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rr

Fio. 1.

et on obtiendra le coefficient de recombinaison apparent a' (celui que donne M. Me Clung) en admettant que, sous cette densité apparente, la destruction est due tout entière à la recombinaison :

et le rapport du coefficient wai ql au coefficient apparent a' est :

a __ oQa .

p' ne dépend aussi que de la distance réduite d, car on peut l'exprimer en fonction de celle-ci et de v^ par :

Il est facile de déduire des définitions qu'on a toujours :

et qu'aux grandes valeurs de la distance réduite donst sensiblement

De plus, pour les grandes valeurs de d^ il est facile d'obtenir une expression approchée de p et, par suite, de p', une valeur asymptotique des fonctions p et p'. En effet, quand d est grand, c'est-à-dire quand le coefficient de diffusion D est faible, la densité n des charges prend au milieu de l'intervalle et sur une grande étendue de part et d'autre sensiblement la valeur n^ , l'effet de la diffusion n'étant sensible qu'au voisinage immédiat des lames métalliques; ceci revient à faire v^^ = i.

. Oa obtient :

et

7*" Pour obtenir la relation exacte entre p, p' et ei^, il faut calculer les intégrales elliptiques figurant dans les expressions de d et de p'. Je ne donnerai pas le détail des calculs qui permettent de les ramener à la forme canonique et de les déduire des tables de Legendre où figurent les fonctions :

) s\ — sin*6sin*^

et

E« (?) = / v/l — sin*6 sin^ ç dç

pour les diverses valeurs de 6 et de ?. On aura :

^=^ré;i['-(l)-">]

avec:

et p' a pour valeur :

=[*^(--|es;)-"^]'

Je remercie M. Moulin, mon préparateur, d'avoir bien voulu effectuer les calculs numériques consécutifs qui ont conduit à construire les courbes représentant p et p' en fonction de d. Aux valeurs de d notablement plus grandes que Celles indiquées sur les courbes, on peut sensiblement admettre Texactitude des valeurs asymptotiques données plus haut.

S"" Il est facile d'appliquer ces résultats aux expériences de M. Me Clung. Des nombres qu'il donne dans son premier Mémoire, je déduis les valeurs suivantes pour les expériences faites à la pression atmosphérique :

a = 1 centimètre, g = 0,8 X iO~* unités électrostatiques parcentimMre cube et par seconde.

En adoptant pour a la valeur 3200 (^), que j'ai donnée, et pour D la valeur 0,4, intermédiaire entre celles que M. Townsend a obtenues (^) pour les ions positifs et négatifs, on obtient pour la distance réduite :

d:=H environ,

et d'après la valeur asymptotique :

La valeur 3384 obtenue par M. Me Clung serait ainsi trop forte d'un dixième environ, et la correction faite donne environ 3100, valeur très voisine de 3200.

L'erreur ainsi commise, relativement peu importante à la pression atmosphérique, s'exagère énormément aux faibles pressions. Admet-

(») P. Lanoevin, Ann. Chim.Phys,, 7* série, t. XXVIII, p. 437. P) J.-S. Townsend, PhiL Trans,, A. 193, p. 129 ; 1900.

330 LANGBVIN

tant en effet queTionisation q^ pour le même rayonnement^ soit proportionnelle à la pression, que a varie aussi, comme je Tai montré, dans le même rapport, D étant d'autre part, d'après les expériences de M. Townsend (*), inversement proportionnel à la pression, il en résulte que d varie comme la pression, et que, pour 0,125 atmosphère, pression minimum employée par M. Me Clung, on aura:

d'où, d'après la courbe :

c'est-à-dire que le coefficient obtenu par M. Me Clung serait cinq fois U'op grand ; si l'on tient compte d'ailleurs de la diffusion qui pouvait se produire non plus vers les lames, mais vers le gaz entourant le faisceau conique de rayons, source de l'ionisation, et qui agit dans le même sens que la diffusion vers les lames, si l'on tient compte de l'incertitude de corrections faites sur des données approximatives, on pourra considérer comme tout à fait vraisemblable, que le résultat soit huit fois trop grand au lieu de l'être cinq fois, et que le coefficient x, au lieu de rester constant entre 1 atmosphère et g) varie en réalité, comme je l'ai indiqué, proportionnellement à la pression.

9^ Les données numériques me manquent pour appliquer une correction analogue aux mesures relatives à la variation de a avec la température ; mais il est vraisemblable, étant donné que les mobilités des ions et par suite leurs coefficients de diffusion augmentent très vite avec la température, — au point que, dans les flammes, la mobilité des ions négatifs est au moins mille fois plus grande qu'à la température ordinaire, — que, toutes choses égales d'ailleurs, la distance réduite d diminue rapidement quand la température s'élève, en même temps que l'erreur commise sur a augmente.

La forme des courbes montre nettement que, pour des valeurs de d qui ne sont pas beaucoup inférieures à l'unité, ç! devient très petit, et par suite l'erreur sur a devient énorme, la presque totalité de la disparition des charges libérées dans le gaz étant due à la diffusion.

10* Pour diminuer l'erreur, il importe d'augmenter p' en choisissant pour d^ c'est-à-dire pour q et a, des valeurs aussi grandes que

(») J.-S. Townsend, Phil Tf-ans., A. 195, p. 250; 1900.

possible, 1 accroissement de a étant le plus important; puisque q ne figure dans d que par sa racine quatrième. L'accroissement de a est limité par la difficulté de recueillir ipstantanément tous les ions présents dans le gaz, quand le régime permanent s'est établi, puisqu'un champ intense est nécessaire et que la différence de potentiel cor* respondante augmente rapidement avec a. J'ai montré en effet (^) que, si la quantité Q0 est présente dans le gaz au moment où Ton établit le champ X correspondant à une densité superficielle <t, la quantité Q recueillie par les lames est donnée par :

e ayant la signification indiquée au début et représentant le rapport du nombre des recombinaisons entre des ions de signes contraires au nombre de leurs collisions. L'erreur relative commise

sur Q^ est donc en première approximation --^> ce qui conduit, si

l'on consent une erreur donnée, à prendre a proportionnel à Q^. Or, si l'intensité q d'ionisation est constante, Q0 est proportionnel à a, (ï et X également ; donc la différence de potentiel à employer est proportionnelle à a}.

\.V* Un autre moyen de tourner la difficulté consiste à remarquer que le régime permanent correspondant à la recombincMon s'établit en général beaticoup plus vite que celui de diffusion. En effet, le régime permanent de recombinaison est déterminé par l'équation

et rintégrale de cette équation fait figurer l'exponentielle de 2t y/qûj de sorte que le temps nécessaire à l'établissement du régime permanent est de l'ordre de :

2 Vga

Pour étudier le régime variable de diffusion, nous supposerons que celle-ci agit seule. L'équation du régime variable, qui sera en général :

(>) P. Unoivih, Ann. Chim. Phy;, V série, t. XXVIII, p. 437.

LANGEVIN éduit à TéquatioD aux dérivées partielles :

olution devant satisfaire aux conditions suivantes :

Pour t =z Oy H = 0, quel que soit a:, Pour x=z Oy n = o, quel que soit /,

Pour x = a, -T- = o, quel que soit t, lette solution s'obtient par la méthode ordinaire, qui donne

(5) 2j ^Ai-e 4«* '\s\n'^^^/>''x.

.a constante Ajt se détermine par le développement en série trigonétrique de la fonction :

( a;\ V A ■ (2K+Qn

l'établissement du régime permanent de diffusion correspond aux onentielles qui figurent dans l'expression (5). Celle de ces expotielles qui disparaît le plus lentement est la première, pour K = o ; sorte que la durée du régime variable de diffusion est de Tordre

«e rapport des durées d'établissement des régimes permanents de ombinaison et de diffusion est donc :

tant la dislance réduite que l'on cherche à rendre aussi grande I possible pour rendre la recombinaison prédominante, ^e rapport prendra donc des valeurs notablement inférieures à kité et l'on pourra gagner beaucoup, diminuer beaucoup la correc- 1 de diffusion, en ne laissant pas le régime permanent s'établir iplètement. On laissera la radiation agir pendant un temps nu t de l'ordre de T, et par conséquent assez inférieur à T' pour

que la diffusion ne joue pas encore de rôle appréciable, et on mesurera, comme dans la méthode de Rulherford, la densité n des ions accumulés au bout de ce temps t. a se calculera par la relation suivante, •déduite de Téquation (4) :

qui, pour t infini, prend la forme employée parM. Me Clung :

q =z an?.

Conclusion.

42" L'indépendance, observée par M. Me Clung, du coefficient de recombinaison des ions et de la pression du gaz, est certainement inexacte à cause d'une influence de la diffusion des ions, qui peut devenir prépondérante aux faibles pressions ou aux températures élevées.

Les corrections approximatives qu'on peut faire subir de ce chef aux résultats de M. Me Clung les rapprochent beaucoup de ceux que j'ai déduits de mes expériences sur la mesure de e et qui correspondent, au-dessous de la pression atmosphérique, à un coefficient de recombinaison proportionnel à la pression.

L'accroissement rapide de la recombinaison avec la température, obtenu également par M. Me Clung, est entaché de la même cause d'erreur.

Enfin il est possible d'atténuer beaucoup l'influence perturbatrice de la diffusion en ne laissant pas le régime permanent s'établir et en profitant de ce fait qu'en général le régime variable de diffusion durera beaucoup plus longtemps que celui de recombinaison.

J, de Phf/s., 4« série, t. IV. (Mai 190.r. 23

334 GUEBHAHD

k Par M. Adriew GUEBHARD (i).

;-. Vues générales. — Dès les premières observations faites sur la fonc-

f lion photographique, c'est-à-dire sur Taptitude de certaines subs-

tances à subir, sous certaines influences, de Tordre des radiations, des

- modifications visibles de leur surface, il fut remarqué que cette fonc-

tion, bien loin d'être régulièrement et indéfiniment croissante, présentait un maximum, au delà duquel elle tendait à retomber à zéro. La forme précise de la courbe représentative n'a pas encore été sûrement établie, et il est hors de doute qu'elle varie suivant les modalités respectives d'énergie excitatrice ou réceptrice mises en jeu. Mais le fait seul de l'existence d'un changement de signe de la dérivée suflit à faire comprendre comment, lorsqu'une action photographique, d'ailleurs quelconque, se superpose à une autre, quel-

K conque elle-même, elle peut, soit « continuer » celle-ci dans le sens

y de la croissance, si le maximum n'est pas atteint, soit, en apparence,

la « détruire », si le maximum est dépassé, soit, enfin, paraître indifTérente, « neutre », en négatif ou en positif, si elle correspond soit à un plateau maximal, soit au voisinage du minimum suivant. De même on conçoit que, s'il se juxtapose, sur une même surface, des actions d'intensités très diiïérentes, correspondant, les unes à la période d'ascension, les autres à la chute de la courbe, celles-ci doivent donner des images régressives, « inversées » par rapport aux autres.

Ainsi, sans plus, s'éclaircissent immédiatement tous les faits dits de « continuation », de « destruction », de « renversement », qui, sous les explications les plus extraordinaires et les plus contradictoires, encombrent la littérature des sels d'argent et y font persister un vocabulaire trompeur sous lequel disparaît la claire simplicité d'une loi très générale, applicable à toutes les modalités physiques de la sensibilité de surface, depuis les images de Moser et les thermographies de Hunt jusqu'aux rayons X, en passant par la phosphoroscopie (où il serait peut-être temps qu'on la mît en compte), dominant la photographie sous toutes ses formes (action de la lumière sur les résines, le soufre, comme sur les sels métalliques, etc.), pour aboutir

(1) Communication faite à la Société française de Physique : Séance du 3 février lUOo.

tî^ONCTfON PHOTOGRAPHIQUE 335

peut-être aux modes les plus divers de la sensibilité physiologique, qui, eux aussi, de la surexcitation passent à Tanesthésie.

Malheureusement, suivant que le photographe est ou chimiste ou physicien, ou ni Tun ni Tautre, on le voit attribuer soit à la vertu de tel bain, soit au pouvoir spécifique de telle vibration, soit à une circonstance insignifiante quelconque, le même accident, qu'un autre opérateur, ou parfois le même en une autre occasion, rattache à une raison tout opposée. Aucun, du reste, n'arrive à reproduire identiquement, en se basant exclusivement sur la circonstance donnée comme primordiale, la particularité, soit de « continuation », soit de « destruction ¥ ou de « renversement », dont est loin d'être soupçonnée la connexité, non seulement avec celles dont les noms seuls semblent proclamer l'antagonisme, mais encore avec celles, toutes pareilles^ que d'autres ont obtenues.

Aussi est-ce un sentiment véritablement pénible qui se dégage d'une incursion rétrospective dans cette abondante bibliographie spéciale (*), et un soulagement intense quand, sous l'impérieux besoin d'un peu de clarté, apparaît le lien logique de Tunique circonstance réellement commune à toute celte variété opératoire [^) : la superposition additivede divers modes d'énergie, ou physique, ou chimique, rattachant tous les cas particuliers, sans exception, à la loi fondamentale.

Influence du bain déceloppaleur. — Il est vrai que cette loi avait besoin elle-même d'être auparavant complétée, sinon dans ses détails, au moins dans sa généralité. S'il était bien connu, en effet, quoique, peut-être, insuffisamment formulé, que, par son facteur physique (la lumière) , la fonction photographique, partie de zéro, revenait vers zéro, en passant par un maximum, rien de général, et pas grand'chose

(•) Un aperçu s'en retrouve dans la première partie de mon mémoire Sur Vinversion {Rev. des Sciences photographiques^ I^ p. 257-269, 2 pi. ; 1904).

(*} Ce qui fait la difOculté du problème photographique, c'est la multiplicité des variables qui s'y mêlent. Aussi la première règle expérimentale devrait-elle être de réduire au rôle de constantes fixes et connues toutes celles dont on ne veut pas étudier la variation. Comment prétendre découvrir « les actions chimiques de la lumière » si on laisse aux actions physi(|ues toute leur incertitude ? Pour préciser celles-ci, mon principal souci fut d'éliminer les autres et spécialement de rendre constante et comparable l'action du bain, par l'usage du développement lent qui, tout en réduisant considérablement les chances d'erreur de temps, supprime presque celles de variabilité chimique, si Ton choisit une solution peu altérable, comme : eau 1000, sulfite de soude anhydre 10, métoquinone 1 ; une durée fixe point exagérée : 1 heure ; une température moyenne : 13"; et si l'on a soin de répartir en positions symétri«iues les phototypes par demi-douzaines, dans les cuves verticales.

336 GUÉBHARD

de particulier, n'était connu relativement à Tintervention du second

facteur, souvent principal : le bain dit révélateur ou développateur.

Tout au plus les praticiens savaient-ils qu'en prolongeant la durée ou exagérant Tintensité de son action, Ton arrivait parfois à diminuer au lieu d'augmenter les noirs du cliché. Même, s'il s'agissait, sur gélatino-bromure, de valeurs d'impression très grandes, qui, fixées avant révélation, eiissent donné un négatif direct, le bain, très, vite, retournait celui-ci en positif, donnant, aux points les plus éclairés, des transparences parfois toutes pures.

Des observations méticuleuses avaient bien constaté que cette chute des noirs n'était pas directe, ni semblable pour tous, mais précédée d'une ascension, d'autant plus longue que l'impression avait été moins grande. Enfm l'on savait aussi qu'il n'y a pas de surface sensible, si peu impressionnée qu'elle soit, qui ne finisse par noircir dans un bain suffisamment fort ou suffisamment prolongé ; d'où le fatal état neutre de développement, voile de deuil du cliché.

Moins connu était ce fait, que l'adjonction, même à très faible dose, de certains renforçateurs dans le bain, une goutte de nitrate d'argent, d'hyposulfite de soude, etc., pouvait produire presque instantanément le même effet (ïinversion du cliché qu'une exposition supplémentaire, même très courte, à une lumière, même faible, comme celle du verre jaune.

Mais tout à fait inattendue fut la constatation (^) que cette inversion pût être obtenue, même avec un bain très faible, pourvu qu'en fût seulement prolongée assez la durée.

Essayant de synthétiser toutes ces données éparses, et les nouvelles qu'apportait l'inversion par sur-développement, j'arrivai au diagramme suivant (/?</. 1) qui, sans prétendre à une rigueur numérique, impossible à réaliser en l'espèce ('^), rendait compte synoptiquement

(') A. GuÉBHABD, Sur Vinversion de limage sous-pose'e^ par sur développement lent. {Bull. Soc. fr. de Photographie, 2* série, XIX, p. 64-66; 1903.)

(-)La ligure que je donnerais aujourd'hui différerait déjà notablement, pour la forme individuelle des courbes vers leurs extrémités, du schéma provisoire que j'avais donné dans mon premier Essai de représentation de la loi du développement p/iotograp/iit/ue en fonction de la durée (C. H. Ac. Se, CXXXVIll, p. 491 ; 22 février 1901). Car la conclusion même de la présente étude, réformant les données de M.M. Lumière sur lesquelles j'avais tablé, m'obligerait à modifier l'allure lointaine du faisceau; et, d'autre part, l'utilisation du soleil du Midi m'a porté à croire que j'avais aux courbes des excitations les plus grandes attribué les longs plateaux qui appartiennent réellement aux excitations simplement grandes de

de tous les faits alors à ma connaissance, relaliven\ent à Tinfluence du temps de développement sur le noircissement, pour des valeurs diverses de l'excitation physique.

Fio. 1. — Graphique synoptique de la marche du noircissement en fonction de la durée du développement, pour diverses valeurs de l'impression.

Or il suffit de le rapprocher de la courbe (fig, 2) également schématique, et à peine un peu mieux étayée de trop rares données numériques, qui essaie de symboliser la fonction photographique elle-

Fio. 2. — Schéma symbolique de la fonction photographique ou des altérations de surfaces en fonction de la somme de leurs causes.

môme (*) ; et Ton arrive tout de suite à cette idée, qui, émanée pour moi du rapprochement d'une multitude, en apparence hétéroclite, de faits dépouillés, s'est imposée inéluctablement même aux observateurs les plus éloignés de toute vue générale, amenés à qualifier de

Tusage courant. Les courbes de la solarisation dc\Taient avoir une ascension et une chute encore plus rapides. Mais, tel qu'il est, ce graphique a suffi, non seulement à représenter certaines circonstances inattendues du développement, mais encore à expliquer des faits nouveaux, tels que le silhoueltaqe photographique (C. R. Ac. Se, CXL, p. 715), jusque dans des détails que, sous le couvert de simples contradictions verbales, on avait prétendu lui soustraire (C. R. Ac, Sc.,CXL, p. 185). Aussi mepara(t-il préférable d'attendre, pour le rectifier, d'avoir pu multiplier des observations que, malheureusement, l'urgence d'une autre étude qui me retient loin de Paris m'empêche de réaliser, et que mon seul but actuel est de tâcher de provoquer, fût-ce à titre rectificatif, de la part d'autres physiciens, mieux en mesure.

(') Rigoureusement, il faudrait autant de diagrammes divers de faisceaux de courbes qu'il y a de modalités d'énergie soit excitatrice, soit réceptrice.

338 GUËBHARD

« développement » certaines « actions continuatrices » de certaines radiations : à savoir, que s'il y a, pour chaque modalité d'énergie excitatrice, une courbe particulière du noircissement, toutes ces courbes demeurent de même famille, sans qu'il y ait de diiïérence fondamentale entre celles de l'énergie physique, dite excitatrice, et de l'énergie chimique, dite développatrice ou même révélatrice, les unes et les autres ne faisant que s'ajouter, pour donner, chacune avec son coefficient propre, des résultats toujours additifs, uniquement dépendants d'une sommation algébrique et non d'une opposition physique d'énergies (^).

Quelques exemples particuliers vont préciser ces considérations générales.

« Continuation ». — Lorsque, sur un phototype impressionné, Ton fait agir une lumière assez atténuée pour être incapable de vaincre par elle-même l'inertie de départ de la surface sensible, il va de soi que cette action, quelque prolongée qu'on la suppose, laissera intactes toutes les portions du phototype demeurées en deçà de ce seuil, mais « continuera » toutes les parties déjà mises en route, et les poussera chacune soit vers le maximum de sa montée, si elle en était loin, soit au delà, si- elle en était proche.

De là les contradictions qui surgirent dès les premières observations faites par Daguerre lui-même, par Claudet, Lerebours, E. Becquerel, etc., et, en dernier lieu, par M. P. Villard(*), sur l'action, dite ianièi continuatrice et tantôt destructrice, des verres rouges ou jaunes, dont tout le rôle consiste à arrêter les radiations d'activité supérieure au minimum de démarrage, pour laisser uniquement passer, pendant une durée qui compensera leur faiblesse, des rayons auxquels Edmond Becquerel lui-même ne perdit jamais une occasion de dénier la vertu spécifique que semblaient leur attribuer des épithètes dont l'une au moins Tavait eu pour auteur.

Est-il utile d'ajouter — cela a été constaté par tous les observateurs sans parti pris(^) — que toute autre source lumineuse suffisam-

(i) Pour ne rien omettre, il y aurait lieu de porter en compte, dan» la totalisation des énergies coefficientes, celle qu'emportent de l'officine du fabricant les préparations sensibles, dont la présumée constance n'existe même pas entre les divers points d'une même plaque (H. Bonasse). Av^c une très grande justesse de vues, qui ne se retrouve pas toujours lorsque l'emporte son rôle de compilateur, Eder assimile l'opération de la maturation des émulsions à une sorte de voilage préalable dû A l'action de la chaleur au lieu de la lumière.

(2) Soc, de Physique, 2 et 16 décembre 1904.

(9) Biot et Arago eux-mêmes, dans leur rapport sur la premiire commttQication

ment atténuée, fût-ce de Pautre extrémité du spectre, peut remplir, à quelques nuances de modalité près, le même rôle, en un temps convenablement proportionné? Si Ton réussit mieux avec l'extrémité la moins actinique, c'est qu'elle est plus facile à rendre inoffensive pour les blancs, lesquels on n'arrive d'ailleurs à faire respecter ensuite par les révélateurs, que par un artifice analogue d'atténuation.

M. P. Villard fait très justement remarquer (*) que ce mode de « continuation » n'est pas autre chose qu'un vrai « développement », et cette confirmation de l'assimilation qu'avaient formulée maints autres observateurs constitue un argument important en faveur de l'unification énergétique que nous nous efforçons d'établir entre les deux facteurs concurrents, physique et chimique, se continuant simplement l'un l'autre, dans l'acte photographique.

Voilage,— Au lieu de demander a po^/ereor/ à une lumière atténuée [Nachbelichtung) la continuation d'une action qu'il est bien plus simple de laisser se continuer toute seule, il sembla naturel, dès l'origine de la photographie, de recourir à une légère exposition préliminaire ( Vorbelichtung) pour vaincre l'obstacle de la première inertie et déduire ainsi, du temps de pose ultérieur, tout celui qu'il faudrait perdre à franchir le seuil de départ. Heureusement celui-ci était assez élevé, à l'époque, pour n'être point trop souvent outrepassé par un élan disproportionné (^).

Mais l'usage s'établit si bien de regarder cette pratique comme un simple complément de la sensibilisation, que nul ne s'avisa jamais de se méfier de l'énorme disproportion de cette intervention préalable (^) de la « lumière diffuse » avec la brève intervention eflicace de

d'Edmond Becquerel, disaient que la lumière d'une lampe de Locatelli pouvait, aussi bien que les rayons rouges du soleil, continuer, plutôt que détruire, une impression commencée.

(') P. ViLLAKD, Sur les actions chimiques de la lumière {Soc. fr, de Physique, 2 décembre 1904). — Par contre, on ne saurait admettre l'objection à laquelle se bute cet auteur, comme quoi un agent incapable de commencera lui seul une action physique ne saurait s'ajouter à un autre pour continuer cette mAme action une fois commencée. Les exemples physiques qu'on pourrait objecter à cette argumentation sont trop nombreux et trop élémentaires pour qu'il y ait lieu de les spécifier.

(-) Le fait seul que la plaque daguerréotype se manipulait couramment à la lumière d'une flamme de bougie, donne la mesure de ce qu'on pouvait se permettre alors impunément, comme voilage, tout en profitant souvent inconsciemment de cette auxiliation méconnue.

(') Il va de soi que cette opération, pratiquée pendant la pose, aboutirait au môme résultat. Ce serait un chapitre diiistoire, et non le moins amusant, de l'esprit gratuitement complicateur de certains inventeurs, que d'énumérer les arti-

340 GUÉBHARD

la lumière diaphragmée et géométrisée, ni surtout de Ténorme indétermination de ce facteur variable, auquel on demçindait un instrument présumé constant.

Aussi fut-ce la principale origine de toutes les incohérences d'où est sortie la néfaste logomachie dont il paraît si difficile, encore aujourd'hui, de déblayer le terrain. Que de forces vives ne s'y sont pas perdues ! Rien de clair ne sortit jamais de ce fatras de cas innombrables, et nous passerons sans insister sur le détail de faits qu'aucun auteur, autrement que par hasard, ne réussit à répéter identiquement deux fois.

Photographies spectrales, — Un point cependant mérite d'être relevé, à cause de Timportance de ses conclusions devenues presque classiques. C'est celui des photographies spectrales et des comparaisons de sensibilité des surfaces, faites avec la plaque voilée, c'egià-dire avec un instrument de comparaison non comparable avec lui-même, altéré toujours, dans une mesure indéterminée, épuisé souvent et totalement amorti ou interverti dans sa sensibilité.

Dans le but louable de faire apparaître les extrémités du spectre qui, presque inactives par elles-mêmes, ont besoin d'un énorme renfort pour arriver à marquer leur impression dans le temps ordinaire de pose(^), on donnait à tous les points de la plaque une première impression, telle qu'à peine le violet y avait-il ajouté la sienne le maximum était, pour lui, atteint, puis dépassé, de sorte que, pendant la lente et pénible ascension des extrémités, sa chute encore se précipitait : d'où, au développement, une apparence de minimum à la place exacte du maximum vrai, et deux apparences de maxima errants, qui s'écartaient avec la prolongation ou de la pose, ou du développement, ou du. voilage.

Comment se peut-il qu'en voyant, dans l'espace du prétendu mini-

lices imaginés pour permettre à la chambre noire d*opérer automatiquement, dans ses arcanes, cette Sebenbelichtung^ si facile à réaliser hors d'elle.

(1) Ce n'est d'ailleurs qu'affaire de temps, et sans parler d'une foule d'auteurs récents, tels que H.-W. Vogel {Phol. MittkeiL, XV, 47; 1878), Abney (Phot. News, p. 302 ; 1878), Lûppo-Gramer (Wiss. Arb. auf dem Geb. d. Phot,, p. 53, 8% Hailea-S. ; 1902). etc., E. Becquerel lui-même insiste fréquemment sur ce que le rouge et l'infra-rouge, en y mettant le temps, montrent la même faculté excitatrice que le violet. Même en phosphorescence, l'extinction est toujours précédée d'un instant de surexcitation. Et cependant n'est-ce pas là que des apparences mal scrutées justifieraient le mieux l'emploi du mot destruclion, tel qu'on essaie aujourd'hui de le remettre en honneur?

mum, apparaître, avec le spectre solaire, des raies en positif {^)^ tandis qu'elles restaient négatives dans les deux autres plages, et « amphitypes » entre deux ; et puis qu'en constatant qu'une impression directe, sans voilage, donnait, en pose normale, une image toute contraire, et seulement en pose suffisamment exagérée une image analogue ; et qu'enfin aucune tentative n'arrivait à fixer la position des pseudo-maxima ; comment se fait-il que des esprits aussi élevés que Draper (^), Herschel (*), E. Becquerel (^), etc., au lieu de faire le simple retour indiqué vers la propriété, déjà connue^ de la courbe fonctionnelle, aient usé tant d'efforts à rechercher, par ce procédé trompeur, les réactions spectrales des surfaces, et à représenter en de nombreuses planches des données dont eux-mêmes constataient l'instabilité ?

Le seul procédé sûr pour connaître exactement le vrai maximum d'action d'un spectre sur une surface devrait consister, au contraire, à prendre, sur la surface intacte, des impressions échelonnées, soit comme intensité, soit comme durée, et à noter la première apparition d'une tache négative. Avec le voilage, on a un excellent procédé pour étendre l'image aux extrémités ; mais ce n'est qu'en le pratiquant lui-même par échelons qu'il sera permis de tirer quelques déductions des apparences observées, et encore à condition de les savoir renverser où il faut.

Il y aurait, de ce fait, toute une étude à reprendre (^), pour vérifier s'il y a réellement d'une substance à une autre les différences de propriétés actiniques indiquées par les anciens observateurs, ou seulement des différences corrélatives soit de la réponse vibratoire intra-

(*) Foucault et Fizsau, Observations sur l'action des rayons rouges sur la plaqua daguerrienne (C. R, Ac. Se, XXIIl, p. 680; 1846).

(') J.-W. Drapbh, On certain spectral appearances and on the discovery of latent light (Phil. Mag., $• série, XXI, p. 348 et 453 ; 1842, etc.).

(') J.-F.-W. Her&chel, On the action of the rays of the solar spectt*um on the Daguerréotype plate {P hit. Mag., 3- série, XXII, p. 120; 1843).

(*) Edm. Bbcqubrbl, Des effets produits sur les corps par les rayons solaires (Ann. de Physique et Chimie, .3* série, IX, p. 237-331, PI. III ; 1843).

(*») Toutes ces considérations s'appliquent a fortiori à la phosphoroscopie ; nul doute que la durée d'exposition préalable de la surface sensible n'y joue un rôle aussi important, et aussi injustement négligé, que le voilage des expériences précitées. 11 est à souhaiter qu'en ôtant à ce\ important facteur son caractère d'incertitude et en le ramenant strictement au rôle de constante d'expérience, on arrive, avec le procédé des expositions échelonnées, à donner aux très belles recherches d'E. Becquerel la formule synthétique précise qui parait encore leur faire défaut.

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