‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 133 sur 174 · MEDITATION DU FONDEMENT · texte numérisé non relu

MEDITATION DU FONDEMENT

Dieu est ma fin, car il est mon créateur; car il existe un rapport nécessaire entre mes facultés et lui, l'infini même; car j'ai besoin de l'infini en moi ; car on jouit du repos, du bonheur déjà en ce monde, selon que Dieu est possédé comme on peut le posséder ici-bas.

Confusion, douleur sentie de la négligence

I . Mon âme a été comme attachée a la terre ; rendezmoi 1- vie selon votre parole. (Ps. cxvili, aj.)

apportée à mes exercices de piété ; présence de Dieu, générosité, amour.

D'autant plus que je suis prêtre, religieux, jésuite, que je suis honoré, servi moi-même, à cause de Dieu ... et que par là même il y a plus d'indélicatesse.

Ce sont les créatures qui me détournent, comme si ma fin était en elles, comme si leur un était en moi.

Mais elles sont seulement moyen : c'est-àdire que, suivant l'ordre établi par la Providence, dans le monde de la foi, il faut, pour mériter la possession du Créateur, tendre à lui par les créatures, par les choses visibles à Finvisible ^

Mais ces choses visibles par leurs attraits deviennent comme un piège, non point par le dessein de Dieu, mais bien par la faiblesse de l'homme.

Comme tout est moyen pour moi ! Ma vie est tellement encadrée, comme religieux, par les Kègles, la volonté de Dieu connue, le genre des occupations!... Conduisant les autres à

I. Invisibilia ipsius, a creatura mundi, per ea quas facta sunt intellecta conspiciuntur : sempiterna qiioque ejus virtus et divinitas. (Rom., i, 20.)

Dieu, qu'il m'est facile, si je veux, d'aller de Dieu à Dieu, et que je suis plus coupable si j'y manque!

Et comment puni? — Le vide... comme si la mer était à sec, et qu'il restât seulement quelques gouttes d'eau pour la remplir.

SENS DE l'indifférence.

I. L'indifférence n'est point le découragement qui naît de l'apathie.

Que de fois pratiquement en moi l'indifférence venait de là !

Ici peut-être est la lumière de la retraite.

L'an dernier, lâcheté venant de découragement.

Mais d'où ce découragement ? — Cœur brisé, c'est-à-dire amour-propre humilié!., et de là cette fausse indifférence qui me trompe quelquefois moi-même.

Combien elle serait injurieuse à Dieu, surtout de ma part ! Il est d'autant plus nécessaire de la combattre, qu'elle serait plus au fond du cœur, que je l'ai moins comprise jusqu'ici, qu'elle dure depuis longtemps, qu'elle me fait plus de mal.

Le remède c'est l'amour de Dieu, la tendance à Dieu, c'est-à-dire la véritable indifférence. Que je sois indifférent à mes intérêts personnels, pour cesser d'être indifférent à la gloire de Dieu, pour tendre de tout à Dieu, pour désirer, choisir en tout ce qui est pour la gloire de Dieu. Q/îd majorem Dei gloriam.

Cette tendance à la gloire de Dieu à travers toute chose, c'est l'indifférence entendue dans le vrai sens; c'est le conjîtebor tibi in directione cordis ^.

Combien elle est nécessaire! Sans elle, la gloire de Dieu, la fin dernière compromise ; plus de perfection, de pureté de cœur; le péché inévitable ; car sans elle, mauvais usage des créatures, et par conséquent louange, respect, service enlevés à Dieu; bonté, paix enlevées à l'homme.

IL Moyens de V acquérir . — En tout considérer la fin : In omnibus respice finem ^ puis la mortification ; contre l'impressionnabilité , la possession de soi ; la balance : quid hoc ad œternitatem} la prière, et même l'esprit d'oraison-.

1. Je vous louerai dans la droiture de mon cœur. (Ps. cxvm, 7.)

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