LE LIVRE DE LA CROIX
On place le crucifix à l'autel, devant la chaire, sur la poitrine, partout... Que veut l'Eglise? — C'est un livre qu'il faut savoir lire.
Trois pages dans ce livre : mes péchés ; les grâces que Jésus m'a faites ; ses vertus, c'est-àdire Jésus-Christ ma victime, mon sauveur, mon modèle.
I. Jésus-Christ ma victime. — Regardons ce livre, parcourons ces plaies...
Qui donc, Seigneur, vous a fait ces blessures? — Tu le demandes, mais toi-même.
Vois ton nom dans ce livre... Comment!
Un enfant qui méprise sa mère et lui désobéit, ne perce- t-il pas vraiment son cœur? Ainsi nos passions, nos péchés blessent Dieu.
Mais ce sont les Juifs qui poursuivirent Jésus. — Les Juifs étaient les instruments des passions mauvaises... Les passions sont plus terribles que les Juifs... Les passions de tous les siècles, de tous les hommes, les miennes.
Oui, cette couronne d'épines, c'est mon orgueil qui l'a mise au front de Jésus... Cette ehair a été flagellée par ma délicatesse... Ces épaules dépouillées par ma cupidité ; les clous qui l'attachèrent, c'est mon obstination ; ces tortures sans repos, ma lâcheté.
Quel crime épouvantable ! Mais quand ce ne serait qu'un homme, je me croirais un monstre... Et cette victime, c'est mon Dieu luimême... Comment pourrais-je expier jamais?
Lui-même est ma victime, lui-même est l'expiation. Oui, ces tortures sans repos, expiation de .ma lâcheté !.. . Ces clous, expiation de II 24
mon obstination !... Ce dépouillement, expiation de ma cupidité!... Cette flagellation, de ma délicatesse!... Cette couronne d'épines, de mon orgueil... Et toutes mes fautes, et les plus petites comme les plus grandes trouvent là leur expiation...
Et elles sont pour tous les hommes, et pour chaque homme, ces expiations.
Et c'est pour ces expiations qu'il est venu, parce que, livré à moi-même, je n'aurais jamais pu expier.
Je vois le besoin qu'a son Cœur de cette expiation, pour mon âme qu'il aime, — pour la gloire de son Père à réparer.
Lui, ma victime, il offre ces expiations à son Père ; et je puis du fond de ma misère les offrir avec lui.
Et tout homme devient prêtre en un sens pour les offrir avec lui.
Comment ! Et moi je n'offrirais pas d'expiation personnelle ! Mais cela manquerait à la passion de Jésus. Ah ! mes expiations, qui seraient vaines, si elles étaient seules, ne s'ajoutent pas vainement aux siennes : il leur communique en les adoptant pour ainsi dire le prix des siennes.
O adorable victime !
Oh ! qu'elle est pure, innocente et douce !
Mais qu'elle est cruellement traitée.
Comme je compatis à ses tourments !
Comme je déteste ce bourreau, c'est-à-dire moi-même... !
Quelle reconnaissance envers cette victime sacrée !
Mais sais-je assez ce que je lui dois? Chacune de ses souffrances est d'un prix infini ; elles sont proportionnées, bien au delà, à tous mes péchés, aux péchés de tous les hommes, infiniment méritoires par conséquent... méritoires pour obtenir le pardon, le salut.
II. Mon Sauveur dans ma victime. — Sauveur ! On donne ce nom sur la terre à cet ami généreux auquel on doit, dans un désastre, la fortune, ou l'honneur, ou la vie.
Mais à Lui, je dois tout cela, bien plus que tout cela!
Le ciel était fermé à jamais par le péché, par l'offense commise envers Dieu ; mais le sang d'un Dieu est égal à l'offense ; la gloire de Dieu est donc réparée. Le ciel s'ouvre donc, il s'ouvre pour celui qui a vaincu le péché dans son expiation, le péché, la mort et l'enfer. Il s'ou-
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vre pour tous ces captifs qu'il a délivrés, auxquels il a pu dire : « Aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. * » Donc il est sauveur.
Mais si le ciel est ouvert, l'enfer est fermé à ceux qui profitent de l'expiation.
Ah! l'enfer! Ut qiiid dereliquisti me^?... quel sort affreux nous attendait ! Plus torquentur cœlo qiiam inferno^^ privés à jamais de Dieu... et la proie du démon...
Le démon, avant Jésus-Christ, tenait le chirographum'', le témoignage de ma dette signé de ma main, l'attestation de mes crimes inscrite avec mon nom dans les plaies de Jésus. Il fallait ou l'enfer ou le prix infini de l'offense infinie faite au 'Seigneur.
Joie du démon... Jamais l'homme ne pourra payer ce prix infini...; à moi donc de tourmenter éternellement cette créature de Dieu... Ut quid dereliquisti me? Le voilà abandonné