VOYAGES A MADÈRE
(1682). J'arivé dans la baye de Cadix le 8° janvier: je fust à terre trouver M. notre consul, qui me demanda sy je savois que la peste y estoit, Jeluy dits que non. — « A qui estes-vous adressé ? » Je luy dits ; il m'y fit conduire, C'étoit à M. Bonfily et Gualanduchy, marchands génois, qui me dirent : « Hé mon Dieu, mon capitaine, retournés au plus vitte à votre bord et mettez soubs voille la peste est icy. Alez-vous en dans la rivière de Siville, où nous vous envoirons des ordres. » Et je part sur-le-champ et mits à la voille, et à minuit j'étois à l'ouvert de cette rivière, et je fist revirer de bord alant vers la mer, atandant que le jour paruts. J'étois extrêmement las et fatigué. Je dits à mon pilote, à qui c'étoit à luy de veiller, de continuer d’aler au large jusqu'au point du jour, mais il n'en eut pas la patience. Sur les deux heurres il fit revirer de bord pour nous aprocher de l'entrée, pendant que je dormois d'un profond sommeil, et sur les trois heures je fus réveillé en sursa‘lt, sentant notre navire sauter sur les roches et d'entendre crier Nous sommes péris. » Et sortant de ma chambre tout effrayé, je crie : « Ameine les voilles. » Mais je ne trouvay de tout mon équipage qu'un garçon qui me servoit dans ma chambre. Mon coquin d’ pillotte qui étoit Anglois de nation s'estant jetté dans ma chaloupe avec mes matelots m'abandonnèrent avec ce seul garçon, fils du capitaine Pelvey, d'Honfleur. Et je criay à force de voix à ceux de mon équipage que lorsqu'ils seroient arrivés à terre de m'envoyer la chaloupe et quelque bateau du pays pour me secourir et le navire s'il se peut faire. Je restay ainssy ne sachant mon dernier moment, le navire à demy plein d'eau jusqu'à dix heures du matin, lorsqu'il vint deux barques espagnolles, qui avoient party exprès de San-Lucar de Baraméda, entrée de la rivière de Siville. J'avois avant leur arrivée coupé tous les mâts de crainte que le navire ne se fut ouvert et dépiéssé. Les deux barques sitôt arrivées attachèrent un câble sur le navire, et leurs équipages sautèrent dans mon bord
uu du milieu de l'Isle de Porto-Sancto, il se feroit trouvé fur um Banc de Roches, où il « n'avoit au plus profond que 13 pieds d'eau, et qu'il y trouva encore quelque debris d'un
“ Navire qui y avoit été perdu, et que ce Banc est de la longueur d'un Cable en largeur, “ et autant en longueur: c'est à quoi ceux qui naviguent à cet endroit doivent avoir « égard, »
et pillèrent toutes mes hardes dans ma chambre et ce qu'ils purent enlever, après quoy déployèrent leurs voilles la mer ayant monté, et arachèrent le navire de dessus le banc de rochers nommé“ les salmedives de Chipionne (1). Je restay seul dans le navire et lorsqu'il fut hors du banc, il s'enfonssa jusqu'à l'ung des bords. Et cependant les deux barques l'entraîsnèrent dans la rivière de Séville vis-à-vis la chapelle de Bonance où résidoit un moine de l'ordre de St-Jérôme qui me fit conduire dans sa chambre éloignée d'une demie lieue de San-Lucar, dont le consul nommé Jean Boulard, de Bayosne, qui avoit pris le nom de Jean de Hiriarte me vint trouver et promettre tout le secours qui dépendroit de luy. Je me trouvay dénué d'argent, de linge et de hardes. [1 m'avanssa dix pistoles pour me réquiper simplement, et aux marées basses l'on sauva bien des sucres, mais à demy fondus et marinés.
Et me trouvant dénüé et ne savoir de quel costé tourner, le sieur Hiriarte me proposa d’aler pour marchand sur une sienne tartane, le patron Louis Gazen, seulement armé d'un petit canon de fonte, dix périer et 14 hommes d'équipage pour aller aux isles de Canaries négossier. J'acxeptai le party sans beaucoup réfléchir aux grands risques qu'il y avoit d'estre pris et esclave des Salletins qui reignent souvent vers ces illes. Je party de San-Lucar le 9 de janvier. Le dix janvier (2) le lendemain de notre départ sur la tartanne le S/-Anlhoine du port de 70 thoneaux armées d'un moyen canon de fonte de trois livres de balle et dix pieriers de fer, quatorze hommes d'équipage et un passager espagnol revenu depuis peu des [Indes du Pérou, et moy, composions en tout seize y compris un jeune mousse, le patron intéressé à la dite tartanne nommé Louis Gazan, du Martigue en Provence. En faisant notre route pour lésilles Canaries jusqu’au dix de janvier sur le Midi nous fusmes d'un très grand calme et nous (nous) trou-
(1) Chipiona, à l'embouchure du Guadalquivir.
(2) Ce qui suit jusqu'au paragraphe commençant par ces mots : « Et le 27° j'arivé..... n forme un supplément dans le manuscrit. Le feuillet placé entre les pages 28 et 29 porte la note suivante : « Ayant égaré une feuille dans l'original de ce voyage, ce qui m'a fait y « adiouter cette page pour renvoyé avant mon arrivée à Ténérif, sur ce qui m'arriva le « iour d'après mon départ de St-Lucar. »
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