‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 2)Chapitre 105 sur 124 · Ps. en · texte numérisé non relu

Ps. en

2J+ RETRAITE DE i86$-

plus digne d'un dévouement à toute épreuve ; c'est l'ami qui ne trompe pas.

Mais c'est impossible : je suis si faible! — Je compterai sur son secours ; son amour est le moyen de parvenir à tout. Pour agir contre les sens, je tâcherai de ne plus voir, de ne plus entendre, de ne plus goûter que Jésus ; pour agir contre l'amour de la chair et du monde, je n'aurai pour parents que Jésus, de plaisirs et d'honneurs qu'en Jésus.

Avec lui je puis aller plus loin que l'indifférence du premier fondement, et jusqu'au support des injures, des mauvais traitements: la mort donne la vie.

Je prends donc un engagement nouveau :

devant la Bonté infinie que j'ai offensée, devant la très -sainte Vierge, reine des Exercices, le crucifix et ma règle en main, je demande pardon à Jésus de mes infidélités passées ; désormais plus de mollesse ! QArca Tiei, Israël et Juda habitant in papilionibus , et Dominas meus Joab et servi Domini mei super faciem terrœ manent, et ego ingrediar domum meam, ut comedam et bibam, et dormiam.. . ! Per salutem tuant et per salutem animœ tuœ 3 non faciam rem hanc. — Vivit Dominus et vivit

dominns meus rex : quoniam in quocumque loco fueris, domine mi rex, sive in morte, sive in vita, ibi erit servus tuus1.

Notre-Seigneur nous appelle à conquérir « tout le pays des infidèles, » universam terrant infidelium.

Cette guerre de Jésus à laquelle nous sommes appelés, contre la sensualité, l'amour charnel et mondain, c'est la première croisade, la vraie croisade; car la sensualité, l'amour charnel et mondain, c'est-à-dire la triple concupiscence et le péché sont les premiers infidèles, ceux contre lesquels il a combattu , qu'il a vaincus par sa croix.

Il partage avec nous « la même nourriture...»

Mais outre cette nourriture de la pauvreté et des épreuves qu'il prend avec nous, il donne à

i. Urie répondit à David : L'arche de Dieu, Israël et Juda demeurent sous la tente; et Joab, mon Seigneur, et les serviteurs de mon Seigneur couchent sur la terre; et moi cependant j'irais en ma maison, manger et boire et dormir!... Par votre vie et votre salut, 6 mon Roi, je n'en ferai rien. (II Reg., XI, il.) — Ethaï, le Géthéen, dit au roi David : Vive le Seigneur et vive mon seigneur le roi ; en quelque lieu que vous puissiez être, seigneur mon roi, à la vie3 à lu mortt là sera votre serviteur. (II Reg., xv, 21.)

33<ï RETRAITE DE 18(5$.

ses compagnons une autre nourriture, son corps, son sang, son âme, sa divinité !...

INCARNATION

Prélude. — Tableau : Au ciel, la sainte Trinité; en bas, le monde, les hommes, avec toute cette diversité, cette agitation... et l'enfer ouvert au-dessous.., et les gémissements de l'abîme... Adroite Nazareth, Marie en prière, le ciel ouvert.

Que j'obtienne cette connaissance intime qui pénètre jusqu'au fond de Jésus, qui me pénètre moi-même jusqu'au fond, qui m'inspire un amour intime m'unissant à l'amour même qui est la vie de Jésus dans son Cœur, ut magis ipsum amem, ut magis sequar1... Il ne s'agit pas d'une contemplation stérile du mystère; tout porte à l'action dans les Exercices; Jésus, dans chaque mystère, m'appelle de nouveau à l'aimer davantage et à le mieux suivre.

I. Les hommes qui se perdent. — C'est le fondement des Exercices renversé, c'est l'indif-

i. Pour le mieux aimer et le mieux suivre... (Exercices, Y Incarnation.)

férence, non pour la créature, mais pour Dieu. Personne ne pense à la fin dernière, qui est de louer, d'honorer, de servir le souverain Maître et Seigneur : ce serait pour eux illusion, folie! La fin dernière est dans la créature, mais le salut est perdu... C'est l'enfer.

Et aujourd'hui même spectacle, si du moins on considère la foule... C'est le fondement renversé. Faire comme tout le monde, c'est la règle.., tomber dans l'enfer comme tout le monde, c'est la règle. Que j'aime en hiver, quand les feuilles tombent de toute part, à voir ces arbres toujours verts qui protestent en présence de la mort au nom de la vie qui ne doit point mourir.

Et moi, sans la grâce spéciale de Notre- Seigneur, je serais comme cette foule ignorante outrageant Dieu, oubliant le salut. — Reconnaissance, contrition d'avoir si mal profité, sentiment de zèle. Je voudrais pouvoir aller crier à ces hommes : Mais regardez donc le ciel... mais quittez donc le chemin de l'enfer... mais vous avez un Dieu à aimer, à servir!...

II, Impuissance de l'homme pour cette œuvre. — Si j'étais Moïse en communication avec Dieu, descendant de la montagne avec

2j3 RETRAITE DE i8<îj.

l'auréole, armé de la baguette qui fit jaillir l'eau du rocher!... Mais Moïse n'est que l'instrument. Pour l'œuvre de Dieu même par excellence, pour toucher le cœur de l'homme plus dur que le rocher, il faut une autre baguette, la croix du Sauveur.

Et l'adorable Trinité contemplant le monde, va-t-elle se repentir de nouveau et ordonner un nouveau déluge? non, ou plutôt il y aura un déluge nouveau, un déluge d'amour. Le sang du Sauveur « s'élèvera de quarante coudées au-dessus des plus hautes montagnes » : toutes les iniquités du monde seront noyées. Et cependant les flots sacrés ne se retireront pas. Et l'arche sainte, l'Église, continuera de flotter sur cet océan de grâce pour sauver les hommes jusqu'à la fin du monde. O amour I... venez, venez, Jésus !

Les prophètes ont été tués, il descend luimême. Homme et Dieu, il s'abaisse jusqu'à nous pous nous élever jusqu'à lui. 11 vient comme homme nous apprendre à servir Dieu : Et erunt omnes docibiles Dei 1.

Et erunt oculi tuividentes prœceptorem tuum.

i. Et tous seront enseignés de Dieu. (Joan., VI, 45.)

Un Dieu seul par son enseignement et ses exemples pouvait dominer cette fascination des créatures et nous ramener à notre fin. Et le Verbe s'est fait chair. O amour !

Heureuse l'humanité à qui le Verbe s'est unie ainsi! Heureux les hommes qui l'ont connu pendant les jours de sa vie mortelle! Mais je puis moi aussi le connaître, appelé que je suis aux rapports les plus intimes avec lui, à le porter en moi, à devenir comme un autre Jésus-Christ.

La communion est une prolongation de l'Incarnation, et par elle je deviens un autre Jésus-Christ pour continuer son œuvre de rédemption, pour arracher les hommes à l'enfer.

Et malgré toutes mes fautes, Jésus-Christ réconcilié avec moi m'appelle encore à cette union de vie, d'action, d'apostolat avec lui. O amour!... Venez, Jésus, venez!

IJagendo contra est mon grand devoir, puisque l'obstacle est la sensualité, la triple concupiscence. Venez, Jésus, la dominer vousmême en moi ! Comment vous serai-je uni, comment vivrez-vous vraiment en moi, comment serai-je un autre vous-même, si cette sensualité,

2*o RETRAITE DE 1865.

cet amour charnel et mondain vit encore en moi>

La sensualité, la concupiscence, c'est la mort qui ne saurait être féconde.

L'humilité, la pureté, la charité seules ont cette fécondité qui enfante Jésus.

III. Marie à Nazareth. — Quelle consolation elle offre aux trois personnes divines ! Quelle compensation de leur gloire outragée !

Comme elle attire le Verbe par sa charité, son humilité, sa pureté! Le fils de Dieu ne pouvait naître que d'une Vierge.

O Marie, obtenez-moi la charité, l'humilité, la pureté, pour que Jésus naisse en moi ! Gardez-moi vous-même dans cette position difficile qui m'est faite. Dans les rapports avec tant de personnes, veillez sur moi, que mon esprit, mon cœur, mon imagination même soient en vous, en vous seule. Vivez en moi, ô Marie, vous l'unique mère de Jésus. Soyez vous-même ma charité, mon humilité, ma pureté pour que Jésus naisse en moi. Soyez en moi le moule de Jésus, le ciboire de Jésus. Gardez Jésus en moi; apprenez-moi à porter Jésus, à donner Jésus, à sauver les âmes en leur communiquant Tésus.

CINQUIEME JOUR

Page 1