‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 3)Chapitre 95 sur 124 · I. C'est le Serviteur, rAmi, le Fils, c'est Jésus · texte numérisé non relu

I. C'est le Serviteur, rAmi, le Fils, c'est Jésus

LE SACRÉ CCSUR. 9Qf

Tu as tes enfants a nourrir de la piété et de la science... j^a^ce agnos\ à nourrir du « pain et du poisson » de la vérité et de T Eucharistie... pasce agnos.

«M'aimes-tu?.. » Autre preuve à demander à qui paît les agneaux. — Et notre Seigneur interroge encore Pierre, qui répond avec assurance. Mais comme si Notre-Seigneur n'était pas encore assez sûr de la bonne volonté de l'apôtre, il se contente de renouveler la première recommandation en la confirmant, sans faire encore la deuxième; il faut pour celle-ci une nouvelle assurance.

« M'aimes-tu?... » La tristesse de Pierre touche le Cœur de Jésus. Oh! Seigneur vous avez bien le droit de douter de moi, et cependant vous savez si je vous aime, ou plutôt vous savez que je vous aime... eh bien... Pasce oves measj pais mes brebis. -7- Preuve plus grande de confiance donnée par Jésus; Preuve plus grande d'amour demandée à Pierre. Pour moi, le gouvernement des miens : pasce oves meas.

Cum senueris... Il faut que je devienne vieillard, Q^lius te cinget,.. Que je renonce à toute liberté; que je me laisse crucifier la tête en bas... Que je sacrifie au besoin mes idées.

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et que j'accepte les souffrances, sans m'inquiéter de ce que Jésus, de ce que l'obéissance or-^ donnera pour saint Jean, pour tel ou tel de mes frères.

Dominus est.., tout est là. Il n'y a pas d'hésitation possible.

Tu sets y Domine y quia amo te... Servus est... amicus est^ filius est y alter Jésus... Ah! Jésus, puissiez-vous dire ainsi ! Puisse dans ces paroles être ma transfiguration, le fruit de ma retraite.

Mais comment conserver ce fruit? Il faut le « pain et le poisson » : Dominus est; la méditation et la messe; l'étude de l'Institut et l'union à Jésus. Tu scis^ Domine^ quia amo te.

DU 14 AU aj OCTOBB.B

DU 14 AU 23 OGTOBS.B

PREMIER JOUR

FONDEMENT

J*éprouve une sorte de marasme moral, de fatigue, de découragement, comme si le far- . deau était trop lourd; Tennui de n'avoir le temps de rien,... au point que je serais content, si Cayenne*, ou même, si le choléra venait me délivrer... De là cette indifférence en méditant ma fin dernière. Mais ce n'est pas à la fin elle-même que doit s'appliquer Tindifférence.

I. Mission de la Compagnie de Jésus |>armi les forçats transportés.

axa RETRAITE DE 18(^5.

J'ai fait effort pour secouer ce sentiment.

J'ai passé en revue quelques raisons capables de ranimer mon zèle et mon ardeur pour cette fin si belle, si haute, qui va si bien même k ma nature, qui me fournit dans ma position actuelle tant d'occasions de faire un grand bien, Bonum commune.

I® Honte de cette indifférence, de ce découragement. — Me rappeler Vagendo contra de 1860. La lâcheté est en contradiction avec ma nature même, avec la direction que je donne à^ tant d'autres, avec mon jugement sur tels et tels, avec ma devise : Confiance et courage !

2^ Peine que Notre-Seigneur en doit éprouver après tant de bontés pour moi. — Voulezvous donc aussi me quitter, numquid et vos vultis abire?... Non, non, je veux le consoler, lui offrir réparation pour moi et pour tant d'autres.

3° Aussi bien quelle Providence sur moi!

Comment m'a-t-il amené ici*, à Tapostolat que j'ai tant désiré malgré Tâge, les fatigues, les engagements de collège?... On dirait que dans sa délicatesse Jésus m'offre consolation,

I. A la maison de la rue de Sèvres dont le R. P. Olivaint avait été récemment nommé supérieur.

COURAGE ET FERVEUR." 2Xj

^réparation pour ainsi dire... Non, non, ce n'est ipas un piège, il ne peut me trahir. Par là imême qu'il me met ici, je dois compter sur son .^secours.

La grâce d^ la Compagnie est avec moi.

Notre -Seigneur me soutiendra, sinon pour moi, au moins pour elle.

4° Que ma faiblesse, mon impuissance si bien sentie, trop peut-être, ne m'arrête point. Cum irifirmor^ tune potens sum^. — M'unir davantage à Notre-Seigneur pour mieux jouir de son secours ; — mieux faire mes exercises de piété pour mieux m'unir à Notre-Çeigneur; — prendre sur moi, en témoignage de confiance, cette petite médaille dont j'admire les effets dans les autres.

5** Me livrer, comme la bienheureuse Marguerite Marie, à Jésus. — Mais ne tirerai-je pas vanité de tant d'efforts, de tantd'œuvres?... Oui, vanité de tout ce que je ferais en me cherchant moi-même, vanité de tout ce qui passe, mais non de ce qui demeure!... Tout est vanité hormis aimer Dieu et le servir*. Le

li Quand je suis faible, c'est alors que je suis puissant. (II Cor., XII, lo.)

2, De Imitât, Cliristi, 1. I, c. i.

ai4 RETRAITÉ DE i8<5s.

bienheureux Jean Berchmans, à qui je recommande cette retraite, me donne le secret pour éviter que tout soit vanité ; il est dans sa main : le Livre des Règles^ le Crucifix^ le Chapelet; c'est-à-dire qu'il faut tendre à la fin avec le secours de Marie, en souffrant, en pratiquant la règle... tout le reste est vanité.

6^ Autres raisons de confiance : ma santé qui me semble se remettre ; Tindifférence plus facile à Tégard des créatures...

Est-il bien vrai, ne me fais-je pas 'illusion? ^e mon amour-propre est encore fort, que ma sensibilité est encore vive!... De là cette disposition à me faire centre ^ comme si j'étais la fin des créatures.

Le temps est un fleuve qui emporte tout à Dieu... L'orgueil et la concupiscence sont une espèce de tourbillon où certaines créatures sont prises. Combien donc ne dois-je pas craindre moi-même de changer en obstacles ce qui m'a été donné de Dieu comme moyens ! J'ai bien compris que les créatures sont moyens, que très-peu sont obstacles par elles-mêmes, que bien plutôt elles ne deviennent obstacles que par mon attrait ou ma répugnance, par le rapport que ma sensibilité ou mon orgueil

COURAGE ET FERVEUR. aïs

établit entre elles et moi. — Il faut dominer ces répugnances et ces attraits pour qu'il n'y ait plus d'obstacles, pour qu'il y ait TindifFérence.

V Indifférence y c'est-à-dire la liberté d'indifférence, l'équilibre, le pouvoir de choisir, l'impartialité de jugement, l'égalité de volonté ; — semblable à la balance qui ne penche ni à droite ni à gauche, à la balance dont le plateau ne s'incline pas par le poids que l'objet a en lui-même, ni par le goût ou la répugnance que j'ai pour cet objet; la liberté se tenant audessus de cette considération, y restant indifférente, en sorte que le rapport de l'objet avec la ^n doit emporter seul le plateau.

Ne murmurons pas contre cette indifférence ;

c'est elle qui sauve notre liberté.

Comment « nous faire indifférents ^) pour sauver la liberté? Comment rester libres?

Sursum corda! souvenir de la fin dernière; conviction pratique et actuelle de la fin dernière. Notre pensée de la fin dernière reste trop dans le vague, elle est comme à l'état de théorie. De là, nous sommes facilement, dans la pratique actuelle de la vie, emportés par les créatures, au point de n'en plus faire des

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moyens mais la fin même. In omnibus respice finenij viser à la fih en toute chose.

DEUXIÈME JOUR

Dans l'oraison préparatoire, comme toute la

naéditation àa fondement se retrouve * ! La fin :

■ « Que tout soit ordonné à la gloire et au ser-

. vice de Dieu ; » les moyens : « intentions,

actions^ opérations ; » « purement, » autant

gu^il importe au salut.

Cette oraison préparatoire peut s'appliquer à toutes les choses importantes de la vie.

Pourquoi saint Ignace me fait-il considérer mon âme emprisonnée dans ce corps mortel..., et tout moi-même comme exilé parmi les animaux sans raison*? Pourquoi ce rapproche- ^ ment humiliant ? N'est-ce pas que l'homme en péchant abdique, pour ainsi dire, sa dignité? Puisqu'il est dit : « Crains Dieii et observe ses

1. a L'oraison préparatoire (à la méditation) consiste à demander à DieUjNotre-èeigneur, que toutes mes intentions, toutes mes actions et toutes mes opérations soient dirigées purement à la gloire et au service de sa divine Majesté. » (I*^"" exercice de la i'* semaine.)

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