‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 19 sur 174 · I. Luc, X · texte numérisé non relu

I. Luc, X

prétations la loi de Moïse; l'orgueil, l'égoïsme pharisaïque ont pris la place de la charité. S'il avait la charité de Moïse, ce docteur ne ferait pas cette question : quis est proximus meus? Cette science d'orgueil, qui le rend ignorant, interroge. Mais' Moïse l'a déjà condamné, comme Jésus le condamne..., et la nature et la conscience le condamnent avec Jésus : Si charîtatem non habuero, nihil sum^.

Et moi, prêtre de la loi nouvelle, moi qui vis sous cette loi : si charitatem non habuero, nihil sum, ai-je la charité? Je ne dis pas : quel est mon prochain, quis est?... mais le connaissant, ne m"arrive-t-il pas de le laisser là, comme le lévite et le prêtre de Jérusalem ! Si j'allais épargner l'huile et le vin pour donner le vinaigre; faire acception de personnes, même quand il s'agit des souffrances spirituelles; rejeter les ennuyeux, témoigner de l'intérêt selon le profit de ma vanité; — retenir mon coeur qui avait tant d'élan autrefois ! . . . Cujus spiritus estis? J'ai besoin de me le rappeler.

Le bon Samaritain, que ne fait-il ^as pour la victime ! Il ne dit point : quis est proximus?

I. Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. (I Cor., xni, 2.)

Il n'examine pas si ce blessé est de Jérusalem, de Samarie, ou même infidèle. — C'est un misérable, et la miséricorde en lui s'émeut, misericordia motus. Il n'examine pas s'il y aura dépenses,dérangements, fatigues: il fait tout ce qu'il peut, il donne tout ce qu'il a, il se donne lui-même, et le vin et l'huile en coulant dans les blessures semblent représenter l'affection de son cœur. Il ne cède pas son dépôt à l'aubergiste pour se débarrasser, c'est un auxiliaire qu'il appelle pour mieux remplir sa mission ;il s'engage vis-à-vis de lui, il suit son œuvre, il reviendra, il va jusqu'au bout.

Non, un ami, un frère, une mère ne feraient pas davantage. C'est qu'il est plus qu'une mère ; c'est Dieu même, le Fils de Dieu fait homme, ut fier et mîsericors, c'est Jésus.

Ainsi Jésus a répondu par la parabole du Samaritain qui le représente, à la question du docteur : qiiis est proxîmus?

Il y a deux réponses de Jésus :

i" Pour les Juifs eux-mêmes : Mon prochain c'est celui qui souffre, qui a besoin de moi. Z,e malheur fait le prochain.

2° Mais Jésus va plus avant : La charité fait le prochain. Voyez comme il répond à la

question : Quel est mon prochain? en posant la question inverse : Quis horum triiim videtur tibi proximus fuisse illi? Ce blessé était bien le prochain des trois voyageurs ; mais deux passent outre. Qui des trois lui a été prochain? Le prêtre et le lévite sont venus tout près : secus... ce n'est pas assez. Qui l'a soulagé? qui est resté là? qui a, pour ainsi dire, adopté son infortune? Donc, le prochain c'est celui qui comprend le cri du malheur, c'est le cœur qui compatit, la charité fait le prochain.

Qu'importe que ce généreux ami du malheur soit Samaritain et non docteur de la loi? La charité fait le prochain, elle efface la distinction de Samaritain ; le Samaritain par elle devient un véritable enfant de David et de Dieu, plus près de Dieu, quoique Samaritain, que le lévite ou le prêtre qui passent; parce que la charité ne passe pas, la charité en le rapprochant du malheur, le rapproche de Dieu même, le rend le prochain de Dieu. Cujus spiritus?... Voilà bien l'Esprit du Seigneur.

Quelle honte pour ce prêtre juif, pour ce lévite que la conduite du Samaritain! car le prêtre et le lévite sont bien plus obligés que lui de soigner ce blessé sur la route.

Mais le prêtre de la loi nouvelle, le compagnon de Jésus surtout, le frère du bon Samaritain est bien plus obligé encore d'être par la charité le prochain de tous ceux qui souffrent.

Cette charité est ce signe auquel on reconnaît le prêtre et en particulier lejésuite qui doit communiquer le plus avec Jésus, puiser mieux dans son Cœur, vivre plus avec lui cœur à cœur ; qui, recevant lui-même de ce divin prochain, dans toutes ses blessures, les effusions d'une incomparable charité, en devient plus miséricordieux, ut fier et misericors , et se plaît par reconnaissance à devenir le prochain, le Samaritain de tous ceux qui souffrent, à voir dans tout homme qui souffre son frère çt son prochain.

Que dis-je> ce frère, ce prochain qui souffre, ce voyageur blessé sur le chemin, devant lequel passent insensibles et le lévite et le prêtre juif, c'est Jésus-Christ lui-même. Ah ! comme il s'élance, le vrai prêtre nourri du sang, de la charité de Jésus, pour secourir en son prochain ce prochain sacré, le blessé divin, Notre-Seigneur Jésus-Christ! Cujus spiritus estis, et voilà de quel esprit nous devons être.

>îcuveau retour sur moi-même. Regrets

^8 RETRAITE DE iS66.

d'avoir si souvent manqué de charité envers Jésus-Christ, d'avoir si souvent étouffé en moi la charité de Jésus-Christ même.

On dit du père de Villefort qu'il crève de charité. Que je voudrais en être là!

Résolution d'être plus charitable à l'avenir, plus prochain, plus prêtre, plus Jésuite, plus Jésus, pour les misères corporelles et spirituelles; de me décider plus facilement à donner, à me déranger, à m'occuper d'une affaire moi-même, à la suivre en cherchant des auxiliaires, en m'informant..; à verser l'huile comme le vin dans les plaies, et non le vinaigre, sans acception de personnes ; ou plutôt comme Jésus, m'attachant de préférence aux plus souffrants, aux plus humbles, aux plus délaissés.

Mais comment tenir cette résolution î^... Et la Messe du matin, la communication avec Jésus, le cœur à cœur de l'autel entre Jésus et son prêtre ! Que je puise donc chaque matin huile et vin, oleum et vinum (mon nom, pour ainsi dire), dans le Cœur de Jésus : Oleum et vinum! pour être non-seulement de nom, mais d'efîet le bon Samaritain.

DEUX ETENDARDS.

Jésus demande le détachement de tout bien, de tout honneur humain, l'humilité. Mais l'amabilité de Jésus, l'amour de Jésus rend ce détachement moins difficile et moins cruel à la nature. Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien que Jésus ; ni lieu, ni chose, ni personne, ni idée, ni sentiment, ni honneur, ni souffrance qui puisse me tourner contre. Jésus. Jésus, c'est pour moi l'honneur, le charme, le cœur, l'esprit, celui que j'aime, ce que j'aime, la patrie, déjà le ciel. Mon trésor, mon amour, ma volonté, Jésus !

O Jésus, gardez-moi sous l'étendard de votre croix. Que le crucifix ne soit pas seulement sous mes yeux, sur ma poitrine, mais dans mon cœur, vivant en moi. Que je sois moi-même ce crucifié vivant, transformé en Lui par l'union de l'Eucharistie, par la méditation de sa vie, des sentiments les plus intimes de son Cœur, attirant les âmes non pas à moi, mais à Lui, du haut de cette croix où vivant, son amour m'attache à jamais.

RETRAITE DE i86<5.

ANANIAS ET SAPHIRA^o

Grâce : nous prémunir contre les tentations du démon et contre les illusions qu'elles entraînent, contre la passion, contre la sensualité qui nous rendrait parjures, infidèles à Dieu.

Ananias est sincère dans sa résolution, de vendre son champ et d'en apporter le prix aux pieds des apôtres. — Et moi, je suis -sincère aussi dans le sacHiice que j'offre à Jésus à la fin de ma retraite, que je dépose à ses pieds, désirant par là même m'unir plus intimement à lui.

Mais quoi ! Q^nania, cur tentavit Satanas cor tuum * ? — La tentation ne tardera pas : Occupations , fatigue, comme avant . . .

Saphira réclamera; la compagne d'Ananias, la nature, la mollesse, la sensualité, l'impressionnabilité, l'attachement, la passion. — Il est bien juste, dira-t-elle, de retenir quelque chose. Tout livrer serait exagération, imprudence ; la

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