‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 9 sur 53 · SAVANS · texte numérisé non relu

SAVANS

leur administration. Dans le premier chapitre , Tauteur considère séparément la province de Malwa proprement dite» qui a pour capitale Oudjeïn, ville très-aiicienne , et où Ton compte , en outre rfOudjeïn, près de trente villes plus ou moins considérables , notamment Dhar^ Indore» Mandissor, Serondje , Bhlisah , Déwass , Bhopal, Dohud et Alandou; la petite province de Nemâr, que traverse dans toute sa longueur la rivière de Nerbudda , et dont la seule vide ancienne et de quelque importance est Mhaïsir ; les districts montueux qui séparent h province de Malvva proprement dite du Guzarate et du Méwar, et qui sont du sud au nord, Raih , Bagar et Kantal; la province de Harrôtî » qui touche à Textrémiié nord-est du Malwa» et en est séparée par des montagnes ♦ et où se trouvent les villes de Kotah , Patian ou Djalrapatian et Bundi; enfin le pays montueux qui, à fest, forme la limite du Malwa et le sépare du Bundelcund, comme il Test à Touest du Guzarate par les districts de Rath et de Bagar. Cette extrémité orientale de l'Inde centrale contient les petites provinces de Tchanderrf, Kitchewarra et Ahirwarra.

Chistoire du Malwa, antérieurement à l'invasion des Mahrattes, est Tobjet du second chapitre. Cette contrée, dont la capitale, Oudjeïn, est incontestabJement une ville d'une tràs-'haute antiquité, paroît avoir été, plusieurs siècles avant J. C, une des premières de Flnde où les bouddhistes avoient prévalu sur les brahinines. Ceux-ci furent , dît-on, rétablis dans tous leurs droits, huit cent cinquante ans avant notre ère, par un prince nommé Dundjl, dont la famille s'éteignit après avoir régné trois cent quatre-vingt-sept ans. Un radjpoute , nommé AJui* Puâff occupa le trône; et sa postérité, sous le nom de Puar, îe con* serva pendant plus de mille cinquante-huit ans. C'est à cette dynastie qu'appartient le célèbre Vicramaditya ou Vicramadjit , auteur de Fèrequi porte son nom et qui commence j6 ans avant J. C, Un de ses successeurs, Radja Bhodj, célèbre dans les traditions indiennes, transporta la résidence royale d*Oudjeïn à Dhar. Dhar a conservé Thonneur d*étre ie chef- lieu du royaume de Malwa, jusqu'à la conquête des Mahotuétans, qui ont transporté le siège du gouvernemenl à Mandoiï, Le prince, fils et successeur de Bhodj, étant moit sans enfans,el aucun membre de la famille de Puar n'étant capable de lui succéder, le trône fut occupé par un autre radfpoute nommé Djiipâl\ dont la dynastie, connue sous le nom de Towar, qui étoit celui de la tribu à laquelle appartenoit Djitpâl, dura cent quarante-deux ans. A celle-ci succéda, pendant cent soixante -sept ans, une autre dynastie de radjpoutes appelés Tchouan, dont le premier prince se nommoit D/agdeo. En la

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personne de Mafo^o , dernier des Tchouans, finit la suîtê"des Sôtiverair indiens du Malwa, ce pays ayant été conquis par les Mahomélans. soumission de celle région ne fut pas cependant si compJète, qu^ quelques parties du Malwa ne reconnussent encore de temps à aurr pour souverains des princes indigènes , jusqu'à Tan i 587 , où le Matwd fut entièrement soumis par les armes de Béhadur-schah, Schah-eddin ( i )f| qui occupoit le trône de Delhy , après avoir fait mettre à mon Béhadar^j schah, nomma gouverneur de la province de Malwa, Dilawer-khart Ghauri. Celui*ci, à la faveur des troubles qu*avoit occasionnés Tinvasion de Tîmotir dans Tlnde, et de la furie de Mohammed Thoghiuk, se dédara souverain indépendant du Malwa, et fit bâiir dans Dhar, sa capitale, des palais et des mosquées. Son fils Houschmg- schah trans* porta sa résidence à Mandou ; il construisît aussi, sur la rive gauche de la Nerbudda, une ville qu'il appela de son nom Hûuschwg-abad,

J'abandonne ici la suite de l'histoire des souverains particuliers dit Malwa. Cette province, réunie en 1567» sous le règne d'Acbar, à fempire des Mogols, cessa dès-lors de forn:çr une principauté distincte* Toutefois il paroi t que la soumission des radjpouies du Malwa aux empereurs mogols, n abattit point lesprit militaire de celle race de soldats; et si quelques-uns ^ séduits par les faveurs des princes de la famille de Timour , oublièrent Jusqu'à leur religion , beaucoup d'autres conservèrent toujours fe souvenir de leur noble origine, et ne demeu* rèrent fidèles à leurs nouveaux maîtres que parce qu'ils en furent traités avec beaucoup d*égards et de ménagemens politiques. Plusieurs obtinrent des concessions de territoire et des gouvernemens qu'ils transmirent à leurs descendans» De là lorigine de ces familles indiennes qui, lors de Tinvasion des Mahrattes, étoient possessîonnées dansTInde centrale, et qui se maintinrent dans leurs petites souverainetés sous ces nombreux conquérans. Suivant sir John, ce furent la fausse politique JAurengzeb , et son intolérance aussi, qui détachèrent les familles radjpoutes les plus puissantes , de la postérité de Timour, et les portèrent h appeler de leurs vœux Tennemi qui raenaçoit de la détruire, et h favoriser st% progrès ; sinon en se joignant ouvertement à lui, du moins en ne lui opposant aucune résistance dans les provinces dont la défense leur étoit confiée.

Dans le troisième chapitre, fauteur raconte rhistoire de llnvasion du Malwa par les Mahrattes, leur établissement dans cette province, et les

(1) Ancnn pnnce n'a py porter un lel nom ; peiU-etre M. Malcolm a-t-iî voulu dire Schéhab-tdd'm , ou, con^.nic écrit M. Dow, Shab ul dkn; mais jScbéft -e44ln régnoit en fji6.

JOURNAL DEÎ

révolutions que leur gouvernement a éprouvées jusqu^en 1 743. 1! est difficile, pour ne pas dire impossible, de tracer exactement Thistoiredes diverses incursions des Mahraties dans le Malwa , parce que les Mahrattes eux-mêmes n'ont aucun document historique exact de cette époque de leur histoire, et que les historiens musulmans de Tempire des Mogols ont passé légèrement sur des faits peu honorables pour les princes dont ils écrivoient fhistoire. Si les Mahrattes eussent eu des historiens, ils auroîent trouvé une ample matière à flatter Torgueil de leur nation dans les exploits du fondateur de leur empire, le fameux Séwadji , qui leva f étendard de la révolte en 1 646 p se déclara définitivement indépendant en 1 6/4 » et avoit déjà soumis à ses lois la plus grande partie du Concan, lors de sa mort arrivée en 1682, et dans ceux de ses successeurs pendant près d'un siècle , jusqu'à la bataille de Panîput, qui , en 1761 , porta un coup mortel à leur empire- Après cette époque , leur histoire offre encore des personnages dignes du burin de Thistoire , dans Mulhar Rao , chef de ia famille de Holkar , Madhaji Sindia, et Nana Farnawèse; et il est d'autant plus étonnant qu'il ne se soit trouvé parmi cette nadon aucun historien , qu'ils ont conservé avec le plus grand soin dans les archives de Pouna tous les documens relatifs à ladminisiratlon financière.

Il paroft que les incursions des Mahrattes dans flnde centrale datent de l'an 1690, et qu'elles se renouvelèrent souvent, à des intervalles plus ou moins longs, jusque vers Tannée 1725. A cette époque, le paischwa ou chef de la confédération mahratte trajtoit déjà le Malwa comme une contrée soumise; il y levoit des contributions annuelles ^ et y donnoit des fonds de terre à ceux qu'il vouloit favoriser. Cependant la province appartenoit encore à Fempereur mogol , qui en nommoit les gouverneurs , et elle ne subie entièrement le joug des Mahrattes qu'en 173 2, après que Balladji Badjerao , paischwa, eut défait les troupes qui la défendoient. Non content de cette conquête, il dévasta les provinces d'Agra et rfAlIahabadi et 11 inspira tant de crainte à fempereur mogol^ que le foible Mohammed-schah se laissa persuader, pour arrêter les progrès des Mahraties, de légitimer leur usurpation , en accordant à Badjerao la soubahdarîe de Malwa. Baltad|î Badjerao avoit succédé en 1740 à son père Badjerao Ballal(i), et c'étoiî lui qui» sous

(i) Badjcrâo Ballal éîoïl fils dy premier paîithwâh, Baïladjl Bischwanar. Celui-ci avoit été élevé à cette dignité en 17 14, ex mourut en 1720. Bad|erio Batblavaît attiré à lui toute rauioriié; et le peiit-fils de Sewadji, Sahou-radra, n'avoii plut que le nom 4e iouv€rain. Suivant d auirei écriyaini, ceice uiur:;

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fe nom <îe paîscfjwa, en feignant de reconnoître encore Faiitorité de Sahou-rad}a, peut- fils deSéwadfi, exerçort effectivement fa souveraineté sur les Mahrattes. Plusieurs docuniens officiels produits par M. Malcolm font connohre les intrigues par lesquelles Balladji parvint à obtenir, en i74î < fe litre de scubahdar du Malwa, Notre auteur ne suit pas au-delà de cette époque Thistoire des Mabrattes : mais , avant d*aller pfus loin , je dois faire connaître un fait remarquable qui termine ce chapitre g et qui sert de transition aux objets traités dans les chapitres suivans. Je laisserai parler M. Malcolm.

a Balladji , dit-îf, avoit un si vif desîr d'obtenir la possession du 5» Malwa , qu*îl eux recours à une mesure dont nous avons déjà fait j» mention, et qui ccmsistoil à faire garantir sa sincérité et sa bonne £bî 39 par ses généraux en chef. Le document suivant fut donc remis entre » les mains de Mohammed-schah, comme une sûreté contre toute »> infraction ftiture, de la part de Balladji, des engagemens par lui » contractés : Nous , RanQdjl Siftd/a, Mtlkardji Holkar, Djeswant Rao i» Puar ci Pilladji DjaJhou , ptomtttBns par le présent , muni de nos » signatures i que, dans le eas où Bitlladji Rao Afoukh Pardhan ( 1 ) , qui a >» pris /'engagement de servir s^t majesté, voudrait par la suite manquer à son n devoir, nous ferlons tous nos efforts pour l*en détourner par nos représenta* » ilons , et que si, malgré nos efforts , il persistait à renoncer à ses ohliga- 1» îions , nous quitterions son service : en fol de quoi nous avons écrit le y^ présent acte* Ce document prend un caractère encore plus extraor-» >» dinaire, si Ton se reporte à une époque antérieure de quelques années » à sa date, Ranodji avoit gardé les pantoufles du père de ce même »> Balladji dont en ce moment il cautionnoit fa bonne conduite, et » Melhar Rao Holkarp quelques années auparavant, gardoît un troupeau » de chèvres dans le village du Dékan où il avoit vu le jour. Mais « c*éloît un temps de révolution , et ces mêmes hommes étoient devenus » de grands commaodans militaires t qui non -seulement possédoient »des armées en propre , mais encore avoient, principalement au nord » de laNerbudda , des intérêts tout-à-fait distincts de ceux du paischw^a..,.

pation n'eut lieu que sous Ram*radja. fils de Sahou-radja; mars M. Maicoïm me paroît avoir eu plus de moyens de bien connoUre la vérité. Aujourd'hui le descenda^it de Séwadji , louverain de nom des Mahranes, demeure en ternie dans le fort de Satiarahi Tune des premières conquêtes de ScwadiT, tandis que rautorttë ou plutôt le fantôme de l'autorité est entre les m^ins des patschwai qui ont su rendre leur oflScc héréditaire.

(i) Afoukh Pardhan, ou, comme écrit M, Ed. Scott Waring, dans son Hjs» ^ioire^ci Mahratics, Afoukkya Pradhan, est le lure officiel du paischivap

» Il est donc nécessaire, pour jeter du jour sur l'histoire de Flnde cerrtraTe, » de tracer brièvement celle des familles mahrattes de Punr, Sindia tf » Holkar , dont les ancêtres contribuèrent à la réduction de cette pro- » vince , et à qui, plus tard , elfe fut soumise* x>

En conséquence de ce qui est dit ici, M* Malcolm'lraite^ dans le chapitre IV , des Puars de Dhar et de Déwass, dans le chapitre V » de la fainille de Sindia, et dans le chaphte VI > de celle de tlolkar. Les^ Pitars , comme on Ta déjîi vu^ sont une ancienne famille de radjpoute5^ établie de temps immémorial dans le Malwa^ et dont une branche avoît passé dans le Dékan, Ceux-ci ayant puissamment coniribijé aux succès des Mnhraties dans le Malwa, l'un deux, nommé Arumd Rao », reçut de Sahou-radja, petit* fils de Séwadji> la principauté de Dhar, où avoîent régné autrefois ses ancêtres» et celle des provinces adjacentes. Le radja lui abandonna aussi les contribalions dues par quelques cliefs^ radjpoutes du voisinage, tl cet apanage dcvoit fournir à son entretien et à celui de ses troupes, Anand Rao Puar mourut en 174?» ^t ^^t pour successeur son fils Djeswaïit Rao Puar, qui fut tué à la baiaille de Pamput, et qui a laissé une grande réputation parmi les Mahranes»- Depuis cette époque, celte principauté, enviée par de puissans voisins » et demeurée entre les mains d une f mme veuve et de souverains encore dans fenfànce, avoit presque été anéantie, et il ne re^toii giïère aux descendans dWnand Rao que la seule ville de Dhar ^ lorsque cette familte trouva en 1817 un appui dans fa puissance des Anglais, qui jnainliiirent les droits du jeune prince Ramtchander Rao, et lui firent restituer liïie partie de ses anciens domaines.

Une autre branche des Puars avoit aussi obtenu des Mahrattes , dans le Malwa, un établissement dont la ville de Déwass éroit le chef- lieu ^ et des possessions dans la province de Bundeîcund et dajis T Hindous tan proprement dit. Cette famille est réduite aujourd'hui 5 ses domaine^^ dans le Malwa; et, après avoir été le jouet de la fortune pendant les trente années de troubles et de révolutions qui ont précédé 1 entrée dts armées anglaises dans le Malwa , elle jouit tranquillement de son domaine de Déwass , et d^une considéra lion égale à celle des Puars de Dhar.

La famille de Sindia appartient ii la caste des soudras et \ la tribu des koumbis ou cultivateurs- Nous avons déjà dit quelles étoient prîminvement ^ la cour des paîschwas Bal[ad|î-Bischwanath et Badjerao Ballal , les humbles fonctions de Ranodji , fondateur de la puis.^anc^ de la famille de Sindia. Ses talens et son courage Té levèrent au rang des premiers généraux des Mahrattes, et, dans le temps de sa haute tontine, il se lia étroitement avec Melhar Rao Holkar, dont nous parte*

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rotts dans peu, II laissa cinq enfans mâles, dont le dernier, Madhadji Sindia* fut reconnu, sans doute k cause de ses rares talens» pour (e chef de la famille. Blessé et fait prisonnier en 1761 îi la bataille de Paniput, il fut abandonné par fafgan qui J*avoît pris. Quelques années après, les Mahrattes ayant réparé leurs pertes et repris possession du Malwa, Madhadji Sindia rentra en jouissance des domaines qui avoient été assignés à son père; et quoiqu'il conservât encore rapparence de la soumission envers le paischvva, if marchoit rapidement, îi Tarde d'une armée nombreuse, à i*indépendance et à Tagrandissement de son territoire, «Madhadji, dit sir John, étoit de nom Tesciave, mais, dans » la réatité y le martre rigide du malhtureux empereur de Dtihy , >î Schah-âlem; lamt prétendu, et pourtant le secret rival de la maison a» de Hoikar; toujours prêt, en matière de formes, à se reconnoître 3» inférieur aux princes radjpoules de flnde centrale, maïs, dans le ^ifaît, leur supérieur et leur oppresseur; enfin le soldat avoué, et en >s effet le spoliateur actuel de la famille du paischwa. »

Je n'entrerai point dans le d^^tail des succès prodigieux de Madhadji , et des plans de son ambition; mais je pense qu on lira avec pfaîsir un Irait caractéristique de sa vie, qui prouve jusquk quel point il savoît porter la souplesse et le déguisement , quand les apparences extérieures du respect et de la soumission pouvoient servir utilement son ambition.

Madhou Rao, second du nom, occupoit la place de paischwa, lorsque Madhadji fit un voyage à Pouna » résidence de ce chef de Fempire mabratte. «Lors donc» dit M. Malcolm,que le souverain dé fait de >t THindoustan, depuis le fleuve Satledje jusquk Agra, le conquérant *î qui avoit soumis tous les princes de la province de Radjpoutana, le ** chef d'une armée qui comptoit seize bataillons dlnfanterie de ligne, » cinq cents pièces de canon et cent mille chevaux; le possesseur dts ^ deux tiers du Malwa et de quelques-unes des plus belles provinces du >»Dékan, vint oflrir son hommage à un jeune homme qui occupoit » alors loffice de paischwa; il descendit de son éléphant aux portes » de Pouna, et se plaça dans la salle d'audience au-dessous de tous » les mankarries ou nobles hérédiiaires de Tétar. Quand le paischwa , centré dans la salle» finvita à s asseoir avec les aufres, il s'en dt- » fendit, alléguant qu'il n étoit pas digne d'un tel honneur j et, dénouant 31^ un paquet qu'il tenoit sous son bras, il en tira une paire de pan* m loufles qu'il plaça devant Madhou Rao, en disant, Ce sont là mes ?y fonctions :c'éio/eni cef/ts de mon père, Madhadji, en disant ces mots, »prit les vieilles pantoufles du paischwa, les enveloppa avec soin, et m coutiniA à les ttiuf sous son bras; après cjuoi il consentit, non sans

3> beaucoup de démonsirations de résistance , à céder aux instances qi/onr y* Jui fit et à s'asseoir, >j Les successeurs de Madhadji Smdia ont tou- -jours, dît-on, conservé avec soin ces pantoufles.

Madhadji mourut en 1794 sans laisser d'enfans; mars îl avoii adopté et reconnu pour son héritier Daulel Rao Sindia, fun des petits fits de son frère Takadji* Ce prince, dont le règne a été fort agité et marqué par de grands succès et par de grands revers, s'est vu enfin obligé de céder , en r 8 i 8 , à la supérjorilé des Anglais , et de concourir avec eux aux tnesures qui avoient pour but de faire cesser le système d*anar* chie et de brigandage dont llnde centrale avoh été le théâtre pendant ttne trentaine d^années.

La famille de Holkar, originaire du Dékan, appartenoît à h iriba des dhoungars ou bergers, et Melhar Rao, k qui elle doit son illustra* tion et qui naquit dans les dernières années du xvii/ siècle, garda luimême , dans son enfance, les brebis de Naraind|i, son oncle maternel, auprès duquef sa mère setoit retirée, et qui habitoit la province de Candeisch. If embrassa ensuite fa profession de soldat. La réputation qu*if y acquit attira sur lui, au bout de quelques annéesr. raitention du paischwa Badjerao, qui fuî confia le commandement de cinq cents clievaiix. Sa bonne conduite et ses succès dans fes guerres où if fut employé, fe portèrent en peu de temps aux pfus hauts grades niilitafreR. Les premières concessions de territoire qull obtînt au nord de la Nerbudda^ remontent à l'année 1727 ; il en reçut de nouvelles en I7Î » , et fut dès-fors employé en chef à recueillir les contributions de h province de Alalwa. On a vu qu'en I74î il fct un des généraux qui cautionnèrent la fidélité de Balladjîao Badjer et la future soumission de ce chef mahi-atfe h remptreur mogof. Les services de Melhar Rao et la faveur du parschwa lui valurent plusieurs augmentations de territoire et des concessions, soit du chef rnabratte, soit de f empereur mogof, A fa fameuse journée de Paniput, if pourvut de l^one heure h sa sûreté. Cette circonstance a donné fieu à des soupçons contre sa coEiduîre ; niais il paroît que cette bataille fut livrée contre son avis « qu'il en a voit prévu fissue, et que, quand il vit que l'événement justrfioit ses craintes, il se retira seul en bon ordre avec ses troupes» Après cette fournée, fatale à la puissance des Mahraites , Holkar se retira dans ri nde centrale, où il s occupa 2i assurer et à régler radmînistralioii de ses domaines» quH avoit su augmenter en protitant habilement d& toutes les circonstances favorables.

Melhar Rao Holkar étoit âgé de soixante-seize an» quandil mourut. Egal en taf ns militaires k Madhad|i SincKa, if lui étoit supérieur par

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les quafrtesmi cœur, et il a laissé une répulalion cThonneur et dé. générosité non contestée. H avoit eu un fils nommé Kandi Rao, tué à la guerre en 1 7 ç 4 » ^t ce prince avoit laissé, en mourant , un fils nommé Malli Rao, quil avort eu d'AIiya Bhaye ( le mot Biaye signifie princesse» comme Jîa<? veut dire prince ), dont la famille portoit aussi le nom dé Sindia. Malli Rao, reconnu sans difficulté pour son successeur, ne lui survécut que neuf mois. Après sa mort, en 1767, sa mère Aliya sui bien faire valoir les droits que lui donnoit , -tu défaut d*horr«

SI

mâles, la double qualité de veuve du fils de Holkar et de mère de Malli Rao, que, triomphant de tous les obstacles, elfe fut reconnue pour le représentant légitime de la famille de Hoikar, Elle choisit, pouf commander les armées et remplir celtes des fonctions du gouvernement qui ne convenoient pas à son sexe, Takadji Holkar, qui, malgré la ressemblance du nom, n'appartenoit point à la famille à§ Melhar Rao* Ce choir fut com|)léteinent justifié par le bonheur dont jouirent Constamment les habitans des domaines de Holkar, tant que dura Tadministraiion d'AIiya et de Takadji, Cette princesse, dont la mémoire est en bénédiction dans la contrée quelle gouverna pendajit vingt-huit ans avec autant de bonheur que de sagesse, mourut à fâge de soixante ans, en 179^* Takadji lui survécut deux ans, pendant lesquels les domaines de la famille de Holkar jouirent encore de h paix et de la prospérité, Aiiya et Takadji avoieni disposé de la succession en faveur de Casi Rao et Melhar Rao, tous deux fils légitimes de Takadji ; mais comme Casi Rao, faîne des deux, par la foiblesse de sa constitution et par son intelligence bornée, étoît peu propre aux fonctions actives de la royauté, il devoit, d'après leurs dispositions, résider à Mhaïiir, tandis que son frère commanderoit les armées. Melhar étoit trop entreprenant et top ambitieux pour qu*un pareil partage de la souveraineté fût de longue durée. Les deux frères cherchèrent de l*appuî dans hs étrangers; Casi Rao eut recours à Daufet Rao, et Melliar Rao à Nana Farnawèse , qui dominort alors à Pouna. Takadjr avoit aussi laissé deux fils naturels, dont fafné, Djeswant Rao, étoit d*un caractère ffciif et impétueux. Tels furent les divers élémens desquels naquit une suite de désordres et de révolutions dont le tableau le plus abrégé m entrauieroîî trop loin, et dont les effets furent le m eurtre de Melhar Rao, et plus tard ceux de Kandi Rao, son fils, et de Casi Rao; félévation de Djeswant Rao, la désolation des domaines des maisons de Sindia et de Holkar, et la ruine d'une grande partie de flnde centrale, trnversée à tout instant et en tout sens par des arjnées qui ne :>ub>isloient que de brigandages, et qui >an$ cesse se mutinuient contre

leurs propres chefs. Pour surcroît de malheur , Djeswant Rao toiuLa dans un éiat d*ah'éiiatîon mentale, qui finît par le priver de toutes ses facultés , et i[ mouna en i 8 i i , après avoir été plus d*un an en enfance.

Lesévénemens qui se passèrent peùdaiii que Djeswant Rao conservoit encore fe nom de souverain et après sa mort Jusqu au traité de Mandissor qui rétablit son fils Melhar Rao dans la jouissance des droits qu\l tenoît de son père, c'est-à-dire, pendant un espace de onze années, sont l'objet du septième chapitre. Le personnage qui y joue le principal rôle, est Toclhh Bhaye , la maîtresse de Djeswant Rao, femme dans laquelle se trouvoient réunis tous les vices. Elle avoit adopté, peu de temps avant fa mort de son amant, Melhar Rao Hoikar , fils de- Djeswant Rao i>aï une autre femmej et dès que Djeswant fut mort, elle fit reconnoîire ce jeune prince pour son successeur, et exerça rautorité sous son nom. Délestée de tout le monde , elle expia par une mort violente, le 20 décembre 1 8 1 7 , les crimes sans nombre dont elle s'étoit souillée. L'histoire de cette femme semble faiie exprès pour former un contraste complet avec celle de la sage et vendeuse Alîya Bhaye, et on peut lui applîqirer TexpresMcn énergique de Salluste, peignant Aurélia Orestilla par ce seul mot , cajus prœtcr fonnam ni!, il viiquam bonus lauàavit. Au moment ou ia vengeance publique s'exerçait centre Toullah, Tarmée de Hoikar étoit en présence de celle des Anglais , sur la rivière Sipra , près de Mahidpour, et le lendemain on eu vint aux mains. Les généraux de Hoikar ayant éprouvé une défaite complète, TantiaDjogh, îi qui Kaïserah Ehaye, ^nère du jeune prince Melliar Rao, reconnue alors, à cause de la minorité de son fils, pour le chef du gouvernement, venoit de remettre tous les intérêts de Tétat , se hâta d entrer en négociation avec le général Malcolm* Le résultat de ces négociations fut un traité signé le 6 janvier i 8 i 8 , à Mandissor , ou éioit Farmée anglaise, traité qui coula de grands sacrifices à la famille de Hoikar, mais la sauva d'une ruine inévitable. Ce traité, avec plusieurs autres , se trouve dans ïappmdix d« cet ouvrage.

Le huitième chapitre contient Thistoire d'un aventurier mahoméian lionuné Amir-kkan , qui , à Fâge de vingt ans, quittant, avec une suite de dix personnes, la province deMoradabad, où il étoit né, par^'int ^successivement , en vendant ses services au plus offrani et en profitant des troubles qui ngitoieiit les divers états de Tlnde centrale , à avoir lous ses ordres une armée aussi formidable par le nombre qtie par l'esprit de pillage qui fanimoit, et dont finsubordînation inspiroit souvent autant de craintes à ceux qui lavoieni appelée à leur aide, et !L ^on chef lui-même , qu'aux ennemis contre lesquels on ayoit réclamé soi)

secours. Amîr-than passott pour avoir formé le projet de rétablir dan< rinde centrale la puissance inohométane; mais son caractère personnel le rendoit peu propre à réaliser une entreprise aussi difficile; et M* Malcolm pense qu'il n'a famais nourri cet espoir: il joue un grnnd rôle dans les événemens tragiques qui furent la suite de la rivalité dt% radjas de Djeypour et de Djoudpour. Ces deux princes aspiroient également à la main de la belle Kischen-Kowar , fille du rana dOdeypour; et l'histoire de cette rivalité, qui pensa ruiner totalement leurs états, et qui se termina par rempoisonnenient de la jeune princesse» sacrifiée à Tamour-propre de sa famille, pourroit fournir le sujet d'une nouvcHe IJiade, Amir-khan, devenu le fléau de ilnde centrale et paniculièremeni de la province de Radjpoutana, fut obligé, en 1817, de céder à fa puissance anglaise, employée à détruire le système d anarchie et de brigandage dont il éloit un des principaux acteurs. Sa soiimîssion h i a valu la conservation des domaines quil avoît reçus de la famille de Holkar, à laquelle il avoir été long-temps attaché du temps de Djeswant Rao; mais il a été obligé de congédier la plus grande partie de ^es troupes, et de livrer son artillerie. Les conventions arrêtées avec lui^ le I j novembre i 8 17» font partie des pièces contenues dans Yûppe$uHx\ Je m'arrête ici : dans un second article » je ferai connoître le surplus de cet important ouvrage.

SILVESTRE DE SACY

Meng-tseu vel Menctum , in fer sincnsts philosophas iugenio , doctriml , nomi/iisgue chiritûte Confuào proximum , edidit , lama inierprctatiom , ad wterpreUjtioj em tûrtdricam utramque retensita, et perpétua commenîario è simcis deprompîû illustravit Stanislaus Julien (Sodetatis ûsidthyr et C. de Lasteyrie impensis). Luteiix Parj?iorum, Dondey- Duprc, 1824» gr. in-8.'' en deux parties; xxxj et 13Z pages de traduction latine, et 64 pages de texte chinois Jithographic. . -

, Il est resté peu de traces de cet usage singulier que îes premiers

missionnaires avoient introduit, en écrivant sur Thistoire et la littérature des Chinois^ d*a;outer des terminaisons latines aux noms des empereurs

rt des hoinmes célèbies , pour indiquer les rapports grammaticaux qui lioîent ces noms aux autres parties des phrases où on les faîsoil entrer. Une réforme presque complète a eu lieu à cet égard, et Ton s*esi ïtccoutumé à écrire les mots chinois à- peu- près comme on les prononce dans le pays. Deux noms seuls ont conservé la forme européenne qu*on leur avoit donnée dabord; ce sont ceux de deux philosophes anciens, Canfucius et Aiencius. Ce genre particuher de disiinciîon qui leur a été accordé, est comme un signe de la célébrité plus grande qu'ils ont obtenue dans loccident, et peut niéme être considéré comme le sceau d*une sorte de popularité,

Confucius nest pas seulement regardé à la Chine comme un grand philosophe et un excellent écrivain ; on lui donne encore des épiihèies qui expriment le plus haut degré de perfection morale , et qu'on n« peut guère rendre convenablement que par les mots de sûinl et de divin; dans ce pays, où la philosophie et la politique sont inséparables , et où les honneurs de fapothéose se réduisent h des formalités purement civiles, le patriarche de la httérature a été élevé à la dignité impériale, ^t le culte qu'on lui rend n*est autre chose, en réalité, que la continuation des cérémonies par lesquelles se manifeste habituellement le f aspect profond que les Chinois de toutes les conditions doivent à celui qui occupe le rang suprême.

Sous tous ces diiféreos rapports, Mêncîus est mis par les savanî de la Chine à fa place qui suit immédiatement celle qu*ils ont asbîgnée & Confucius. Il a reçu le nom de ITû-chlng, qu'on peut traduire par saint du second ordre. Son style, moins sublime et nioins majestueux que celui du prince des lettres , est peut-être aussi pur , et bien certainement plus élégant et plus varié. Son livre a été joint aux trois autres ouvrages où Ton a recueilli les apophthègmes de Confucius, et forme ovec eux ce tetrabiUion û connu de tous ceux qui ont quelque teinture de la littérature chinoise. Enfin, on a voulu rendre hommage ^u sage et au pays qui Ta voit vu naître, en iuî décernant le titre de s aini prince de Thsou; et l'espèce de culte quil reçoit en cette qualité ne le cède qu'à celui qui est dû, parmi les rois, au^ ancêtres de la dynastie régnante , et, parmi les philosophes , au seul Confucius.

On voit que, sous aucun point de vue, Mencius n^étoîi indigne de fhonneur qu'il obtient en ce moment p de voir son texte reproduit #n Europe dans une édition élégante et correcte , et ses pensées sur radministration des états, rendues généralement accessibles dans une traduction exacte et fidèle. Les livres de Confucius ont été plusieurs fois pwbliéj m iîïtin; deu^ de ces livres, sur trois, ont été imprimés et|

FÉVRIER 1825. ^ " «t

chinois, avec des versions littérales, l'un à Sirampour et Fautre à Paris, Le livre de Menciiis, traduit une seule fois par le P, Noél, étoii fe pfus difficile à publier des quatre, parce qu'il esta lui seul plus étendu que les trois autres réunis, et, quoique plus fiicile, moins obscur , plus agréable à lire, il coniinuoit à être peu connu. L*ouvrage destiné à réparer cet oubli ne doit donc pas seulement être utile aux personnes qui se livrent à letude du chinois, ei dont le nombre va croissant chaque année ; il se recommande également à laiteniîon des hommes éclairés qui , pour prendre une idée juste et complète de l'ancienne philosophie chinoise , aimeront à lire et à comparer lés écrits des deux maîtres ^ qui l'ont fondée/

La traduction Tatine du P, Noél n'étoit capable de satisfaire ni Tune

^ni lautre de ces deux classes de lecteurs. Cette traduction, verbeuse,

' j>rolixe et obscure , exige, de la part de ceux qui veulent la lire, une

[patience et une attention qui s exerceroient avec plus de fruit , soit sur

[les formes du texte , soit sur le fond des idées philosophiques* De Paw

[►en compare le style au latin des mauvais prédicateurs, et ce jugement

n'est pas trop sévère; il ajoute quil n'y avoir pas de son temps trois

.personnes en Europe qui eussent lu jusqu'au bout le P. Noël , et ce

mombre ne s'est pas beaucoup accru depuis. Ainsi , comme on Pa dît

Tailleurs, Tauteur chinois qui peut-être étoit le plus fait pour plaire à

des lecteurs européens, est un de ceux qui ont été le moins lus et le

moins goûtés. L'élégance, la vivacité , la concision , Ténergie , sont les

[jqualités les plus marquantes du style de Mencius , et Ton ne craint pas

d affirmer qu'elles ont complètement disparu dans le travail de son

premier traducteur, II est, à la vérité, très-difficile de les conserver dans

une version latine ou française, sans déroger en quelque chose à cette

fidélité qu'on exige en premier lieu des interprètes des livres chinois.

Il fautt pour ainsi dire, opter entre deux genres de mérite qui se

repoussent et qui s excluent mutuellement ; et une traduction française

de Mencius oii l'on s'attacherort à représenter les mouvemens rapides et

le langage animé de cet auteur, n'offiiroit pas aux étudians tout ce

qui leur est nécessaire pour résoudre les difficultés du texte.

C'est principalement ce dernier objet que M, Statiislas Julien a eu en vue. La version latine qu'il a rédigée ne ressemble en rien à celle du P. Noël ; car elle est simple , précise , et perpétuellement en rapport avec foriginal. Si son plan lui eut permis d y mettre de félégance , jamais contraste n'eût été mieux marqué : mats il a préféré , et avec beaucoup de raison , favantage des commençans à toute autre con* sidératiou; et c'cât aux javans à lui tenir compte de ce qu'il a fait

pour que son travail eût j sous ce rapport » toute Puiîltté dont H tioit susceptible.

En premier lieu , il s'est livré à une lecture assidue du texte de Meiîcius ; rf a étudié le style de cet auteur, et s*est pénétré de tout ce que son langage offre de particulier* Une compraison répétée de tous les passages qui contiennent quelques difficultés dans un même écrivain , suffiroit souvent pour donner la clef du plus grand nombre ; c'est ce qui arrive en chinois comme dans les autres langues. En conséquence, M. Julien n'a commencé à écrire sa traduction qu'après avoir lu plusieurs fois attentivement , et, pour ainsi dire, appris par cœur Mencius en entier, depuis le commencement jusqu'à ia fin ; et ce soin préparatoire, dont il s*est acquitté avec le zèle le plus louable, étoit une avance considérable pour parvenir à une pleine et entière inteiligence du texte.

Depuis que les Mandchous sont maîtres de la Chine, ils se sont montrés attentifs à tout ce qui peut faciliter 1 étude des livres classiques ; et les traductions qu*ils en ont fait faire, se distinguent par le mérite d'une exactitude qui va souvent jusqu'à la servilité. Une double version tartare de Mencius se trouvoii à la Bibliothèque du Roi. M, Julien Ta soigneuse ment conférée avec le texte ; et comme bi grammaire mandchoue seloign^ en plusieurs points essentiels de ia grammaire chinoise , il n*a rencontré que rarement des passages qut offrissent une obscurité pareille dans Toriginal et dans les deux traductions. Ce secours, dont le P. Noèl n'avojt pas usé, donne à M* Julien, sur ce savant missionnaire, un avantage incontestable.

Comme tous les ouvrages qui fouissent d'une grande célébrité , les livres de Técole de Confiicius ont été de bonne heure examinés et commentés ; tous les points obscurs qu'on y remarque ont été fréquemment repris et soumis à une discussion approfondie ; les gloses, les notes, les scholies, sur fe texte de ces livres, se sont multipliées presque à rinfini *, on ny releveroit peut-être pas une phrase qui ff'ait donné naissance à plusieurs volumes. Il y adescotninentaires où Ton s'attache à faire connoître avec exactitude la sigoi6cation particulière, et jusqu*aux variations les plus minutieuses de la prononciation de chaque caractère; il y en a d'autres où l'on développe le sens moral ou phitoso^ phique des principaux passages , et d'autres encore où Ton expose en détail les allusions aux moeurs» aux opinions, aux usages de faniiquité, OU aux traits de Thistoire publique ou particulière. On prendra une idée de rimmensîté de ces travaux d*exégèse, en apprenant qu'un biblior

ÉVRIER 1815-

gr^hé "iRîrtôîr&u xni/ siècle (i) comptoit déjà vîri^PBîft édiaons critiques du livre de Mencitis, et qu'il ne comprenoit dans ce nombre ni les réimpressions qu*on fait chaque four dans les provinces, ni les publicatiuns successives d*une même édiiîon, qui ont souvent lieu à la Chine, sans quon ait changé autre chose que le titre, la préface et le nom de Tédîteur. Une fois quon sait la langue, on n'est plus embarrassé que du choix, pour puiser à des sources authentiques tous les éclaircissemens dont on peut avoir besoin. M, Julien, qui a trouvé rassemblées dans la Bibliothèque du Roi et dans celle de Monsieur les plus célèbres éditions de Mencius, en a principalement distingué dix, qui représentoient (x>ur lui le travail de quatorze interprètes des plus esfimés, lesquels citent habituellement trente ou quarante auteurs plus anciens queux. Il les a toutes lues et comparées phrase par phrase; ti comme il arrive quelquefois aux commentateurs chinois de ne pas s accorder sur le sens de passages intéressans , il s'est abstenu de pro» noncer entre de si graves autorités, et il a rapporté, en les désignant par (es dix premières lettres de Talphabei, les opinions diverses des plus doctes lettrés, A ces formes empruntées des usages de la philo^ logte classique, on reconnoît les résultats de recherches actives et d'une laborieuse érudition. On y voit aussi avec plaisir un signe des progrès qua faits en peu d'années une littérature où Ton peut dès h présent imiter, dans Fintérét des étudiansi les procédés des Heynei des Wésse* ling et des Wafckenaer.

Tou|ours occupé du soin de guider, dans leurs premiers essais > les personnes livrées à Tétude de la langue chinoise, M. Julien a voufu que sa version eût les avantages d'une traduction imerlinéaire. Il eût même pu lui donner cette disposition, si les embarras d'une impression à- la-fois typographique et lithographique ne s'y fussent opposés; mais rinierprèiation n'a rien perdu de sa fidélité, pour être placée sur des pages séparées de celles du texte. Le jeune et savant traducteur a observé avec scrupule Tordre de la construction chinoise , et , pour fe dire en passant, une pareille entreprise n*étoit praticable qu'en adoptant la langue latine, dont les inversions et les désinences peuvent seules rendre intelligible une version littérale. Les particules ont éié indiquées par des signes spéciaux, et il y en a eu pareillement tfafFeaés au cas où des mots chinois polysyllabiques n'ont pu hite rendus que par uo terme latin univoque, et à celui où plusieurs mots latins ont été indispensables pour exprimer le sens d'un seul caractère ohinois,

(j) Wtti hhm îhoung khûo , L cixxxiv, p. 17 et luhantei.

Grâce à toutes ces précautions, on peut, sans savoir le chinais, suivre pas à pas le texte original, reconnoître la valeur de chaque expression isolée y et prendre une notion précise de la construction de chaque phrase. Des noies, qu*on n*accusera pas d*être trop ménagées, suppicent encore à chaque insiant k ce qui peut rester à désirer dan^ Tex position du sens.

Le texte a été calqué sur une bonne édition chinoise, et le perfectionnement des procédés hthographiques a permis de le reproduire d'une martîère satisfaisante* Un frontispice chinois, encore plus soigné que le reste du livre, offre, à la manière du pays, les indications bibliographiques qui peuvent caractériser cette édition européenne dun hvre classique à la Chine ; on pourroit le croire composé à Nanking, et tombé du pinceau de quelque lettré de /a Colline d'or (i). Si le reste du livre eût pu être porté à ce point de perfection, on n'auroit rien à envier aux belles éditions duTaï-hio et du Tchoung-young , que M. le baron de Schilling a fait exécuter à Pétersbourg.

Aux détails bibliographiques qui étoient nécessaires pour qu*on pût apprécier son travail. M, Julien a voulu joindie quelques particularités sur la vie de Mencius et le caractère de ses ouvrages, et il a • traduit en latin une vie de son auteur qui avoit été précédemment écrite en français. Nous nous croyons d'autant plus dispensés d'analyser ce morceau, quH se trouve dans un ouvrage qui est entre les mains de tout le monde (2), La seule chose que nous voudrions y prendre, seroit la cîtaiion d'un passage qui prouverort que, quand M. Julien n a pas été contenu par les entraves que lui imposoit son désir de composer une version rigoureusement littérale, il a su s élever, dans sa latinité , à un certain degré de correction et d'éloquence. Ce fragment auroit encore lavantage de donner une idée juste de la dialectique de Mencius, de ce ton d'ironie avec lequel i[ poursuîvoît les vices de son temps, jusque chez les personnages les plus élevés en dignité, de cette hardiesse de pensée et de celte liberté d*expressioii qui peuvent parfois sembler excessives , et que peu de personnes s'attendent à trouver 'dans un écrivain d'un pays qui passe pour être gouverné despoliquement. Mais, sans être obligé de répéter ce qui se trouve déjà ailleurs , il sera facile de prendre au hasard 1 dans le même Mencius, une autre citation qui fera juger son esprit et cette juanière

(i) Bourgade célèbre par le grand nombre d'hommes savans auxquels elle a donné naissai^ce. Elle en maintenant enfermée dans les murs de Nanking. — (2) La Biûgraphii universelle, lom. XXVlH^p. 322.

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toute socniïîque d*argumenter dans ses entretiens philosophiques , et de contraindre ses adversaires à reconnohre d eux-mêmes leurs erreurs. Un des petits princes dont les prétentions anibitieuses et les querelles continuelles désoloient ia Chine au temps de Mencius, vouloit, par des discours adroits, amener le philosophe à lui prêter Tappui de sa popularité. « Celui qui saura véritablement aimer son peuple , » avoii dit Mencîus , pourra rétablir l'ordre et régner sur tout fem- * iî pire. — Croyez-vous, demanda le roi, que faie en moi ce qu'il faut ** pour aimer mon peuple! — Vous l'avez, répondit Mencius, — Com- *• ment fe savez-vous!' — J'ai appris d'un de vos. ministres qu'étant un M jour assis dans votre palais , vous vîtes des hommes traînant un bœuf » déjà garrotté qui passoient jusqu'au pied de votre trône. Vous deman- Aidâtes où l'on conduisoit cet animal, et Ton vous répondit qu'on 35 alfoit Timmoler pour enduire de son sang une cloche neuve. Lâchez» » le, repri tes- vous ; ses terreurs, ce tremblement pareil à celui d'un » innocent que l'on conduit au supplice, m'ont ému et attendri: 3> lâchez cet animal. — Mais, sire, dirent ceux qui le conduisoient , » nous manquerons donc à l'usage d'enduire la cloche de sang î — » Pourquoi y manqueriez-vous ( 1 ) î dit votre majesté; prenez une brebis « à la place du bœuf. La chose , sire, s'est elfe passée de cette manière l « — Précisément , dit le roi. — Le mouvement que vous avez éprouvé >» suffit pour montrer que vous êtes digne de régnen II est vrai que «vos sujets ont supposé que vous aviez agi ainsi par avarice; mais î> moi, je suis persuadé que vous avez cédé k un mouvement de sensi- »bjlité,,. Ne vous étonnez pas toutefois que le peuple vous ait » soupçonné d'avarice; car en vous voyant mettre un moindre animal j> à la place d'un plus grand, comment pouvoit-ii deviner votre motif! » Si vous aviez été touché de l'innocence du bœuf, quel crime avoît >ï fait la brebis pour la substituer à l'animal qui alloit périr î. , . Mais » cVst là une sorte de subterfuge d'humanité. L'un des animaux étoit 3> sous vos yeux ; vous ne voyiez pas lautre. Le sage ne peut voir » égorger les animaux qu'il a vus vivans» Quand il a entendu leurs » cris lamentable^, il ne peut se nourrir de leur chair. C'est pour î» cela que le sage relèj^uc les cuisines en un lieu éloigné de sa ï> demeure.

(i) 11 y a ici une légère inexactitude dans la iraduction de M. Jufiçn; il rend la phrase chinoise par ces mots, numquid hic riiu» ptttfst omhti / La Chinois, comme les Ecossais , répondent presque toujours à une question par une autre question.

*» Le roi très-satisfait s'écria : Il y a dans le livre des vers un passage »» qui dit : Ce ^uun autre avoU dans la pensée ,}* ai pu le deviner. Maître > >» vous venez d'exprimer une chose dont javois peine à me rendre ^ compte. Mais, dites-moi, celle sensibilité dont f ai ressenti l'influence, ^ est-elle eflectivementpropre à me faire régner ! — Si, reprit Mencîus, >3 ifexistoïc un homme qui vint dire à votre majesté : Je puis soutenir >» un poids de trois milliers, et je ne puis soulever une plume; mes n yeux aperçoivent la pointe du duvet autumnal , et fe ne puis dis- » tînguer un char rempli de bois à brûler ; ajouteriez-vous quelque >» foi à ses discours! — En aucune ftçon , répliqua le roi* — Et cepen- » dant, dit le philosophe, votre humanité s'étend aux animaux, et elle » ne s'arrête pas sur vos sujets. Comme cet homme qui ne pourroit •- » soutenir une plume légère, ou distinguer un char de bois i brûler^ *> vous avez en vous ce qu'il faut pour régner , mais vous ntn faite* w pas usage, «

Mencius poursuit avec véhémence cette argumentation que ;%i considérablement abrégée, et que j'aurois dû, peut-être, abréger davantage* Son livre , écrit Je plus souvent sous la forme du dialogue^ offre en beaucoup d'endroits un mélange piquant de finesse et de vigueur, des discussions animées, des apostrophes hardies, d'éléganies similitudes et des paraboles ingénieuses. Il n'y avoit donc point d'auteur qu'il pût être plus convenable de choisir, pour le mettre entre les mains des amateurs de la langue chinoise, ni qui fût aussi propre à" les récompenser de la peine qu'ils prendront pour Fentendre,

Nous nous reprocherions de passer sous silence les circonstances honorables pour M* Julien qui ont préparé et rendu facile la publication de son édition de Mencius. Sa traduction n'étoit d'abord qu*un de ces essais que les personnes qui étudient les langues orientales doivent faire pour s'accoutumer au style At% bons auteurs. Mais M, Julien avoït \ peine suivi six mois les leçons du Collège royal, quH s'étoit mis tn état d'entendre les livres mêmes qui n'a voient jamais été traduits; et, tout en avouant qu'un tel résultat tient sur-tout aux dispositions vrai* 14^ t étonnantes que M. Julien avoit apportées à Tétude du chinois, il doit être permis d'y voir aussi un éclatant démenti donné à ces idées autrefois û généralement répandues, et qui commencent seulement à se rectifier, sur les prétendues difficultés de la langue et de récriture des Chinois. Des personnes qui prennent un grand intérêt k ce genre de iîttéiature, et qui avoîent été témoins des progrès rapides de fauteur, T-ayant encouragé k entreprendre une traduction complète du livre du philosophe chinois , parlèrent de ce travail au coaseil de la société

ïttkfoê 'r^"^te compagnie, persuadée de FutHiié d'une version ritique de Mencius, voulut publier celle-ci îi ses frais. En outre, M, le cointe de Lasteyrie, avec cet empressement qu on lui connoît pour loiu qui peut être avantageux aux lettres et aux sciences, s'est chargé de >n côté de kim lithographier le texte, et c'est par cet heureux con- >urs démentions bienveillantes que M. Julien $*est trouvé en état de publier le fruit de ses veilles» Il y aura en tout quatre livraisons , dont la première, texte et traduction, est déjà entre les mains du public. H faut remarquer que le Mencius est fe premier ouvrage qui ait paru sous les auspices de la société asiatique. C'est le second livre chinois qui ait vu le jour en France avec une traduction littérale ; et si , comme on doit Fespérer , le jeune et laborieux éditeur met à achever son entreprise autant de zèle et de tilens qu'il en a montré d abord , son 1 livre pourra, sans contestation, être mis à côté de tout ce que les différentes branches de la littérature orientale ont produit jusqu'ici de plus solide et de plus estimable,.

J. P. ABEL^RÉMUSAT

Les Poètes fRANÇAis, depuis le xii.^ siècle jusqu à Malherbe^ avec une notice historique et littéraire sur chaque poète ; tomes UI, IV, V et VI, in-S.^ , Paris, imprimerie de Crapelet, i8a4*

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