‹ Journal de sa conversionChapitre 43 sur 59 · VISITE AU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

VISITE AU SAINT-SACREMENT

Mon Dieu, il est donc vrai, nous changeons de rôle et de langage ; c’est vous qui êtes impassible et nous qui vivons ; vous êtes obéissant au prêtre en descendant dans l’hostie, vous subissez notre volonté à chaque heure du temps. C’est nous qui nous mouvons et c’est vous qui êtes immobile.

Vous êtes comme le serviteur qui obéit ; nous sommes'commele maître qui commande; absents, vous nous attendez, et c’est nous aussi qui choisissons le moment où il nous plaît de venir, celui où il nous convient de nous retirer.

O divin Jésus, si votre majesté sainte se présentait à moi et que l’hostie m’apparût en même temps, j’irais à l’hostie, entraînée par la foi, par l’amour. Oui, la reconnaissance me porterait à préférer l’hostie avec son mystère de solitude et de secret,

ici-bas orphelins : envoyez-nous du sein de la gloire les dons de l’Esprit-Saint.

Dans nos âmes qui vous sont consacrées, faites briller la vérité ; et dans nos cœurs embrasés par vous, que la divine charité ne s’éteigne jamais. — Prose : Solemnis hæc fcstivitas , office de l’Ascension.

avec son silence, avec ses voiles qui ne dérobent rien de l’éclat de sa céleste beauté. Seigneur, je vais à vous de préférence sous la forme où ma foi me conduit à travers les mille sentiers frayés par mon amour !

« Seigneur, je périssais, et vous, vous demeuriez; mon âme vieillissait dans son péché, elle s’usait comme un vêtement, et vous avez changé sa vie intérieure, vous lui avez fait changer de forme comme à un manteau » Seigneur, vous avez créé la terre au commencement du monde, et dans votre pensée éternelle nos âmes futures se sont reflétées comme les étoiles du firmament dans l’immensité de votre amour. Quand nous n’étions pas encore pour nous-mêmes, nous brillions déjà devantvous. Lampes mystérieuses, combien en est-il encore qui s’ignorent et qui viendront à s’allumer successivement avant la consommation des siècles ! La plus petite des étoiles et la moindre des âmes, chacune a sa flamme, chacune a son nom. Cette flamme ne brille que pour nous, et ce nom, vous seul le savez. N’êtes-vous pas celui qui est appelé toujours le même, et ne comptez-vous pas les siècles à venir, qui n’ont pas encore commencé

1 Psaume CI, 27. — Ipsi peribunt, tu autem permîmes : et omnessicut vestimentum velerascent.

PRIÈRES

et qui sont sans nombre ? A vos enfants, une demeure stable ; à vos enfants, le partage de votre éternité, puisqu’ils ont commencé, qu’ils ne finiront plus et que leur postérité subsistera en votre présence.

Ce n’est pas assez, ô mon Dieu, que je me tienne en votre solennelle présence ; il faut aussi que je demeure en face de votre charité divine et que je fasse passer par le milieu de votre amour chacune de mes pensées, de mes paroles et même chacun des mouvements intimes de mon âme.

Mon Dieu, je crois plus que je ne vis; faites que je ne vive que pour aimer, espérer et croire; faites que le centre de ma vie soit déplacé, que désormais je n’aille plus à vous, mais que j’y retourne quand j’aurai eu le malheur de m’en éloigner.

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