‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 19 sur 113 · VOYAGE EN PORTUGAL · texte numérisé non relu

VOYAGE EN PORTUGAL

pour retourner enssemble à Dunkerque où nous verons ce que nous ferons pour l'advenir. » M' le Consul nous engagea nous deux à souper chez luy, car l'antre capitaine étoit une vraye cruche pour ne pas dire beste; sur la fin du repas M' Desgranges me demanda si je me proposois de retourner en France, lui disant que ouy, et : « Qu'alez-vous faire au commencement de cette paix où l'on ne sait encore que entreprendre ? Mr De Latre prit la parolle : « Il ne sera pas désœuvré. » Et Mr Desgranges me dits : « Sy vous voulez commander icy une caravelle où j'ay intérèt, nous luy avons depuis peu fait la poupe en frégate et mastée aussy de mesme elle est bonne voilière, mais elle n'a que six canons et autant de périers, voyez là; elle est placée devant St-Paul. » Et je luy demandai au lendemain pour luy répondre, afin de savoir les sentiments de mon amy et capitaine qui eut la bonté de m'acompagn:, à en faire la visite. Je la trouvois à mon gré excepté son peu de déffence contre les Saletins où l'on est fort exposé ; mon capitaine m'en représentoit les dangers pour m'en dégouster, et il me reconnu y avoir du penchant. Il me dits : « Vous en ferez ce qu'il vous plaira. » Je futs retrouver M° Desgranges pour luy demander à quel voyage il destinoit. 11 dits pour aler porter des sucres à Bilbaots et raporter du fer et autre choze. Je vouluts aussy savoir soubs quel pavillon et passeports. Il me promit que ce seroit soubs ceux de France, car soubs pavillon de Portugal, je n'aurois pas acxepté. Nous convinmes pour mes gages, ainsy je me séparay de mon capitaine et fits en peu de jours mon équipage et chargement, ct fit heureusement le voyage de Biscaye et retour à Lisbonne, et après avoir fait ma décharge l'on m'en proposa un segond et pareil, mais lequel ne fut pas tout à fait aussy heureux, car j'échapay belle d'estre esclave par deux frégates de Saley: lorsque je faisois route pour Biscaye, étant au travers de Tamina, en vue des isles de Bayosne en Galisse, j'aperceus les susdites frégates, qui me donnoient la chasse. Je reviray de bord et prits la fuitte pour me sauver dans la rivière de Vianna (1) et où la barre y est périlleuse, et par malheur la

(1) Port de Portugal sur la Lima, province de Minho. Quatre lieues au-delà est situé

te COEUR

naar

mer y avoit baissé d'une heure et demie; je mits tout au hazard de la vie pour la liberté, car j'étois fort empressé puisque leurs mousqueteries nous frapoient à nostre bort que j'euts mon contre-maistre blessé à la cuisse et un gros dague que j'avois qui fut tué. Je resté seul sur mon pont À faire gouverner, et j'entray entre deux rochers par-dessus la barre; les pilotes du lieu n'osoient m'aprocher avec leurs chaloupes à cause des boulets de leurs canons qui me surpassoient, mais la forteresse de Vianna tira plusieurs coups sur ces pirates quiles écarta au large, mais par la marée trop basse, je ne peus entrer assées avant dans le port et mon navire échoua presqu'à sec, dont il souffrit beaucoup, et que je le creu perdre et les sucres, car je futs avec la chaloupe tout autour en faire la visite et je remarquay plusieurs coutures entre ouvertes dont l'étoupe en sortoit et point de secours des gens du pays, je me fis aporter des chandelles de suif qui étoient molasses par la chaleur et dont je les couchois en long, les écrasant avec mes pouces dans les coutures et les bouchoirs par ce moyen, et lorsque la marée fut au deuxtiers montée mon navire se dressa et flotta, et les coutures se resserèrent sy fort que toutes mes chandelles parurent sur l'eau et que je ne m'arestay pas à les represcher, mais bien à faire pomper deux pieds d'eau qui avoit entré dedans ma calle dont le premir rang d'en bas des caisses de sucre futendommagées et nous entrasmes au port proche de la ville, quoyque petite qui est une des plus agréables que j'ay vues, étant pavée par de grandes pierres de taille blanche et grisâtes, et à toutesles places de très belles fontaines bouillantes à triple rang et qui maintien une grande propreté des rues. Je fis connoissance avec M' Michel de Lescole (1), parisien et ingénieur en chef du roy de Portugal, lequel finisoit de fortifier cette ville. J'y fis aussy: connoissance avec M le Marquis Desminas (2), gouverneur des frontières, et dont le fils est aujourdhuy généralissime des armées du

un autre hâvre nommé Ville del Conde, et plus loin se trouve Port-d-Port dont Doublet citera le nom dans les pages suivantes.

(1) On trouve dans les registres des Ordres du Roi du dépôt de la Marine plusieurs lettres adressées à cet ingénieur. Voyez notamment à la date du 20 juin 1680.

(2) Le marquis de La Mina ou de Las Minas.

hazard de urs Mmousntre-maisttué. Je ntre deux it m'aproanons qui urs COUPS rop basse, re échoua eu perdre en faire la dont l'é- ,je me fis Jachaleur es pouces que la matta, et les elles parucher, mais dedans ma endommaque petite vée par de sles places ui maintien cc M' Mioy de Pory: CONNOisr des fronarmées du

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