‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 17 sur 174 · Kxod., XXXIII · texte numérisé non relu

Kxod., XXXIII

j8 RETRAITE DE iS66.

pour être vaincu par toi. Une foi languissante serait abattue, un cœur orgueilleux serait brisé ou se révolterait sous l'outrage. Mais la Chananéenne sait prier; elle ne se déconcerte pas... elle veut obtenir, et malgré tout elle demande encore. Au lieu de se plaindre des rigueurs de Jésus, elle s'humilie, elle demande en s'humi-

liant elle tourne adroitement contre Jésus

les paroles que Jésus lui oppose... et ses paroles ne servent qu'à mieux manifester sa foi et sa confiance dans le Cœur de Jésus.

Etîam Domine.,. Il est bon de le donner même aux chiens, le pain des enfants... Pourquoi } parce que les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. C'est-à-dire, il est vrai, nous ne sommes, nous étrangers, que des chiens; mais je ne réclame que les miettes, les miettes de la bonté de Jésus, de sa toute -puissance, de ses miracles. Quelle profonde et touchante parole , prodige de persévérance, de foi et d'humilité ! Jésus est vaincu. Comment refuser les miettes à cette pauvre femme }

O Femme, votre foi est grande. Quelle honte pour les disciples à qui le Maître dit : hommes de peu de foi!... Fiat tibi sicut vis! Il n'y a

VOLONTE ET DÉVOUEMENT. î9

donc qu'à vouloir obtenir, vouloir avec foi, confiance , humilité , persévérance , quand même ! Il n'y a qu'à vouloir pour la Chananéenne , à plus forte raison pour les enfants d'Israël; à plus forte raison, pour nous, chrétiens, religieux, prêtres; pour nous, que Dieu charge des âmes; pour nous, qui avons la fonction de médiateurs, la mission d'intercéder, d'attirer les grâces de Dieu , de lutter, pour ainsi dire, comme Moïse, contre Dieu pour le salut du peuple; pour nous, qui le tenons entre nos mains à l'autel, qui pouvons là traiter si facilement, si intimement avec lui, qui l'avons à notre disposition, qui n'avons en quelque sorte qu'à lui rappeler sa promesse, quidquid petieritîs..,, qu'à le sommer même de la tenir.

C'est le secret de sainte Thérèse, la toutepuissante, de Hohenlohe*, de cette bonne Mère Marie de la Providence*, l'enfant ^ktét qui lui

1. Le prince Alexandre de Hohenlohe-Waldenburg- Schillingsfurt, évéque de Gardica, mort en 1849, célèbre par les guérisons et les autres grâces miraculeuses obtenues par ses prières.

2. Fondatrice et supérieure Générale de la Congrégation des Dames auxiliatrices des âmes du Purgatoire, la

RETRAITE DE iS66.

demande tout, qui lui impose des conditions, qui se montre exigeante , capricieuse , pour ainsi dire, et à qui il ne refuse rien.

Ce n'est pas à leurs mérites , à leurs vertus qu'il accorde, mais à leur foi si simple, si filiale, à sa parole, à sa bonté... Car là est le secret de la prière.

Retour sur moi-même. — Et moi, je connais ce secret, je le prêche aux autres qui, par là, obtiennent des grâces extraordinaires.

Je reproche amèrement aux autres de ne pas avoir cette foi, cette confiance, de se décourager dans la prière... et je ne prie pas assez moimême. Dieu m'a fait bien des grâces sur un simple désir, desiderium cordis, ce qui devrait m'encourager, et je ne prie pas assez.

Tant de besoins cependant, pour moi d'abord, pour ma sanctification ou plutôt ma conversion si tardive, pour ma famille, pour la Compagnie, pour l'Eglise, pour ma maison que je dois porter sur mes épaules par la prière, pour tant d'âmes dont je suis chargé, qui se recommandent à mes prières ! Je promets, et je n

mère Marie de la Providence rendit son âme à Dieu la 7 février 1S71.

prie point, ou je prie d'une manière générale et vague, et comme au hasard.

Cruauté pour ces âmes, injustice, responsabilité! que de grâces j'aurais pu leur obtenir. Si celle-là reste dans le péché, celle-là dans les tortures, n'est-ce pas ma faute?

Cruauté pour moi-même, responsabilité! Si je n'avance pas, si je retombe toujours, quelle en est la cause? J'accuse ma faiblesse, ma misère... sans doute; mais je n'aurais qu'à invoquer Celui qui est la miséricorde et la force, je ne prie pas, je ne demande pas. Notre-Seigneur peut vraiment me dire : iisque modo non petistis qui d quant , mais vous n'avez encore rien demandé.

Et pourquoi donc est-ce que je ne prie pas > — Est-ce que je me regarde comme indigne d'être exaucé? Peut-être. Mais la Chananéenne... Ah! si j'avais son humilité!

Est-ce parce que je m'abandonne de tout à Dieu? Peut-être; mais au fond il y a plus dei iécouragement en moi que de confiance.

Je ne traite pas encore avec Dieu comme un enfant avec son père; les rapports personnels manquent. Avec ma mère je voudrais, je presserais, je caresserais, je m'humilierais, je ferais

ce que fait la Chananéenne avec Jésus, je finirais par obtenir. Mais je n*ai pas assez de foi, modicœ fidei. Voilà la racine du mal, le grand péché. Mon Dieu, augmentez ma foi.

Comme j'ai senti ce besoin d'une foi plus grande dans la prière, pendant la retraite de ***. Comme la simplicité de cette âme, qui obtient tout de Dieu, m'a touché, m'a comblé de confusion, de contrition ! Comme j'ai demandé au curé d'Ars, en revêtant son surplis, son esprit de foi, de prière, d'union à Jésus, son secret de la prière !

Son secret c'est celui de la Chananéenne, c'est la foi à cette parole : quidquid petieritis in nominejneo... Isifoi au Cœur si bon de Jésus; la foi aux rapports personnels avec Jésus. Ah ! si j'avais de la foi seulement comme un grain de sénevé!

Mon Dieu, augmentez ma foi. Mon Dieu, que je devienne un homme de foi, un homme de prière; il le faut pour moi, pour les miens, pour tant d'âmes.

Résolution de mieux m'acquitter de mon rôle de médiateur, de prier davantage et d'une manière spéciale pour les âmes qui en ont le

plus besoin, — Déjà aujourd'hui, i6 octobre, prière pour mes frères et mes enfants.

O millier^ magna est Jïdes tna;Jîat tibisicuT vis!

SIXIÈME JOUR

Page 1