‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 2)Chapitre 93 sur 124 · De Imitât. Christi, 1. I, c. i · texte numérisé non relu

De Imitât. Christi, 1. I, c. i

bienheureux Jean Berchmans, à qui je recommande cette retraite, me donne le secret pour éviter que tout soit vanité ; il est dans sa main : le Livre des Règles, le Crucifix, le Chapelet; c'est-à-dire qu'il faut tendre à la fin avec le secours de Marie, en souffrant, en pratiquant la règle... tout le reste est vanité.

6° Autres raisons de confiance : ma santé qui me semble se remettre ; l'indifférence plus facile à l'égard des créatures...

Est-il bien vrai, ne me fais-je pas illusion? Que mon amour-propre est encore fort, que ma sensibilité est encore vive!... De là cette disposition à me faire centre, comme si j'étais la fin des créatures.

Le temps est un fleuve qui emporte tout à Dieu... L'orgueil et la concupiscence sont une espèce de tourbillon où certaines créatures sont prises. Combien donc ne dois-je pas craindre moi-même de changer en obstacles ce qui m'a été donné de Dieu comme moyens ! J'ai bien compris que les créatures sont moyens, que très-peu sont obstacles par elles-mêmes, que bien plutôt elles ne deviennent obstacles que par mon attrait ou ma répugnance, par le rapport que ma sensibilité ou mon orgueil

COURAGE ET FERVEUR. aij

établit entre elles et moi. — Il faut dominer ces répugnances et ces attraits pour qu'il n'y ait plus d'obstacles, pour qu'il y ait l'indifférence.

U Indifférence, c'est-à-dire la liberté d'indifférence, l'équilibre, le pouvoir de choisir, l'impartialité de jugement, l'égalité de volonté ; — semblable à la balance qui ne penche ni à droite ni à gauche, à la balance dont le plateau ne s'incline pas par le poids que l'objet a en lui-même, ni par le goût ou la répugnance que j'ai pour cet objet; la liberté se tenant audessus de cette considération, y restant indifférente, en sorte que le rapport de l'objet avec la un doit emporter seul le plateau.

Ne murmurons pas contre cette indifférence; c'est elle qui sauve notre liberté.

Comment « nous faire indifférents ■)) pour sauver la liberté r> Comment rester libres?

Sursum corda! souvenir delà fin dernière; conviction pratique et actuelle de la fin dernière. Notre pensée de la fin dernière reste trop dans le vague, elle est comme à l'état de théorie. De là, nous sommes facilement, dans la pratique actuelle de la vie, emportés par les créatures, au point de n'en plus faire des

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moyens mais la fin même. In omnibus respice finem, viser à la fin en toute chose.

DEUXIEME JOUR

Dans l'oraison préparatoire, comme toute la méditation du fondement se retrouve i ! La^?« ; « Que tout soit ordonné à la gloire et au service de Dieu ; » les moyens : « intentions, actions^, opérations ; » « purement, » autant qu'il importe au salut.

Cette oraison préparatoire peut s'appliquer à toutes les choses importantes de la vie.

Pourquoi saint Ignace me fait-il considérer mon âme emprisonnée dans ce corps mortel..., et tout moi-même comme exilé parmi les animaux sans raison 2 ? Pourquoi ce rapprochement humiliant? N'est-ce pas que l'homme en péchant abdique, pour ainsi dire, sa dignité?1 Puisqu'il est dit : « Crains Dieu et observe ses

1. « L'oraison préparatoire (à la méditation) consiste à demander à Dieu,Notre-Seigneur, que toutes mes intentions, toutes mes actions et toutes mes opérations soient dirigées purement à la gloire et au service de sa divine Majesté. » (I"' exercice de la iru semaine.)

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