VERS POUR LE BALLET
Le Temps, représenté par le sieur Le YACHEa.
En matière d'amour^ aussi bien qu'en la dance. Si tu veux obtenir le but que tu pretans, 11 le faut gouverner avec de la prudence ; Mail le plut grand secret c'est de marquer son tems. Car il part de la main, dans sa vaste carrière. Plus soudain qu'un éclair, plus viste qu'le vent; L'Occasion est femme et chauve par derrière, Yien tousjours avec elle aux prises par devant.
Les sieurs de Fontenelle et de Préfontaine, représerUans
deux Faisans.
L*un parle :
Après des actes si sanglans Que l'impiteux soldat exerce en mon village.
Je n'attens que la mort ou le dur esclavage Qui s'en va me réduire à l'usage des glans.
Dans une telle extrémité, Quel support trouverai-je, où sera mon asile? Il me faut, malgré moy, retirer dans la ville; Aj^ant perdu les biens, sauvons la liberté.
Mais quel malheur se peut trouver A l'égal de celuy qui tourmente ma vie?
Dès que je voi vos yeux, ô cruelle Sylvie, Je perds l'unique bien que je voulois sauver.
Pour le sieur de La Chesnaye, représentant un Soldat.
Que la paix triomfe à son tour, Que de tant de mortels elle apaise les larmes; Si Mars me licentie et veut quitter les armes, J'ay de quoy m'enrooller dans les troupes d'Amour.
Quoy qu'il soit le plus grand des Dieux, Et que tout l'univers fasse hommage à sa gloire, Jamais il n'emporta de plus belle yictoire Qu'il en peut acquérir par les trais de mes yeux.
Mais je crains qu'il ne soit jaloux Des charmes dont je puis occuper son Empire : Consolez-le, 6 Beauté pour qui mon cœur soupire ; S'il est yaincu de moy, je suis vaincu de vous.
Pour le sieur de Ghallain, représentant un Juge de village
qui devient soldat.
C'est se tromper extrêmement
De m'accuser de changement.
Car mon premier mestier à mon second s'accorde;
Puisqu'en l'une et l'autre action
Je fais toujours profession
D'estre homme de sac ou de corde.
Si toutefois, rare Beauté,
Vous blâmés ma légèreté.
Quelques pompeux lauriers qu'ait Mars et la Victoire,
Ils ne me peuvent vous ravir.
Et je suis prest, pour vous servir.
De reprendre mon escritoire.
Pour le sieur Gédoyn, représentant le Gentilhomme ruiné.
Qu'on me donne un peu de loisir.
Belles, vous aurés du plaisir.
Aucune n'y sera trompée :
Je le puis dire asseurément.
Qui n'a que la cape et Tespée Peut bien danser légèrement.
Pour les sieurs Allego et Le Vacher, représentans deu>x
Marchans ruinés.
Aux dames :
Accablés des malheurs d'une si longue guerre Qui nous a tout ravi sans l'avoir mérité.
216 iPPEKDfCE.
Noos TenoDs à tos pieds et, tes genoai en terre.
Nous demandoDs la charitÉ.
Si jamais dous pouvons reparer nos dommages Par la félicité que nous promet la Paii, Nous pai'roDs l'ictérest et tous les arrérages
Des biens que voas nons anrés faits.
.1/eccHrc, représenté par le sieur d'Hehbigst.
Âu£ traittés, aux sermens, sax cootracts je préside;
Des plus grands différens je suis médiateur',
Vous n'aurés point de Paiï si je n'en sois l'auteur :
Je suis son courrier et son guide.
Gnerrîers trop aveugléa, qu'un dessein homicide Porte dedans le sang, la rage et la fureur.
Qu'on cesse de combler tout le monde d'horreur :
Tous vos différens je décide.
Mais si vous méprisés ma voix
Et n'escoulés les justes loii Dont je veux terminer vos guerres IramorteDes,
Je m'en retourne dans lescieui, Despéchés-vous, Mortels; je déploie mes aisles
Et vais quitter ces lieui.
Le metme aux dames ;
Je suis ambassadeur d'Amour, Et meine avecque moi la concorde et la joie; Mais je suis fort suspect de s^avoir faire un tour ; C'est de me mettre au lieu de celuy qui m'envoie.
La Paix, représentée par le sieur La Ciies;ha.ts.
mcit.
Du plus haut du ciel emparée Où, depuis que tous les mortels Profaner
Je me suis retirée
Par ordre du grand Jupiter, Je viens au milieu de Munster.
Là de tous costés je contemple Un monde d'artisans divers Convoqués de tout l'Univers
Pour rebastir mon Temple.
Mais ils travailleront en vain.
Si je n'y mets aussi la main.
Je descends donc du ciel en terre Pour en jeter le fondement :
Plus ferme que le diament
J'en vais poser la pierre.
Espagnols^ François et Germains, Suives l'ouvrage de mes mains.
Que chacun de vous l'embellisse Et de quelque ornement nouveau Rende plus parfait et plus beau
Ce nouvel Edifice, Où vos enfants et vos neveux Diront en y faisant des vœux :
c En ce lieu la Paix fugitive c Enfin désarma nos guerriers, c Changeant pour jamais leurs lauriers
< En des branches d'olive :
c Triomfé, chrestiens, le croissant c S'en va de crainte pâlissant. »
Pour le sieur de La Chesnaye et un Page^ représentans
deux Bourgeoises de Munster.
Qu'en diltes vous, belles Françoises, Vos esprits sont-ils point jaloux De veoir triomfer deux Bourgeoises, Et que tant d'estrangers ont les yeux dessus nous?
Ce qui vous servoit de risée, Nos habits si lourds et si laids, Sont la machine plus prisée Et l'ornement plus beau de vos plaisans ballets.
Que si noas osions de nos testes Ces grands paTillons portatifs»
Noas ferons autant de eonquestes Que TOUS arez fait de captifs.
Pour le sieur Chaliain, représentant un Débauché.
Jamais esprit malin.
Depuis Knipperdolin, Ne fît en cette ville un si plaisant ménage Que celuj que j*aj projette :
Mais je crains d'estre mis en cage, Et que joint de fortune à ce saint personnage^ La teste ne me tourne estant si haut monté.
Les Gentilshommes François aux dames
Quoj que la France et l'Italie Soit le pals de la beauté, Nous aimons la simplicité Des Bourgeoises de Westphalie.
Leur mine n*est pas si jolie, Ni leur discours fort affetté ; Mais tousjours la naWeté ÀTecque la douceur s*allie.
Adieu donc, Beautés de la Cour, Nous Toions bien que Tostre amour N'est rien que fard et que peinture :
Nous cherchons fortune autre part.
Les mouTeraens de la nature Passent les fînesses de l'art.