ValplAQ. Physiologie du tytlème nerveux, 18S6, p. &i
t. Hoffding. Psychologie, p. 358 de U trad. franc.
8. Cf. Oppenhetmer. Physiologie des Ge/Uhls. Heidclberg. 18B9.
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Les expériences de Pagano lui paraisseat établir véritablement « la localisalioQ de 1 émotion d&as le corps strié... Ëa l'étal actuel de la science^ je crois, dit-il, qu'on est en droit de considérer comme provisoirement acquis le siège sons-cortical de l'émotioa' »,
J'ai déjà répondu à cette objection. Sur les centres cérébraux dft l'émotion, la discussion est ourerte. Dan« notre schéma l'« il est incertain ai le centre CS, par exemple, est cortical ou subcortical. Il est possible que des expériences comme celles de Pagano rendent de plus en plus vraisemblable que te noyaa caudé est, non pas le siège ni même un des sièges de l'émotion, mais un organe cérébral participant à la production de Témotion étémenlaire. Quand bien même cela serait, les centres de l'émotion, ou pour mieux dire, l'appareil de l'émotion, à centres multiples et hiérarchisés, n'en resterait pas moins, localement ou fonctionnellement, indépendant de l'appareil nerveux de la mimique; et la question subsisterait intacte de savoir jusqu'à quel point l'organe cérébral de l'émotion peut se passer, pour fonctionner émotioanellement, de telles ou telles incitations périphériques, soit actuelles, soit anciennes, et en particulier, des incitations mimiques et des iacilations viscérales.
Cette objection repose sur une interprétation des expériences de Pagano qui parait peu soulenable, et sur une inacceptable conception générale des centres psychiques.
En irritant le noyau caudé d'un animal par ailleurs intact, Pagano obtient l'irascibilité et la pusillanimité, selon la partie du noyaic caudé qui a reçu l'injection. Par suite de la présence du curare en tel point du tissu nerveux, la moindre occasion provoque la fureur ou la terreur chez un animaldoull organisme est intact, dont lesya-^ tëme nen'cux n'a subi aucune ablation ni interruption analytique.
La conclusion légitime de ces intéressantes recherches de Pagano, c'est la conûrmation de ce fait que te noyau caudé fait partie des circuits nerveux en action dans la colère et dans la peur, et que cette région de l'encéphale est un important carrefour des voies mimicoémotionuelles. Les écheveaux conducteurs qui s'entrecroisent et qui relaient au noyau caudé contiennent des voies (viscéro-sensittves à
1. /. de Psych., 1907, p. 445, (La ; 4i7. S. ;. de Ptych., IWM, p. 147.
5^- L'EXPLICATlOy DE VÈMOTtOS
notre avis) dont l'excitalion à celle étape par le curare met en jeu deux sortes de mécaniamea, ceux de la mimique et ceux de l'afTecti- Ttté subjective.
H Mais M. Piéron demaude aux expériences de Paganoce qu'elles ne sauraient fournir. Rien n aulorise à attribuera cet auteur, ni à émettre en dehors de lui comme une conséquence de ses expériences, celte hypothèse que les mécanismes de l'affectivité subjective sont con-
B tenus dans les étroites limites du no^au oaud« lui-même, et que, dans la production de l^émotion, \^no\jau caudé n'est pas seulement un centre de relai, mais qu'il est un centre d'aboutissement, <t le cenlre de rémotion » au sens où M. Piéron parait prendre ce terme. M. Piéron entend que l'afTectivité subjective, l*émotion consciente accompagne l'excilalion du noyau caudé même en l'absence, d*un« part, de t'écorce cérébrale, et d'autre part, des influx venant de la périphérie. Chez un animal décérébré, chez un animal apestbésié, et même sans doute chez un animal décérébré et apestbésié à la fois, pourvu que les corps striés soient indemnes, le noyau caudé^ irrité parle curare, suffirait, dans cette conception, à engendrer desphéno* mènes afTectifs conscients Le noyau caudé serait le siège de l'émotion» c'est-à-dire un centre dont l'excilalion. tout le reste de l'organisme étant exclu, produirait l'émolion, phénomène subjectif.
H En premier lieu, celle conception ne résulte aucunement des expé-
Vriences de Pagano. Les injections du physiologiste italien démontrent une fois de plus que le fonctionnement du noyau caudé est une condition nécessaire à la production de l'émotion subjeclive, on du moins de deux émotions importantes, la colère et la peur. Mait d'une condition nécessaire à une condition suffisante, il peut y avoir loin. 11 est possible, il e$t même extrêmement vraisemblable, comme
Bnous le verrons tout à l'heure, que nombre de centres participent, concurremment avec le noyau caudé, h la production des états de conscience afTectifs ; que l'aclion de chacun de ces divers centres isolément est une condition nécessaire mais h. elle seule insuffisante ; et que la condition suffisante de l'émotion subjective, c'est la mise
^■en jeu de tout un circuit, de toute une chaîne de centres nerveux, et non point l'accomplissement de telle ou telle étape isolée. Des constatations de Pagano, M. Piéron tire des conclusions inattendues. Tandis que ces recherches prouvent avec une précision supérieure un
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fail d'ailleurs connu depuis longtemps, la partîcipalion du noyau caudé à la production des émotions subjectives, M. Piéron leur fait sigoiner, ce qui est bien autre chose, qu'en l'absence d*écorce et en l'absence de nerfs afférents (viscéro-sensiLifs en particulier), le noyau caudé suffit â engendrer des émolioas conscientes.
Cette interprétation est purement arbitraire, elle se beurte à ce fait, que dans les expériences en question^ Técorce a'est paa absente et les nerfs centripètes ne sont pas coupés.
M. Piéron s'appuie constamment sur un postulat inacceptable, qui est la source de toutes les objections qu'il m'adresse. Ce postulat est une certaine conception générale des localisations cérébrales. M. Piéron admet qu'il y a des centres psychiques^ à peu prés dans le sens même où Gall l'admettait, c'est-à-dire une série de sièges cérébraux des faits de conscience. Or toutes les recherches récentes sur les localisations cérébrales infirment cette vieille conception. Il semble qu'il existe des centres réceptîvo-excilateurs automatiques, dont la réceptivité et la fonction excitatrice s'accomplissent en dehors de tout psychisme, si l'on entend par psychisme la subjectivité, la conscience. Ces centres e.xcilo-fonctionnels, moteurs, mimiques, constituent, d'une manière qui n'est pas tout & fait contraire ài la conception de Gall, un véritable clavier cérébral. Mais l'erreur fut d'étendre cette conception aux fonctions proprement psychiques, et c'est ce que fail encore M. Piéron.
La notion de centres psychiques est de plus en plus exclue de la physiologie, comme dépourvue de clarté, et mémo de signification, elle est remplacée par celle de cycles fonctionnels psychiques. Tout centre nerveux apparaît comme un lieu de commutation, d'aiguillage, de répartition, de dérivation, de multiplication des influx nerveux, ébranlements matériels; jamais un centre particulier n'eslcoQsctent, psychique, sensible subjectivement : il est seulement un appareil récepteur, transmetteur, organisateur des iuQux aflérenls et efTérents. La sensibilité subjective, l'alTectivîté, et en général la cons* cience supposent des actions d'ensemble, le fonctionnement cyclique de vastes systèmes composés de centres multiples. Il y aune série de centresoù s'aiguillent les voies olfactives; mais l'excitation nasale ne donne lieu à une sensationd'odeur que si des va-et-vient s'établissent, si des couraoïls intercentraux parcourent tout ou partie de ce cycle
HEVAVLT DALLONSES. — L'EXPLÏCATIOS DE LÉMOTIOS S2l
fonctionnel que l'on appelle la rhinencéphale. De même Ica centres visuels, auditifs, lactiles^ ne sont pas, considérés isolément, des centres psychiques ; mais il y a des cycles psychiques muUicentraux, l'ophtalmencéphale^ l'otencéphale, etc.
De même enHn il y a des centres où les excitations se distribuent aux muscles, et tels sont Les centres de Téquilibre, de la locomotion, de la mimique ; ils organisent systématiquement des réactions d'origine héréditaire, et aussi éducative, sociale. Certains d'entre eux, le noyau caudé par exemple, font éventuellement partie du circuit affectif; ils peuvent fonctionner de deux manières -. soitcomme centres mimiques inémotifs, si le circuit affectif est dissocié; soit comme étapes et éléments du circuit affectif, dont seul le fonctionnement cyclique intégral suffit à produire l'émotion consciente.
Une conception périmée des ccn/res /Jsyc/d^wps, une interprétation arbitraire des expériences de Pagano, voilà donc, semble-t-il, ce qui empêche jusqu'ici notre ami M. H. Piéron d'adhérer h la théorie viscérale de l'émotion.
Une dernière objeclion arrête encore M Piéron. Si Ton admet que les chiens opérés par Sherrington sont privés d'émotion, si la rupture du cycle affectif entre les viscères et le cerveau produit l'inémotivitc en même temps que l'apesthésie, alors on se heurte à un faitconstalé par Sherrington. On ne peut expliquer <iu moins de sophistiquer à outrance » comment une chienne apeslhésique, et, prétendt-OD, inémotive, a pu, sans ressentir de dégoût, se détourner avec une mimique de dégoût, lorsque, pour la première fois, on lui présenta, dans son lait, de la viande de chien.
Je réponds que l'expression « ressentir du dégoût » prête à confusion, et qu'elle peut avoir trois sens bien distincts. Il y a trois sortes de dégoût : te dégoût-nausée, le dégoût-répugnance, le dégoût inérootif.
Le dégoût-nausée est une émotion-choc viscérale. Il se présente à peu près brut, non compliqué d'adjonctions intellectuelles ni actives, pendant les premières secondes où il surgit tout à coup chez quelqu'un qui, à son insu, a avalé une substance vomitive dissimuléedans ses aliments.
La dégoût-répugnance est uneëmotion-inclînatioQ. Il est fait d'un dégoût-nausée plus ou moins intense et souvent très faible, qui vient
»« JOVltSAL UK l'SYCHOlOOiB
parachever, en lui couférant uoe tonalilé atteotise^ un conflit psychologique. Une légère note d'émotioo atomacate s'adjoint en sourdine à une aversion. La résistance d'ÎDStincts, d'habitudes, d'incliaattons contrariées d'une certaine manière porte comme un ooefHcient émotif, qui est uoe angoisse gastrique. La menace du contact froid et gluant d un crapaud aux bonds imprévus, Timpossibilié d'accepter une action sans noblesse, Tidèede serrer une main méprisée, voilà des répugnances capables de susciter une nuance de malaise digestif.
EnOn, le dégoût inémotif est le phénomène précédent, moins l'onde émotionnelle gastrique. En l'absence de la sensation viscérale □auséense, et, par conséquent, du dégoût proprement émotionnel, une répugnance peut exister et se traduire en réactions mimiques de refus instinctif et en actes de refus volontaire. Les émotions ne sont pas les seuls sentiments; ce dégoiHsans appoint viscéral émotionnel, Toilà un sentiment inémotif. Tandis que les deux premières espèces de dégoût ci-dessus décrites sont des émotions, cette troisième csp« n'en est pas une ; il faut lui trouver un autre nom, tel que celui d'inclination consciente ioémotive. La puissance active d'un complexus psychologique ne réside pas tout entière dans sa partie émotionnelle. Vouloir, refuser, rechercher, fuir sont encore possibles» non seule* ment par réflexion, mais aussi d'une manière habituelle, et même d'une manière impulsive, instinctive, sentimentale, en l'absence dft sensations aflectives. Alors même que l'appoint émotif fait défaut, une inclination, qu'elle soit acquise ou héréditaire (inaliact), peut exister et produire les réactions automatiques et volontaires appro-* priées.
En trouvant dans son lait de la viande de chien, la chienne apesthésique ressent du dégoût, mais ne ressent pas d'émotion. Le bis* touri a mutilé ses sentiments et n'en a laissé subsister que la partie inémotive. Mille observations nous apprennent que l'aversion pour la chair de ses semblables est innée cher le chien, et que cette odeur «t cette saveur lui sont antipathiques dès la première rencontre. 11 y a là une répugnance instinctive, héréditaire. On ne voit pas pourquoi raholilion, par une ingénieuse vivisection, des sensations qui normalement communiquent un timbre affectif k ce puissant sentiment, devrait abolir le sentiment lui-même. Il existe indépendamment de son retentissement émotionnel, puisqu'il préexiste à l'épreare. Hcsp
nSVAVLT D*AI.LO?fiM!^. — t*S:t^UCATIOH DE L'SMOTIOS
sentir un dégoût inémotir, c'est, devant une donnée, prendre conscience, même en )'&bsence d'an§fois»e viscérale, de résistances psychologiques insurmontables, d'un retrait de tout t'étre, d'un refus instinctif et, au besoin, délibéré. Privée d*émotions par la rupture anatomique du cycle affectif entre les visc^^cs et renccphale. ta chienne de Sherrington en est réduite à son intelligence, à sa mémoire, à une partie de son automatisme moteur et de ses mouvements volontaires, à ses habitudes, à ses inclinations, à ses inslinots ; aucune de ces fonctions n'est abolie, elles sont seulement diminuées, dépouillées de toute affectivité.
Dans la théorie viscérale de l'émotion, M. Piéron n'a pas jusquMci aperçu l'analyse du phénomène ordinairement appelé •< émotion n dans la psychologie française contemporaine, et la décomposition de ce complexus en un élément proprement affectif, auquel seul convient le terme « émotion », et d'autre part en un ensemble systématique d'éléments inémotifs, l'inclination consciente, capable de subeisler et d'agir en l'absence de l'émolion proprement dite.
Je répondrai brièvement, en terminant, & deux objections de M. H.PiéroQ.
I 1* « On ne peut, en effet, vraiment s'appuyer sur des cas d'aliénation, comme l'a fait M. Hevaull d'Allonnes, où la réalité de l'apeslhéaie est extrêmement discutable au point de vue clinique ^ ».
Cette note suscite une triple réponse :
Premièrement, la preuve n'est plus à faire des services que peut rendre la pathologie mentale à la psychologie et à la physiologie.
Deuxièmement, la malade Alexandrine n'est pas et n'a jamais été une aliénée, bien qu'elle ait songé à chercher dans un asile d'aliénés un traitement qui restaurât son émotivité abolie. I Troisièmement, Tapesthésie n'est pas seulement discutable, chez celte malade ; il est indiscutable qu'Alexandrine n'est point frappée d'apesthésie, puisqu'elle a conservé certaines sensibilités somatiques, d'ailleurs inémotives. Par contre, l'inémolivilé subjective est bien réelle, et la perte des sensibilités somatiques émotives est indéniable.
3" Dans le schéma I objecte M. Piéron, v je comprends mal l'arrivée