LE SACRÉ COUR
condamné. — Mais, in te^ Domine^ speravi, non confundar in œternutn.
N'ai-je pas à craindre qu'après la retraite ce sentiment de confiance ne me porte à abuser de la bonté de Dieu pour TofFenser encore ?
Ne vaudrait-il pas mieux imiter ce serviteur infidèle qui, par crainte, devient si sage et qui prévient sa condamnatir - en se faisant des amis? — Non, ce n'est pas par crainte, mais par amour que je servirai mieux mon souverain maître et seigneur. Non, sa bonté ne sera pas pour moi un encouragement à mal faire. Sa bonté, si j'ai du cœur, ne me presse-t-elle pas, pour la glorifier, de me convertir? De tout cœur je veux mieux servir Jésus après cette retraite. Mais comment sans l'union à Jésus?
In tCj Domine^ speravi, non confundar in œtemum,
QUATRIÈME JOUR
l'appel.
Qu'aurais-je répondu, mon caractère étant donni, à un roi temporel? — Ecce egOy me voici ! je me serais regardé comme un lâche si
j'avais reculé, si j'avais seulement hésité. Je n'aurais même pas demandé les conditions qu'il propose ici : même nourriture, mêmes dangers... Non, non, à moi les dangers, à moi les privations! Bien plus, j'aurais voulu me distin-| guer à son service, compter parmi ses fidèles... fortune, sang, tout eût été à lui.
Et je ferais moins pour Jésus-Christ I
Mais le simple bon sens nous enjoint de nous offrir tout ^ entiers à la fatigue pour répondre à l'appel de Jésus-Christ. Comment cela?
1° Ne pas répondre à cet appel, c'est renoncer à la gloire qu'il promet, c'est-à-dire au salut éternel ; — contre bon sens !
2° C'est y renoncer , car il n'est pas d'autre nom par lequel nous puissions être sauvés *.
Jésus-Christ est le guide unique. — Le fuir, contre bon sens !
3° Je suis au pouvoir de ses ennemis qui sont les miens : délivrance impossible, si je ne m'unis à lui contre eux; refiiser, c'est affermir ma captivité ; — contre bon sens !
4® Craindre plus les peines que 2a grâce de
j. Act. IV) la.
LE SACRÉ C(aUR. 177
la délivrance entraîne, que celles de la captivité, et refuser à cause de cela; — contre bon sens !
Mais je n'ai pas seulement du bon sens; j'ai du cœur aussi. Que dois-je donc faire?
M'attacher à Jésus-Christ, n'avoir avec lui qu'une même âme, me signaler pour lui :
unanimiSy msignis;
Faire une guerre acharnée à ses ennemis, une guerre offensive et non pas seulement défensive.
Mais SQS ennemis sont en moi ; c'est la triple concupiscence. Donc agir contre eux en moi.
En moi est la concupiscence de la chair, des yeux y V orgueil de la vie; donc qu'il 7 ait en moi chasteté, pauvreté, obéissance; donc qu'il y ait en moi mortification, détachement, abnégation : abnégation, c'est-à-dire la volonté de Jésus en moi; détachement, c'est-à-dire le trésor de Jésus en moi ; mortification, c'està-dire la pureté de Jésus en moi. Donc, pour cette guerre, être unanimis par Tunion à Jésus,
C'est ma volonté bien arrêtée...
Dummodo^, plus de conditions de mon coté; dummodo, il suffit qu'il daigne me recevoir.