‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 3)Chapitre 108 sur 124 · I. La charité de Jésus-Christ presse. (II Cor., v, 14.) 1 «I · texte numérisé non relu

I. La charité de Jésus-Christ presse. (II Cor., v, 14.) 1 «I

S4a RETRAITE DE 1865.

sur son front, dans sa démarche, qui Tanime en toiU. Charitas Christi urget.

Tout lui est facile ; rien ne lui coûte. C'est que Jésus-Christ en elle lui adoucit tout, la porte, pour ainsi dire, elle par qui lui-même est porté. Charitas urget.

Urget ! Quand Jésus -Christ est dans une âme, elle a besoin d'agir, de faire du bien, d'aller aux âmes, de gagner des âmes.

Ne pas garder Jésus pour soi ; Jésus ne permet pas cet égoïsme.

Ne pas rester dans la retraite sous prétexte de nourrir Jésus dans son sein. Jésus se nourrit en nous, se développe en nous par la charité. Comme Marie traversant les montagnes est plus généreuse encore, plus zélée encore et plus humble encore ! C'est Jésus lui-même* qui grandit en elle et qui manifeste ainsi les progrès qu'il fait lui-même en elle.

Que je ne me replie donc pas trop sur moimême. Pourquoi tout est-il montagne pour moi? Pourquoi cette crainte de m'élancer?

Cependant Charitas Christi urget.

Urget ! C'est nourrir Jésus que de nourrir le prochain pour Jésus. Marie fait du bien à Jésus même en allant pour lui à sainte Elisa-

beth. — Je dois, à son exemple, exciter en moi cette charité envers le prochain.

Mais c'est surtout saint Jean-Baptiste qu'elle a en vue, — c'est à dire les âmes, l'œuvre des âmes; il me faut aussi donner Jésus aux âmes et les âmes à Jésus. — Après la résurrection, Jésus envoie Madeleine aux apôtres : Va dire à mes frères. . . A sa conception, il envoie Marie à saint Jean-Baptiste : Va dire à mon précurseur...

Le rôle de Marie est un rôle précurseur avant tout, par excellence. Pourquoi Marie n'estelle pas , plutôt que Madeleine, envoyée aut apôtres > — C'est que Madeleine est une autre Marie, à son tour remplie de Jésus, une autre mère de Jésus, pour ainsi dire, réhabilitée jusque-là ! Quelle consolation pour les pécheurs qui peuvent se réhabiliter ainsi et porter Jésus aux âmes en portant les âmes à Jésus !

Marie en allant à l'apostolat, Marie ne quitte pas Jésus, elle le porte. Combien prétendent porter Jésus aux autres et qui, se dissipant dans l'action, ne le portent plus en euxmêmes et pour eux-mêmes! Il faut le porter pour le donner.

Le donner, c'est donner tout. La lumière, c'est Jésus; la force, Jésus; la consolation,

Jésus; la vie, Jésus. Oh ne peut donner tout cela aux âmes qu'en leur donnant Jésus. Sans Jésus, en vain prétendrait-on leur donn^, quelque chose de tout cela.

TJ. — Comment donner Jésus ? -f- Quelle fut la salutation de Marie à sainte Elisabeth >..• J'ai regret de ne pas trouver ces paroles dans rÉvangile. Mais par la réponse d'Elisabeth, ne pouvoni-nous pas la supposer? Bertedicta tu in mulieribuSy a. pu dire Marie, et benedictus fructus ventris tui. Oui, bénie est cette mère de porter dans son sein le béni Précurseur* Mais bien plutôt benedicta tu^ répond sainte Elisabeth ; c'est Voits surtout qui êtes bénie entre toutes les femmes , et c'est Lui^ le fruit de vos entrailles, qui est béni. .

Elisabeth a tout deviné, tout compris. Comment? Le visage de Marie rayonnant de la grâce infuse a quelque chose de tellement céleste!... Dieu est là!... Mais voici le signe. A la voix de Marie, saint Jean-Baptiste a tressailli au sein de sa mère ; et sainte Elisabeth est mystérieusement éclairée sur le sens de ce tressaillement. Saint Jean-Baptiste commence son rôle de précurseur; il est déjà le prophète de sa mère elle-même; déjà se réalise cette

COURAGE ET FERVEUR. a^f

parole : illum oportet crescerey me autem minui^.

i^ Quelle puissance! Jésus approchant d'une âme, Jésus porté par Marie, exerce une influence mystérieuse. Il faut porter Jésus avec Marie, par Marie, parler par Marie. Que ce soit Marie elle-même qui parle, Thumilité, la charité de Marie, pour que d^ns les âmes se renouvelle ce tressaillement de saint Jean- Baptiste.

Dans chaque âme, il y a en germe saint Jean-Baptiste, ou plutôt Jésus lui-même. Mais aussi dans chaque âme il y a un autre germe, l'enfant de colère, luttant contre Jésus. Chaque âme est comme Rebecca portant dans son sein deux enfants qui se font la guerre*.

O heureux si j'éveille à mon approche Jésus dans les âmes, et non pas Esau, l'enfant de colère I

Il est des hommes sympathiques, malgré un extérieur désagréable. C'est que Jésus est en eux ; c'est qu'ea eux se trouvent l'humilité, la charité de Jésus.

I. Il faut que Jésus croisse, disait Jean-Baptiste^ et que je diminue. (Joan., m, 30.) a. Gen., XV, aa«

ft^tf RETRÂItE DE 18^$*

Que je me transfigure donc, que j'aie la charité, Thumilité, Marie en moi; que Jésus soit enfanté en moi par Marie. S'il en est aiiisi, alors^ même avant de parler, j'exercerai une influence salutaire. Mais c'est Marie qui parle ; à sa voix se produit le tressaillement îftumaturel des âmes, déjà attirées à Jésus, déjà remuées par le germe réveillé de Jésus.

Combien est nécessaire pour moi, dans ma position , cette union à Marie , pour parler à toutes ces âmes ! Que ce ne soit pas la voix de rhomme, mais la voix de Marie portant Jésus, donnant Jésus, cherchant des âdies pour les donner à Jésus.

III. Oui, Per Mariant ! Le rôle de Marie est de porter Jésus, c'est une loi de Providence : Jésus est venu par elle; et par elle nous devons aller à lui ; aussi sainte Elisabeth dit-elle : Benedicta tu... elle va par Marie à Jésus. J'ai des torts envers Marie; je les sens profondément; ma résolution pour l'avenir sera de mieux dire mon chapelet.

Unde hoc mihi ut mater domini met veniat ad me^} Cela vient de l'humilité, de la charité

I. D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne à moi? (Luc, n, 43.)

de Marie et de Jésus, de cette humilité, de cette charité qui nous prévient toujours.

Unde hoc}... D'où vient que vous ne venez pas à moi ? pourrait me dire Marie? Cela vient de mon orgueil, de mes péchés peut-être, de ma l^èreté ne comprenant pas assez que tout se fait par Marie : omnia per Mariant.

Désormais, tout à Marie et par Marie, pour que j'aie l'humilité et la charité; pour que Jésus soit conçu en moi ; pour que Jésus gardé en moi se développe et grandisse ; pour que je porte Jésus aux âmes et les âmes à Jésus.

A la vue des désastres de la fin du monde les enfants voudront rentrer dans le sein de leur mère... En voyant combien j'ai perdu par l'oubli de Marie, en voyant tant de fautes, tant de désastres, que je rentre dans le sein de Marie, ma mère,

Marie est l'unique mère de Jésus; sans Marie, jamais Jésus ne sera en moi; sans Marie jamais je ne serai un autre Jésus.

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