dans la première prise tombe à 21*«,15 dans la seconde pour remonter à 26*^*^,06 lorsque la respiration redevient normale. Constatons en outre que l'acide carbonique augmente de 8 c. c. de la deuxième prise à la troisième, tandis que l'oxygène n'a diminué que de 2^,7; c'est l'effet constant des modifications de la mécanique respiratoire ; elles influent beaucoup plus sur le taux de l'acide carbonique que sur eelui de l'oxygène.

Je ne dirai rien ici des résultats obtenus dans les 4^, 5^ et 6** prises de s&n? ; j'y reviendrai spécialement dans un mémoire ultérieur (Mémoire n*" 2, page 61).

GAZ DU SANG PENDANT L'ANESTHESIE

Je ferai néanmoins remarquer que, si les chiffres d'oxygène ont subi une diminution dans les 4® et 5^ prises de sang, c'est parce que ces dernières ont eu lieu au moment d'une syncope respiratoire, et parce que, en second lieu.

Fig. 1.

I. Prise de sang avant l'inhalaUon du chloroforme. — II, III, IV, V, VL Prises de sang pendsBt l'anesthésie : A, pression artérielle; D, 0 de la pression. Celte ligne indique par un trait Tertical le moment exact de la prise de sang; C, mouvements respiratoires ^ D, temps (minutes).

la gyncope est généralement précédée d'une diminution de la ventilation pulmonaire assez marquée.

En résuméi cette expérience montre que :

!• Les modifications des gaz du sang artériel pendant Fétat d'anesthésie

e: J. TIS80T :

ne peuvent; f>as: être interprétées saifis tenir compte des modifications delà mécanique respiratoire;

âf La diminution d'oxygène constatée dans la prise n^â n'est qu'apparente; la quantité d'oxygène trouvée dans le sang artériel à ce moment, 41 minutes apràs l'anestliésie complète et profonde, est normale. Ce sont les proportions d'ox](gène trouvées antérieurement dans le sang qui sont anormales» la première prise de sang ayant eu lieu pendant une période de polypoée.

Ëxp. II (Décembre 1902). — Chien de 37 kilos, même dispositif. On prend le graphique de la respiration et celui de la pression dans la carotide (graphique

3 h. 17 m. Prise de sang normal. Mouvements respiratoires, 18 d'amplitude normale par minute, animal calme. Pression artérielle» 15<^,4 Hg.

3 h. 30 m. Début de Tinhalation du chloroforme.

3 h. 32 m. Anesthésie complète.

3 h. 35 m. 2* Prise de sang. Mouvements respiratoires, 42 par minute et de grande amplitude. Pression, 13<^«,3 Hg.

3 h. 42 m. 3* Prise de sang faite durant une période pendant laquelle la respiration est redevenue normale; 16 ou 17 mouvements respiratoires par minute 1 d*amplitude à peu prés normale. Pression artérielle, 12*^,2 Hg.

4 h. 18 m. On détermine à dessein une chute importante de pression par une augmentation de la dose de chloroforme et on fait une 4* prise de sang. Pression, 6%4 Hg. La prise de sang a été faite au moment où des modifications respiratoires importantes se produisaient. Une fois la prise terminée, on cesse de donner le. chloroforme. La pression artérielle remonte et le rythme respiratoire devient plus fréquent. Au bout de 5 minutes, on donne à nouveau le chloroforme.

4 h. 29 m. ^ Prise de sang. Respiration : 40 mouvements d'amplitude moyenne. Pression, 10c. c. Hg. On détermine une nouvelle baisse de pression en augmentant la dose de chloroforme absorbée. Il se produit une syncope respiratoire.

4 h. 37 m. 6* Prise de sang faite au début de la syncope respiratoire. Au bout de 2 minutes 1/2 se produisent deux mouvements respiratoires spontanés et profonds. Le chloroforme n'ayant pas été retiré, la nouvelle dose d'anesthésique absorbée à l'occasion de ces deux mouvements a suffi pour déterminer la syncope mortelle. Le cœur a continué à battre pendant 9 minutes 1/2 après ces deux mouvements respiratoires.

Le graphique n^ 1 montre l'état de la pression artérielle et de la mécanique respiratoire au moment de chaque prise de sang. Ce graphique, comme celui des expériences qui suivent, étant de trop grandes dimensions pour être représenté en entier, j'ai dû en montrer seulement des coupures.

Le tableau II indique les résultats obtenus dans l'analyse des gaz du sang.

Tableau

* Etant donné le procédé d'inscription qui donne surtout des indications de vitesse, la hauteur des mouvements respiratoires sur le graphique ne donne pas une idée exacte' de

GAZ DU SANG PENDANT L'ANESTHESIE

Tableau II. — Gaz du sang artériel pour 100 c. c. de sang.

TOII7HE

IKBM.

total de gaz.

rx.«.

OBSEITATIORS.

ce

ce

oc

ce

Sang normal avant lo début de Tinhalation du chloroforme (Press. = 15«",4 Hg). Resp. 18.

Début de

l'inhalati

on du chk

roformc.

nefltbésie

complèU

ri9,70

3 minutes après le début de ranosthèsiâ, animal en polypnèe. Pression IS'-^S Hg. Mouv, resp. = 42.

10 minutes après le début de l'anestbésie ot au moment d'un raloniissemcnt respiratoire mar> que (pression 6«"',4 Hg), 7 ou B mouv. rcsp. par minute.

Ib. 18 m...

UA

Prise faite 46 minutes aprôs le début de l'ancsthésie et au moment d'unratentifisement rt spiratoire marqué. Pression = 6o">f4.'

Prise faite 59 minâtes après le début de Tancsthésie (pression = i0«-,0 Hg). Respiration fréquente : 40 mouv. resp. par minute.

Prise faite au début et pendant la syncope res-

piratoire terminale (pression = 6<"'.0 Hg).

Il est très intéressant de rapprocher ces résultats de ceux de Texpérieûce I.

Dans Texpénence actuelle, l'animal était calme et ne présentait pas de polypnèe au moment de la première prise de sang qui doit servir de compa**raison avec les prises ultérieures. Le point de comparaison est donc bon ; dans les cinq prises de sang ultérieures, la proportion d'oxygène du sang artériel varie avec le rythme des mouvements respiratoires. Dans les prises deux et cinq, nous constatons une légère augmentation de la proportion d'oxygène, ainsi que Ta vu Arloing, mais par suite d'une accélération du rythme respiratoire qui monte de 17 mouvements par minute à 42 et 40. D'autre part, la quantité d'oxygène contenue dans le sang est la même pour les première et troisième prises, identité qui coïncide avec celle du rythme respiratoire dans les deux cas.

La prise n"* 4 a été faite à un moment où des modifications respiratoires importantes se produisaient; la diminution constatée dans la proportion d'oxygène doit donc être attribuée à ces modifications.

La prise n** 6 présente un chiflre d'oxygène plus faible (9'^^fi p. 100), parce que la prise de sang a été efiectuée pendant la syncope, cette dernière durant depuis au moins 30 secondes. i

Ainsi donc, bien que les indications données par l'inscription du rythme respiratoire soient très incomplètes^ l'expérience démontre^ de façon très nette, que les variations de la proportion d'oxygène du sang artériel sont sous la dépendance des modifications de la mécanique respiratoire.

Ëxp. 111 (Décembre 1902). —Chien de 38 kilos. Même dispositif expérimental. On donne, dès le début, à Tanimal, une forte dose de chloroforme dans le but de déterminer des modifications de la mécanique respiratoire. Prise dii sahg dans i'artèrë* fémorale.

9b..47 m. l'« Prise de 23<'**,4 de , sang artériel normal. Pression artérietle,

16 Hg, animal en polypnée. Mouyements respiratoires violents, 55 par minute.

9 h. 47 m. 1/2. Début de l'inhalation du chloroforme.

9 h. 49 m. Anesthésie complète.

9 h. 52 m. 2« Prise de 18*^,44 de sang artériel. Polypnée ; 62 mouvements respiratoires par minute, brusques et de peu d'amplitude. Pression artérielle,

tiyhM'm. 3» Prise de 20««,81 de sang artériel. Pression artérielle, 8«,8 La prise est faite à la fin d'un arrêt respiratoire de 30 secondes.

10 h. 18 m. A* Prise de sang artériel de 20^°,44. Mouvements respiratoires grande amplitude mais très espacés. Leur fréquence est de 7 par. mine Pression artérielle, 8*^,00 Hg.

10 h. 34 m. 5® Prise de 22«<*,65 de sang. Mouvements respiratoires de amplitude et d'une fréquence de 13 par minute. On augmente la dose de chlo forme pour tuer l'animal. Une syncope respiratoire se produit au bout 40 secondes. Au bout de 70 secondes surviennent quatre grandes inspirât^ suivies aussitôt d*une nouvelle syncope qui est duc à une nouvelle absorpt de chloroforme. Pression artérielle, 8'',4 Hg.

10 h. 40*m. 1/2. 6« Prise de 19««,88 de sang faite une minute après le dé de la syncope terminale. Pression artérielle, 4<^,2 Hg. Le cœur bat encore i Lout de 7 à 8 minutes après le début de la deuxième syncope.

Le graphique n* 2 indique l'état de la pression artérielle et de la méc respiratoire au moment de chaque prise de sang.

Le tableau III indique les résultats de l'analyse des gaz du sang.

Tableau III. — Gaz du sang artériel dans 100 c. c, de sang.

TOIOHB

1 YC«rs.

total do gaz.

Co«.

OBfBRVATIOHS. ^|

ce

ce

ce

Saag normal avant le début de Tinbalation <h| chloroforme. Pression artérielle = 16 cm. W^|

Polypnée. Mouv. resp. 55, de grande ampt&M tude. ^M

Si, 63

3 minutes après aneslbésio. Polvpnée. fô moocfl resp. par minute, brusque et de faible nnnpifW tude. Pression artérielle 9'">,3 Eg. -S

19 minutes après anesthésie. Prise après 30 «i^| condes d*arrét. Respiratoire. Presaioo aitftiH rielle = 8«,8 Hg. •■

29 minutes 1/2 après anesthésie. 7 mouv. re^ril de irraiide amoiitudo oar minute. PrcssioQ ^^M

térielle = 8 cm. Hg. ' jj

Îi4,79

45 minutes après anesthésie. 13 inon%'. resp. 0M grande amplitude par minute. Pression arfA^I

rielle = 8-,4Hg. M

iO h. 40 m. Ji

1 minute après le début de la syncope tcrmi-l nale. Pression artérielle = 4e»,2 Hg. ■

Cette expérience nou» fournit un nouvel exemple typique de Terreur que Ton peut commettre en prenant comme point de comparaison le taux des gaz du sang prélevé avant l'anesthésie. Ce taux ne représente la normale que si le débit respiratoire de l'animal est resté normal. Dans le cas actuel, nous avons donc un point de comparaison qui' est défectueux. La quantité d'oxygène prouvée dans le sang est très élevée dans les deux premières prises de sang, (28«%49 et 21**,86 au lieu de 17 c. c. en moyenne pour 100 c. c. de sang chez le chien) parce que l'animal était en polypnée dans ces deux cas. Je me

GAZ DU SANG PENDANT L'ANESTHÉSIE

garderai donc de conclure, d'après la moindre proportion d'oxygène constatée dans les analyses 4 et 5, que Tétat d'anesthésie a pour eflet de diminuer la proi>ortion d'oxygène du sang artériel. La proportion d'oxygène constatée

Fig. 2.

I. Pri8« de sang avanl l'inhalation du chloroforme. — II, 111, l\y V, M. Prises de sang pendant FaDCSthésie : A, pression artérielle; B, 0 de la pression avec indications du moment exact des prises de sang; C, mouvements respiratoires; D, temps (minutes).

dans ces deux derniers cas est au contraire voisine de la normale ; elle parait même un peu forte. Mais pour l'affirmer, il aurait fallu que j'aie une indication de débit respiratoire, au lieu d'une simple indication du rythme qui est insuffisante, la profondeur des mouvements respiratoires pouvant compenser

40 ' : j;tissot' • .

bieh au-delà la diminution du rythme- C'est pour cette raison qu'on trouve Imoins d^oxygène dans la deuxième prise de sang que dans la première ; le rythme respiratoire était acpéléré de 55 à 62 mouvements respiratoire^ pendant la deuxième prise, mais l'amplitude de ces mouvements avait consi> dêrablement diminué. L'acide ''carbonique dénne des indications qui confirment absolument les conclusions que je viens de tirer relativement à l'oxygène. En effet, les quantités très faibles d'acide carbonique (24 c. c. e\ 27'=«,44) constatées dans les deux premières prises de sang artériel sont une preuve manifeste de Faction considérable qu'a eue la polypnée sur les gaz dM sang. D'autre part, lorsque chez un animal la polypnée diminue progressivement jusqu'au retour du rythme respiratoire normal, on constate toujours que le taux de l'acide carbonique subit une augmentation beaucoup plus considérable que la diminution correspondante du taux de l'oxygène. C'est ce que l'on constate dans cette expérience ; l'acide carbonique augmente de 10**,â4 danâ la quatrième prise de sang (de 24 c. c. à 34*^,34) tandis que l'oxygène ne diminue que de 4*^,85. La diminution de la proportion d'oxygène et l'augmentation de celle de l'acide carbonique dans les quatrième et cinquième prises de sang présentent donc les caractères de ces mémt^ variations lorsqu'elles sont dues à la disparition de la polypnée et doivent être attribuées à cette cause.

Il faut faire, en outre, remarquer qu'au bout de 45 minutes d'aneslhésie profonde le taux de l'oxygène du sang artériel est resté normal et même supérieur à la normale, bien que le rythme respiratoire soit resté lent et bien qu'on eût administré à l'animal une dose de chloroforme susceptible de déterminer la syncope respiratoire ou un ralentissement respiratoire marqué; la dose de chloroforme peut en effet déterminer la syncope respiratoire dès qu'elle abaisse la pression artérielle à 9' centimètres de mercure ou audessous.

Exp. IV (décembre 1902). — Chien de 42 kilos. Dispositif ordinaire. Prise du sang dans Tartère fémorale. On donne dés le début une forte quantité de chloroforme pour déterminer des modifications respiratoires.

10 h. 10 m. !'• Prise de 24*^*,55 de sang normal. Pression artérielle: 15*^,0 Hg. Mouvements respiratoires : 62 par minute et de faible amplitude.

10 b. 13 m. Début de Tinhalation du chloroforme. Polypnée extrêmement violente pendant la période d'excitation, suivie, très brusquement, d'une chute considérable de pression et d'une diminution rapide des mouvements respiratoires ; Tanesthésie est complète à 10 h. 14 1/2, la pression tombe brusquement de 15 c. à 6 c. de mercure ; de même les mouvements respiratoires, bien qu'aussi fréquents, diminuent d'amplitude jusqu'à devenir presque nuls, puU reprennent progressivement une amplitude plus grande, le rythme restant encore fréquent ; une nouvelle période de polypnée se produit, suivie très rapidement comme la première d'une nouvelle diminution des mouvements respiratoires, et cette fois d'un arrêt respiratoire complet de 20 à 30 secondes. Le phénomène se reproduit ainsi 13 fois de la même manière. Il était intéressant de connaître la composition des gaz du sang artériel au moment où la polypnée atteignait son maximum dans une de ces périodes et au moment de l'arrêt respiratoire ou plutôt au moment d'une des périodes. d*apnée intermédiaires.

10 h. 15 m. 30 s. 2^ Prise de 19 c. c. de sang au moment où la respiration vient d'atteindre son maximum d'amplitude. Pression artérielle :65 c. c. H<'. Mouvements respiratoires ; 45 par minute. :

GAZ DU SANd PENDANT L'ANESTHÉSIE

10 h. 20 m.'3<> PrisQ d6 23^^,5 de sang après une période de 30 s. environ pendant laquelle l'amplitude des mouvements respiratoires est devenue nulle sans que leur fiéquence ait diminué; ces mouvements sont superficiels et à peine visibles. Pression artérielle T^S Hg. Mouvements respiratoires : 53 par minute.

10 h. 38 m, 4* Prise de 21*Sf>4 de sang, faite lorsque la pression est devenue très faible et indique Timminence de la syncope respiratoire. Les mouvements respiratoires ont une amplitude à peu près normale, mais ont un peu diminué de fréquence. Pression artérielle ; 3*^,3 Hg. Mouvements respiratoires : 30 par minute. La syncope respiratoire se produit pendant la prise de sang; elle est mortelle. I^ cœur continue à battre 6 minutes après le début de la syncope.

Le graphique n® 3 montre Tétat de la pression sanguine et de la mècaniqu^^ l'espiratoire au moment de chaque prise de sang.

Le tableau IV indique les proportions des gaz du sang artériel.

Tableau IV.

VOLDSIB

Tsan.

total de gaz.

OBSEXVATIOaS.

Cf

Cl*

Cl'

ce

:jo,31

31,»jl

Sang normal avant l'anesthèsie. Polypnvr;. Pression artérielle = 15«",6 Hg. Mouv. resp. 62 de faible amplitude.

1 minute après ranesthésio. Mouv. resp. fVnaaez grande amplitude: 45 par minute. Pression artérielle = tt«",5 Hg.

10 h. iU m..

5 minutes 45" après l'anesthésie, après une période d*apnée. Mouv. resp. d'amplitude très faible. Pression arlérielle = 7o",8 Hg.

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