Voir la Retraite de
2. Voici le texte d'où ces mots sont tirés : « Voir Notre Seigneur Jésus-Christ et devant lui le monde entier et chaque homme en particulier 'unumquemque) , qu'il appelle en disant : Ma volonté est de conquérir le monde entier, de soumettre mes ennemis [inimicos meos). a
RETRAITE DE i8<5i.
appelle même ses ennemis, il n'est donc pas étonnant que je sois du nombre des appelés. — Mais encore il appelle unumquemque , chacun en particulier, moi-même en particulier, par conséquent. — Il me dit à moi aussi : suis-moi, tu me sequere, en m'appelant par mon nom. Quelle est l'émotion, le dévouement du soldat, que son général appelle par son nom ! J'en dois être d'autant plus disposé à me signaler à son service, d'autant plus généreux pour aller audevant des souffrances et des injures.
II. Dans la méditation de Y Incarnation , poursuivi de la même pensée, je n'ai vu encore en quelque sorte que Jésus-Christ en moi.
Quel spectacle offrait le monde païen ! Mais ce monde que Jésus-Christ avait arraché au démon est- il moins païen sous nos yeux> Si je me rappelle mon éducation, mes passions antireligieuses à la sortie du collège, combien j'étais plongé dans ce nouveau paganisme, comme ça m'aurait bien été de combattre par la plume, par la parole, par le glaive ce Jésus-Christ et son Église, et j'aurais cru par là obsequium prcestare Deo1...
i. Rendre service à Dieu. (Joan., XVI, 2.)
UNION A JESUS-CHRIST
Au lieu de cela me voilà jésuite.
C'est que Jésus a dit pour moi à son Père. : « Voici que je viens, ecce venio; » c'est que Jésus m'a dit comme à sainte Thérèse : « Je me serais incarné pour toi. »
Jésus incarné pour moi ! pour moi la visite de l'ange à Marie ! pour moi Marie pleine de grâces! pour moi Ecce ancilla! pour moi la vertu du Très-Haut la couvrant de son ombre ! pour moi Marie devenant la mère de Jésus!...
Mais en même temps elle devient ma mère.
Noli timere1. Effroi de Marie de devenir mère d'un misérable tel que moi! — Virum non cognosco, elle ne connaît pas l'enfant d'Adam, l'homme de la nature et du péché, l'ennemi de Jésus. — Sedvirtus oAltissimi obumbrabit, et la voilà qui devient en Jésus la mère de tous ceux qui seront fils de Dieu en Jésus et d'autres Jésus. L'ange ne lui dit-il pas : Quod nascetur ex te sanction vocabitur Filins Dei* ? De là, tout fils de Dieu est né de Marie,
i. Ne craignez pas. — Je ne connais pas d'homme. — La Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. (Luc, i, 29 et seqq.)
2. Ce qui naîtra de vous, le Saint, sera appelé le fils de Dieu. (Ibid.)
Marie est nécessairement la mère des fils de Dieu, qui spiritu Dei aguntur, H sunt filii Dei1. Ceux-là ne sont point les fils de Dieu qui n'ont point le Saint-Esprit pour père; de même ceux-là ne sont point les fils de Dieu, qui n'ont point Marie pour mère.
En Marie les enfants sont conçus en même temps que Jésus et en Jésus. Car c'est d'elle qu'il est dit : QÂcervus tritici2; le grain de froment, Jésus, tombe en son sein, et de ce grain, de cette terre féconde, sort la moisson des élus. In electis meis mitte radiées3, c'est ainsi qu'elle fait pousser dans le cœur de chacun des élus les racines de ce grain sacré. Nous avons donc été ainsi conçus avec Jésus dans le sein de Marie.
Et par une autre merveille, ce Jésus qui s'est formé en elle, vient par l'Eucharistie en nous pour nous tranformer en lui, en sorte que nous ne soyons plus nous-mêmes, mais Jésus, — Jésus, toujours Jésus, dont le règne n'a pas de fin, cujus regni non erit finis.
Quels rapports admirables avec moi et Jésus !
1. Ceux qui sont mus par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont les enfants de Dieu. (Rom.,vin, 14.)