‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 2)Chapitre 15 sur 124 · AD AMOREM · texte numérisé non relu

AD AMOREM

I. Bienfaits de T>ieu. — En considérant les maux que je souffre, j'ai vu qu'ils sont aussi de vrais biens dont je dois être reconnaissant envers Dieu; combien dois-je l'être de tous les autres biens à plus forte raison!

Sume, suscipe... Que Dieu anéantisse, s'il veut, mes yeux..., joie d'être bientôt peut-être aveugle, pour ne plus voir que lui 2;

Mes oreilles..., sourd, bien! ne plus entendre que lui ;

Mes pieds..., qui multum peregrinantur, raro sanctijicantur;

Ma langue..., elle a tant offensé Dieu! Quel bonheur de ne plus parler qu'avec lui !

Mes mains... comme saint Jacques Vintercis: Encore un sacrifice au Seigneur 3 !

i. Méditation pour exciter à l'amour divin. [Exercices.)

2. A cette époque le R. P. Olivaint était menacé de perdre entièrement la vue.

3. Saint Jacques Vintercis, ainsi nommé parce qu'il fut coupé par morceaux, bénissait Dieu à chaque blessure nouvelle, à chaque membre sanglant qui tombait : « O Sauveur, disait-il, ô Jésus! recevez, je vous en conjure, ce rameau qui tombe de l'arbre que vous avez planté,

Imagination... La vérité de Dieu est bien au-dessus de tous ses rêves ;

Mémoire..., oui! mais non pas la mémoire des bienfaits de Dieu ;

Raison..., oui, mais par folie d'amour;

Le cœur... Ici l'offrande de l'anéantissement s'arrête. Dieu ne peut vouloir l'anéantissement de ce cœur qu'il n'a créé que pour l'aimer, qui ne demande incessamment que de l'aimer. Je ne puis le vouloir moi-même, puisque je ne pourrais plus aimer Dieu, pour offrir les autres sacrifices.

Il ne lui restait plus rien d'entier que le cœur, au glorieux martyr.

Cependant, mon Dieu, prenez mon cœur; qu'il ne soit plus à moi; mais donnez-moi le vôtre pour vous aimer, comme sainte Catherine de Sienne.

II. Dieu présent et agissant dans tous ses bienfaits. Quel nouveau transport de reconnaissance et d'amour doit s'emparer de mon cœur ! Il ne me suffit plus de donner simple-

et qui doit reverdir au printemps... » — Martyr olog romain, 27 novembre; Acta m art yrum oriental ium, d'As semani, t. I, p. 257; traduits par M. l'abbé Lagrange (Paris, 1852).

LA MORTIFICATION. j7

ment tout ce que je suis, tout ce que j'ai. Comment répondre à cette présence, à cette activité de Dieu? Si je pouvais me rendre, comme lui, présent et agissant dans tous les êtres pour lui témoigner mon amour! Ah! pour rester dans la réalité vivante, si je pouvais seulement bien garder au milieu de mes occupations sa sainte présence !

Si je pouvais, dans toutes mes actions, faire entrer par la pureté d'intention cette pensée de lui plaire et de le glorifier! si, par le zèle, je pouvais lui gagner des âmes, afin d'être en quelque sorte présent et agissant en elles, pour glorifier avec elles notre commun Maître et Seigneur !

Sume, suscipe! non plus pour l'anéantissement, mais pour l'action qui multiplie la présence d'amour devant le Seigneur. Prenez ma liberté, tous mes mouvements, pour courir où m'appellent votre service et les âmes ; mon intelligence, pour annoncer votre Loi, pour allumer, comme une lumière qui se communique à d'autres flambeaux sans rien perdre, votre foi et votre amour dans les âmes;., mon sang, pour le répandre jusqu'à la dernière goutte.

j3 RETRAITE DE i8<ïo.

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