Il y a six lieues; le chemin est assez bon etle
temps superbe ; il a gelé; le sable est ferme; point de boue et le soleil Juit. On traverse d’assez bons villages et des
bois de sapins. Le territoire de Landsberg, à une lieue de «
rayon, est bon, bien cultivé et d’un bel aspect; ce qui explique la beauté et propreté de la ville, ainsi que Pair
de santé, de gaieté, de confiance et d’urbanité des habi-
tants.
La petite ville de Friedberg, située sur un grand pla-
teau, est assez jolie; les habitants en sont bons, bien logés, bien habillés ; les hommes surtout sont richement
étoffés et presque à notre mode. Nous sommes logés chez.
le juif Moyse, dont le manoir est propre et chez qui nous avons trouvé une bonne table et de très bons lits. En cette “
ville est un médecin israélite de bonne mine, docteur de Francfort-sur-Oder, parlant assez bien notre langue, homme fin, spirituel et nous ayant donné de bons renseignements sur la Pologne.
Le vent est au nord-est. La gelée augmente : c’est un $
grand bonheur pour l’armée, dont la constitution australe
de ces jours passés eût fait entrer un sixième aux hôpitaux.
29. — Je me suis trompé sur l’article de la gelée : dans | 4 Ja nuit le vent a tourné au nord-ouest; il a neiïgé; il neige \ 4 et pleut ce malin; il y a un peu de veralas: le temps n’est à |
pas froid, mais les chemins sont affreux.
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Partis de Friedberg à huit heures, bien contents de
notre juif et notre juif bien content de nous. Rien de plus.
propre que la maison de ce brave israélite, père de cinq enfants, veuf d’une femme morte d’une hernie gangrenée, « CA
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et ayant Mile Migna, de la même secte, pour le soulager dans son veuvage.
Il y a cinq lieues de lriedberg à Driesen : route de sable, pauvre pays, tristes villages. Arrivés à une heure, logés dans une très bonne maison. Cette ville est assez genlille ; elle annonce l’aisance. J'y ai trouvé pour commandant un officier du T° de chasseurs à cheval ayant recu un coup de feu à là nuque, la balle ayant touché les bosses occipilales : M. Hermann, aide-major à ce régiment, est reslé pour le soigner et pour avoir l'œil au service de
l'hospice civil. On évacue les malades par douze ou - quinze sur la rivière de Netze, qui se jette dans l’Oder près -Kustrin ; ils sont sur de bons bateaux clos et échauffés. Le commissaire est l’aimable Catuellan, charmant jeune “homme de Rennes, qui nous a fait donner du bon pain blanc et du mouton pour lrois jours, avec une voilure sus- -pendue qui me mènera à Posen, car je quitterai demain -mon camarade Maugras, qui depuis Kustrin m’a donné une place dans son cabriolet ; il va à Bromberg ou à Thorn, et “moi, je prends à droite pour aller à Posen, où est Sa Majesté. Nous n’avons pas encore passé la Vistule. Les Prussiens, qui sont sur la rive droite, vis-à-vis Thorn, ont “iré sur nos gens quelques coups de canon; mais on les a hit taire en les menaçant de brüler la ville où ils sont avec -des obus incendiaires.
. Il fait extrêmement mauvais ; il pleut, neige et gèle; le verglas n’est pas fort. Demain 30, nous partons, cinq de mes chirurgiens et moi. Je ne verrai mes équipages que le 3 décembre. Chacun nous fait peur de la Pologne; nous Sommes dans la meilleure portion de ce pays ; passé Posen, ce ne sera que misère et malpropreté. Le Polonais est très sale; les anciens Prussiens le mésestiment et parlent tous avec dédain de la Pologne.
…. 30. — Nous avons fait nos six milles assez lestement ;
M. Catuellan m'a procuré une bonne voiture suspendue attelée de quatre chevaux qui m'ont mené lestement. | Nous sommes arrivés à une heure à Zirke, petite ville. de Pologne sur la Warta. Le 4° corps y passait; tout était plein. Le commandant aurait bien voulu que j’allasse loger dans un village à une lieue plus loin: j'ai insisté pour rester en ville, et jy ai eu un assez bon logement chez uns Polonais parlant bien latin, honnête, grand cultivateur et propriétaire d’un ancien couvent de dominicains; il mew sera difficile de conserver mes paysans et leurs chevaux, quoique je les tienne sous clef sans les laisser manquer de. rien. La campagne ressemble aux environs d’Ambleteuse; tout est sable et sable aussi pur et aussi frais que si la mer eût passé hier dans ces tristes contrées, qu’elle a sûrement recouvertes. Stanislas Leczinski était héritier présomptif” des trois propriétés les plus considérables de Zirke lors-« qu’il fut dépossédé. On ne voit déjà dans ce pays que des hommes à moustaches ou à barbe touffue, avec des espèces de robes ou habits longs et une céniore: {ous sont en, bottes et ont le bonnet de poil. Il y a beauconp de catho liques à Zirke. É Après avoir eu quelque peine à nous maintenir Me ee notre logement, que deux généraux convoitaient, nous y 4 avons songé à notre diner. Notre hôte nous a tonjonsfi F répondu : Curabo ut sitis bene. À tout ce que nous deman= dions, il répondait : Curabo. Get homme parle parfaitement latin. Nous avons eu un souper très excellent et du vin des. Hongrie parfait; c’est celui qu’on boit dans ce pays-ci. En Prusse, c’est le vin rouge ou blane de Médoc; en Pologne c’est le vin de Hongrie; il est cordial, médiocrement chauds et très agréable. Nous avons eu du gibier, des RS 1 des pâtes et du poisson; le brochetest abondant en Prusse, et en Pologne; il y est bon et on en mange du salé et dun frais. 1 Nous avons fait une chère délicate et copieuse et s |