I. Motifs qui doivent exciter mon {èle
Ma vocation, ma mission, mes engagements, mes fonctions, mes dons, pour ainsi dire, les bénédictions même obtenues dans mes ministères, sans parler de ma reconnaissance.
Prix des âmesl... Rien dans le monde créé de comparable... immortelles, faites à l'image de Dieu, elles valent le sang d'un Dieu. Que ne ferais-je pas pour sauver un malheureux qui se noie } J'affronterais tous les dangers et cela pour le corps , non pour l'âme ; s'il s'agissait de la vie du corps seulement, et que je le laissasse périr !... mais en manquant de zèle, je laisse périr les âmes !.,,
Amour de Jésus-Christ pour elles, amour passionné pour elles ! Sa Passion, ses souffrances ont été pour chacune d'elles, et pour la mienne.
Gloire de Dieu que Jésus-Christ voit dans leur salut, non-seulement la gloire de Dieu, mais sa plus grande gloire. Il n'est pas de sacrifice comparable à ses yeux, disait saint Jean de la Croix. — La plus grande preuve d'amour c'est d'aimer, c'est de vouloir le bien de quelqu'un. Le salut des âmes, c'est le bien de Dieu, sa gloire.
Zèle du démon pour les perdre, son acharnement, ses industries... Et de quelles ressources il dispose ! Nombre immense de celles qu'il entraîne!... Mais la gloire de Dieu, le zèle de Jésus -Christ, le prix des âmes et ma vocation doivent d'autant plus me presser que le démon a tant de zèle contre ma vocation, et les âmes, et Jésus-Christ, et la gloire de Dieu !
Cependant il y a comme un refroidissement que je constate avec tristesse.
D'où ce refroidissement r* — On fait si peu de chose! Comment n'être pas découragé?... Mais c'est parce qu'on est découragé qu'on fait si peu de chose !
j^o RETRAITE DE 1870.
Je le vois, rien ne plaît au démon plus que le découragement des hommes apostoliques. Du reste, ce découragement vient de lui. Donc chassons le découragement et nous ferons davantage.
Mais que de dangers pour obtenir si peu de chose !... Çum scorpionibus habitas... Comment oser avancer? — Comme si Jésus n'était pas assez puissant pour nous défendre ! Confiance, soyons tout à fait à lui... le troisième psaume de complies dit comme il nous protégera*.
Mais outre les dangers, il y a les déceptions. — Il y aura alors plus de bénédictions, si elles sont bien supportées ; car il y aura plus de mérite, plus d'humilité, plus de véritable amour. Comment! Si tu es chagrin, c'était donc pour toi-même que tu travaillais ! Relève-toi, et que ce soit pour Dieu seul.
Mais épuisé!... Pas de temps pour mon âme... dévoré par les soins extérieurs... moins d'amour de Dieu, de ferveur... Les travaux du zèle nuisent ainsi à mon âme et à la grâce même de Dieu.
C'est calomnier le zèle, comme si on étei-
I Qui habitat in adjutorio Altissimi super aspi-
dem et basiliscum ambulabis. . • (Ps. xc.)
LE RÈGNE DU SAINT-ESPRIT j^i
gnait le feu en lui donnant de nouveaux aliments ! Le zèle , au • contraire , apporte un accroissement à la sanctification de notre âme, à notre ferveur, et par là même à la grâce de Dieu. S'il n'en est pas ainsi, c'est qu'il est mal compris, mal dirigé. Que je tâche donc de le mieux comprendre, de le mieux diriger.
Réparation que je dois au zèle, à mon âme, aux âmes, à la compagnie, à l'Eglise, à la gloire de Dieu ; c'est-à-dire que tous les motifs de refroidissement, bien considérés, se changent en un motif de renouvellement qui rend tous les autres plus pressants encore.
II. Qualités du :{èle. — i" Qu'il ne soit pas selon la nature ; car alors les intentions seraient souillées, les motifs de grâce oubliés, les principes de grâce paralysés, les bénédictions d'en haut compromises, des âmes même perdues que l'on devait sauver,... si encore alors on sauve son âme !
C'est qu'en suivant la nature dans le zèle, il y a nécessairement acception de personnes,... dévouement à celles-ci pour elles-mêmes, flatterie misérable ou recherche de soi,.., vues d'intérêt,... comme si c'était commerce ou métier,.,, et encore jalousies, froissements...
Quelle que soit l'activité, le bruit et la vogue même, non, ce n'est pas le zèle, c'est bien plutôt le contraire du zèle.
2° Qu'il soit selon le bien , la sanctification de l'apotre lui-même, c'est-à-dire mon âme avant tout! Que sert de gagner tout l'univers, si je perds mon âme^^ Non, il n'est pas permis de la sacrifier pour sauver d'autres âmes, comme il est permis de sacrifier mon corps pour en sauver d'autres... Mais ce serait sacrifier les autres âmes elles-mêmes que de leur sacrifier mon âme.
Le premier moyen pour le salut des autres âmes, c'est la sanctification personnelle de l'apôtre, et alors le salut des autres âmes devient un moyen très-efficace pour augmenter dans l'apôtre sa sanctification.
Sans la sanctification personnelle, le prêtre, le plus souvent, n'est pas même le canal de la grâce dont parle saint Bernard : il n'a rien à donner. Et quand même il serait ce canal, cela ne suffirait pas; il faut qu'il soit le re'servoir, non canalis , sed concha^ un vase rempli de grâce et dont la grâce déborde.