‹ Journal de VoyageChapitre 44 sur 294 · La Reuss · texte numérisé non relu

La Reuss

s'est faict plusieurs grandes assemblées de princes. Nous ne logeames pas en la ville, mais audit bourg qui est tout au bas de la montaigne le long d'une riviere, ou un torrent plustot nommé Limag!, qui vient du lac de Zuric.

Il y a deux ou trois beings publicques decouvers, de quoi il n’y a que les pauvres gens qui se servent. Les autres en fort grand nombre sont enclos dans les maisons, et les divise t'on et depart en plusieurs petites cellules particulieres, closes et couvertes * qu'on loue avec les chambres : lesdites cellules les plus delicates et mieux accommodées qu’il est possible, y attirant des veines d'eau chaude pour chacun being.

Les logis tres magnifiques. En celui où nous logeames, il s’est veu pour un Jour trois cens bouches à nourrir. ll y avoit encore grand compaignie, quand nous y estions, ct bien cent septante licts qui servoint aux hostes qui y estoint. Il y a dix sept poiles et onze cuisines, et en un logis voisin du nostre, cinquante chambres meublées. Les murailles des logis sont toutes revestues d'escussons des gentils hommes qui y ont logé. |

La ville est au haut audessus de la croupe, petite et tres belle comme elles sont quasi toutes en cette contrée. Car outre ce qu'ils font leurs rues plus larges et ouvertes que les nostres, les places plus amples, et tant de fenestrages richemant vitrés par tout, ils ont telle coutume de peindre quasi toutes les maisons par le dehors, et les chargent de desvises qui rendent un tres plesant prospect : outre ce que il n’y a nulle ville où il n’y coule plusieurs ruisseaus de fonteines, qui sont cslevées richemant par les carrefours, ou en bois

Page 1