Edit. orig. : baton; ils
sçavoir leurs qualités, pour suivant cela, observer les cerimonies qui leur sont dues : ils donnent plus de vins aus uns que aus autres. A un Duc, l’un des Bourguemaistres en vient presanter : ils nous prindrent pour barons et chevaliers. M. de Montaigne, pour aucunes raisons, avoit voulu qu’on s'y contrefit, et qu'on ne dict pas leurs conditions, et se promena sul tout le long du jour par la ville; il croit que cela mesme servit à les faire honorer davantage. C'est un honeur que toutes les villes d'Allemaigne leur ont faict.
Quand il passa par l'Eglise Notre-Dame, ayant un froitextreme, (car les frois commençarent à les picquer au partir de Kempten, et avoint eu jusques lors la plus heureuse seson qu'il est possible), il avoit, sans y panser, le mouchoer au nés, estimant aussi qu'’einsì sul et tres-mal accommodé, nul ne se prandroit garde de lui. Quand ils furent plus apprivoisés avec lui, ils lui dirent que les jans de l'Eglise, avoint trouvé cete contenance estrange. Enfin * il encourut le vice qu'il fuioit le plus, de se rendre remercable par quelque façon ennemie du goust de ceus qui le voioient; car entant qu'en lui est, il se conforme et range aus modes du lieu où il se treuve, et portoit à Auguste un bonet fourré par la ville.
Ils disent à Auguste, qu'ils sont exempts, non des
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1. En ne se donnant pas pour gentilshommes, ils pensaient peutêtre esquiver les « vesseaus » de vin et les harangues. — Un littérateur anglais, Saint-John, a trouvé qu'avant le siège de Thionville en 1558 « les chroniques du temps constatent la présence à Augsbourg d'un agent politique secret, pensionné par le gouvernement français pour lui adresser d’utiles révélations. Cet agent est par elles désigné sous le nom du « sieur de Montanus ». Revue Britannique, 1859, II, 101, citée par A. d'Ancona. On ne voit pas bien Montaigne dans ce ròle d’espion.
a. Il faut peut-être lire : Einsin...
souris, mais des gros rats, de quoy le reste de l’Allemaigne est infecté; et là dessus content force miracles, attribuant ce priviliege à l’un de leurs evesques qui est là en terre, et de la terre de sa tumbe, qu'ils vendent à petits lopins come une noisete, ils disent qu'on peut chasser cete vermine, en quelque region qu'on la porte.
Le lundy nous fumes voir en l'Eglise Notre-Dame la pompe des noces d’une riche fille de la ville, et lede, avec un facteur des Foulcres, Venitian : nous n'y vismes nulle belle fame. Les Foulcres qui sont plusieurs, et tous tres-riches, tienent les principaux rengs de cete ville là. Nous vismes aussi deus sales en leur maison, l'une haute, grande, pavée de mabre; l'autre basse, riche de medailles antiques et modernes, avec une chambrette au bout. Ce sont des plus riches pieces que j'aye jamais veucs. Vous vismes aussi la danse de cet’ assemblée : ce ne furent qu’ Alemandes! : ils les rompent à chaque bout de champ, et ramenent seoir les dames qui sont assises en des bancs qui sont par les costés de la sale, à deus rangs, couverts de drap rouge : cus ne se meslent pas à elles. Apres avoir faict une petite pose, ils les vont reprendre : ils baisent leurs meins*, les dames les reçoivent sans baiser les leurs, et puis leur metant la mein sous l'aisselle, les embrassent ct joingnent les joues par le costé, et les dames leur metent la mein droite sur l'espaule. Ils dansent et les entreticnnent, tout decouvers, et non fort richemant vetus.
Nous vismes d'autres maisons de ces Foulcres en autres endrets de la ville, qui leur est tenue de tant de despances qu'ils amploient à l’embellir : ce sont
1. Danse à trois temps qui ressemble à la valse. 2. Les hommes sc baisent leurs propres mains.
maisons de pleisir pour l’esté. En l'une nous vismes un horologe qui se remue au mouvemant de l’eau qui lui sert de contre pois. Là meme deus grands gardoirs de poissons, couvers, de vint pas en carré, pleins de poisson‘. Par tout les quatre costés de chaque gardoir il y a plusieurs petits tuiaus, les uns droits, les autres courbés contre-mont : par tous ces tuiaus, l’eau se verse tres plesammant dans ces gardoirs, les uns envoiant l'eau de droit fil, les autres s'élancant contremont à la hauteur d'une picque. Entre ces deux gardoirs, il y a place de dix pas de large planchée d’ais; au travers de ces ais, il y a force petites pouintes d’airain qui ne se voyent pas. Cependant que les dames sont amusées à voir jouer ce poisson, on ne faict que lacher quelque ressort : soudein toutes ces pouintes elancent de l’eau menue et roide jusques à la teste d'un home, et ramplissent les cotillions des dames et leurs cuisses de cette frecheur. En un autre endret où il y a un tuieau de fontene plesante, pendant que vous la regardez, qui veut, vous ouvre le passage à des petits tuieaus imperceptibles qui vous jettent de cent lieus l’eau au visage à petits filets, et là il y a ce mot latin : |
Quasisti nugas, nugis gaudeto repertis?.
Il y a aussi une voliere de vint pas en carré, de douze ou quinze pieds de haut, fermée par tout d'areschal bien noué et entrelassé; au dedans dix ou douze sapins, et une fontene : tout cela est plein d’oiseaus. Nous y vismes des pigeons de Polongne, qu'ils appel-
1. « … J'ay veu des gardoirs assez, où les poissons accourent, pour manger, à certain cry de ceux qui les traictent. » Æssars (1588). liv. II, chap. xn.