‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 122 sur 293 · AMEN ET MILLIES AMEN · texte numérisé non relu

AMEN ET MILLIES AMEN

19. — Le vent est au sud-ouest; il dégèle, il pleut, il fait chaud; on est lourd, paresseux: les chemins sont redevenus détestables. J'ai bien dormi. À mon lever, j'ai reçu une agréable lettre de mon épouse. Sa Majesté ne veut pas que les soldats peu malades aillent plus loin que Strasburg, où elle a ordonné la formation d’un grand hôpital pour les retenir jusqu’à leur rétablissement : J'Y enverrai des chirurgiens. Elle a aussi ordonné celle d’un hôpital de six cents lits à Elbing et de deux gîtes placés, l'un à Dirschau et l’autre à Mewe, en cas qu'il fallût évacuer Elbing. Sa Majesté se mêle de tout, fait ou ordonne tout et vaut à elle seule toutes les administrations.

20. — Mauvais temps : il neige à force et le froid s’est ranimé. Nous avons bien dormi sur notre foin; en tout je . me porte bien et suis content. Voici venir le doux printemps! Sans doute qu’il y aura quelques changements politiques dans nos affaires. L’Autriche arme : est-ce contre ou pour nous? Je pense que celte puissance se range de - notre côté. Alors la paix se fera bientôt. Amen et millies amen !

21, 22, 23 et 24. — Ces quatre jours n’ont rien offert de particulier; nous avons eu un dégel complet le pre- -mier, un beau soleil le second et une gelée des plus fortes - pendant les deux derniers. Cette gelée se soutient; le ther- .momètre doit être à sept ou huit degrés pendant la nuit, car dans Île jour le soleil se montre et il est fort. Nous nous portons tous bien et nous écrivons à force, car, quand on ne se bat pas et qu’il n’y a plus de sang à ver- “ser, il faut répandre de l’encre. Je n’ai pu encore fournir un contrôle exact à l’intendant général : tous mes papiers sont restés à Varsovie, d’où je les attends de jour en jour. Je requiers d’ailleurs chaque jour de nouveaux sujets ; les “hôpitaux des derrières vont être tous levés ; je tâcherai de

faire durer un mois de plus ceux de Wurzbourg. Les ordres du 15 et du 17 feront marcher les chirurgiens indolents et rejoindre les chirurgiens-majors restés avec leur colonel ou avec de simples officiers blessés, soit à Leipzig, soit à Varsovie, Thorn, etc. Sa Majesté a ordonné qu'on établisse des hôpitaux sur les deux rives de la ® Vistule et à portée des corps d'armée; je fais cheminer nos chirurgiens.

On parle de départ. On dit que l'Empereur va s’établir dans un beau château où Guillaume If allait souvent; le quartier général sera dans le village de trente maisons qui dépend de ce château.

PONT L'ORETE T

Les 25, 26, 27, 28, 29, 30 et 31 mars, ainsi que le 1% avril, n’ont rien présenté de particulier. On parle toujours de départ; on voit sortir des caissons de Sa Majesté, et cependant on reste. Il a fait alternativement chaud et froid; la gelée a même été fort vive d’un jour à l’autre. J'ai envoyé six divisions de chirurgie à cheval à Elbing, Marienbourg, Marienwerder, Christbourg, Dirschau et Mewe, sans compter les chirurgiens que j'ai dirigés sur Saalfeld. M. Coste a demandé son congé et l’a obtenu ; mais, à ce qu’il paraît, à condition qu'il resterait jusqu'à l’arrivée de son successeur. Or, on avait dit que ce succes. seur serait M. Gilbert qui, étant sur les lieux, ne l’eût pas retardé : il est plus probable que ce sera Desgenettes, qui est à Paris, ce qui va faire mourir d’impatience notre # pauvre nostalgique, à qui il tarde tant de revoir ses foyers, = sa famille, son jardin. Il a cru un moment que j'avais « cherché à le retenir et que j'étais cause du délai qu'il « essuyait ; il m'avait même écrit des lettres de reproches; « mais il est convaincu aujourd’hui que je ne me suis mêlé. d’aucune manière de son affaire ; il partira quand il pourra. M

L'Empereur monte à l'instant én voiture. Notre tour « viendra bientôt.

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