‹ Journal de zoologieChapitre 123 sur 130 · GARD · texte numérisé non relu

GARD

(PLATOSPEUS GERVAISII) ;

PAR

H. JL. DB 1^'ISIiE (1).

Le Batracien du gisement à Elephas meridionalis de Durfort (Gard), se rattache assez franchement à cette portion de l'ancienne famille des

(1) Ce travail a pour principal (AJet le Ratraden anoure, de la divinon des Bufoniformes, que j*ai signalé à la p. 280 de ce volume, comme trouvé dans les marnes à Elephas meridionaUê de Durfort (Gardj, pendant les fouilles exécutées sur ce point pour le compte du Muséum d'histoire naturelle de Paris, par MM. P. Cazalis de Fondouce et OUier Marichard. Après avoir tUt dégager

GENRE NOQYBAD DE BATRACIENS. b73

Bufonifonnes {Bufonidx et Hhinopkrynidœ], que le professeur Gope rejette dans ses séries d'Arcifères et que nous croyons devoir placer plus haut dans notre grand sous-ordre des Anoures alamplexes. Ses vertèbres sont procœliennes. Les diapophyses du sacrum se dilatent en d'assez larges triangles. Le sternum est dégradé et arcifère. Mais, ses rapports naturels se trahissent surtout par Tantagonisme des deux caractères suivants : d'un côté la boite crânienne est large et accuse le haut degré d,'intelligenc6 où s'élèvent ces animaux parmi les Anoures, et l'on sait qu'ils occupent le premier rang sous le rapport de l'instinct, de l'éducabilité et de la mémoire des lieux ; et de l'autre, ce caractère larval et dégradé de maxillaires supérieurs lisses et privés de dents.

L'ensemble des caractères suivants le séparent des Bufo proprement dits et des autres Anoures, et constitue le nouveau genre

Platosphus.

Derme distinct du cr&ne, mais à granulations nombreuses, régulières, nettement ressorties. Préfrontaux bien développés; fronto-pariétaux très-larges, non confondus entre eux sur la ligne médiane. Absence complète de dents. Sacrum composé de plus d'une vertèbre, comme dans le genre Paleobatrachus de Tschudi. Deux sacrées (la huitième et la neuvième), toutes deux articulées au bassin, à diapophyses également dilatées en larges ailes triangulaires. Coccyx sans condyles articulaires, soudé et intimement uni à la deuxième vertèbre sacrée.

Le Batracien fossile de Durfort accuse, dans les proportions générales de la tête, du tronc et des membres, de grands rapports avec le Bufo vulgaris. C'est avec cette espèce que je le mets en parallèle, choisissant conune terme de comparaison, un exemplaire de Sicile, femelle de très-grande taille.

de sa gangue ce curieux fossile, de manière à meure en évidence ses principaux caractères, j'en ai fait une première étude que j'ai continuée ensuite en commun avec M. De ITsle, qui est, comme on le sait, très au courant des particularités ostéologlques des animaux de ce groupe, et j'ai remis à mon savant collaborateur les pièces qui pouvaient l'aider dans ce nouvel examen. M. De llsle a ainsi été conduit à réunir les éléments de la présente Note, que Je suis heureux de lui laisser signer seul, pour le remercier du soin qu^il a apporté dans ses délicates observations.

(P. GlBV.)

1^71^ DE l'iSLE.

Les proportions sont les suivantes :

Platoiphut GervaisU. Bufo vulgarù.

c, miD. c. mm.

Espace interorbitaire pris vers le milieu des fronto-pariétaux 9f 4/3 9» V^

Du museau à la crête de Tischion (que je restitue) 42,3 44,8

Et chez le Palaobatrachus gigas. . . 43,9

Du bord antérieur de la troisième vertèbre à la huitième inclusivement. 3,4 4/8 3,5

Longueur de la sacrée et de la coccygienne» réunies 2.9 distinctes 4,0

Longueur de l'iléon jusqu'au bord antérieur de la cavité cotyloYde.. . . 3,5 S/3 4,0

Longueur du métatarsien du grand orteil 4,6 4/2 1,9

Longueur du métatarsien de l'orteil médian 4,5 4,7

Longueur du tibia-péroné 3,4 4/2 3,7 4/2

Longueur du fémur (d'après l'empreinte) 3,4 4,0

Le Batracien de Durfort, une femelle indubitablement, d'après l'absence des crêtes inférieures de l'humérus, est intermédiaire, pour la taille, au Palœobatrachus gigas et au Bufo vulgaris. Il est vrai qu'il le cède plus à celui-ci qu'il ne l'emporte sur celui-là. Il est un peu plus grand qu'un B. vulgaris femelle de la plus grande dimension. Mais comme on peut le voir sur le tableau qui précède, s'il a le tronc pins grand, il a les membres moins étendus. Les os des extrémités sont plus épais, plus larges, mais plus courts ; le bassin est moins allongé et plus robuste.

En dessus, une partie des os de la tête n'existe plus et ne nous a laissé que le moule ; mais celui-ci nous en retrace fidèlement les contours et le relief. Le derme qui les recouvrait n'était point ossifié, car il a laissé, sur toute la boite crânienne, des granulations nombreuses et bien ressorties, à base calcaire. L'orbite est assez grand et reculé, non projeté en avant, comme chez les PalxobatrwAus ; les préfrontaux développés. L'espace interorbitaire mesure 9*"* 4/2 vers le milieu des

GENRE NOVfEAU DE BATIUCIRN0. bT5

fronto-pariétaux, et ceux-ci sont amples comme dans le genre Bufo^ bien plus larges que chez Rana et Aitoofratrockt». Une longue suture très-nette sur la ligne médiane nous marque qu'ils étaient parfaitement distincts. Cette suture ne s'élargit point en fontanelle à sa partie antérieure, comme chez plusieurs espèces récentes. Les fronto-pariétaux ne se limitent pas en côté par de hautes crêtes, comme chez les Bufo margariiifer et melanotiSf ou par de plus basses, comme chez les B. Agua et scaber.

Le nouveau Batracien fossile se rapproche décidément du B. vtUgaris en ce que ces fronto-pariétaux, dans le plan qu'ils forment en dessus, ne sont pas très-amples et évasés en arrière, mais relativement étroits dans cette partie, resserrés et à peine plus larges qu'en avant. Tandis que chez le B. pantherinus et les espèces à crête que je viens de citer, ils sont au moins deux fois plus larges en arrière qu'en avant.

Les vertèbres de Platospkus Gervaisii ont le corps long et bien développéy et ne sont pas courtes et comme écrasées l'une contre l'autre, avec ankylose de l'atlas et de la deuxième vertèbre, conmie chez Pabsobatrachus. II y en a dix comme chez Au/ô, Rana et la plupart des Anoures ; en comptant, il est vrai, pour une vertèbre le coccyx, bien qu'il ne soit pas distinct ici de la deuxième vertèbre sacrée. Les vertèbres dorso-lombaires ont des apophyses transverses plus fortes et plus longues que chez la plupart des Bufo actuels, et, sous ce rapport, il s'éloigne du B. fnUgaris et se rapproche des Bufo asper et agua>

Le Platosphus pliocène a un bassin plus court et plus robuste que les Crapauds. En corrélation avec cette particularité, le coccyx est sensiblement moins long et a sa partie antérieure plus dilatée en avant, avec des traces de crêtes latérales.

Les apophyses transverses de la vertèbre sacrée (neuvième vertèbre) s'élargissent en pelles triangulaires assez larges, de la même façon que dans le genre Bufo^ mais sont bien plus larges et épaisses à la base, d'où le corps de la vertèbre sacro-coccygienne est plus empâté entre elles et au lieu de se dégager aux deux tiers, ressort à peine en dessous du quart ou du cinquième de son épaisseur.

Chez les Crapauds actuels (Bufo) , nous avons 'particulièrement examiné les suivants : Bufo melanotis^ scaber^ asper et margaritifer^ Agua et Chilensis^ de l'Amérique du Sud ; Bufo angusticeps^ pantherù nuSf d'Afrique ; Bufo viridis^ calamiia et tni/^am, d'Europe. Chez ces espèces, le coccyx s'unit au sacrum par une articulation mobile et de doubles condyles.

(76 DB l'isle.

Ici la vertèbre coccygienne ne joue pas sur la sacrée, ne lui est pas simplement soudée, mais fondue avec elle n'offre plus de trace de sqture visible, comme chez les représentants de différentes familles, dans les genres Pelobates^ Didocus^ Seaphiopus, Spea^ dans le genre BrevicepSj etc., mode de structure qui, d'aprfes Gope, n'est pas rare parmi les Anoures fouisseurs et que Ton retrouve également chez les Pipas et les Dactylètbres.

Mais ce qui frappe au premier coup-d'œil chez le fossile, objet de cette Note, c'est l'existence de deux vertèbres sacrées. La huitièoie vertèbre n'est plus comme dans le genre Bufo^ une dorsale ou dorso-lombaire, avec des diapophyses brèves ou longues suivant les espèces» mais toujours grêles et bien dégagées du bassin en avant. C'est une vertèbre sacrée, toute entière engagée entre les os iliaques. Le développement de ses apophyses transverses est tout à fait exceptionnel. Elles se dilatent en larges ailes triangulaires, qui égalent pour le moins celles de la vertèbre suivante, la neuvième, ou deuxième sacrée^ l'unique vertèbre sacrée des Anoures actuels. Les diapophyses de cette premi^*e sacrée sont au moins aussi fortes, aussi larges et aussi épaisses que celles de la deuxième, que leur bord appuie en arrière et suit sans intervalle.

On chercherait vainement, dans la nature actuelle et parmi les espèces vivantes, un tel mode d'articulation du bassin. Pour en trouver un semblable, il faut redescendre quelques étages plus bas, aux dépôts de lignites miocènes de Rott, près Siebengebirge, dans la Prusse rhénane. Là, nous trouvons représenté par diverses espèces, un genre, il est vrai beaucoup plus dégradé, puisqu'il nous faut reculer dans la série presque jusqu'aux Âglosses, pour lui trouver des homologues dans les temps actuels. Les PaUsohairachus ont un sacrum composé, fort voisin de celui du nouveau génie Platosphus. 11 y a, suivant les espèces, deux, trois et parfois même quatre vertèbres sacrées. Il y en a deux chez les Falwobatrachus gigas et graciliSf Von Meyer, et trois ou quatre chez le Pal. Goldfusti, Tsch. Chez le Plalosphus^ le corps et les diapophyses, bien qu'en étroit contact, ne sont pas soudés. Chez les Palxobatradius ces vertèbres et leurs ailes latérales se fondent entre elles en un véritable os sacrum, toutefois, le plus souvent avec des sutures visibles. Au contraire, le style coccygien est bien distinct chez toutes ces espèces et n'a jamais été intimement réuni au sacrum, comme chez le fossile de Durfort. Celui-ci a le bord du maxillaire et de l'intermaxillaire tranchant et lisse ; les divers PaUBobatrachus s'en distinguent très-nettemeot, en

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