I. Il a bien fait toute chose. (Marc, vn
a. Je fais toujours ce qui lui plaît. (Joan., viii^ 29.)
Mais je dois aussi à ce titre procurer sa gloire en toute chose: moi aussi je dois tout changer en or, en diamant, même les plus petites actions. (Prix des plus petits objets artistement travaillés quand ils sont en or et en diamant... Comme les gens du monde sont sensibles à ces cadeaux !)
Mais Jésus m'en demande de semblables... même dans chaque petite règle, dans chaque petite action , comme s'il disait : Donne-moi donc quelque chose, tu ne me donnes jamais rien. — Cela?... mais c'est si peu! — Non, si c'est or ou perle fine.
Aussi bien, je dois me consacrer à la réparation du passé, et avec d'autant plus de zèle que, si je n'y prends garde, je peux être entraîné de nouveau à la vie naturelle.
Contre-poids nécessaire !... Si peu agissent en dehors de la vie naturelle, par principe de grâce! Donc que moi j'agisse par principe de grâce, dans une dépendance fidèle à la loi intérieure, à la loi extérieure aussi quelle qu'elle soit, règles ou ordres des supérieurs. Pour que moi aussi je fasse bien toute chose : Bene omnia...
Quel malheur si je n'agissais pas ainsi ! Mais jusqu'à présent que j'ai peu agi ainsi ! Combien
peu par ce principe de grâce, ce goût de Dieu, ce besoin pressant de lui plaire en tout, ce moteur surnaturel qui doit animer toute la vie!
Combien peu docile à la loi intérieure, à cette voix mystérieuse de Dieu ! Au contraire, vie de nature, laisser aller, actions au hasard, viciées par toutes sortes de mauvaises influences.
Et la loi extérieure par là même mal observée, observée matériellement, mais sans mérite, sans amour, sans âme dans l'action. C'est-àdire que j's-i travaillé sur le cuivre et non sur l'or... et même c'était de la paille plutôt que du cuivre.
Mais chacune de ces actions manquées, chacune de ces petites régies violées, ou seulement observées d'une manière matérielle et grossière, c'est autant de gloire perdue pour Dieu, et pour moi temps perdu, grâces perdues !... non pas la grâce habituelle, bien qu'elle n'augmente pas, mais la grâce actuelle, la grâce de choix compromise^ cette grâce spéciale qui est le moteur, le principe de vie, l'aimant; elle s'est affaiblie, et par conséquent s'est affaiblie la vie surnaturelle. Je descends par là du divin dans l'humain, et j'incline au péché ; j'ai moins de
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ressemblance avec Jésus; que dis-je! c'est une épine dans son Cœur. Il est triste, il détourne la tête. Comment le retenir ainsi dans l'île du cœur? Danger d'une nouvelle séparation...
Regrets amers ! Il me semble que je ressens quelque chose du chagrin du père de la Colombière pensant à ses règles violées.
Mais comment offrir à Dieu une contrition qui le touche? Au moins union à Jésus dans la contrition. Comme il a voulu expier toutes mes fautes ! que sa contrition pénètre dans ma volonté jusqu'à l'intime, jusqu'à la racine, et mes regrets toucheront au cœur de Dieu.
II. Et maintenant réparation, pratique vraie du bene omnia fecit ; vie nouvelle, vraie vie religieuse dans la communauté, et d'abord dans l'île du cœur.
Mais comment?
Estime du bei^e omnia fecit. — C^ tant faire que faire, dit le proverbe, autant vaut bien que mal. Mieux vaut l'or que le cuivre, mieux vaut la gloire de Dieu procurée que les épines enfoncées dans son cœur.
Estime, amour de la dépendance, de l'obéissance, de la règle, de la volonté de Dieu connue, quelle qu'elle soit. Etudier mieux la règle,
l'observer et la faire observer le mieux possible dans les circonstances actuelles.
Et pour l'observation de la règle , et pour toute action, les yeux sur Jésus. Comment faisait-il lui-même à Nazareth? Comment priaitil } Comment se tenait-il } Comment travaillaitiD En voyant saint François de Sales, on croyait revoir Jésus. Si je pouvais copier Jésus ainsi !
Jésus me regarde et m'encourage à bien taire, à l'imiter généreusement : que cette pensée est un moyen efficace !
Mais Jésus fait bien plus : il m'aide, comme le maître qui conduit la main de Tenfant. Il fait bien plus que tenir la main, il échauffe le cœur, l'inspirant, le vivifiant. Jésus est en moi lui-même, principe d'action par sa grâce et son amour, me communiquant cette grâce spéciale, ce moteur, ce goût, ce sens qui triomphe de tout ; Jésus est là aimantant ma volonté, pour ainsi dire, la transfigurant, la surnaturalisant; de telle sorte que j'ai le même principe de vie que lui pour être comme lui docile à la loi intérieure, à la loi extérieure, et comme lui prêt à tout bien faire. C'est comme si deux flammes se confondaient en une seule flamme,
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comme si deux cœurs se faisaient un seul cœur, pour ainsi dire le Cœur de Jésus.
Tout est facile alors; quelle joie intérieure! La vie rejaillit, rayonne dans le corps même.
III. Fruits de ce bene omnia fecit dans cette union. — Comme Jésus croissait en âge, en grâce, en sagesse, ainsi nous-mêmes.
1. En âge. — Ne voit-on pas des jeunes gens qui, par la vertu, sont déjà des vieillards > des vieillards qui par la légèreté sont encore des enfants? Après vingt-cinq ans de religion, que je suis jeune encore et novice au service de Dieu ! Que je me hâte donc d'arriver à la maturité de l'homme parfait.
Pour cela que Jésus croisse en moi luimême : Illum oportet crescere, me antem miniii. Comme je croîtrais bien en sagesse et en grâce, si Jésus était en moi !
2. En grâce. — Sans l'intime union à Jésus, non-seulement la grâce sanctifiante n'est point abondante, non-seulement on n'a pas les grâces actuelles de choix, mais non plus cette grâce qui est le principe moteur, qui aimante la volonté, qui la tient unie comme l'instrument dans la main du maître et la met en œuvre, qui rend sa correspondance plus facile et plus sûre.
VIE SURNATURELLE. a5r
Une pensée ce matin à la messe : comme le principe contraire, le principe de paresse et de lâcheté qui déprime la volonté, vient d'en bas surtout, des influences du corps, opposer, chaque jour à la messe, le précieux sang de Notre-Seigneur à ce principe mauvais. Que le sang de Notre-Seigneur devienne chaque jour et pour chaque heure le principe moteur, le principe de grâce, la vie, la force, l'aimant de mon âme.
3. Et la sagesse croîtra nécessairement : la vraie sagesse, sapere, le goût de Dieu qui se communique, le sel de la terre... qui timent te, videbunt me et Icetabuntiir^. C'est déjà le zèle.
SIXIÈME JOUR