‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 2)Chapitre 49 sur 124 · PRESENTATION · texte numérisé non relu

PRESENTATION

Dies purgationis*. Ce temps de purification est le temps de la retraite. — Il est besoin d'une pureté de plus en plus grande en Marie, et à cause de cela elle se soumet à une loi qui ne la concerne pas. Et moi aussi j'ai besoin d'une pureté plus grande : si je suis plus

i. O Dieu, créez en moi un cœur pur. CPs. Miserere.) 2. Luc, II, 22.

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humble, ce besoin sera mieux senti, et je serai plus pur, si je suis plus humble encore. L:s meilleurs moyens de me purifier, sont ceux qui m'humilient davantage.

L'offrande de Jésus est d'autant plus agréable à son Père, qu'elle est plus humble ; elle est d'autant plus pure, qu'elle est plus humble; elle est d'autant plus complète, qu'elle est plus humble; elle est d'autant plus rédemptrice, efficace, qu'elle est plus humble.

Siméon, c'est encore l'humilité, c'est l'humilité qui lui attire de telles lumières du Saint- Esprit, qui le rend si docile à la conduite du Saint-Esprit. C'est aux humbles qu'il est donné, par le Saint-Esprit, de pressentir Jésus, d'aller à Jésus , de reconnaître Jésus , d'embrasser Jésus.

Il dit son nunc dimittis dans l'humilité.

Il souffre que ce soit une femme, la vieille Anne, qui annonce Jésus. Mais telle est la volonté de Dieu; et le serviteur n'a qu'à suivre la volonté de son maître. — In pace... le zèle enchaîné reste humble dans la paix. Quelle leçon pour moi qui voudrais faire autre chose que ce que j'ai à faire !

Je dirai mine dimittis à la fin de la retraite.

L'HUMILITE. 12s

Mon Dieu, me voici, quelle que soit votre volonté. In jpace, en paix toujours ! — Contenir humblement ma nature et garder la paix.

O Marie, donnez-moi l'humilité. Que jamais les pensées d'orgueil ne s'échappent plus de mon cœur. Que jamais je ne contredise plus en moi Jésus. Que Jésus ne soit plus en moi que le gardien, le témoin de ma résolution. Que ma main n'enfonce plus jamais le glaive de douleur dans votre sein maternel.

FUITE EN EGYPTE

Humble abandon de saint Joseph, supérieur de la sainte Famille, à la Providence.

En Joseph, l'humilité, ou plutôt l'amourpropre jouant l'humilité, ne se plaint pas de la mission qu'il a reçue, bien qu'elle le dépasse. Et d'autre part, son amour-propre n'ambitionne pas autre chose; il ne regrette pas de n'avoir qu'une pauvre femme et un pauvre enfant à conduire, tandis que l'ancien Joseph avait tout un peuple. Il adore et bénit, en s'y soumettant humblement, les desseins de la Providence sur lui.

Retour sur moi-même. — Comme Dieu a

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tout disposé pour me mettre ici, pour me confier cette mission ! Ne pas regretter, ne pas désirer autre chose, prédications, études, livres à faire; m'abandonner à la Providence. Dieu a disposé de moi : tout est dit.

Est-ce bien la gloire de Dieu qui me préoccupe, quand je rêve autre chose? N'est-ce pas plutôt la vanité, les succès préconçus, la jalousie de telle ou telle réputation? Ne me serais-je pas perdu dans cette carrière par amour propre ou par faiblesse de cœur comme tant d'autres, et Dieu ne m'a-t-il pas éloigné à cause de cela? Qu'il soit béni! qu'il soit béni malgré mes répugnances de m'avoir placé, de m'avoir maintenu là où je fais, où j'aide à faire, où je parais faireun bien plus sérieux, plus solide, plus profond, plus important pour l'avenir. Donc, encore une fois , m'abandonner à la Providence.

2° Sommeil de saint Joseph, de Marie et de Jésus pendant qu'Hérode nourrit de si noirs projets.

Le supérieur lui-même dort. Abandon à la Providence ! Savoir dans les rencontres les plus difficiles m'endormir dans les bras de la Providence avec tous mes ennuis. Qu'en sera-t-il

de nous si quelqu'un nous attaque? Dieu veille du haut des cieux ; abandon à sa Providence !

3° Surge1. Dieu a parlé par l'ange; déjà Joseph est debout. Le supérieur lui aussi obéit; le premier il doit obéir. C'est Dieu qui le conduit, lui qui conduit les autres au nom de Dieu. Surge : que j'obéisse donc mieux au règlement, à la cloche. Surge : ma charge au lieu de me dispenser m'oblige. Que je consulte donc plus mes règles, l'institut, les prescriptions des supérieurs, la voix de Dieu au dedans de moi. Surge, c'est-à-dire que je me rie moins à ma perspicacité, à ma raison pratique, à mes vues humaines, etc.. Pourrais -je dire en m'appuyant sur tout cela que je conduis vraiment les autres au nom de Dieu?

4° oAccipe puerum*... Et déjà Joseph prend l'enfant, en esprit de foi, avec confiance, usant de l'autorité qu'il tient de Dieu, sans consulter Marie qui ne vient qu'après : accipe puerum et matrem ejus. En m'adressant à ceux que Dieu m'a confiés, je ne vois pas assez en eux l'enfant de Dieu puerum; je vois trop encore

i. Levez-vous. (Matt. n} 13.) 2. Prenez l'enfant. (Tbid.J

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l'homme, sa raison, son talent quelquefois, et je lui présente humainement mon autorité; je cherche pour ainsi dire à la faire accepter par des raisons humaines, en vertu de telle ou telle supériorité humaine et non pas assez divine, et poui Dieu. Manque de foi! manque d'humilité aussi, que je prends peut-être quelquefois pour de l'humilité! J'agirai donc plus simplement, puisque Dieu le veut : accipe puerum.

O/îccipe puerum. Que je sois bien cet enfant moi-même avec mes supérieurs. Comme il se laisse faire! Et matrem ejus; sa mère ne vient qu'après. Saint Joseph pourrait l'en séparer : la voix de la nature ne réclamerait pas en lui. Qu'elle ne réclame pas en moi : et matrem ejus... après la volonté de Dieu.

5° Saint Joseph obéissant lui-même comme un enfant, ne s'irrite pas contre Hérode : il ne s'étonne pas que Dieu ne prenne pas d'autres moyens qu'une fuite honteuse pour sauver Jésus.

Abandon aux mystères de Dieu, à l'humilité de Dieu, à la faiblesse de Dieu qui sera toujours à la fin victorieux. Que ma nature ardente sait encore peu pratiquer cet abandon à la faiblesse, à l'humilité des moyens de la Providence dans

la lutte contre les passions des hommes et contre l'enfer \

6° En présence des difficultés qui l'attendent, saint Joseph ne compte pas sur son esprit, son talent, son courage, mais uniquement sur la Providence qui saura bien l'éclairer, le conduire, le protéger, le nourrir.

Comme Marie s'abandonne en suivant Joseph sans aucune explication, sans aucune réclamation ! Comme elle laisse disposer de son enfant, exposer son enfant sans avoir dit son avis ! Abandon...

Comme Jésus dort dans les bras, non de Marie, mais de saint Joseph qui l'a pris à Marie, accipe puerum ! L'abandon de saint Joseph, du supérieur chargé de tout, responsable de tout, qui sent son impuissance et qui va sans trouble comme à l'aventure, n'est-il pas aussi admirable? Aussi bien le supérieur doit avoir confiance pour donner confiance aux autres.

7° La pensée du succès ou de l'échec dans une telle entreprise ne vient même pas à son humilité.

8° Il ne craint pas l'Egypte, la terre de l'épreuve cependant. Mais Dieu sera avec lui

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dans l'épreuve, et l'épreuve avec Dieu est un si grand bien pour l'âme! Ne calomnions pas l'Egypte. Où donc en serait l'œuvre de notre sanctification sans l'épreuve?

9° D'ailleurs il est chargé de Jésus et de Marie, Dieu ne peut manquer de veiller sur Jésus et sur Marie, quand même lui, Joseph, serait tout à fait indigne de la protection divine. Mais Marie est spécialement avec nous dans cette maison. Mais c'est aussi Jésus que j'ai à conduire, à sauver.

O Marie, ô Joseph, aidez-moi à sauver Jésus dans le cœur de ces enfants. O Jésus, soyez d'abord en moi. Soyez, vous, le vrai supérieur. Que je sois, moi, comme l'inférieur tenant Jésus. Que devant Jésus tous les obstacles qui se trouvent en moi à l'œuvre de Dieu, que mon orgueil, mes répugnances s'évanouissent. Que devant Jésus tous les obstacles soient vaincus: hors de moi, efforts du démon, opposition des enfants, des parents, tentations de mes frères...

SIXIEME JOUR

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