TEMPÊTE
son carosse, nous disant que nous luy fissions l'honneur de passer quelques jours avec luy, et nous emena. Le premier jour il ne me parla de rien; et le landemain, au lever, il me fit apporter par un jeune commis qu'il avoit à à gages deux sacs de papiers du procès qu'il avoit à rapporter et débuta : « Vous qui estes de Normandie debvez estre au fait des affaires; je vous prie de m'aider, » Je luy dits: « Je n'y suis pas plus savant que vous: j'ay esté en mer dès ma tendre jeunesse et ne me suis attaché qu'à la navigation. » [1 me répartit : « Vous savez sy bien lire et écrire, peut-estre comprendez-vous le fort de cette affaire. » Et pour le contenter j'examiné les écritures du premier sac. Je trouvois que cette partye avoit grande raison dans ses demandes. Et quelques jours après que j eus veu les pièces du deffendeur, je trouvois qu'il avoit encore plusde raison. M' Gottreau se prend à rire et dire: « Quidiable a donc plus deraison ? Parbleu, je say bien pour me débarasser ce que j'ay à faire. » Je demande: « HE quoy,monamy?» Il m'est venu une bonne pensée. J'ay toujours ouy dire que la justice avoit des balences en main et les yeux bandés, je les ay bien puisque je ne vois goute en cet affaire, ma foy je vais peser les deux sacs et celuy qui pèsera le plus je luy donne le gain de sa cause avec dépends. » Et je ne peus m'empescher de rire tout mon saoul. Il dits : « Riez sy vous voulez, jene saurois mieux me tirer de cet affaire que par là, M" mes confrères me l'ont remise pour se moquer de moy et je me moqueray d'eux. Tout ce qui en peut arriver est que le perdant pourra en appeler au conseil de Paris, etil se passera plus d'un an avant que l'on sache rien, et dont je vous prie de me garder le secret. » Ce que je luy promis et tenu. Après avoir pesé, il fut question de dresser le raport, et il m'en pria. Je luy dits n'y entendre rien non pius et il fut chercher un raport qui avoit esté rendu pour luy au subjet de sa succession; nous travailläsmes dessus, à changer quelques termes avec les noms des parties, et luy dits de le faire copier pour que mon écriture ne parut pas, ce qu'il fit par son comis, et il demeura content et le porta dèsla première audience, et le perdant ne manqua pas d'en appeler, et on apris depuis que son jugement fut aprouvé au consseil de Paris, etil en fut sy aize qu'il divulgua comme il avoit fait, et on a pris à proverbe sur les
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affaires embarrassantes ; il faut faire un jugement à la Gottreau,
Je ne peut trouver de passage que sur le mois de février 1703 que M' de Morville ayant apris qu'au Petit Goave il y avoit un moyen navire de 12 inons de la Rochelle, le capitaine Billoteau qui s'aprestoit à partir et que luy et son équipage devoient passer et je fus par terre tr. er le dit capitaine et arrestay mon passage et du religieux pour chacun $o écus et que nous embarquerions des volailles et rafraichissements, et ce navire fut retardé de 2 mois et demye par une voye d’eau qu'ils eurent paine à trouver et l'étancher, et ne peumes partir qu'à la fin de juin avec un petit navire aussy de la Rochelle nomé la Biche, et nous débousquasmes pour l'isle de Sainct-Thomé, et faisant nos routes jusqu'à la hauteur des isles de Bermudes que nous vismes étant à 7 lieux de nous. Et lorsque nous les eusmes dépassés d'environ 6o lieux nous fusmes frappés d'une rudetempeste, en ouragan et dont un rude coup de mer nous renversa entièrement sur le costé de babord, quoyque nous n'eussions que notre seulle grande voille déployée et les mâts d'hune abaissés, nous nous creumes tous péris et je sautay avec un bon matelot sur le haut costé de nostre navire pour éviter un peu le dernier moment de vie. Jepris mon couteau et coupois les ris des grands haubans. Je dits à ce matelot nomé André d'en faire autant et ce au'il fit avec agilité ; cela fit rompre notre grand mât, lequel tomba sur celuy de Misenne quy tomba aussy sur le mât de Bauprey, lesquels cassèrent tout, et le navire se redressa. Nous coupasmes le mât d'artimon, ainssy nous nous trouvasmes sans aucun mat ny vergues. L'on courut aux pompes et ne trouvasmes que trois pieds d'eau dans notre calle qui y avoit entré par nos mortes œuvres lorsque le navire fut empenché sur le costé, et nos mats qui étoient retenus le long de nous par leurs cordages qui les y arestoient, et nuitament sans pouvoir se servir de lanternes et à tastons nous coupasmes tous les cordages qui les arestoient et heureusement un segond rude coup de mer nous frapa et nous fit passer pardessus, ce qui nous en dégagea. Mais ce dernier coup de mer nous cassa nostre timon dans la mortoise du gouvernail, lequel donnoit de si grandes secousses aux ferrures du
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