Journal des Monuments de Paris envoyé a l'empereur de Russie dans les années 1809, 1810, 1811, 1814 et 1815. Complément
Le Journal des Monuments de Paris, rédigé et illustré par P.F. L. Fontaine de 1809 à 1815, a été publié en 1892 par l’un des descendants du célèbre architecte. Dans l’Introduction, il avertissait le lecteur que la publication n'était pas intégrale : «.....nous sommes parvenus à réunir un grand nombre de dessins originaux... ; désespérant de retrouver les quelques planches qui nous manquent encore, nous nous résignons à publier cet ouvrage qui, bien qu’incomplet, ne sera pas... sans intérêt... » Le présent recueil, formé à unesource différente, comble la lacune que déplorait le premier éditeur; il est dû à l’ini-
tiative et à la piété filiale d’un autre descendant de Fontaine. Ce Complément est destiné aux possesseurs
de l'ouvrage primitif; aussi le chiffre du tirage, limité à cinquante exemplaires, a-t-il été respecté.
On sait que l'Empereur de Russie, Alexandre I”, désireux de connaitre les embellissements dont Paris était l'objet, chargea Fontaine de lui envoyer les dessins et les commentaires des monuments construits ou modifiés. Napoléon donna son agrément et l'artiste se mit aussitôt au travail. La première livraison, consacrée au palais des Tuileries, fut envoyée à Saint-Pétersbourg au mois de mars 1809. Par un caprice de la Fortune, la treizième et dernière, traitant des fontaines publiques, fut remise à l'Empereur à Paris même, au mois de juillet 1815.
Les treize livraisons du Journal de Fontaine, reliées en autant de volumes, sont conservées au Musée Impérial de l’'Ermitage. Chacun d'eux comprend un texte manuscrit et un nombre variable de dessins, d'aquarelles et de plans qui forment un ensemble de 105 planches. Ils ont figuré à l'Exposition rétrospective de la Ville de Paris, organisée lors de l'Exposition universelle de 1900; le catalogue les mentionne sous le N°1I.* L'éditeur de 1892 connaissait les recueils du Musée de l'Ermitage et, cependant, il ne les a pas utilisés. Il entendait publier le texte autographe en sa possession, ainsi que les dessins originaux demeurés dans la famille. Certes, les dessins conservés en Russie sont de Fontaine; la plupart portent son nom et celui de Charles Percier, son ami et collaborateur. Les plus importants sont de sa main, les autres ont été copiés par ses élèves et retouchés par lui, mais tous sont des rendus exécutés d’après les études originales. Quant aux plans, il est clair qu'ils ont été mis au net par un dessinateur de son agence. En fait, les
deux textes sont conformes et les dessins sont grandement analogues mais non pas identiques.
* Ces volumes sont revêtus de reliures pleines en maroquin rouge (H. 0,465 — L. 0,370). Les Armes de Russie sont frappées en or sur les plats, au centre d’une couronne de feuilles de chêne, ainsi que le titre : Fdifices et Monumens de Paris et le n° de la livraison.
La Table des Planches, publiée en 1892 d’après les papiers de Fontaine, indique 106 planches, numérotées de 1 à 104. L'écart s'explique par l'intercalation de deux dessins numérotés 33 bis (7° livraison) et 84 bis (12° livraison). De ces 106 planches, l'éditeur n'a retrouvé que 85 dessins originaux chez les descendants du célèbre architecte. Pendant les journées de février 1848, l'agence de Fontaine, installée au Palais-Royal, fut saccagée par les émeutiers. Il est possible que les dessins aient été détruits lors du pillage. Quoi qu'il en soit, la publication est incomplète de 21 planches dont voici les numéros : 3, 6, 14, 21, 40, 43,44, 52, 61, 66, 72, 74, 76, 80, 89, 90, 93, 97,98, 99, 100.
Pour suppléer à cette facheuse lacune, l'éditeur de 1892 imagina d'ajouter au recueil les reproductions de 17 dessins originaux lui appartenant. L'idée était bonne, car ces documents complètent l'histoire graphique de la décoration des Tuileries et du Louvre. Malheureusement l'Introduction est muette sur leur compte, — alors que le prospectus de mise en vente les mentionne, — nulle table n’en signale l'existence et leur numérotation est fautive. En sorte que la consultation du volume est impossible pour quiconque ne possède pas le fil conducteur. Les 17 dessins annexés portent les n° suivants : 3 is, 12 bis, 13 bis, 29 bis, 30 À, 30 B, 30 C, 30 D, 32 À, 32 A (répété), 32 B, 32 C, 32 D, 32 E,-35 A,-35 B, 35 Bis.
Plusieurs détails matériels différencient le recueil publié à Paris des volumes de l'Ermitage. Le premier, avons-nous dit, annonce 106 planches, alors que les livraisons en contiennent 105. Le fait provient de ce que la planche 6, la dernière de la première livraison, n'existe pas, bien quela »° livraison commence par la planche 7. Fontaine a reporté sur la planche 4 les « Détails de la salle de spectacle des Tuileries », de sorte que cette dernière compte trois dessins, au lieu d’un seul publié. Ceci ne modifie en rien le nombre des planches manquantes; la planche 6 n'a plus d'objet, mais la planche 4 est à compléter. Par ailleurs, l'éditeur de 1892 a jugé bon, parfois, de grouper deux planches sur le même feuillet. À la rigueur la réunion des planches 22 et 23, 85 et 86, s'explique, car elles font partie des mêmes livraisons. On comprend moins la jonction des planches 9 et 25 qui appartiennent à des livrai-
sons différentes; l’une traite du Palais des Tuileries, l’autre de l’Arc du Carrousel.
La reproduction des 21 planches manquantes et la publication d'une Table méthodique, commune aux deux volumes, forment l’objet du présent Complément. Les explications qui précèdent sont longues, mais elles étaient indispensables pour faire bien comprendre la liaison entre les deux éditions. Nous devons insister sur ce fait que les deux recueils ont été formés à des sources différentes. Le premier éditeur a
utilisé les études originales possédées par la famille de l'illustre architecte; le second, animé du même
zèle, se borne à reproduire les dessins, également authentiques, mais de deuxième jet, conservés à
Saint-Pétersbourg. Malgré la différence des origines, l'ensemble de la publication offre cependant une unité documentaire suffisante.
La mise au jour de ce recueil n'aurait pu s'effectuer sans de précieux et obligeants concours. Depuis longtemps son éditeur, descendant de Fontaine avons-nous dit, en projetait la publication. Il s'en ouvrit à plusieurs de ses collègues de la Société d’Iconographie Parisienne, qui s'empressèrent de seconder sa généreuse initiative. M. René Charlier, Consul honoraire de Belgique à Saint-Pétersbourg, se chargea des démarches auprès de la Direction du Musée de l'Ermitage. La mission était délicate, car les collections du
Musée appartiennent à la Couronne et non pas à l'Empire. Mais il plaida sibien la cause de l'érudition pa-
sienne que Sa Majesté, alors en Crimée, accorda par dépêche l'autorisation de photographier les documents. Que S. M. l'Empereur de Russie daigne agréer l'hommage de notre respectueuse reconnaissance pour la grâce qu'Il nous a faite. M. René Charlier s’entremit encore pour nous procurer un habile opérateur, M. F. L. Nicolaïevsky, photographe à Saint-Pétersbourg. Notre plaisir est grand de consigner ici
l'expression de nos sentiments de vive gratitude à l'égard de notre obligeant collègue.
Souhaitons maintenant que les cinquante exemplaires de ce livre parviennent aux possesseurs du premier volume. C'est à ce prix que le Journal des Monuments de Paris prendra toute sa valeur documentaire. De divers côtés la critique des images commence à s'exercer, assignant à chacune sa part de vérité ou de fantaisie. Celles dont nous complétons aujourd’hui la série, peuvent affronter l’examen le plus sévère; leur probité ne connaît nulle défaillance. Souhaiter à ces dessins d'être mieux connus et plus utilisés, c'est leur adresser un éloge rare que tous méritent à des titres différents. Ceux consacrés aux palais du Louvre et des Tuileries, l’un transformé, l’autre anéanti, s'offrent aux historiens soucieux d'éclairer les textes d'images véridiques. Le trône de l'Empereur, le meuble à bijoux de l'Impératrice, de nombreux motifs d'ornementation, sont des documents de grande importance pour l'étude de l’art décoratif français. Par ailleurs les iconographes parisiens y trouveront maints aspects fidèles de la Capitale et quantité de détails exacts.
L'ouvrage de Fontaine caractérise une époque, un style, un tempérament d'artiste; il cristallise un aspect du Paris monumental en constante évolution. A ce titre il continue la tradition graphique établie par les grands architectes qui nous ont laissé des recueils consacrés aux édifices parisiens. Et l'on conviendra que le nom de Fontaine peut être associé sans dommage à ceux de Du Cerceau, Marot, Blondel,
pour ne citer que les plus illustres parmi ses devanciers.
ALBERT VUAFLART.
Paris, le 42 novembre 1911.