‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 111 sur 174 · DE LA LÂCHETÉ SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

DE LA LÂCHETÉ SPIRITUELLE

Notre-Seigneur dit à ses apôtres : Sic non potuistis una hora vigilare mecimi ^ ! Ils pouvaient donc, puisque Notre-Seigneur leur adresse ce reproche. Ils pouvaient par la grâce,

I. Ainsi vous n'avez pas pu veiller une heure avec moi! (Matt., xxvi, 40.)

meciim. En leur disant : Vigilate, Notre-Seigneur leur assurait sa grâce;... mais lâcheté, et de là illusion d'impuissance! - — Grâce à demander : vigilance, générosité.

I. Comment! moi lâche!... Et cette réputation de courage,... et toujours dans mes conseils, ma doctrine, mes jugements, cette vigueur?... Est-ce donc hypocrisie ou manque de me secouer moi-même? Car enfin il y a de la lâcheté en moi.

Quelle est, en effet, au fond la principale cause de mes fautes? Si les exercices de piété sont en souffrance, pourquoi ? — Au fond, c'est lâcheté !

Il est vrai, fatigues, affaires... mais je surmonte tout cela quand il y a quelque intérêt d'amour-propre... Comment ne le puis-je pas quand il s'agit de l'intérêt de Dieu seul ? — Lâcheté !

Si la tristesse, le découragement intérieur me porte parfois à chercher quelque consolation sensible, qu'est-ce autre chose que lâcheté?

II. La lâcheté. — C'est le fait de celui qui lâche pied, qui fléchit devant l'ennemi, devant les difficultés, qui regarde en arrière, qui croit tout impossible, qui s'attriste et gémit.

III. Effets de cette disposition. — Les progrès arrêtés; la bénédiction de Dieu écartée; Dieu cessant de parler à l'âme ; l'âme perdant le goût de Dieu; la conscience engourdie se taisant elle-même; l'ennui, le dégoût, la tristesse; principe de langueur remplaçant la ferveur; la vie de la nature, le poids de la nature se faisant sentir davantage, et dans cet état, plus rien que l'activité naturelle; le besoin de consolation du côté de la terre, le ciel étant fermé ; les tentations plus nombreuses , plus vives; le péché véniel difficilement évité; et une fois là, un danger plus grand, danger du péché mortel, de la chute complète, du scandale, de l'aveuglement, de l'endurcissement, de la désertion, après quoi on est rejeté de Dieu, Que d'exemples! C'est le mot de M. B... au Père de Kavignan : Si Von n'est pas un hêroSj on devient moins qu'un homme.

IV. Causes de cette lâcheté. — Les influences extérieures enlevant le goût de Dieu; l'affaiblissement de l'oraison, de la vie surnaturelle, effet qui par réaction devient cause lui-même; la fatigue, les occupations source de prétextes, d'illusions; la persuasion que c'est impossible; la nature elle - même , la lâcheté naturelle

VIE SURNATURELLE. a^i

elle-même, son poids... et le tempérament.

V. Quels remèdes ? — Se faire une solitude même au milieu du monde ^ ; bien garder la présence de Dieu; veiller sur son cœur; lire quelque livre bien choisi qui excite le courage... avoir un principe, une devise qui anime, comme, par exemple, sainte Thérèse : Souvenez-vous de contenter Dieu entièrement, — Comment ! je triomphe quand l'amour-propre est en jeu, et par amour de Dieu je ne triompherais pas' Savoir dire volo, mais pour un but déterminé;... éviter le vague; pratiquer la mortification habituelle, les petits sacrifices en tout,... les pénitences chaque jour; me rappeler ce qu'on gagne à mater le corps; je puis bien plus que je ne pense; souvenir de Vag-endo contra et discipline sanglante;... après tout je n'en mourrai pas.

Mais confiance aussi... en Notre-Seigneur : Vigilate mecvm... Non potuistis mecvm?

Omnia possum in eo qui me confortât.

Una hora... encore une heure... Comment, je ne tiendrai pas encore une heure?

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