‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 3)Chapitre 11 sur 124 · LA CÈNE · texte numérisé non relu

LA CÈNE

I. Un de vous me trahira. — Je Tai trahi déjà. Le trahirai-je donc encore? Comment, Seigneur, voilà ce que l'avenir nous réserverait encore, à vous et à moi ? Seigneur, défiez-vous de moi, car si vous n'y prenez garde,. aujourd'hui je vous trahirai.

IL Jésus aux pieds de Judas. — Jésus aux pieds de Judas! Judas ne vous avait pas en- . core trahi, quand vous lui donniez cette marque d'affection extraordinaire, et je vous ai trahi déjà... .

Et vous êtes à mes pieds, et vous m'appelez votre ami. Ah! purifiez ces pieds qui m'ont porté au-devant de vos ennemis ; non-seulement les pieds. Seigneur, mais les mains et la tête, le cœur surtout : cor mundum créa in me y Deus! — Que Jésus eût été consolé, si Judas lui eût ainsi parlé comme l'humble

Pierre! J'ose, moi, vous parler ainsi; mais défiez-vous de moi; car, si vous n*y prenez garde, aujourd'hui je vous trahirai.

III. Corpus Domini Nostri Jesu Christi custodiat animam tneam.

Non, ce n'est pas un traître que Jésus considère en moi, mais un ami, comme auparavant. Il m'admet encore à sa table ; il se donne encore à moi, pour être lui-même ma vie, ma force, mon cœur, ma fidélité, mon amour, mon dévouement à son service, ma réparation.

IV. J'ai désiré ardemment de manger cette Pâque avec vous avant de souffrir, — C'est qu'elle le préparait aux souffrances. Que je désire ardenunent l'Eucharistie chaque jour, pour me préparer à souffrir par amour pour vous chaque jour. Là est mon espérance pour me maintenir malgré toutes les difficultés que je dois prévoir dans Vagendo contra,

Qâgendo contra^ pour me réhabiliter, comme un soldat qui a failli et qui se jette au premier rang, au plus fort du danger pour réparer sa Êiute.

V. Toutes les fois que vous fer e^ ces choses ^ faites Aes en mémoire de moi. — Que je me figure Judas à l'autel, ou plutôt saint Pierre

à Fautel après sa faute. Voilà donc quel pouvoir mon Dieu me donne sur lui ! Il se livre tellement à moi, que je puis faire de lui tout ce que je voudrai. Et je ne me livrerais pas ainsi à lui, pour qu'il fasse de moi tout ce qu^il voudra ? Je suis votre prêtre et vous êtes ma victime; que je sois votre victime, agendo contra^ et soyez mon prêtre. Offrez cette victime à votre Père, en la purifiant; que je m'unisse à vous, prêtre et victime.

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