‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 67 sur 113 · DOUBLET DEVANT LE SËNAT DE COPENHAGUE · texte numérisé non relu

DOUBLET DEVANT LE SËNAT DE COPENHAGUE

teuils. Je les saluay tous ; et puis un de l'assemblée me demanda mon nom et celuy de mon vaisseau en langue françoise. Je ne fis aucune réponce. Il recommença et demanda pourquoy je ne répondois pas. Je dis appartenir à un trop grand maistre pour que son officier fût traité avec autant de mépris d'estre comme un valet interrogé sur pied lorsque toute l'assemblée étoient assis. Et l'on m'aprocha un fauteuil, où avant de m'asseoir je saluay tous ces messieurs. Et puis je dis : « Ce seroit trop vous fatiguer et par trop eunuyeux à une si honorable assemblée de faire un long interrogatoire et recevoir mes responces. Voici au net tout le procèsverbal de ce qui s'est passé et bien vérifié ; examinées les plaintes de mes partyes, je n'ay autre chose à vous répondre, et surquoy il vous plaise rendre vostre bonne justice. » Et l'ambassadeur anglois présenta son mémoire de plainte et dans lequel il y avoit beaucoup d'exagérations outrées, disant n'avoir pas insulté aui que ce soit et que mes gens n'ont eu d'autres intentions que de piller ce qui étoit dans le dit navire et de le faire périr à la coste pour que l'on ne s'aperceut d’un vel fait, ayant enlevé plus de 25 mille florins d’espesses d'or et d'érgent, etc. L'on leut tout au long mon procès-"erbal et les temoignages, et il n’y eut d'autres répliques à me faire que sur le prétendu vol. Et je pris le discours: qu'il nets pas surprenant que l'auteur d'une querelle ne dise beaucoup de faussetées pour se disculper et pour agraver sa partie; que l'on examine sur les factures de son chargement sy l'on y a rien pris, et que le total avec son navire qui n'avoit que des mäts et des planches et quelques balles de chanvres sont propres d'enlever, et quant aux espèces il n'est nuiement probable que l'on en remporte de ce pays ; et qu'il produise sy son chargement en allant auroit pu produire en retour la dite cargaison et remporter autant d'espèces quand mesme elles seroient d'usage en Angleterre. Après quoy l'on me dit : « Monsieur, passés dans l'antichambre et l'on vous rendra vostre journal. » Je rejoins le secrétaire de son Excellence et luy conte comme j'ay abrégé matière et comne j'avois agi à l'entrée. Il en fut très content et dits : « Dans peu nous saurons ce qui vat estre jugé. » Et un quart d'heure après les deux ambassadeurs sortirent par notre antichambre, et celuy

d'Angleterre me dits: « Monsieur. vous devez estre content; vous avez trop bien défendu vostre cause, et j'ai connu que l'on ne m'a pas accusé juste, et suis votre serviteur. » Le Holandais me dits: « Tous les capitaines n'ont tant de précautions que vous. » Et le Conseil se sépara, et on me rendit mon journal sans me rien dire, et au sortir nous trouvasmes le carrose de M" nostre ambassadeur où étoit M' De Cormaillon (1) qui nous attendoit et pour me dire que M’ Bezé retourne à l'hostel et que nous alions chezle Roy où Mr de Martangits étoit. Nous atendismes que leurs Majestées euts commencé à disner, et le Roy fit informé du résultat du conseil dit tout hault à son Exellence : « Monsieur, je suis bien aize que votre capitaine se soit sy bien justifié, avec aplaudissement mesme de ses ennemis. » Et la Reine dits : « J'en suis bien aize et je vais boire à sa santé. » Je répondis par des grandes humiliations et puis on se retira, et fus disner chez Son Excellence avec M° de Cormaillon, homme de qualité de France qui s’étoit batu en duel avec Mr le comte de Chapelle et de Montmorency et se sauva en Dannemark où il a esté fait lieutenant général des armées, ayant le cordon de l'ordre de l'Elephan Blanc et promit de ne jamais lever les armes contre le Roy de France et a esté fort estimé. Je fus étonné de voir venir disner avec nous Mr l'admiral Bielks et qui fis mes élloges sur les manières du soutient d'honneur pour ma séance et comme je m'étois si bien défendu, et l'après disner Son Exellence me promena à toutes les curiozetées de plaisances de cette cour où il n'y a rien qui mérite récit que la tour pour l'observatoire. (2) Je prits congé de Son Exellence qui fit embarquer dans ma chaloupe 24 grands jambons de Mayence dont douze m'estoient présentés par la Reine avec un flacon d'or pour l’eau de Hongrie (;)et dont le

(1) De la famille de Damas-Cormaillon, originaire de la Bourgogne.

(2) L'ordre de l'Eléphant Blanc cité plus haut avait été institué par Christian Ier, roi de Danemark, rè en 1425 mort en 1481, à l'occasion du mariage du prince royal Jean avec Christine, fille d'Ernest électeur de Saxe. 11 fut rétabli au dix-septième siècle par Christian V.

La « tour pour l'observatoire » est la tour de l'église de la Trinité, dite Tour Ronde, bâtie en 1642, où l'on peut monter par une allée en spirale,

(3) Autrement dit : eau de la reine de Hongrie, médicament aromatique autrefois cilèbre, tiré de l'essence du romarin.

Du RS Dr me Phares 9

TE on à

tent ;

l'on ndais que urnal e de nous t que ismes formé sieur, avec «J'en + des . Son rance et de jeutephan y de disner S ma- ‘étois na à a rien ongé rands ar Ja nt le

er, roi al Jean cle par Ronde,

s cilè-

Page 1